Yves CHOL Directeur des études du département tertiaire de l’AFPA
Formation professionnelle sur ordinateur :
cyber gadget ou réel apprentissage ?

Paris le 7 décembre 2000

Le recours aux technologies - qu’on appelait " nouvelles " il n’y a pas si longtemps et qu’on appelle aujourd’hui technologies de l’information et de la communication - dans la formation professionnelle ne fonctionnent pas uniquement sur une base technologique. Il fonctionne si on met en œuvre à la fois un environnement et une gestion : en particulier, je crois qu’il faut insister sur l’importance de la communauté d’apprentissage, c’est-à-dire tous les membres qui suivent le même cursus de formation. Cette communauté d’apprentissage correspond d’ailleurs avec d’autres types de communautés comme celle des formateurs et le même individu, qu’il soit apprenant ou formateur, peut appartenir à plusieurs communautés. Je considére que c’est un élément important surtout dans les formations ouvertes à distance parce que ça va permettre un travail coopératif et dans presque tous les cas, des difficultés trouvées par des stagiaires pourront être solutionnées par d’autres stagiaires ou bénéficiaires (car c’est le nom qu’on utilise maintenant).
Effectivement, ça signifie bien que nos formateurs soient en compétence de faire que ces communautés d’apprentissage existent et durent pour que ce travail coopératif soit une réalité. Par conséquent, le métier de formateur change : il est de plus en plus en accompagnement et il est amené à scénariser les informations que les apprenants vont pouvoir trouver, en particulier en ligne sur les différents sites, de façon à ce que ces informations se traduisent en connaissance au service des objectifs de la formation qu’il a en charge.
De nouveaux emplois apparaissent aux côtés du formateur:

  • les tuteurs : de plus en plus importants dans la réussite des formations qu’ils soient tuteurs de proximité ou tuteurs à distance.
  • des faciliteurs aux nouvelles technologies…
Un certain nombre d’autres acteurs de la formation viennent donc compléter l’action du formateur.
La formation en réseau nous paraît un élément important parce que justement elle permet ce travail coopératif. Je crois qu’il faut considérer que ces technologies sont trés liées à l’individualisation mais que dans le même temps, toute une richesse nous vient du réseau, d’Internet et des systémes associés qui sont sur le travail coopératif et cette création va d’ailleurs jusqu’à être la création de ressources par les bénéficiaires. Finalement, le rapport à la formation et au savoir du bénéficiaire est totalement transformé par ces technologies : il devient lui-même créateur de ressources. Le probléme pour le formateur est de gérer cette diversité et de scénariser dans un processus formatif ces ressources nouvelles auxquelles il ne pensait pas forcément.
Je pense que le probléme aujourd’hui des ressources pédagogiques développées sur un mode interactif est qu’elles entraînent des coûts énormes en temps de conception, en argent pour la réalisation…Il nous apparaît qu’il faut les engager ou les envisager dans le cadre d’un partenariat. Les partenariats que nous connaissons sont surtout avec les branches professionnelles. Maintenant il faut qu’on l’envisage avec d’autres organismes de formation, d’autres opérateurs de la formation et également des entreprises. Je pense que le probléme des ressources va aller jusqu’à amener les formateurs à créer eux mêmes des ressources interactives simples qui seraient capitalisées par les organismes de formation. Cependant, ça suppose qu’on ait réglé le probléme des compétences nouvelles de formateurs. Les technologies de l’information et de la communication appellent des compétences nouvelles :
ß les apprenants doivent apprendre et développer les compétences à travailler en réseau, rechercher de l’information, traduire cette information en connaissance…etc… Ce sont des compétences qui sont déjà nécessaires pour les gens que nous formons.
ß nous avons identifié un certain nombre de compétences nouvelles pour les formateurs.
Je crois que nous réussirons le pari de l’intégration des technologies dans la formation des adultes que si on accompagne les acteurs sur le plan de ces compétences nouvelles qu’il faut qu’ils acquiérent. Parmi elles, à un moment donné, il faudra que les formateurs se mettent à fabriquer - comme ils créaient des exercices, des polycopiés par exemple - de petits produits interactifs.