Daniel CROQUETTEDirecteur du développement du CESI et Président de l’AFREF
Formation professionnelle sur ordinateur :
cyber gadget ou réel apprentissage ?
Paris le 7 décembre 2000

Je pense qu’il y a une évolution fantastique comme on le voit dans les films que nous avons vus ce soir : l’image permet aux personnes en formation d’être quasiment en situation professionnelle ce que nous n’avions pas au moment de l’ERO ou d’autres dispositifs de ce genre.
Le risque fort de la formation ouverte et à distance est de ramener le lieu de formation sur le lieu de travail or j’ai toujours appris que pour être en formation, il faut prendre du recul donc recul par rapport à la pression immédiate du travail. Vous savez que des cadres sont toujours stressés avec des urgences qu’ils n’ont pas tout à fait réalisé. Ils ont un mal fou à faire la coupure, celle-ci ne devant pas être seulement physique mais aussi intellectuelle c’est-à-dire s’éloigner d’un contexte de travail pour être ailleurs dans un lieu ou un espace de formation.
Gaétan CAMBRA
Les technologies de réseau pourraient-elles permettre d’acheminer les produits pédagogiques vers là où sont les cadres ?
Daniel CROQUETTE
Oui mais il y a deux façons de voir :
1. les outils pédagogiques en tant que compléments de formation, au fur et à mesure des besoins dans le travail,
2. le produit pédagogique un peu plus fondamental qui agit à terme sur les comportements de la personne ; pour cela, je ne vois pas d’autres solutions que de créer une coupure franche par rapport à la situation de travail.
Le CESI a un chiffre d’affaires de 300 millions de francs par an ce qui n’est pas petit en matière de formation. Cependant, comme d’autres organismes de formation même importants, nous avons un problème de sous capitalisation car la plupart du temps, la formation en France est sur un mode associatif. Or vous savez que les associations loi 1901 n’ont pas de fonds propres donc nous sommes sur des produits qui nécessitent de gros investissements en amont pour rentabiliser au fur et à mesure de leur utilisation. Jusqu’à présent, le produit de la formation était un investissement tout au long du fait que l’on dispensait la formation. Par conséquent, la nature capitalistique de notre métier change complètement.
Que faut-il faire ? Faut-il que " l’extérieur ", les banques prêtent ?…Dans ce domaine, elles ne sont pas prêtes à le faire… Faut-il que nous nous associons à des éditeurs dans ce domaine mais ne sont-ils pas à même de produire directement et donc, devenir nos concurrents ?…C’est une vraie question qu’il nous faut poser au niveau de la profession.
Comme dans le cinéma où il y a avance sur recettes, pour l’instant, rien n’a été fait pour qu’on soit dans cette situation. Mais ce serait une avancée formidable si ça pouvait être fait.