Quels changements dans le métier de formateur et d'enseignant ?
Quels changements dans le "métier" de stagiaire et d'éléve ?

Débat public organisé par l'ENESAD-CNERTA,
le 18 octobre 2000 à
Dijon

Aprés une allocution de bienvenue et une présentation du projet, projection du film "Solo de clavier" pour illustrer le théme et lancer le débat. Aprés un premier débat à propos du film, présentation de témoignages de différents acteurs de la formation initiale et continue, de l'apprenant aux "décideurs", en passant par les formateurs et les formateurs de formateurs.

Le débat
Quelques sites sur le théme
Bibliographie

Questions et réflexions suscitées par la projection du film

  • La présentation de ce film est, a priori, un peu curieuse. On pourrait penser que la formation dans le milieu bancaire serait plus "organisée" et plus conviviale, que la formation appliquée au secteur du bâtiment (on attendrait au maximum un robot). Or, on assiste presque à l'inverse : la formation de la jeune fille est finalement robotisée, comme dans certains films de science-fiction, alors que dans le bâtiment, l'utilisation qui est faite de la formation est plus conviviale et certainement plus efficace.
  • Le film a bien vu l'intérêt de la modélisation de la formation. D'autre part, en matiére de formation continue, ce qui est essentiel au-delà d'apprentissages proprement dits, ce sont les échanges de pratiques, qui sont totalement absentes dans le cas de la formation bancaire. Ces échanges se font souvent dans le cadre de stages classiques en présentiel.
  • Dans le film, la formation est présentée, pour partie, comme une confrontation à de "bonnes" pratiques. Dans le cadre de cette situation de formation, n'aurait-il pas été préférable de réaliser une confrontation de l'apprenant à ses propres pratiques ?
  • Au vu du rappel d'expériences précédentes en matiére d'intégration de technologies dans la formation, j'ai l'impression que depuis 20 ans, cela n'a pas changé… Nous ne sommes guére avancés au niveau de la réflexion pédagogique.
Témoignages et débat

Débats animés par Charles BURRIEL, professeur agrégé (Enesad-Cnerta , Dijon)
  • Benjamin CANON, ancien stagiaire (Centre de Formation professionnelle et de promotion Agricole, Nancy).
    Benjamin a terminé depuis quelques mois un BTSA par alternance dans un CFPPA . Il a utilisé Internet pour effectuer des recherches documentaires, mais aussi la messagerie électronique, afin d'être en lien avec les autres stagiaires de son groupe, lorsque ceux-ci sont chez leur maître d'apprentissage.
    Il est à remarquer que nous sommes ici dans un contexte de groupe, que les outils utilisés le sont dans le cadre d'un dispositif d'autoformation. En s'apportant entre eux des éléments de réponse à certaines parties de cours, en reformulant les informations trouvées sur Internet, les apprenants deviennent acteurs de la construction de contenus et de leurs savoirs. Les échanges par messagerie n'ont eu lieu qu'entre stagiaires, ni avec les formateurs, ni avec les maîtres d'apprentissage. A l'époque, il était à déplorer le peu de personnes connectées depuis chez elles ou depuis leur lieu de travail. Aujourd'hui un projet d'Intranet est à l'étude pour permettre de répondre aux besoins initiés par les apprenants.
    Si la recherche documentaire sur le Web n'a pas été l'objet d'une guidance et d'une validation particuliére, celle-ci a été un complément nécessaire pour suivre la formation et aprés la formation, en situation de travail.
    Pour Benjamin, l'autoformation se définit comme "toute la partie de l'apprentissage qui se fait en autonomie, que ce soit de l'autoformation guidée par les formateurs ou que l'autoformation soit de notre propre initiative (c'est à dire toute la partie de la formation sans le rapport face à face). Il y a donc l'autoformation guidée, qui fait partie du déroulement de la formation et l'autoformation "individuelle" qui correspond à ce que chacun a besoin d'approfondir sur certains points du cours."
    Pour Charles Burriel, professeur agrégé et animateur du débat, les Technologies, dont il est question dans les TIC (Technologies de l'Information et de la Communication), sont aussi bien les outils, que les services ou les contenus supportés par ces technologies.

  • Adriano FIORUCCI, formateur (Centre de Formation professionnelle et de promotion Agricole, Nancy)
    Formateur de Benjamin, Adriano fait échos aux propos de celui-ci en précisant qu'aujourd'hui, une guidance a été mise en place sur l'utilisation des TIC, en faisant observer qu'il existe d'importantes inégalités des stagiaires "face à la machine", que ce soit en matiére d'équipement personnel ou de formation et d'utilisation.
    Le projet d'Intranet est décrit comme un moyen supplémentaire de contact entre les différents acteurs de la formation, comme un petit plus, que ne remplace pas le téléphone !
    A la question de l'apport des TIC aux aspects pédagogiques, il est apporté plusieurs éléments de réponses dans la salle : Les TIC permettent de travailler quand on veut et d'oô on veut. Par ailleurs, les liens hypertextes permettent une recherche et une lecture plus facile des documents écrits.
    Si l'on considére que l'on garde le systéme ancien, auquel on rajoute d'autres choses, qui va "nourrir" ce dispositif ? Pourra-t-on indéfiniment faire en plus ?
    De nouvelles méthodes pédagogiques sont-elles associées à ces nouveaux outils ?
    Qu'en est-il alors de l'acquisition des connaissances ? Apprend-t-on mieux, plus vite ? Apprend-t-on des connaissances nouvelles ? Des évaluations ont-elles été envisagées et sous quelle forme ? …

  • Annie GWYNN, enseignante en anglais (lycée Raoul Follereau, Nevers)
    Enseignante en langues, Annie témoigne de son cheminement et de ses réflexions depuis l'utilisation du cédérom en classe, jusqu'à la réalisation de son propre site Web. Une premiére remarque importante est à signaler : il est nécessaire, aussi bien pour l'enseignant que pour l'éléve de maîtriser l'utilisation générale de l'ordinateur et du traitement de texte.
    Le cédérom a été un outil formidable : il permettait à chaque éléve de travailler à son rythme et d'être fier du travail technique réalisé. Mais il s'est révélé insuffisant pour qui souhaite aller plus loin et créer ses propres exercices. Un logiciel québécois lui a permis de créer ses exercices et de les mettre sur l'Intranet de son lycée. Mais les contraintes pratiques épuisent vite, même les plus motivés ! Lorsqu'on travaille "en flux tendu", afin d'adapter au jour le jour les situations pédagogiques, cela nécessite une disponibilité de tous les instants du chef de travaux, par exemple. Elle a donc décidé de créer son propre site, afin de pouvoir être autonome "techniquement" et de préparer ses "cours" chez elle, quand elle le souhaite, comme chaque enseignant "classique".
    Mais comment savoir si sa démarche est la bonne ? Comment trouver d'autres idées ?
    1. En partageant avec des enseignants de son propre lycée, sans toutefois trop insister sur le temps passé en préparation et en évitant d'employer des termes trop "complexes" et techniques…
    2. En échangeant avec des collégues du monde entier, par Internet, en participant à des listes de diffusion : notion de réseau pour partager, de réseau pour apprendre. L'enseignant n'est plus seul face à sa classe. A plusieurs, il est possible de partager le travail et d'aller plus loin.


    Le systéme global reste traditionnel. "Ce qui est fait grâce aux TIC représente un petit plus, qui permet aux éléves en difficulté de travailler à leur rythme". On ne peut pas "forcer quelqu'un à apprendre" (même avec les TIC) ; il est possible, par contre d'aider à apprendre celui qui ne peut pas apprendre.
    Ils apprennent de l'anglais, mais aussi à effectuer des recherches sur Internet. Les restitutions individuelles ou en groupes se font sous formes orales, écrites ou multimédias. Certaines productions mises en ligne valorisent à la fois les éléves et l'enseignant. La notion de plaisir est importante à la fois pour apprendre et pour enseigner. Pour évoluer, il est important de montrer ce que l'on fait.

Le dispositif est-il plus profitable aux "bons" ou aux "mauvais" éléves ?
Il n'y a pas de mauvais éléves, mais des éléves en difficultés. Ils peuvent parler, échanger entre eux. "C'est formidable ! Ils en redemandent !". Les plus forts font des recherches plus poussées. Ce dispositif permet d'individualiser et de gérer une hétérogénéité croissante. De "nouveaux" éléves arrivent dans les classes : ils connaissent les TIC, aiment travailler en groupe et l'interactivité.

Qu'en pense l'inspection ? Y-a-t-il des inspecteurs dans la salle ? …

L'aspect socialisation et la dimension d'apprentissage "réaliste" ne sont pas des idées nouvelles. Elles étaient chéres au "Pére Freinet"… Votre discipline s'y prête-t-elle plus facilement ?
"Quelle que soit la discipline, il est possible d'illustrer un cours avec Internet. Les éléves ont besoin de comprendre pour apprendre. Il faut que ce que l'on fait soit utile."

Des questions pratiques sur les droits d'auteurs sur Internet sont évoquées, ainsi que le probléme de la mise en ligne de travaux d'éléves qui nécessitent l'autorisation des parents.

  • Laetitia BRANCIARD, ingénieur de recherche (Ecole Nationale de Formation Agronomique de Toulouse)
    Ingénieur de recherche, Laetitia vient d'être nommée à l'ENFA pour développer des recherches sur l’usage des TICE et participer au dispositif de formation des enseignants. Elle présente ses projets, dans un contexte de renouvellement des enseignants de l'enseignement agricole (le nombre de stagiaires est passé de 100 en 1999 à 210 à la rentrée 2000) et de changement du dispositif de formation des maîtres. Fondé depuis des années sur un enseignement par disciplines, il est désormais construit sur un projet pluridisciplinaire. Autre élément de contexte important, dans l'enseignement agricole, on assiste aujourd’hui à une demande croissante de l’usage des NTIC dans les pratiques pédagogiques.
    En se basant sur l'un des principes fondateur de la rénovation dans l'enseignement agricole, à savoir la mise en place des modules et de l'interdisciplinarité, Laetitia a choisi comme projet de recherche : l'étude des NTIC comme vecteur de la mise en place de l'interdisciplinarité, dans un contexte de création de ressources par les équipes enseignantes.
    Concrétement, cela se traduira par :
    1. La mise en place de modules de formation sur les TICE ouverts à tous les enseignants en formation, quelle que soit leur discipline.
    2. La création de produits multimédias par ces maîtres en formation, aussi bien au cours de leur formation, que dans le cadre de leurs évaluations.
    3. Leur participation à des projets, en grandeur nature, sur leurs lieux de stage.
    4. Leur association à la mise en place d'un CdR (Centre de Ressources) en ligne, dans un souci d'autoformation.
    Il existe beaucoup d'expériences pédagogiques intégrant les TICE et basées sur la pédagogie du projet et la pluridisciplinarité (les produits multimédia sont par essence pluridisciplinaires, dans la mesure oô leur réalisation fait appel à des compétences et des savoirs multiples).Les TICE sont abordées comme des outils transformateurs de l'activité pédagogique. En d'autres termes, les usages des TICE doivent être intégrés à une véritable réflexion pédagogique. Celles-ci sont alors considérées comme des outils structurants et organisateurs de la formation, en faisant toutefois bien attention à ne pas placer l'outil avant son contenu.
    Une formation de base en matiére de TICE permettra aux maîtres en formation d'acquérir de nouvelles compétences. En matiére d'acquisition de nouvelles compétences, une enquête réalisée par l'Union Européenne (I-learning) fait apparaître que 80% des nouvelles compétences à acquérir par les enseignants ne sont pas liées aux TICE, mais à l'individualisation, à la recherche documentaire, au travail collaboratif, à la production de documents, etc. L'obstacle de la machine est un faux probléme.

Une réaction de la salle à ce qui précéde et aux propos de Benjamin qui a dit avec ses mots à lui la genése d'un travail collaboratif, qui a émergé car celui-ci correspondait à un besoin. Les enjeux sont là : quelles sont les démarches pédagogiques à mettre en œuvre pour permettre le travail collaboratif des éléves ?

  • Gérard TOURAS, enseignant en économie-gestion lycée viticole et agronomique de Macon-Davayé
    Gérard est aussi animateur de la conférence "économie" de l'enseignement agricole.
    Les conférences ont pour objectifs de :
    1.Rapprocher les enseignants "anciens", mais aussi d'intégrer les "nouveaux", sortis de l'ENFA, qui peuvent ainsi "lancer des bouteilles à la mer".
    2. Harmoniser des pratiques en terme d'évaluation de résultats aux examens.

    Non sans humour, Gérard explique les freins à l'utilisation de Mélagri . Ils sont de deux ordres :
    · "Avec ABS", "Avec Blocage Systéme", pour des personnes qui font un blocage, quasi philosophique, vis à vis des technologies, pour qui le clavier est "antihumain".
    · "Sans ABS", que la volonté de l'enseignant est là, mais lorsque le serveur n'est pas disponible, que les postes informatiques ne sont pas facilement accessibles ou qu'il faut physiquement attendre son tour pour avoir accés à sa messagerie…


    En France, il n'est pas dans les habitudes des enseignants de dire ce qu'ils font. Pour certains, c'est : "Ce que je fais n'est pas forcement trés bien. Je ne vais pas le dire aux autres". Pour d'autres, ce serait plutôt : "Ce que je fais est trés bien. Je n'ai rien à apprendre des autres".
    30% des enseignants en économie de l'enseignement agricole sont inscrits à la conférence "économie". Sur ces personnes, on constate qu'il y a seulement 10 à 15% d'utilisateurs "actifs", qui échangent et apportent "des choses". Les autres sont "passifs" ; ils se contentent de récupérer des informations et de télécharger…
    Il est à noter la création récente d'une conférence pluridisciplinaire qui regroupe les différents enseignants d'un même module.

    A la question récurrente de la déshumanisation par rapport aux machines, Gérard répond que la déshumanisation existe déjà d'une certaine façon : "il est rare de rencontrer des collégues d'économie et d'échanger sur nos pratiques, de mettre en commun des expériences du vécu, sauf au hasard des stages de formation continue ou lors de corrections d'examens."

  • Philippe DUFFOURD, animateur du Comité d'Orientation educagri.fr (Enesad-Cnerta Dijon)
    Philippe est l'animateur national de Mélagri. Il rappelle que l'enseignement agricole, grâce à sa petite taille (celui-ci est l'équivalent d'une Académie moyenne de l'Éducation Nationale, qui serait répartie sur tout le territoire national), a pu connecter tous ses établissements. Dés janvier 1997, des adresses institutionnelles ont été crées (CDI, proviseur, établissement, etc.). Puis petit à petit, à la demande des individus, des adresses nominatives ont été crées. "On n'a pas décidé de faire le bonheur des gens malgré eux !". Pour le 3éme anniversaire de Mélagri, on constate que sur un potentiel de 15 000 personnes, 12 000 adresses nominatives ont été demandées, par les différents acteurs. Les personnes ont la possibilité de se connecter depuis leur établissement, mais aussi depuis leur domicile. Des conférences disciplinaires, thématiques, institutionnelles ont été crées, elles aussi au fur et à mesure des besoins.
    En clin d'œil, Philippe fait remarquer que le monde est vraiment petit, que nous sommes bien dans "un petit village planétaire" : le site d'Annie est en ligne sur la conférence "langues" de Mélagri, à titre d'exemple de ce qui se fait en matiére de TICE. C'est la premiére fois qu'ils se rencontrent !

  • Jean CHEVALDONNE, directeur du Cnerta (Dijon)
    Jean Chevaldonné participe à la politique de mise en place de ces outils et à leurs mises en œuvre pour l'enseignement agricole. Il souhaite commencer par témoigner comme les autres, sans être obligé, comme on le lui demande réguliérement, d'apporter sa vision prospective pour les dix prochaines années ! Pour lui, c'est un exercice trés difficile.
    Aprés quelques années d'expérience dans l'usage et la place des TIC dans l'enseignement agricole, on remarque que l'on n'impose jamais l'usage de ces outils. On le constate seulement. Si les enseignants ne se sont pas appropriés les ordinateurs dans les années 80/90, c'est que ceux-ci n'en ont pas éprouvé le besoin, contrairement aux personnels de secrétariat, qui ont vu dans l'informatique un outil capable de les soulager dans leur travail.
    L'usage de l'audiovisuel dans l'enseignement, qui était prévu comme intensif, ne s'est pas non plus développé.
    Par contre, un outil comme la messagerie (Mélagri) connaît un franc succés. 18 000 connexions par jour, cela témoigne d'un fait nouveau. Des collégues, qui sont souvent éloignés les uns des autres peuvent mutualiser des savoir-faire et des expériences.
    Une autre constatation se manifeste au travers de la demande croissante d'informations sur les ressources éducatives et du mouvement actuel autour de l'individualisation. Les demandes proviennent pour l'instant, plus de formation continue que de la formation initiale. On peut supposer et faire le pari que le besoin brutal d'individualisation qui s'exprime au niveau de la formation continue et de façon moins évidente, pour toutes sortes de raisons, au niveau de la formation initiale, s'exprimera tôt ou tard en formation initiale sous la forme d'une demande en matiére de personnalisation.
    Un autre constat : Internet est dans la plupart des CDI (on constate malgré tout des disparités dans les équipements d'un établissement à l'autre, d'une région à l'autre). Les machines sont occupées en majorité par des éléves, qui dans 70 ou 80% des cas font du "chat". Cela correspond à un besoin de leur part d'échanger avec d'autres individus qu'ils ne connaissent pas forcement. Les 20 à 30% restant effectuent des recherches d'information, ce qui n'est pas sans interroger les documentalistes : les éléves préférent la recherche "plein texte" à la recherche avec des outils beaucoup plus structurés.
    Malgré tout ce qui a été dit précédemment, on constate tout de même que les enseignants se mettent de plus en plus à utiliser l'ordinateur. Ils se connectent depuis leur domicile, à 9h, 10h ou 11h le soir. C'est un fait nouveau et important.

Ainsi, on peut imaginer quelques tendances :

  1. Il est indispensable d'interconnecter les ordinateurs d'un établissement, que ce soit pour des machines à caractére administratif que pour des machines à caractére pédagogique. Les outils que nous mettons en place autour de la gestion de l'établissement notamment, incitent ceux-ci à prendre conscience du besoin de la mise en place de réseaux locaux d'établissement. Il existe une inquiétude sur l'avenir, quant à la gestion de ces réseaux locaux. Dans l'enseignement agricole, il n'y a pas de chefs de travaux. Ce sont souvent des emplois-jeunes qui gérent ces réseaux. On espére que ces emplois seront pérennisés…
  2. Dans la région Rhône-Alpes, Internet est à disposition de tous les éléves, dans leurs lieux de vie, afin que ceux-ci puissent agir en futur citoyen et communiquer. Ma conviction est que tôt ou tard, on en viendra à développer des Intranets d'établissement, c'est à dire des serveurs. Chaque apprenant disposera d'un "espace-plus", d'un accés à des ressources éducatives (celles des enseignants ou celles issues de l'édition), d'un accés à des informations à caractére administratif, à son référentiel de formation, à sa situation personnelle par rapport au groupe, à des outils lui permettant de communiquer avec ses pairs. Cela lui permettra de changer sa façon de travailler et de développer ce travail collaboratif que nous avons évoqué à plusieurs reprises. C'est un champ intéressant à explorer… Cet Intranet ou plutôt cet Extranet , qui permettra à l'éléve comme c'est le cas aujourd'hui pour certains enseignants, de rester en contact aussi bien à l'intérieur de l'établissement, que depuis son domicile. D'aucuns pourraient regretter la frontiére bien nette qui séparait temps de travail et temps de loisirs… On peut réagir et en discuter…

"Je n'ai de certitudes que sur le passé, aucune sur l'avenir…"

  • Françoise MIDANT, inspecteur principal de la formation professionnelle, chef du service marché du travail, développement de l'emploi et régulation du systéme de formation (DRTEFP, Dijon)
    Françoise Midant fait le constat qu'en Bourgogne, en matiére de formation continue, il y a trés peu de recours aux FOAD (Formations Ouvertes et A Distance). En 1995, on a essayé d'en susciter l'usage, en s'inscrivant dans un dispositif national appelé FORE (Formation Ouverte Ressources Educatives). Nous avons demandé aux organismes de formation continue de nous présenter des projets, en leur disant : Nous vous aiderons ! Conclusion : nous avons vu arriver des demandes énormes de financement d'équipement. Il fallait accompagner ces organismes dans la définition de projets qui iraient au-delà de l'achat d'équipement et favoriserait l'usage de ces NTIC, tout en gardant l'idée que ces produits de formation pourraient être développés dans les zones rurales.
    Quelques projets ont été sélectionnés, dans des APP pour de la remise à niveau de publics de bas niveau, dans des CFPPA et dans des organismes associatifs. La majorité des projets consistait à faire découvrir des ressources aux formateurs et à les intégrer dans des scenarii pédagogiques, pour certaines séquences de formation.
    Les résultats ont été décevants car les organismes avaient investi dans du matériel, avec trés peu d'investissement humain, en dégageant trés peu de temps aux formateurs pour qu'ils puissent travailler en équipe et qu'ils s'approprient les ressources. Ou alors, ils se sont appuyés sur des personnels précaires, qui n'étaient pas formateurs, qui n'ont pas travaillé en équipe et qui d'ailleurs ne se sont pas restés en place. Il n'est pas resté grand chose de ces projets…
    Aujourd'hui nous repartons sur d'autres projets (avec l'appui de "gros" réseaux de formation) qui portent sur l'installation en zones rurales de sites relais, oô l'on trouverait des informations sur l'emploi, qui donneraient accés à de la formation à distance, etc. Nous sommes en phase de lancement…


En synthése, Charles BURRIEL propose quelques lignes de force qui se dégagent de ce débat :

  1. Les machines ne remplacent jamais les êtres humains. Malheureusement, nous constatons trop de confusion entre ce que peut faire une machine et ce que doit être la formation. Dans tous les cas, devant la machine, il y a quelqu'un - derriére la machine, il y a quelqu'un. Pendant l'acte de formation, en local, à distance, en direct ou en différé, il est important que la présence humaine soit réaffirmée. Les usages ne se décrétent pas.
  2. Il y a nécessité d'une appropriation des outils en terme de contenus. Rares sont les personnes capables de maîtriser complétement seules un processus d'apprentissage. Pour la plupart des apprenants, la formation passe par l'humain.
  3. Même si nous accumulons beaucoup d'expériences, nous n'en sommes pas encore à la généralisation de pratiques intégrant les TIC, sauf pour ce qui est de la messagerie. Il y a à s'interroger sur les facteurs de réussite ou d'échec de telle ou telle chose. L'Europe pourra-t-elle être en mesure de nous apporter une autre dimension ?
  4. Dernier élément : les TIC dans la formation constituent un élément de l'aménagement du territoire. Il ne doit pas y avoir de distorsion géographique, sociale ou culturelle. Il semble que les systémes, dans leur ensemble, doivent avoir la capacité à travailler ensemble. Dans ce contexte, quelle doit être la part de décret ou d'incitation forte ? Mais si nous avons des dispositifs qui transcendent la localisation géographique, si nous arrivons à dépasser tout cela, il y a des chances pour que cela réussisse… Là oô l'ordinateur (l'EAO traditionnel, développé il y a 15 ans), la télévision, le magnétoscope ont en partie échoué dans l'enseignement, Internet est semble-t-il en train de réussir, que ce soit en formation initiale ou en formation continue, non pas nécessairement comme un vecteur de transmission, mais comme un outil : la messagerie, la conférence, le travail collaboratif, la remédiation (des cours qui sont transmis simplement plus vite), etc. Ces éléments seront à prendre en compte.
    A partir de ce qui a été dit cet aprés-midi, les pistes sont plus qu'explorées, elles sont en cours d'élargissement…

Quelques sites sur ce thème

La Cité des sciences et de l'industrie, pilote du programme UOSIR
La cyberthèque d'Educagri.fr : propose des regroupements thématiques de sites web
Le Centre National de Promotion Rurale, établissement de formation à distance du MAP
Le campus électronique : plate-forme de services de formation proposée par le CNED
Les académies et universités, qui initient ou participent à des recherches, réflexions et manifestations concernant les TIC et l'enseignement.

Educnet, le site des Technologies de l'Information et de la Communication pour l'Enseignement
La rubrique TICE du CNDP
L'Internet : nouveaux horizons pour la formation, rapport publié par le Centre INFFO
Les nouvelles de la formation à distance
Le site du Programme d'Action Gouvernementale pour la Société de l'Information
La formation permanente au XXIéme siècle : l'évolution des rôles du personnel enseignant (Organisation Internationale du Travail)

Quelques repéres bibliographiques

M. ALBERGANTINI, A l'école des robots ?- Paris : Calmann-Lévy, 2000
C. BELISLE, M. LINARD, Quelles nouvelles compétences des acteurs de la formation dans le contexte des TIC ? – Education Permanente, N°127, 1996
Dispositif de soutien au développement des ressources, BO, N°9, sept.98
GRIMONT Alain , Apprendre avec le multimédia. Oô en est-on ? Paris : Retz, 1999, 220 p.
JEZEGOU Annie, La formation à distance : enjeux, perspective et limites de l'individualisation. Paris: l'harmattan,1998 180 p
Les dossiers de l’ingénierie éducative /cndp

  • Internet dans le monde éducatif : rechercher, échanger, publier, n° 24, déc. 1996
  • Internet au quotidien : rechercher, n° 29, oct. 1999 n° 24, déc. 1996

Les enseignants et les TICE - Education et Formations, N° 56, avril- juin 2000
Mettre en œuvre des actions interdisciplinaires - Initiatives de l’enseignement agricole, n°2, sept. 2000
Hypermédias et apprentissage / Actes du 4eme colloque de l’INRP, 1998. – Paris : INRP, 1998
Journées de l’Innovation : produire des ressources pour l’enseignement de l’école à l’université/Actes du colloque national de Foix, 27-29 janv. 2000. Toulouse : IUFM, 2000
J. NAYMARK (Dir.), Guide du multimédia en formation : bilan critique et prospectif - Paris : Ed. Retz, 1999
Pluri-interdisciplinarité / Actes du séminaire national, ENFA, 22-24 avril 1998. Toulouse : ENFA, 1998
A. TRICOT & J.-F. ROUET , Les hypermédias : approches cognitives et ergonomiques. Paris : Hermés, 1998