Guillaume DUVAL, Alternatives Economiques,
Commerce électronique : plus de magasin,
zéro stock et des milliards de clients .

Paris le 9 novembre 2000

Ce qui est frappant avec le développement du e-commerce (et on le voit bien dans le film qui a été montré ce soir), c’est à quel point il ne s’agit pas de modifier ou développer des activités existantes mais à quel point ça bouleverse l’ensemble des secteurs d’activité que ça touche.
La casse est une activité extrèmement traditionnelle, très localisée puisqu’elles vendent dans un milieu très limité sur le plan géographique ; à travers l’arrivée d’internet, elle devient une activité mondialisée qui oblige le casseur à structurer son activité de manière très précise, organiser une traçabilité de l’ensemble de ses pièces pour lui permettre de vendre dans le monde entier…dans le monde entier, peut-être pas mais au moins dans une zone géographique beaucoup plus large qu’avant.
Non seulement il se trouve obligé de développer son business mais ça l’oblige complètement à le transformer. C’est ce qui est sans doute le plus frappant.
Au-delà, il y a des enjeux sociaux très importants. Si une casse ne délivre plus les pièces simplement à son environnement immédiat mais à l’ensemble de la France, ça veut dire qu’il y a des endroits où il y avait des casses et où il n’y en aura plus. Il y a donc des questions très importantes de localisations d’emplois et l’autre aspect évident est que ça pose des problèmes d’adaptation des emplois et d’adaptation des gens qui sont très difficiles à résoudre dans la mesure où ça oblige à une remise en cause des métiers des qualifications qui ne sont pas évidentes du tout pour les gens qui ne sont pas nés avec ces outils.
Ce qu’on peut dire par contre, c’est qu’on aura sans doute un peu plus de temps pour s’y mettre et s’y habituer qu’on ne le dit généralement parce que je crois que les habitudes sociales évoluent beaucoup plus lentement que ne le voudraient les fanas de la technique ou du net. Donc, tout cela se développera beaucoup plus lentement qu’on ne le dit mais ceci dit, l’ampleur des bouleversements sera telle qu’il vaut mieux s’y mettre rapidement parce que ça va déplacer des emplois, modifier des qualifications, des structures économiques très profondément.
J’ai l’habitude de dire que ça ira beaucoup plus lentement que ce qu’on dit mais ça ira aussi probablement beaucoup plus loin que ce qu’on peut imaginer aujourd’hui.
Par rapport à tout le débat qu’il y a aujourd’hui, autour de la fracture numérique, ça concerne à la fois :
* le nord et le sud,
* les villes et les campagnes,
* les pauvres et les riches,
mais aussi au sein des entreprises, je crois qu’il y a un vrai problème d’adaptation des petites entreprises. La solution passera sans doute à la fois par une intervention publique et par un regroupement des petites entreprises pour agir ensemble dans ce domaine. Autant que je sache, elles s’en occupent un petit peu et les instances consulaires offrent un certain nombre de services de ce point de vue.