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Les nouvelles technologies de l’information :
destruction et création d’emplois

  Rencontre-débat du 12 mars 98
En 2005, on nous dit que 40% des emplois dans nos sociétés seront liés au traitement de l'information et du savoir. La priorité des entreprises ne serait plus la production mais l'exploitation et l'enrichissement de l'information. Patrick Arthus, enseignant à Dauphine, précise que depuis 1992, 300 000 emplois ont été créés aux Etats-Unis dans le secteur de l'informatique. Mais qu'en est-il des autres secteurs ? Les technologies de l'information et de la communication (TIC) seront-elles à l'origine de nouveaux métiers ? N'accélèrent-elles pas plutôt la diminution du volume de travail nécessaire ?
Nathalie LE BRETON  Journaliste à la Cinquième.
En plus de ces nouvelles exigences d'innovation sociale et d'éducation, ne doit-on pas aussi porter notre attention sur la dynamique de création d'entreprises ?

Michel CATINAT Conseiller du Directeur Général de l’Industrie, Direction Générale III, Commission européenne
La création demande une volonté et une capacité d'innovation mais elle exige également un environnement propice. Le chômage en Europe est principalement du au fait que l'on ne permet pas aux créateurs d'entreprises de développer facilement de nouvelles activités. Pourtant, il est possible aujourd'hui de monter n'importe où une petite entreprise de logiciels de sécurisation d'informations par exemple. Grâce aux réseaux électroniques, le produit peut être mis rapidement sur un marché gigantesque.

Un des gros problèmes en Europe, c'est que nous n'avons pas une tradition de capital-risque comme aux Etats-Unis. Le système bancaire n'offre pas ce capital-risque et ce n'est d'ailleurs peut-être pas au système bancaire à le faire mais aux entreprises. Aux Etats-Unis, si des grandes entreprises voient qu'il y a quelque part des ingénieurs qui ont une bonne idée, elles vont leur donner de quoi développer leur produit, les citoyens eux-mêmes investissent dans le capital-risque. Il faut donc créer en Europe un environnement financier qui soit porteur et un environnement législatif qui soit favorable à la création d'activités nouvelles et d'entreprises.

Question
Si l'on ne peut quantifier les créations d'emplois, est-on cependant en mesure de définir les nouveaux métiers dessinés par les TIC ? A ce sujet, on évoque beaucoup les téléservices mais ce sont de simples adaptations de métiers existant. A quoi pourront ressembler ces nouveaux métiers ?

Michel CATINAT
90% des futurs métiers sont des métiers que l'on ne connaît pas encore. Il est difficile de les décrire car ils proviennent de la modification d'anciens métiers. Il est possible cependant d'en citer quelques uns. Avec le développement d'Internet, les entreprises ouvrant un site auront besoin d'être identifiées facilement pour capter des clients, aussi elles auront de plus en plus recours à des spécialistes capables de leur créer des pages attractives. Ainsi voit-on apparaître le métier de webmaster.
Si l'on prend l'exemple du Minitel, on constate que 5 000 emplois ont été créés pour mettre en place le système et 25 000 autres pour faire vivre le réseau. Le phénomène sera le même pour Internet, la complexité génère de l'emploi car elle nécessite une multitude d'intermédiaires pour la gérer. Le secteur des services d'intermédiation représente donc un fort gisement d'emplois.
Prenons un autre exemple : le téléshopping. Pour mettre en relation le client et l'entreprise et concrétiser la vente, trois types de procédures seront nécessaires qui représentent autant de secteurs en développement :

  • la création de logiciels et la mise en place des plates-formes permettant d'accéder aux pages de l'entreprise,
  • l'identification et l'authentification du prestataire de service pour pallier l'immatérialité de la transaction et sécuriser le contrat de vente. De nouveaux métiers apparaîtront avec ces services d'authentification.
  • la sécurisation bancaire pour assurer l'effectivité du débit sur un compte et son approvisionnement. Des services de mise en relation bancaire vont donc se développer.