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Travailler dans la société de l’information :
nouvelles exigences, nouvelles compétences

Conférence-débat du 23 juin 1999

Yves LASFARGUEDirecteur du Créfac (Centre d’Etudes et de Formation) ;
On va vers des travaux de plus en plus abstraits. Est-ce que ça améliore les conditions de travail ? Evidemment puisqu’on ne peut plus se couper les doigts avec de l’abstraction. C’est vrai qu’il y a moins d’accidents du travail quand on travaille en abstraction. En même temps, cette abstraction crée une nouvelle détérioration des conditions de travail. Pourquoi ? Parce que travailler en abstraction c’est travailler assis. Et on se rend compte qu’il y a toute une population qui avant travaillait debout et qui aujourd’hui travaille assis, qui vient à des colloques et qui s’assoit, qui va devant la télé et qui s’assoit, qui prend les transports en commun et qui s’assoit. Du coup, ce qui était une position de repos il y a 50 ans puisqu’on travaillait debout et on se reposait assis, est aujourd’hui une position de travail. Donc aujourd’hui se reposer, c’est se mettre debout, ce qui est fou comme évolution du travail et qui culturellement est difficilement supportable puisque tous les tableaux, toutes les sculptures exprimant l’activité, montrent la femme et l’homme debout. Aujourd’hui on les montrerait assis parce que c’est la position dynamique.

Autre exemple qui montre bien la convergence des conditions de travail. Elles étaient avant très différentes pour les ouvriers, les employés, les cadres. Maintenant tout le monde est devant le même ordinateur et tout le monde est assis, en tous cas en ce qui concerne le monde de la société de l’information. Et même, on peut constater un inversement de tendance. Les cadres se retrouvent plus debout que les autres parce qu’ils se promènent d’un bureau à l’autre. La multiplication des outils portables fait qu’on en porte de plus en plus. Tout à coup les cadres se retrouvent prenant l’avion avec quinze kilos sur les épaules, sans compter tous les dossiers papier à côté. Donc ne nous laissons pas prendre au mythe de "la technologie libère l’effort" parce qu’elle en crée d’autres.