Alain LEBAUBE , éditorialiste au journal Le Monde,
Les start-up : une aventure de jeunesse ?
Paris le 16 octobre 2000

Au delà de la nouvelle économie - start up etc - ce que nous espérions depuis très longtemps s’est enfin produit : un verrou a sauté et on accepte la création d’entreprise et la prise de risques. La " non-ambition " née en période de crise est en train de disparaître et se répand au travers des start-up et de la nouvelle économie.
Le deuxième élément est qu’on est en train de se rendre compte des profondes mutations qui traverse le monde du travail et de l’économie : jusqu’à présent, on les avait rejetés en les appelant crise plutôt que mutations. De ce point de vue-là ; l’apport est absolument bénéfique.
Bien évidemment, ensuite, ça se complique. Comme à chaque fois que quelque chose de ce type apparaît, un effet d’engouement et un effet " conquête de l’ouest " se produit. En effet, il est justifié par un certain nombre de choses : la nouveauté oblige à aller conquérir des marchés. Le premier qui va planter son piquet est celui qui l’emporte car il peut vendre son pré carré et en tirer profit. Il y a une forme de précipitation d’où l’idée qu’on peut faire bingo, jouer au casino et donc tenter des martingales absolument extraordinaires en pensant qu’on va pouvoir gagner des fortunes à partir d’une idée simple.
Fort heureusement, depuis le mois de mars 2000 avec la chute du Nasdaq, on revient à des réalités et l’on constate qu’il y a des choses décisives et d’autres qui ne le sont pas : le marché est en train de faire le tri entre les unes et les autres.
Actuellement, on assiste à des corrections assez sévères d’opérations et d’entreprises qui avaient été très largement financées : elles-mêmes ne réussissent pas parce qu’il n’y a pas de marché pour ce type de choses.
En revanche on s’aperçoit que des start-up continuent à progresser avec des problèmes de maturation, de structuration de ce type de marchés c’est-à-dire comment finit-on par s’organiser. A ce moment-là, il me semble que les entreprises traditionnelles peuvent reprendre la main par rapport à des entreprises qui ont progressé trop vite et qui ont besoin de trouver des appuis…Prenons un seul exemple. Une start-up vend des livres par le net : on peut avoir des milliers de clients à travers le monde, mais il n’empêche qu’à un moment, pour livrer ces clients en temps, il faut des entrepôts, de la logistique et des camions ce qui coûte extrêmement cher. Des professionnels qui ne sont pas de la nouvelle économie font ce métier depuis des dizaines d’années.