Henri LEMORE, directeur de Phoenix Editions/Librissimo
et personnage du film,

Commerce électronique : plus de magasin,
zéro stock et des milliards de clients .

Paris le 9 novembre 2000

L’originalité de notre projet était de mettre le numérique au service du livre : nous reproduisons des livres papier. Simplement, l’informatique et ces techniques d’impression numériques nous permettent de nous affranchir du modèle économique traditionnel de l’édition qui implique toujours que l’on fasse des tirages relativement importants –1000, 3000 ou 10,000 exemplaires - pour arriver à une économie qui soit viable.
Maintenant les systèmes d’impression numériques et de numérisation nous permettent de faire des livres à la demande en tout petit tirage ce qui ouvre à l’édition un champ important.
De nombreux secteurs de l’édition avaient complètement disparu pour ces raisons : par exemple, les livres de théologie, de poésie ou de théâtre. En effet, plus aucun éditeur classique ne pouvait vraiment rééditer de la poésie ou alors dans des difficultés financières affreuses parce que le public est relativement restreint.
Le système que nous avons mis au point nous permet d’éditer ces livres en petit tirage, quasiment à la demande. Par conséquent, la plus grande partie de notre activité consiste à rééditer des livres introuvables qui sont dans des bibliothèques avec lesquelles nous avons signé des conventions : ils nous prêtent l’original, nous les numérisons avec un appareil que nous avons mis au point qui permet de numériser sans abîmer les livres reliés.
Par exemple, nous avons réédité pour la première fois depuis 1576, Marcel FISSIN, un très grand auteur du XVIème siècle. Il ne soulève pas les foules mais il y a 200 lecteurs dans le monde qui sont absolument passionnés par lui. Auparavant, il était obligé d’aller à la bibliothèque de Troyes pour trouver l’un des trois exemplaires au monde de Marcel FISSIN.
Nous pensons que rien ne remplace dans ce genre de lecture le livre papier. Il y a d’abord une question technique :ces numérisations dites en mode image sont des fichiers assez lourds et nous pensons que nous ne pouvons pas lire ces livres sur un ordinateur. On peut lire quelques extraits, quelques pages mais Marcel FISSIN a 2000 pages.
C’est à la fois une grande librairie planétaire mais aussi une bibliothèque planétaire. Nous avons une maison d’édition qui est Phoenix editions qui fonctionne comme je viens de vous l’expliquer mais il y a également connectée une librairie sur internet www.librissimo.com qui vend d’une part les livres que nous avons déjà numérisés (on nous a demandé un livre, on possède le fichier numérique donc peut-être que quelqu’un d’autre a envie de ce livre). Si personne ne le demande, rien ne se passe ; si quelqu’un d’autre le demande, on rappelle le fichier et on réimprime ce qui veut dire qu’il n’y a pas de stock.
Nous avons également dans cette librairie fait un pas en avant :il y a donc les livres que nous avons numérisés mais il y a également les livres qui sont beaucoup plus nombreux que nous pourrions numériser parce que nous avons passer des accords avec des centaines de bibliothèques qui possèdent des centaines de milliers d’ouvrages et qui nous autorisent à numériser leurs livres sur demande. Ca veut dire que lorsque vous vous connectez à notre librairie internet, vous êtes bien dans une librairie mais les rayons sont occupés par les livres de ces bibliothèques, pour un petite partie par les oeuvres que nous avons déjà numérisées mais aussi par tous les livres que nous pourrions numériser. Notre librairie compte environ 500,000 titres ; à la fin de l’année prochaine, elle en comptera deux millions. Ainsi, le chercheur à l’université du Dakota du Sud qui a envie d’un livre qui est à la bibliothèque de Lyon peut nous demander ce livre : on lui imprime et on lui envoie.
Nous avons trois clés dans notre système :
1, l’appareil qui permet de numériser des livres : un scanner très spécial qui permet de numériser des livres reliés, très précieux, des livres du XVIème siècle qui sont en exemplaire unique dans une bibliothèque sans les abîmer. Cet appareil a été fait avec des bibliothécaires, la British Library, la BA net avec toutes sortes de précautions car ce sont des personnes qui sont chargées de conserver ces livres donc ils y veillent jalousement.
2, l’impression numérique qui nous permet d’imprimer ces livres à la demande,
3, cette librairie sur internet qui nous permet de faire savoir partout dans le monde et notamment aux petites communautés, les gens qui sont passionnés de tel ou tel sujet, tel ou tel livre que nous possédons ces titres…Par exemple, on vient d’éditer un bouquin sur le bois écrit par un grand botaniste du XVIIIème siècle. Ca ne servirait à rien de l’imprimer en 10,000 exemplaires et de le mettre partout dans les librairies : les gens ne s’y intéresseraient pas mais par contre tous les gens du cercle des amis du bois savent que ce livre est très précieux. Ils nous le commandent et très souvent, c’est eux qui nous le demandent. Très souvent, ce sont les internautes eux-mêmes qui nous signalent que dans notre immense catalogue où nous n’avons pas tout lu bien entendu, il y un bouquin extraordinaire, qu’il leur faut absolument et qui va intéresser d’autres gens.
Nous sommes au point nodal où se rassemblent :
* cette immense bibliothèque avec ces centaines de milliers de livres virtuels car ils ne vont exister que si nous les numérisons et les produisons et
* une immensité de gens qui sont intéressés mais extrêmement dispersés et c’est là qu’est pour nous le miracle d’internet : ça nous permet de toucher ces gens, ce qu’on ne pouvait pas autrement.