Philippe LUBLINER, réalisateur du film,
Commerce électronique : plus de magasin,
zéro stock et des milliards de clients .

Paris le 9 novembre 2000

J’ai découvert cette réalité du commerce électronique auquel je ne connaissais pratiquement rien par l’intermédiaire de mon métier qui est le cinéma à travers mon travail avec deux personnages qui sont Olivier WATTEL et Henri LEMOR, tous les deux commerçants sur Internet. Bien évidemment, je m’étais un peu documenté avant et ce qui m’a surtout intéressé a été de voir quelle part d’humain ça bouleversait et ça questionnait plutôt que le fonctionnement des processus commerciaux purs et durs.
En ce qui concerne ces deux personnages, je voulais au départ que chacun d’entre eux soit animé par une passion car à mon avis, c’est ce qui passe. Je ne voulais pas de commerçant froids qui sont sur des lignes budgétaires, des prévisionnels…Je voulais vraiment qu’à la base, il y ait une histoire qui les relie à ce qu’ils vendent.
Dans le cas d’Oliver WATTEL qui est casseur automobile depuis trois générations dans la région lilloise, ces outils -le réseau, le commerce électronique– lui ont permis de prendre le pouvoir sur cette boîte : ça n’a pas été une passation de pouvoir c’est-à-dire que ce n’est pas son père qui lui a légué cette boîte mais c’est lui qui en a pris le contrôle grâce à ces outils. Ainsi, la casse de papa où le public lillois venait chercher ses pièces détachées s’est ouverte au monde et peut représenter à terme un premier maillon d’unification d’un marché énorme qui est celui de la pièce automobile de seconde main (qui représente plusieurs milliards d’euros). Ca m’intéressait de voir comment ce monsieur s’était servi de ces outils non seulement pour régler un rapport très personnel avec son père et sa famille mais aussi pour offrir des opportunités incroyables à cette petite casse de banlieue lilloise.
Dans le cas d’Henri LEMORE qui était éditeur, c’est une véritable histoire d’amour qu’il a depuis longtemps avec les livres et il a réussi à se servir de tout ce qu’il connaissait du métier de l’édition et à le transformer et l’actualiser en proposant un produit qui n’existait pas à l’époque. Il a ouvert le champ des bibliothèques et a construit pratiquement une bibliothèque hors les murs, en collaboration avec certaines bibliothèques d’ouvrages anciens pour mettre ces livres à disposition à des sommes relativement modiques, qu’on soit au fond du Nebraska ou à Limoges. C’est aussi un projet très personnel et passionnant où on l’a filmé à un moment où il y a aussi des questions de pérennité et de possibilités économiques.
Son entreprise n’était pas encore viable : elle l’était mais arrivait un peu en bout de course au niveau financier et nous l’avons filmé au moment où toutes ces questions surgissent : est-ce qu’on vend ? est-ce qu’on se transforme, que faire ?
C’est un monde que j’ai découvert et que grâce à eux, j’ai trouvé très intéressant.