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On ne gagne pas à tous les coups
Rencontre-débat du 16 octobre 2000

Alain LEBAUBE, éditorialiste au journal Le Monde,
D’abord, il ne faut pas confondre les start-up de façon indifférenciée.
Alors qu’il y avait une forme d’évidence de la nouvelle économie, d’un seul coup, on commence à se dire que ce n’est pas aussi évident. Des choses coincent, craquent… Et cela continue, y compris ces derniers jours. Ce film "Quoi de neuf, patron ?" est daté parce qu’il parle d’optimisme comme s’il s’agissait de la Conquête de l’Ouest : des territoires à gagner oô l’on peut se précipiter. Or, d’un seul coup, il y a la sanction du marché, des situations qui sont tout à fait différentes. Et l’on s’aperçoit que des personnes qui étaient parties là-dessus, comme dans les histoires précédentes du capitalisme, se sont cassé la figure, parfois magistralement. Un de mes confréres rappelait ce matin les investissements du groupe Bernard Arnault dans ce type d’entreprises. Trois se sont plantées en quatre mois, au total pour plus de 1,2 milliard de francs. Cela fait fatalement des dégâts. Nous revenons au réel. Il a été question plusieurs fois dans le film du « réel », de « la vie réelle » et du « vrai monde ». Il y a une forme de banalisation ; on rentre dans le rang de ce point de vue.
Pourquoi ? Derriére cela, un certain nombre de rêves ont été entretenus. A un moment donné, on est obligé de séparer le grain de l’ivraie. Ce n’est pas parce que cela s’appelle une start-up et que l’on est sur la nouvelle économie que l’on va fatalement gagner le Bingo à tous les coups. Cela ressemble à de la martingale. On peut rêver à ce genre de choses. Je ne suis pas sûr que cela marche dans le réel.