Michel TETARD anime le réseau des Ateliers de Pédagogie Personnalisée au sein de l'ORAVEP
Formation professionnelle sur ordinateur :
cyber gadget ou réel apprentissage ?

Paris le 7 décembre 2000

Je pense que les nouvelles technologies contrairement à ce qu’on peut penser sont tout à fait secondaires et ne sont qu’un moyen permettant d’améliorer et enrichir les systémes de formation mais ce qui est central est la motivation des personnes. La caractéristique de la formation des adultes est qu’elle ne fonctionne que si les personnes sont motivées. A la limite, peu importe ce qu’on utilise en formation.
Effectivement, la tendance actuelle va vers deux choses.
D’abord, une plus grande individualisation de la formation c’est-à-dire s’appuyer plus qu’auparavant sur :

  • le projet des personnes,
  • leur façon d’apprendre,
  • leur disponibilité,

de négocier et signer avec elles des contrats de formation.
A partir de là, elles sont plus disposées, plus disponibles et se sentent reconnues en tant qu’individu. Ainsi lorsqu’elles se trouvent en formation classique (des cours) et surtout en auto formation accompagnée, elles sont actives pour atteindre à leur objectifs ; le plus important est de faire réguliérement avec elles le point, mesurer leurs acquis et envisager conjointement la suite.
Un systéme de formation oô la personne est seule, au sein de son entreprise ou chez elle face à un ordinateur ou un écran, n’est pas forcément individualisant mais isolant.
Par rapport aux nouvelles technologies, les gens doivent être sur leur propre projet mais la formation peut se passer dans un lieu collectif équipé d’ordinateurs effectivement, avec des formateurs et d’autres apprenants. Dans cette " communauté apprenante ", l’apprenant doit bien comprendre oô il est, comment fonctionne le lieu, quelles sont les responsabilités de chacun afin de pouvoir y mobiliser soit des ressources pédagogiques, soit des formateurs, soit d’autres apprenants en fonction de l’aide dont il a besoin.
Il est vrai que les entreprises ont parfois tendance à instrumentaliser la formation uniquement pour la production, l’exercice d’un métier ou l’arrivée d’une nouvelle technologie. Cependant, aujourd’hui, beaucoup d’entreprises reconnaissent que l’investissement doit d’abord être fait par rapport à la personne : plus élevées seront ses connaissances générales et plus elle comprendra son environnement, mieux elle s’adaptera à l’organisation et aux évolutions techniques au sein même de l’entreprise.
Internet est un fantastique moyen pour faciliter :

  • l'accés à de l’information,
  • l’accés à des contenus,
  • la communication entre tous les acteurs du dispositif de formation : entre apprenants, entre apprenants et formateurs

mais ce n’est qu’un moyen.
Il me paraît difficile pour quelqu’un qui est seul chez lui ou dans son entreprise de décider de se former sans trop savoir ni pourquoi, ni comment. Ca peut être possible pour quelques personnes sachant trés bien ce qu’elles veulent et ce qu’elles recherchent mais, la formation est une activité sociale. Les personnes en formation demandent d’abord des relations, des rencontres avec d’autres qui vont les reconnaître en tant qu’individu et c’est là qu’Internet intervient en tant qu’outil extraordinaire de communication.
Il y a deux types de ressources pédagogiques :

  1. Les " ressources dures " : les contenus de culture générale ou liés à des métiers. Dans ce domaine, il faudrait envisager des mutualisations parce que ça coûte cher, surtout si on veut développer des outils interactifs. Ces ressources ne constituent pas la valeur ajoutée de la formation car ces contenus sont déjà accessibles depuis des siécles dans des ouvrages ou des bibliothéques.
  2. Ce qui compte avant tout est l’accompagnement, le tutorat, la médiatisation de ces ressources. D’ailleurs, aujourd’hui, des opérateurs rendent accessibles gratuitement les contenus, mais ils vendent l’accompagnement et le tutorat ; ils vendent le service.