Télétravail : le retard français.

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Alain LELAUBE, journaliste au " Monde "
Avant de répondre à la question, il y a une indication que je dois donner. Le Ministre des Communications l'a dit récemment : « la création d'emploi du côté des nouvelles technologies est tout à fait considérable » et il prenait un chiffre par rapport aux Etats Unis en disant : « cela représente 2/3 de la croissance de l'emploi des Etats-Unis ». Ce qui est intéressant, c'est qu'on cherche à vérifier ce chiffre et à savoir d'où il sort et personne ne le trouve. Il n'empêche qu'il y a sans doute une réalité autour de cela et qu'il y a bien une capacité à produire de l'emploi autour des nouvelles technologies. De ce point de vue, il y a un retard français évident qui offre une opportunité forte. Si le phénomène américain se produisait en France, il serait à l'origine d'une création d'emplois.
Maintenant, par rapport à la question telle que vous la posez, on voit des choses poindre, depuis longtemps, qui font de l'effervescence autour de ce sujet mais en même temps je pense qu'il ne faut pas non plus exagérer l'importance du phénomène. On l'a bien vu par rapport au télétravail, on a beaucoup misé et fantasmé autour de ce phénomène mais manifestement cela ne prend pas exactement les formes qu'on imaginait. C'est beaucoup plus compliqué, plus diffus que ce que l'on pouvait imaginer. Il y a du potentiel mais il ne correspond pas nécessairement à tout cela.
Cela étant, je pense qu'il se produit des choses importantes. Dans le 1er sujet, ce qui est intéressant, c'est le développement du travail indépendant dans les nouvelles technologies (mais en même temps on ne dispose pas de statistiques pour le vérifier de façon convenable), c'est tout à fait considérable. Nous n'avons que des éléments parcellaires pour répondre à ce type de question. Je ne prendrai qu'un exemple. On sait par exemple au travers d'une Caisse de retraite de travailleurs indépendants issus des nouvelles technologies, que leur nombre s'est multiplié par trois en cinq ans. Donc il se produit quelque chose, on n'est pas dans l'ordre du visible. Ca fait plus que frémir mais en même temps on n'a pas les outils et les moyens de connaissance pour le savoir. Ca me permet d'aller vers autre chose qui me semble important, par rapport aux deux sujets en fait.
Pourquoi ne peut-on repérer ce qui est en train de se produire et pourquoi ce potentiel ne se développe pas autant qu'on pourrait l'espérer ? On tombe très vite sur des éléments à la fois favorables et défavorables. Il est clair que ce type d'activité peut se développer pour cause d'externalisation d'un ensemble d'activités, çà se juge en positif comme en négatif. Il est vrai aussi que cela crée des problèmes de précarité qui sont liés à cela et qui rendent plus difficile la lecture de ce type d'activité. Deuxième élément, on tombe très rapidement sur des problèmes de statuts, de situation sociale. Dès lors que nous sortons d'une société salariale très typée, admettre ce genre d'activité n'est pas si évident que ça, on ne sait pas dans quelle catégorie on va la faire apparaître et çà va poser problème. A un moment où un autre, on doit imaginer que les réponses sont de ce côté. Par rapport à l'autre activité, celle qui est plus traditionnelle, de travail en temps partagé sur des activités de secrétariat, d'une certaine façon on peut se demander si on n'est pas dans une situation préindustrielle d'activités émergentes. Est-ce qu'on ne revient pas à des activités à domicile telles qu'elles existaient autrefois avant même qu'arrive l'épisode industriel, c'est-à-dire de structuration d'un marché ?
Cela pose tout de suite un problème de statut et de rapport à ce type d'activités. On va devoir clarifier très vite ces problèmes. Dans le temps partagé il faut parler de pluri-employeurs, pluri-activités et il faut parler sans doute de groupement d'employeurs et d'organisation en réseaux. Voilà ce qu'il va falloir dégager pour que tout cela émerge réellement.