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Olivier
LAS VERGNAS, Délégué à l'insertion, la formation et l'activité
professionnelles
Vincent Merle, aider des demandeurs d'emploi à se mettre sur le marché
du travail dans une situation de multi-salariat comme on l'a vu avec les
secrétaires en temps partagé à Angers, apparaît un peu comme une solution
relativement transposable. Faut-il multiplier ce genre d'initiatives et
comment à ce moment là s'en donner les moyens ou, au contraire, comme
le signalait tout à l'heure Alain Lebaube, est-ce que ce ne sont pas des
choses qui vont de toute façon rester au niveau d'un frissonnement et
qui sont finalement des solutions très limitées ?
Vincent
MERLE Directeur de Cabinet de Nicole Pery, Secrétariat
dEtat aux droits des femmes et à la formation professionnelle
J'ai trouvé ce témoignage tout à fait intéressant parce que nous avons
hérité de la période de forte croissance une sorte de modèle des relations
de travail qui ressemble un peu à la tragédie classique, c'est-à-dire
il y a unité de lieu, unité de temps et unité d'action. En d'autres termes,
on commence tous le boulot plus ou moins à la même heure, on termine tous
plus ou moins à la même heure, tous à peu près dans les mêmes bureaux,
les mêmes ateliers et selon une forme d'organisation du travail où chacun
est à sa place. « The right man at the right place » disaient
les gens qui faisaient l'organisation scientifique du travail. Alors,
ce modèle là, par tous les bouts, éclate.
Le témoignage qui nous a été donné là est d'une certaine manière un des
signes de cet éclatement, mais il y en aurait bien d'autres. Cet éclatement
est inéluctable et il est vrai aussi que les nouvelles technologies favorisent
cet éclatement à bien des égards. Le fait de pouvoir travailler chez soi,
de pouvoir travailler dans sa voiture, le fait que les documents soient
devenus transportables, qu'on puisse communiquer à longue distance à des
coûts très faibles,
tout cela encourage cet éclatement de l'unité
de lieu, de l'unité de temps et de l'unité d'action. Et on voit bien le
risque que cela comporte et en particulier on voit bien comment, petit
à petit, pourrait se produire une sorte de désagrégation des liens sociaux
et des relations de travail et comment on pourrait évoluer petit à petit
vers un travail dans lequel il n'y a plus de lien de subordination, il
n'y a plus de liens forts au sein d'un collectif de travail mais une relation
qui devient de nature purement commerciale entre un prestataire de service
et quelqu'un qui achète ce service.
Pourquoi pas me direz-vous ? On voit bien que cette solution là peut
être dans un certain nombre de cas choisie, voulue, convenir à la personne.
Dans d'autres cas cela peut correspondre à une dégradation très forte
de cette condition de travail au sens très large du travail. En général,
on voit très bien comment une généralisation de ce type de modèle pourrait
petit à petit conduire à ce que les aléas d'une production, les à-coups
dans un marché
soit supportés non pas par l'entreprise en tant que
telle mais par l'individu qui est prestataire de service. Donc la généralisation,
la systématisation de ce type d'exemple peut, à terme, poser problèmes.
Du point de vue de l'emploi et des solutions apportées au chômage, évidemment,
on a tendance à être un peu plus nuancé car on voit bien que des initiatives
du type des secrétaires à temps partagé à Angers permettent de remettre
des gens dans le circuit du travail. Et comment dire non, comment maîtriser
ce type d'initiative ? Au contraire, on a tendance à les encourager.
Donc, ponctuellement, il y a certainement des solutions individuelles
qui peuvent être trouvées à travers ce genre de solutions, mais en même
temps il faut se méfier d'une généralisation, d'une systématisation qui,
je crois, ne résoudrait pas la question de l'emploi et du chômage.
Imaginez simplement que, se fondant sur ce modèle qui s'est développé
à Angers, tous les artisans ou toutes les petites entreprises du secteur
disent «on va faire pareil». Brusquement, vous auriez une tendance à retrouver
un modèle bien classique et qui fonctionne bien en marché libéral qui
est de se dire « on va essayer d'obtenir la productivité par la réduction
des coûts salariaux » alors que nous sommes peut être aussi face
à une autre question qui est celle de se dire qu'une entreprise a une
équipe, a un potentiel humain, comment peut-elle se développer, comment
ce collectif peut-il faire face aux aléas d'une situation économique et
à des marchés de plus en plus tendus.
Juste un mot pour terminer et signaler qu'il y a des exemples parallèles
à celui là qui sont un peu des contre-exemples. On vient de développer,
la CGPE et l'Education Nationale, un VTF d'assistant de gestion qui permet
à des femmes d'artisans d'acquérir les compétences dont elles ont besoin
pour continuer à exercer cette fonction qu'elles ont de plus en plus de
mal à exercer compte tenu du degré d'exigences qui pèse sur ce type de
tâches. C'est une autre forme de réponse à ce genre de défi.
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