Les métiers recomposés : quelles nouvelles compétences ?
(Yves Lasfargue).

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Olivier LAS VERGNAS, Délégué à l'insertion, la formation et l'activité professionnelles
Yves Lasfargue, a-t-on déjà des éléments sur les problèmes qui sont liés par exemple à la solitude du travailleur qui exerce son activité principalement par Internet, Intranet, donc dans une entreprise complètement virtualisée ?

Yves LASFARGUE, Directeur du Créfac (Centre d’Etudes et de Formation)
Je pense que les mots-clés que l'on vient d'entendre sont importants c'est-à-dire que tout dépend si ce type de travail est choisi ou est subi. Pourquoi je dis çà, parce que les nouvelles compétences sont liées à cet éclatement des lieux et des temps.
La première compétence de ce type de travail c'est de savoir gérer son temps. Le travail traditionnel n'oblige pas à savoir gérer son temps parce que nous avons des horaires qui sont fixés par quelqu'un d'autre qui est l'entreprise. Mais toutes les expériences que nous avons faites ont montré que c'était la première compétence. Il y a parmi nous des gens qui ont une certaine autonomie dans la gestion de leur temps et d'autres qui n'ont pas d'autonomie. Par exemple, dans le télétravail largement diffusé, obligatoire pour un certain nombre d'employés chez IBM, on s'est aperçu que tous les salariés à formation commerciale savaient gérer leur temps parce qu'il avait une autonomie depuis longtemps. Par contre, les salariés de type comptabilité ou administratif ne savaient pas bien gérer leur temps. En un mot, le matin, ils ne savaient pas à quelle heure commencer quand ils travaillaient chez eux. Parce que commencer c'était prendre le RER et partir, ce n'était pas commencer à 8h chez soi.
Deuxième compétence : savoir gérer l'espace. Ca veut dire pouvoir travailler à distance. Tout le monde ne sait pas travailler à distance. D'abord tout le monde ne sait pas travailler en groupe physique mais dès qu'on travaille à distance on travaille en groupe virtuel, on rajoute donc des difficultés. Alors certains d'entre nous, spontanément, savent travailler en groupe virtuel. D'autres auront beaucoup plus de difficultés et la formation ne sait pas faire passer ce type de chose. En particulier, on l'a dit tout à l'heure, dès qu'on travaille en groupe à plusieurs à distance, on retrouve les phénomènes d'un groupe physique, il faut donc avoir une certaine discipline d'horaire, il faut avoir un animateur ou un modérateur de groupe et ceci n'est pas spontané. Ce qui fait que pour la partie de la population autonome, ayant des capacités de gestion de temps et d'espace, c'est extrêmement intéressant. Mais il est vrai que c'est un facteur d'exclusion et notamment un facteur de solitude parce que l'une des tendances de ces techniques c'est qu'au fond on est très près du prochain et plus lointain et souvent très loin de son propre voisin.