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Olivier LAS VERGNAS,
Délégué à l'insertion, la formation et l'activité professionnelles
On parle beaucoup en ce moment de la formation tout au long de la vie.
Il y a d'ailleurs un livre blanc européen sur cette question. On sait
que l'équipe de Nicole Perry prépare actuellement la nouvelle loi sur
formation professionnelle autour de cette idée là. Vincent Merle, vous
qui êtes au cur de ce travail, quelle place ces dispositifs de formation
à distance tiennent-ils à l'intérieur de cette idée de formation tout
au long de la vie ?
Vincent MERLE,
Directeur de Cabinet de Nicole Pery, Secrétariat dEtat aux droits
des femmes et à la formation professionnelle
Une place importante assurément. Je crois qu'on ne peut pas réfléchir
au devenir de la formation professionnelle et au système de règles qui
aujourd'hui enserrent ces activités de formation sans y introduire l'hypothèse
du développement des nouvelles technologies. Mais je crois qu'il faut
aussi s'interroger sur ce que l'on cherche à travers ces nouvelles technologies.
Il y avait une réponse simple qui apparaissait à travers les témoignages
et qui vient spontanément à l'esprit, c'est d'abord essayer d'abolir la
distance. Permettre quand on est en zone rurale, permettre quand on est
une petite entreprise éloignée des centres de formation de former malgré
tout ses salariés. Derrière cela il y a évidement les questions de coûts.
Là, les nouvelles technologies sont une commodité. Commodité dont certains
disent, je le constate, qu'il y a quand même une déperdition. C'est plus
commode mais la présence physique du formateur serait quand même peut-être
plus agréable.
On va sans doute un petit peu plus loin quand on touche à la question
de l'accessibilité, de la souplesse d'accès à l'information et à la formation.
Autrement dit, on voit bien que ce que permettent les nouvelles technologies
ce n'est pas seulement d'abolir la distance. C'est aussi que chacun, au
moment où il éprouve le besoin d'avoir une formation décisive, d'avoir
une aide, un appui pour résoudre un problème, peut y accéder. Alors s'il
doit attendre 5 ou 6 mois parce que le prochain stage est prévu dans 5
ou 6 mois, bien évidemment çà change la nature des choses. A travers ce
deuxième élément, l'accès à l'information, l'accès à la formation à tout
moment, on voit bien que c'est petit à petit une représentation même de
la formation qui est en train de changer. C'est çà qu'on redécouvre, cette
chose qui pourtant aurait du rester évidente dans nos têtes, c'est qu'on
se forme d'abord en agissant. On ne se forme pas d'abord en apprenant
des connaissances qu'ensuite on applique, on agit et donc on apprend.
Mais à un moment donné, l'action par elle-même ne suffit pas. On bute
sur une difficulté et là il va falloir faire un détour et si on doit attendre
6 mois ou ne serait-ce que 3 semaines pour avoir l'élément de connaissance
théorique qui va vous permettre d'avancer, il ne se passe rien. Donc là
l'accessibilité petit à petit nous oblige à porter un regard un peu nouveau
sur la façon dont se déroulent les processus d'apprentissage ou, pour
parler dans un langage peut-être un peu plus moderne, dont s'opère la
production des compétences dans l'entreprise.
Donc, incontestablement, c'est une voie qu'il faut développer. D'ailleurs,
il y a des programmes européens mais aussi des programmes français qui
permettent de soutenir financièrement des initiatives de ce type notamment
un programme comme le programme FORE. J'ai envie malgré tout de faire
une réserve. Souvenez-vous il y a encore une vingtaine d'années, pour
ceux qui commencent à être un petit peu âgés, quand on a sorti les premiers
disques en vinyle pour apprendre l'anglais avec la méthode « x »
du type : « répétez après moi : My taylor is rich »,
puis le disque s'arrêtait, il y avait un blanc. Tout le monde était persuadé
qu'on allait apprendre l'anglais avec une extrême facilité grâce à cette
nouvelle technologie. Je crois qu'on trimbale comme ça un certain nombre
de mythes sur la capacité des nouvelles technologies de l'information
et de la communication à multiplier les savoirs, à faire accéder tout
le monde au savoir. Soyons prudents et en particulier parce qu'il y a
un principe dont il ne faut jamais se départir, c'est qu'il n'y a pas
d'apprentissage sans désir d'apprendre. Et quand je dis désir d'apprendre,
je dis désir d'apprendre au double sens du terme. Désir de celui qui apprend
à l'autre de faire partager son savoir et désir de celui qui est en train
de se former d'acquérir des connaissances nouvelles pour gagner en autonomie.
Et ce désir d'apprendre, il se passe à travers une relation et le simple
obstacle d'un écran, la voix déformée, le fait que l'on n'est pas ensemble,
déjà çà casse quelque chose dans ce désir d'apprendre. D'ailleurs l'AFPA
nous l'a bien dit : « on va former à distance mais d'abord on
commence par mettre les gens ensemble ». On crée du lien social,
on crée du désir d'apprendre et après la nouvelle technologie vient comme
un appui. Je crois qu'il y a là un élément qui est tout à fait décisif.
Et puis enfin, n'oublions pas non plus que se former, ce n'est pas seulement
acquérir des connaissances supplémentaires, c'est aussi prendre ses distances
par rapport à l'action, c'est aussi ce moment de recul qui est souvent
essentiel pour qu'on ne soit pas dans une relation complètement stressée
à son travail. Et là la dimension collective, la dimension du formateur
qui n'est pas simplement un transmetteur d'informations, est essentielle.
Donc, les nouvelles technologies de l'information et de la communication
pour la formation, oui, mais soyons très attentifs à ce que certaines
formes pédagogiques, qui ont beaucoup progressé ces dernières années,
subsistent voir même se développent parallèlement à ces nouvelles.
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