En direct du CEATEC, plus gros rassemblement techno du Japon

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Le robot humanoïde de chez Yamaha - Photo © Yamaha-Ceatec 2009

J’ai la très grande chance de me rendre pour la première fois au CEATEC, l’équivalent japonais de l’IFA de Berlin ou du CES de Las Vegas.

Le plus gros rassemblement techno du Japon existe depuis maintenant dix ans. Chaque automne, il attire jusqu’à 200 000 geeks au nord de Chiba, dans la grande banlieue de Tokyo.

Manque de pot en ce début de cette semaine, il pleut : ce qui n’empêche pas que, même si elle reste très introvertie comme lors de ce tournoi en ville (bravo les Giilks), la fièvre est au rendez-vous de cet événement. Un salon que j’arpente depuis son ouverture mardi matin, pour vous dénicher quelques surprises.

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Murata Boy et Girl - Photo © Murata-Ceatec 2009

Première d’entres elles, la démo signée Murata. Il y a trois ans, le constructeur japonais présentait un robot capable de se déplacer à vélo.

Cette année, il revient avec un modèle plus rapide. Mais ce qui est surtout impressionnant, c’est le sens toujours plus aigu de l’équilibre dont cet automate fait preuve. Et surtout le modèle féminin, baptisé Murata Girl, qui, à la différence de Murata Boy, se déplace un monocycle.
Démo en vidéo :

Et en voici quelques autres, notamment le Murata Boy :

(Jour 2) On ne se lasse pas, malgré la voix off qui, dans tous les endroits publics de Tokyo met continuellement en garde contre le typhon Melor (apparemment un des plus grands qu’ait connu la capitale nippone depuis une dizaine d’années), de se ballader dans les allées du CEATEC.
Hier, en me baladant, je suis tombé nez à nez avec cette innovation Sony. Croyez-moi, vu en vrai, cela vaut son pesant de cacahuètes. D’ailleurs, vous ne perdrez pas votre temps en en regardant un petit aperçu..

Pas mal, non ? (c’est un écran flexible OLED (organic light-emitting diode, Ndlr). Mais surtout cette innovation dont on a attendu longtemps qu’elle se réalisa ringardise pas mal de lancements actuels.

A commencer, (j’aimerais avoir votre avis à ce sujet !), par les livres électroniques que l’on connaît actuellement. Y compris le Kindle dont on on nous dit qu’il va, enfin, arriver en France, et ceci, avant la fin du mois. Mais sur ce sujet, on reviendra bientôt de manière plus étayée !

Comme moi, vous perdez sans cesse votre telecommande? Voici ce que le fabricant nippon Hitachi, qui presente en ce moment son prototype, prepare pour vous :

Pour voir toutes les photos des innovations du CEATEC

La bataille pour le contrôle d’Internet a commencé

© ilker

Image ilker (cc)

On n’en parle pas beaucoup, mais, à la fin du mois, arrivera à expiration un accord qui lie l’Icann, principal organe de régulation du web, au gouvernement américain. Bref, les Etats-Unis vont dire s’il gardent, ou non, le contrôle total d’Internet. Une décision cruciale donc.

Avec 1,5 milliard d’utilisateurs dans le monde, le Web s’est imposé comme un outil d’échange sans égal. Une plate-forme unique, universelle - c’est sa force - qui pourrait voler en éclats si les Américains ne renoncent pas au contrôle absolu du Réseau…

Sac en bandoulière, une demi-douzaine d’ingénieurs trépignent. A l’extrémité de la file d’attente, les plus chanceux pourront se faire prendre en photo devant un “dragon barbu”, lézard australien de petite taille. Le parfait cliché souvenir pour les spécialistes du Web qui, ce soir de la fin juin, clôturent, à Sydney, une convention de trois jours où chacun a pu exprimer son avis sur l’avenir du Réseau. De l’autre côté de la grande verrière qui donne sur l’Opéra en forme de coquillage renversé, on aperçoit les lumières des ferries dans la baie. En plein hiver austral, des yachts attendent la prochaine course Sydney-Hobart. L’appel du grand large… ou le calme avant la tempête ?

Car, plus qu’une bénigne morsure de reptile, c’est un autre écueil que redoutent ces ingénieurs en goguette. Le 30 septembre, le département américain du Commerce, l’équivalent yankee de notre Bercy, dira si, oui ou non, il met fin au Joint Project Agreement (JPA). Un texte qui permet aux Etats-Unis de mettre leur veto à toute évolution d’Internet. S’il n’est pas remis en question, il soulèvera la grogne internationale. Et c’est l’existence même du Web tel qu’on le connaît aujourd’hui, c’est-à-dire unique et indivisible, qui pourrait bien voler en éclats. Car, à l’abri des caméras, une poignée de décideurs se déchirent pour savoir qui doit désormais contrôler Internet.

A l’origine, la question ne se posait pas, car le Web a été développé à des fins militaires. Enfant de la guerre froide, Internet a pris son essor grâce aux fonds de la Defense Advanced Research Project Agency (Darpa). A la fin des années 1950, cette agence de l’armée américaine souhaitait mettre au point un système de communication capable de résister aux attaques nucléaires.

Testé par le milieu universitaire, bluffé par la première connexion, en 1969, entre l’Université de Californie à Los Angeles (Ucla) et le Stanford Research Institute, Internet s’est ensuite répandu comme une traînée de poudre. Mais voilà, Internet a beau avoir acquis une dimension universelle, jamais les Etats-Unis n’ont renoncé au contrôle de cette infrastructure stratégique.

Un organisme ad hoc, l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (Icann), avait pourtant été imaginé, en 1998, par l’administration Clinton pour clarifier les choses. Son rôle d’aiguilleur du Web était très simple : à chaque série de chiffres qui correspond à une page web, il fallait attribuer un nom de domaine du type www.lexpress.fr.

Pour que cette adresse soit accessible partout sur la planète, il fallut établir un langage précis et s’assurer que tous les ordinateurs du monde le comprennent. Minutieuse, cette tâche a conféré un pouvoir crucial à l’Icann, qui s’est ainsi imposé comme le checkpoint de tout ce qui existe en ligne. C’est elle qui, par exemple, a interdit l’apparition du .xxx, un suffixe destiné initialement aux sites porno, en 2005.

L’Icann, ou plus précisément… le gouvernement américain. Car l’association de droit californien a beau travailler en partenariat constructif avec des représentants d’utilisateurs du monde entier, elle est soumise depuis sa création à Washington. Présenté au départ comme temporaire, l’accord qui la lie au ministère du Commerce n’a cessé d’être prorogé. Dernier report en date : fin septembre 2006, pour trois ans.

Mais voilà, alors que l’échéance de ce nouvel accord (le 30 septembre) approche, des voix s’élèvent au Congrès pour maintenir le cordon ombilical. “Il nous faut garder le contrôle d’Internet, qui est devenu un enjeu de sécurité nationale”, a ainsi justifié, cet été, Terry Lee, sénateur du Nebraska. Un statu quo qui, s’il est confirmé à la fin du mois, provoquera une crise diplomatique de taille.

D’ores et déjà, la secrétaire d’Etat française à l’Economie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet, ne cache pas son agacement (voir la vidéo plus haut).

Il y a trois mois, c’est son homologue européenne, la commissaire Viviane Reding, qui avait tapé du poing sur la table, estimant qu’il n’était “pas défendable que le gouvernement d’un seul pays ait le contrôle d’un réseau utilisé par des centaines de millions de gens dans le monde entier”. Sans parler de la déclaration de défiance du Brésil, de l’Afrique du Sud ou de l’Inde, qui, à l’occasion des deux éditions (Genève en 2003, puis Tunis en 2005) du Sommet mondial sur la société de l’information, avaient pris de sérieuses distances avec la façon dont était géré Internet. Les Indiens et les Egyptiens, par exemple, ne comprenaient pas pourquoi les extensions en noms de domaine prenaient autant de temps à être adaptées en devanagari (alphabet hindi) et en arabe. Quant aux Russes, qui se sont battus en 2007, pour conserver le .su (Soviet Union), ils ont préféré rester de simples observateurs à l’Icann.
Le ras-le-bol de la communauté internationale s’aggrave à mesure que se répand l’usage du Net sur la planète. En 2012, selon l’institut Forrester Research, les Asiatiques seront deux fois plus nombreux en ligne que les Américains, et, talonnant les Japonais, les Brésiliens s’imposeront comme les quatrièmes utilisateurs du monde. Et ce n’est pas la nomination, le 1er juillet, à la tête de l’Icann, en remplacement de l’Australien Paul Twomey, de Rod Beckstrom, ancien président du Centre national de la cybersécurité américaine, qui va calmer les esprits…

Une crise de gouvernance d’autant plus périlleuse que se profile, dès l’an prochain, une petite révolution avec l’arrivée de nouveaux noms de domaine (voir l’encadré). A la clef, une explosion des coûts : “Quelque 185 000 dollars de frais de dossier, plus près de 25 000 dollars par année de maintenance, pour chaque nouvelle extension”, chiffre un spécialiste.

Autant d’argent qui ira dans les caisses de l’Icann. Dans le cas des .com, la manne se dirige vers des sociétés d’enregistrement, dont le très gourmand VeriSign. Le poids de cette firme californienne au carnet de commandes bien rempli (elle possède la quasi exclusivité de la distribution des .com) pose lui aussi le problème de la domination américaine du Réseau.

Cela ne décourage pas les projets les plus inattendus, comme le .zulu, auquel tient personnellement le roi coutumier Goodwill Zwelithini kaBhekuzulu. “Il y a quarante ans, les premiers pas de l’homme sur la Lune nous ont aidés à définir notre vision de notre place dans l’Univers”, s’enflamme Rod Beckstrom, pour qui ces nouveaux noms de domaines “vont permettre à toute l’humanité de prendre sa place sur Internet”.

Toute ? C’est aller un peu vite en besogne pour Pierre Ouedraogo, chef de projet à l’Institut de la francophonie numérique : “Comment voulez-vous demander à un pays dont la population est dépourvue d’eau courante de dépenser de tels montants ?” A cette contrainte financière s’ajoutent des querelles de souveraineté, comme celle qui a vu plusieurs pays se disputer la distribution du .africa. Débordée, l’Icann peine à jouer les pompiers.

Internet, déjà se fragmente de tous côtés. En effet, pour créer l’architecture du réseau, l’organisme s’appuie sur un dispositif technique constitué de 13 ordinateurs ultraprotégés, dits “serveurs racines”, installés au Japon (Tokyo), en Europe (Stockholm et Londres), mais pour l’essentiel aux Etats-Unis (notamment le serveur A, qui abrite le mode d’emploi de tous les autres). Ce sont eux les garants de l’intégrité du Net. Or la Chine - pays qui depuis dix-huit mois compte le plus d’internautes au monde - a les moyens techniques de mettre en place une infrastructure parallèle. “Il est tout à fait possible pour Pékin de créer son propre système d’adressage permettant de bloquer la consultation de ses sites aux internautes extérieurs et celle des sites extérieurs à ses ressortissants”, prévient un spécialiste. S’il se confirme, un tel mouvement constituerait une atteinte à la “neutralité du réseau”, principe cher au Pr Tim Wu, de Columbia University, et selon lequel tous les contenus doivent être accessibles de manière égale en ligne.

De son côté, la Syrie dénonce, à longueur de communiqués officiels, “la domination actuelle par un pays de tout ce qui concerne Internet”. Pour Damas, la régulation devrait s’opérer “à travers six groupes régionaux, sur le modèle de ce qui a été établi en 1967 pour le téléphone”. La Syrie estime judicieux de s’appuyer sur l’UIT, la branche télécoms de l’ONU. Une option balayée d’un revers de la main par Janis Karklins, président du Government Advisory Committee (GAC), un comité consultatif de l’Icann où se retrouvent quelque 90 pays. Pour ce diplomate letton, “le temps de réaction de l’ONU n’est pas celui d’Internet”. De plus, avancent les partisans du statu quo, il n’est pas souhaitable de créer une nouvelle structure dont rien ne garantit qu’elle serait démocratique.

C’est sans doute pour prévenir une telle critique que Viviane Reding a confirmé à l’Express l’idée d’un “G 12 pour la gouvernance d’Internet”, avec deux représentants par continent (trois au total pour l’Asie et l’Océanie), ainsi que le président de l’Icann comme membre non votant. Certains sont plus radicaux. Au coeur de l’été, le sénateur français Jean-Pierre Masson a de son côté appelé à la création d’un “second réseau de type Internet”, organisé par le Vieux Continent. Au risque de réitérer l’expérience d’un Minitel, cette fois-ci à l’échelle européenne.

Attention à ne pas tomber, nous aussi, dans un excès de protectionnisme. Ce serait condamner les développements prometteurs du Web mobile ainsi que celui de l’”Internet des objets”, qui, grâce à une puce intégrée, leur permettra de communiquer entre eux. Déjà, une bataille s’est engagée pour savoir où seront situés les ordinateurs centraux de ce futur système. “Cette fois-ci, l’Europe se bat pour être une région clef”, précise Bernard Benhamou, délégué aux usages de l’Internet au Secrétariat d’Etat au numérique. Sans consensus mondial, le formidable vecteur d’échanges qu’aura été Internet ne sera plus considéré dans quelques années que comme un heureux accident de l’Histoire.

En vidéo, la réaction de Nathalie Kosicusko Morizet qui prend position particulièrement clairement ce sujet. Une réaction recueillie avant l’été (merci Aurélien). Et vous allez voir, elle était passablement agacée par la situation actuelle…

Photo de Une : ilker

De retour chez Apple, la cinquième vie de Steve Jobs

Steve Jobs et Bill Gates a "D5: All Things Digital" conference de la Silicon Valley en 2007 - Photo Joi Ito

Steve Jobs et Bill Gates a "D5: All Things Digital" conference de la Silicon Valley en 2007 - Photo Joi Ito

Ainsi, revoilà Jobs. Pas le pastiche, le vrai. A en croire le Wall Street Journal, il aurait même subi une greffe du foie. Eveillé. Prêt à entamer une cinquième vie.

Les trois premières (Macintosh, Pixar, iPod), j’avais essayé de les esquisser dans le portrait paru il y a cinq ans et reproduit ci-après. Depuis, il y a eu l’iPhone, et ses applications. Cette semaine, il reprend le boulot: on l’a aperçu sortant du siège d’Apple ce lundi.

Une fois de plus, Jobs revient tel l’enfant prodigue, lui qui, abandonné à ses premiers jours, a grandi, adopté par un couple de la classe moyenne de Mountain View. A quoi ressemblera le prochain épisode?

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Janvier 1984, un Américain mal rasé annonce la sortie d’une machine de 7 kilos, le premier ordinateur avec écran couleur: il le baptise Macintosh. Le jeune homme fait la couverture deTime Magazine et beaucoup d’envieux. Vingt ans plus tard, Steven Paul Jobs, patron d’Apple, a écoulé plusieurs dizaines de millions de Mac et a lancé en Europe le mini-iPod, une version miniature - un paquet de cigarettes - d’un baladeur numérique capable d’enregistrer jusqu’à 1 000 chansons à partir d’un site Internet. Le lancement était prévu en mars 2004, mais ce petit bijou électronique a rencontré un tel succès aux Etats-Unis que les usines ne pouvaient fournir le Vieux Continent à temps. A la surprise générale, Jobs et sa bande ont alors démontré qu’il était possible de vendre de la musique en ligne - 99 centimes d’euros par chanson - sur le site iTune Music Store.

L’alter égo de Jackie Onassis

Impossible de caractériser Jobs en quelques lignes. D’abord parce qu’il se surprotège. Capable de faire attendre plus de trois heures un journaliste venu spécialement d’Europe, pour ne lui accorder qu’une entrevue de cinq minutes, où, entre deux soupirs, il élude la majorité des questions. « Ce mec, c’est, dans les affaires, l’équivalent masculin de Jackie Onassis en politique: un être incontournable, qui a marqué son temps, mais dont personne n’a percé les vrais ressorts », explique Alan Deutschman, journaliste à Vanity Fair et auteur de La Seconde Vie de Steve Jobs. Ensuite, parce qu’il est complexe, difficile à ranger dans une catégorie. « Il a la créativité de Sergey Brin et de Larry Page, les deux fondateurs de Google, l’expérience du fabricant d’ordinateurs Michael Dell, et la pugnacité de Carly Fiorina, la patronne de Hewlett-Packard », admire un responsable de l’institut d’études américain Forrester Research.

Bref, on n’est guère plus avancé. Par où commencer? Un mot (inévitable) sur son apparence? Qui, du fait de ses éternelles baskets blanches New Balance, jure avec celle des grands patrons. De ses goûts culinaires, végétariens depuis son voyage en Inde alors qu’il avait 20 ans? De son idylle supposée, à l’époque, avec Joan Baez? Autant d’éléments qui ont fait de lui le bad boy de l’informatique. Ou bien de sa maison très Vieille Angleterre achetée au cœur de Palo Alto, en Californie, où, depuis qu’il est père de quatre enfants, il mène une vie bien rangée, son coupé Mercedes dans le garage.

Un caractère de cochon

En fait, pour croquer le bonhomme, mieux vaut retracer son parcours. Celui d’un insatisfait qui n’envisage son existence que comme une suite effrénée de projets, menés à bien ou avortés, peu importe. « La vie est courte. Et nous allons tous mourir bientôt. Si l’on veut agir, c’est maintenant », répète-t-il à l’envi. Il est né en 1955. Enfant abandonné, Steven Paul est adopté par Paul et Clara Jobs de Mountain View, une ville sans histoire de Californie. Steve a une sœur biologique, Mona Simpson, qui deviendra romancière à succès (Anywhere but Here, A Regular Guy), il ne la rencontrera que beaucoup plus tard. L’enfance est bien tranquille. A 17 ans, « parce qu’il s’ennuie », la légende dit qu’il appelle - chez lui! - William Hewlett, pour lui demander ce qui l’a poussé à monter son entreprise. Contre toute attente, le cofondateur de Hewlett-Packard ne lui raccroche pas au nez, mais, amusé, lui propose un stage.

stevejobs4.jpgC’est là que Jobs rencontre Steven Wozniak, passé par Berkeley. « La première personne qui s’y connaissait plus en électronique que moi », reconnaîtra Jobs par la suite. A l’époque, en 1976, Steve a 21 ans, Woz 26. Ils s’entendent si bien qu’ils passent leurs week-ends à bidouiller, dans le garage du père de Steve, l’Apple I, le premier d’une longue lignée d’ordinateurs personnels. Jobs a l’idée saugrenue de brancher sur cet écran une «souris», une invention tout juste sortie des labos de Xerox. Cela plaît. En 1980, la firme entre en Bourse et recrute. Jobs s’est mis en tête de débaucher comme directeur John Sculley, un cadre qui fait des merveilles chez Pepsi. Et l’aborde ainsi: « Dis-moi, John, tu préfères passer le reste de ta vie à vendre de l’eau sucrée ou bien à changer le monde? » Tope là! « Ses propos naviguaient entre une nonchalance désarmante et des arguments qui partaient dans tous les sens. A chaque fois, pourtant, il possédait le talent d’emporter l’adhésion du plus sceptique », se souvient Sculley. La même année, Jobs lance sans grand bonheur l’ordinateur Lisa - du nom de sa première fille - mais surtout le Macintosh, avec le succès que l’on sait. Tout va bien. Sauf que le caractère de cochon de Jobs le rend odieux. « Capable d’organiser une soirée très chic à l’opéra ouverte à tous. Puis de ne plus prononcer un mot une semaine durant», raconte un ancien collaborateur. La tension monte, notamment avec Sculley, qui, devenu très influent, le pousse vers la sortie en 1985.

Beaucoup disaient Jobs fini

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Beaucoup disent alors Jobs fini, que l’ex-petit prodige n’était qu’une fausse valeur, qui va profiter de son pactole pour faire un nouveau tour du monde. Mais il déjoue tous les pronostics. Pas de retraite dorée pour lui. Il rachète Pixar, une société de réalisation alors en difficulté au producteur George Lucas (La Guerre des étoiles). Jobs met pour cela 10 millions de dollars sur la table, un investissement que peu prennent au sérieux. Quinze ans plus tard, la firme qui a produit le Le Monde de Nemo et Toy Story en vaut bien plus. « Nous ne dessinons pas des contes de fées, mais des histoires d’aujourd’hui », lâche-t-il pour expliquer ce succès.

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En 1986, Steve l’infatigable crée Next (au suivant, en anglais), une compagnie qui, espère-t-il, va inventer l’ordinateur idéal pour les étudiants. Seules 50 000 unités seront vendues, et plus cher que prévu. C’est un échec, mais, pourtant, à ce moment-là, il va réussir son coup de maître, persuader Apple, grâce à des amis encore dans la maison, de racheter Next et sa technologie. Non seulement cela le sauve, lui, de la faillite, mais il revient, tel le fils prodigue, dans la société qu’il a cofondée. Au départ, il occupe des postes insignifiants, mais cela ne dure pas, car Gilbert Amelio, le nouveau patron d’Apple, un financier qui ne pense qu’à réduire les coûts, est de plus en plus critiqué en interne. Jobs, lui, est applaudi à chaque présentation de produits. Peu de temps après, Amelio est remercié - «Jobs n’est qu’un assoiffé de pouvoir!» dira-t-il. Et voilà, début 1997, Steve derechef aux commandes.

C’est un nouveau Jobs qui se dévoile alors. « Il demande des conseils autour de lui et, surtout, en tient compte; il a beaucoup appris de ses erreurs », observe Regis McKenna, un gourou de la communication dans la Silicon Valley. «Il a gagné en finesse», confirme Jean-Louis Gassée, qui le connaît bien puisqu’il avait lancé la division française d’Apple en 1989. La firme, qui a frôlé plusieurs fois la faillite, est alors en pleine forme. Elle vend davantage d’iPod que d’ordinateurs! Plus de 805 000 pendant le premier trimestre 2004, neuf fois plus que l’année précédente. Assez pour faire bondir sur le prmier trimestre de 2004 de 29% les ventes (1,9 milliard de dollars) de cette firme de 10 000 salariés.

Deux semaines pour choisir une machine à laver

Et si Jobs rencontre un tel succès, c’est qu’il se vit comme un artiste. « Il a créé les premiers ordinateurs indigo, mandarine, myrtille... », rappelle un consultant. « Il a une certaine grâce dans l’imagination. Il préfère une ligne épurée à un tableau de Jackson Pollock », complète Jean-Louis Gassée. Cela le poursuit même à la maison. « Quand il a dû changer de machine à laver, il a réfléchi deux semaines entières sur l’esthétique de l’appareil à acheter », se rappelle un proche.

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Cette recherche vire parfois au harcèlement. « J’ai travaillé au côté de Jobs durant deux ans; le plaisir a vite laissé place à l’horreur: il hurlait parfois en pleine nuit au téléphone », se rappelle Alice, une ancienne employée de Next. Avec plusieurs amis, elle fair partie desWorkaholics Anonymous, une association d’adultes anéantis par une vie professionnelle difficile. Aujourd’hui retranchée dans une résidence arborée, Alice s’est mise à la peinture…

Lui n’est pas près de raccrocher. « Si vous regardez bien, Jobs a eu trois vies. D’abord celle de l’inventeur de l’ordinateur personnel, où il a dû se frayer un chemin différent de celui de Microsoft. Ensuite, celle du cinéma avec Pixar. Et puis celle du triomphe de du mini-iPod, où il a inventé le concept de musique payante sur Internet. Y en aura-t-il une quatrième? Autour du sans-fil peut-être ?» en vient alors à s’interroger l’institut d’études Gartner Group.

Jobs assure que ce n’est plus l’argent qui le fait courir. «Je “pesais” plus de 1 million de dollars à 23 ans. Plus de 10 millions un an plus tard, et plus de 100 à 25. Si je faisais cela pour l’argent, je me serais arrêté.» Ou encore: «Je ne suis pas un bon investisseur. Mon objectif n’est pas d’être le plus riche du cimetière.»

Commander des objets par la pensée (bientôt)

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Le Mind Flex de Mattel - Photo DR

On croyait cette application réservée à Star Wars. Mais, voici que - Cocorico ! - l’Inria et quelques autres labos français, dont lInserm, planchent sérieusement sur la possibilité d’agiter des objets par la pensée. Encore en phase de test, leur logiciel, baptisé OpenVibe, utilise notamment les signaux du cerveau captés par une foule d’électrodes. Ce qui pourrait permettre, par exemple, à un tétraplégique, de dicter ses souhaits à un ordinateur.

Petit bémol, cela ne marche pas encore à tous les coups. Et puis, cela ne doit pas être évident, comme on le voit sur la vidéo, d’avoir une électrode sur le nez ou sur le front.

Bientôt une balle de Ping Pong ?

Mais les idées d’applications sont légion. Regardez la deuxième vidéo signée du Washington Post : on commence déjà à faire bouger une balle de Ping Pong. Europe 1 évoquait ce matin, la sortie de jeux vidéos, dans moins d’un an, où les joueurs équipés d’un casque, pourraient faire bouger une balle de Ping Pong. À quand la possibilité de sortir sa voiture en prenant son petit-dej ?

Quand la France n’est que 23e mondiale…

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Pourquoi ne pas réussir dans le high-tech comme on le fait dans le spatial ? - CNES/ESA/Arianespace

Question technologies, c’est plutôt inquiétant, et cela ne semble pas près de s’arranger… Et si nous avions un peu pris de haut, et dévalorisé, la simple production, dans l’industrie lourde comme dans le high tech ?

Rendu public début mars, le classement a été accueilli, de la part de nos élites, par un silence gêné. Établi par l’Union internationale des télécommunications, il hiérarchise les pays en fonction de leur degré d’équipement et de leur compétence technologique. La France, 5e puissance économique mondiale, arrive en… 23e position. Derrière Macao et bien après l’Autriche. Certes, il ne s’agit pas du premier état des lieux alarmiste sur la situation du high-tech français. Du clairvoyant rapport Minc-Nora, publié en 1967, au plus récent plan Besson, en passant par les préconisations Jouyet-Lévy (2007), la production d’analyses réclamant une marche forcée de notre pays vers l’économie numérique est devenue un sport national.

S’est-on, pour autant, tourné les pouces ? Pas vraiment, à en voir la quantité de mesures adoptées ces trente dernières années. C’est davantage leur efficacité qui est en cause. Un constat d’autant plus cruel que le secteur - 50 000 entreprises dans l’Hexagone - se révèle stratégique, en période de sévère récession. N’est-il pas à même d’apporter, au bas mot, un demi-point de croissance, chiffrait déjà la ministre de l’Economie, Christine Lagarde, en 2007 ? « Si on ne fait rien, on va se priver de 1 million d’emplois ! » s’enflamme, de son côté, la Fédération des industries électriques, électroniques et de communication.

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Une urgence amplifiée par les dernières nouvelles du front, qui ne sont pas particulièrement réjouissantes. Après avoir échappé - heureusement - à la revente pour « 1 franc symbolique » au coréen Daewoo, au milieu des années 1990, le groupe Thomson, qui, bien aidé par ses précieux brevets aux États-Unis, a connu depuis un joli parcours, se retrouve de nouveau fragilisé. Quant à l’équipementier télécoms Alcatel, il devra accumuler un paquet de contrats, comparable à celui signé avec Verizon en février ou, plus récemment, avec China Unicom, pour se remettre de la fusion mal pensée avec Lucent, en 2006, qui a diminué sa taille d’un cinquième.

Non seulement les champions historiques sont sur le déclin, mais le pays n’a pas su en faire émerger de nouveaux. Aux États-Unis, la majorité des leaders actuels (Microsoft, Google…) n’existaient pas il y a trente-cinq ans. À la différence de la France, où les Vivendi (ex-CGE), Orange (France Télécom), Lagardère ou Bouygues tiennent toujours le haut du pavé. Et la croissance fulgurante de start-up (Exalead, Free, Vente-privée.com…) ne débouche pas encore sur la naissance d’un nombre suffisant de géants mondiaux : Dassault Systèmes ou encore Ubisoft apparaissent ainsi comme des exceptions. Certes, le secteur compte quelques sociétés de services phares (Capgemini, Altran…). Mais l’un des joyaux de l’Hexagone, Business Objects, est tombé, fin 2007, dans l’escarcelle de l’allemand SAP.

Dès lors, d’où viendra la relève ? Notre pays ne manque pas de talents : nos ingénieurs, les mathématiciens comme les designers, continuent à être plébiscités à l’étranger. Ni d’idées : les projets foisonnent. Mieux, il est administrativement plus facile de créer une entreprise en une journée depuis l’entrée en application, le 1er janvier, du dispositif « auto-entrepreneur ». Pas moins de 75 000 créateurs de projets s’y sont d’ailleurs engouffrés.
Même l’accès aux premiers financements a été singulièrement facilité. « Grâce à la loi sur le pouvoir d’achat, qui permet aux riches ménages de soustraire de l’impôt sur la fortune jusqu’à 50 000 euros investis dans une start-up, j’ai converti des pharmaciens à l’actionnariat privé », se réjouit Franck-David Colin, fondateur du site d’intermédiation Faisonsaffaire.com. « Rien que pour cet avantage, je ne m’oppose plus à l’existence de l’ISF », plaisante Denis Payre, cofondateur de l’association patronale Croissance Plus, par ailleurs ferme défenseur du bouclier fiscal.

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Si elle a été au rendez-vous, l’aide publique gagnerait cependant à être mieux allouée. « À travers une dizaine de secteurs clefs », préconise-t-on à la Fieec, citant par exemple l’e-santé ou les technologies durables… Et aussi géographiquement. C’est la conviction de Bernard Charlès, directeur général de Dassault Systèmes, qui appelle à une concentration du nombre de pôles de compétitivité : lancées en 2005, ces « zones de priorité d’investissement » sont aujourd’hui au nombre de 71 sur le territoire…
Pour atteindre une taille critique, c’est aussi et surtout de commandes sonnantes et trébuchantes que les jeunes pousses ont besoin. Une idée trottait dans la tête de nos dirigeants depuis longtemps : répliquer en France le Small Business Act, un texte en vigueur aux États-Unis depuis 1953 et qui garantit aux PME un minimum de 20 % des commandes publiques, ainsi que l’obligation de raccourcir le délai de règlement des factures. Or, à l’issue de sa présidence de l’Union, fin 2008, la France n’a réussi à faire avaler à l’Europe qu’une demi-mesure. « Dans l’état actuel des choses, les dispositions sont uniquement incitatives », regrette Olivier Ezratty, consultant en innovation et professeur à l’École centrale de Paris.

Une erreur : dévaloriser la fabrication

Reste que l’État ne peut pas tout faire. L’industrie française paie aussi ses erreurs stratégiques, comme la dévalorisation, au début des années 2000, de la fabrication. Nombre de nos industriels doivent amèrement regretter d’avoir cédé trop facilement à la mode du “fabless” pour répondre à la concurrence asiatique. C’est le modèle inverse qu’a choisi Apple. Devenu constructeur de mobiles avec l’arrivée de l’iPhone, la firme californienne a gardé le contrôle de ses sous-traitants, même s’ils opéraient en Asie. Car c’est bien la mainmise sur la production qui permet constamment d’enrichir l’offre logicielle et donc de monter en gamme. Une option que n’a pas négligée, à raison, Violet, le fabricant français de Nabaztag (voir Mir:ror). Ou encore la PME Archos. Au départ simple fabricant de baladeurs numériques multimédias, cette entreprise industrielle, née en Haute-Loire en 1988, est devenue il y a quatre mois constructeur de netbooks, de légers ordinateurs connectés à Internet. Renouant avec un rêve qui fait aujourd’hui malheureusement figure d’exception : devenir un géant de l’électronique… issu de l’Hexagone.

le 27 mars 2009

Légende photo Ariane : Décollage du lanceur Ariane 5 ECA, vol 164 le 12 février 2005 depuis le Centre spatial guyanais.
Avec la qualification de la dernière version du lanceur européen, Ariane 5 ECA devient un des lanceurs les plus puissants du monde. (CNES/ESA/Arianespace/CSG Service Optique, 2005)

Le premier magazine doté d’une puce RFID

Mir:ror

Exclu: le premier magazine doté d’une puce RFID sortira en France demain
le 16 mars 2009 8h21

Des puces partout ? Elles arrivent déjà dans les journaux… C’est le titre Amusement qui s’est prêté au jeu, intégrant dans ses pages une puce qu’il sera possible de décrypter grâce au Mir:ror, un lecteur mis au point par Violet, l’entreprise, française elle aussi, qui par ailleurs est déjà le “père” du Nabaztag, sympa petit lapin intelligent.

Comment cela marche?

Concrètement, il suffira de poser votre magazine sur le Mir:ror pour voir apparaître à l’écran de votre ordinateur tout un stock d’images, de vidéos stockées dans le magazine. Il y aura même un jeu vidéo dans cette première expérimentation ! Le plus intéressant est que tous ces contenus seront augmentables à distance! Astucieux et sans doute un avenir pour la presse “traditionnelle” qui voit là une manière de se rendre plus interactive.

L’information dématérialisée

“Et si un simple magazine de 700 grammes pouvait à la fois être fait de papier, d’encre, de composants électroniques et de contenus numériques? Et si le contenu d’un magazine se prolongeait dans le monde de la toile ? Et si la dissociation entre presse écrite et contenu numérique devenait définitivement caduque ?” interroge t-on chez Violet.

“J’ai imaginé ce magazine d’un nouveau genre en réfléchissant au rapports que le papier peut entretenir avec l’information dématérialisée. En lançant AMUSEMENT, nous souhaitions reformuler la presse technologique à l’ère d’Internet, en proposant un véritable magazine-objet” détaille Abdel Bounane, directeur de la rédaction d’Amusement.

Une ébauche du Web 3.0

Alors que le web fête ses vingt ans, c’est également une des pistes du web 3.0, c’est à dire la connexion des objets entre eux dont nous parlait Tim O’Reilly, l’inventeur du web 2.0, ici.

Nice initiative that will allow these magazine readers to access video games and video. The road to Web 3.0?

Guillaume Grallet, L’EXPRESS

 

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