Numérique

Référencer une vidéo par reconnaissance des dialogues


Le système de l’université de Pennsylvanie enregistre les échanges entre les personnages d’un film ou d’une conférence pour les identifier et comprendre le contexte. Un moyen d’affiner la recherche sans recourir aux tags.

Pour améliorer la recherche sur les fichiers multimédia, les chercheurs de l’université de Pennsylvanie travaillent sur un système qui sera capable d’identifier le contexte et les personnages d’une vidéo sans que celle-ci ait été tagguée au préalable. Le dispositif, qui peut potentiellement être intégré aux moteurs de recherche vidéo, ou encore dans les systèmes de surveillance, se réfèrera à la fois au texte écrit - comme le script, les sous-titres ou encore les commentaires des internautes si le fichier circule sur le Net - et les informations audio, comme les dialogues entre les acteurs. Mais aussi à l’image : les visages qu’il aura identifiés et qui seront stockés dans sa base auront été visualisés sous différents angles et degrés de luminosité. Ce, afin d’être reconnus ensuite en toute circonstance. Il sera alors possible de taper un nom et d’obtenir des résultats précis et pertinents, même si les vidéos référencées ne contiennent aucun marquage hypertexte.


Reconnaître les objets sans les “labels”

Pour entraîner leur système, les chercheurs utilisent la télévision, et plus particulièrement les séries. Pourquoi ? “Il y a une alternance de scènes, les personnages réapparaissent d’une manière régulière, et sont filmés sous différentes vues”, souligne à L’Atelier Timothée Cour, chercheur à l’INRIA qui a participé au projet. Autre avantage : “Quand vous regardez un film, vous savez qui est qui sans faire d’effort particulier”, explique à L’Atelier Ben Taskar, responsable du projet. “Car les prénoms sont souvent prononcés : ‘Bonjour, je m’appelle Jack’, ou ‘Susan, où est la voiture?’”.


Un moteur de recherche rapide pour les vidéos

Le système fait de même, et décrypte les prénoms, la personne qui les prononce et à propos de qui. Le logiciel est capable également de réaliser certains montages. Par exemple montrer toutes les scènes où un personnage donné apparaît, ou celles tournées dans un lieu précis. Une fonction qui trouvera des applications en entreprises. “Celles-ci sont de plus en plus demandeuses d’un moteur de recherche efficace pour trouver des images et des vidéos de produits, de conférences…”, poursuit Ben Taskar. Et de conclure :”Nous espérons créer un algorithme qui permettra de trouver des images sur Internet, sur les disques durs et sur les iPod, d’une manière aussi simple et rapide que pour trouver des documents Word”.

L’évolution sociale du mobile passera par la géolocalisation

Photo Milica Sekulic (cc)

Photo Milica Sekulic (cc)

Voici un focus sur deux usages : la connexion entre personnes dans un même espace et l’information qui vient à la personne à partir de la réalité. Des technologies qui ne se limitent plus à un simple portage de services web existants.

Après les sites de proximité qui se sont penchés sur le web, et la vie de l’internaute sédentaire féru de vie de quartier, le mobile tente d’apporter cette richesse d’interaction avec le réel. Comment ? Grâce à la géolocalisation. Des services comme Google Latitude, Sooshi, WhosHere, et plus particulièrement Aka-aki sur iPhone, connectent des personnes inscrites au même service et dans un diamètre géographique défini, afin de leur fournir des informations sur le lieu : échanges entre utilisateur, affichage de la liste des métros, restaurants, banques dans le quartier, voire création d’amis virtuels. Le mobile offre ainsi des services qui n’ont de sens que si l’utilisateur est nomade.

Présentation de aka-aki - Photo boerge30 (cc)

Présentation de aka-aki - Photo boerge30 (cc)

La socialisation de notre géoposition : du service au jeu

Ce type de mise en relation attire également les services de rencontre (ex : Skout), et ils ne sont pas en reste non plus sur iPhone. Des services comme Mynameise vont jusqu’à échanger leur identité numérique comme une carte de visite. Ce “lifestreaming” géocalisé pourrait à mon sens judicieusement être l’une des évolutions majeures d’un Twitter de plus en plus en vogue. Autre domaine, ‘quand la ville devient un terrain ludique’ avec les MMTRG (mobile multiplayer trans-reality gaming) qui exploitent à plein la dimension de jeu avec la réalité. Un usage impossible à porter sur un ordinateur fixe. On connaissait les QR code, Freetag et mobileTag qui permettaient d’interpréter un objet du réel et d’y associer un contenu. Ce n’était qu’un prélude. Le mobile grâce à la réalité augmentée va interpréter la même information qu’un humain sans code-barres incompréhensibles.

Photo Sooshi

Photo Sooshi

Interactions entre individus et interactions avec les objets

Filmer un bâtiment ou des produits va dorénavant être associé à toutes sortes d’informations : le nom de la rue, le distributeur le plus proche de sa position (voir l’exemple d’ING), des avis d’utilisateurs sur des restaurants, une information sur un produit ou superposition d’un élément 3D dans la réalité par l’intermédiaire de l’écran. Ces technologies ont un point commun : elles demandent à rester en permanence connectées à internet. La révolution du mobile passera sans doute par ce biais, et la géolocalisation montre à quel point des applications nomades peuvent donner au support toute son autonomie d’usage. Et si le “tout social” doit faire ses preuves au long terme, il reste important de garder un œil sur les données de sa vie privée, à l’ère d’une portabilité des identités numériques de plus en plus présente.

Publié le 17 Avril 2009


A Day with aka-aki

ASK IT : La géolocalisation au service du handicap (Reportage EuroNews)

Gros sous, gouvernement 2.0, prospective politico-technologique

La Maison Blanche - Photo Timothy K Hamilton (cc)

La Maison Blanche - Photo Acameronhuff (cc)

Voyage USA, 3e partie. Atterri ce matin après deux journées d’immersion à Washington, pour aborder au niveau politique les thématiques qui auront structuré mon déplacement, à savoir la protection des données personnelles, la neutralité du réseau, les tendances à venir de la société du numérique, l’impact de la crise sur le secteur des TIC. Nous avons également abordé les problèmes essentiels de la gouvernance de l’Internet et du renforcement de la sécurité des réseaux.

Lundi matin, direction la Maison Blanche pour y rencontrer l’équipe du Président Obama en charge des technologies de l’Information. Susan Crawford, conseillère spéciale du Président pour la Science, la Technologie et l’Innovation, Vivek Kundra, le Chief Information Officer fédéral, et Jim Kohlenberger, le Chief of staff de l’Office of Science and Technology Policies forment une équipe impressionnante. On voit bien que les plus proches conseillers d’Obama sur la question veulent prolonger la dynamique de la campagne, dont chacun sait qu’elle a utilisé le net comme jamais auparavant, pour transformer l’administration et impliquer davantage les citoyens américains dans l’élaboration des décisions politiques. Ceci n’est pas une mince affaire, mais nos interlocuteurs dessinent des lignes de force très claires pour y parvenir.

Les conseillers de Barack Obama, ici avec le Senior Advisor David Axelrod - Photo: White House Photo/ Pete Souza

Les conseillers de Barack Obama, ici avec le Senior Advisor David Axelrod - Photo: White House Photo/ Pete Souza

D’abord, étendre l’accès au haut débit à tous les Américains, en injectant 4.7 milliards de dollars du plan de relance dans le haut débit pour les zones enclavées. Ensuite, maintenir la neutralité du réseau, c’est-à-dire éviter que les opérateurs ne fassent de distinction, notamment de facturation, entre les différents services qui peuvent transiter sur le Net, afin que chacun puisse avoir accès à l’ensemble des contenus et que les entreprises innovantes ne voient pas de barrières artificielles se lever au déploiement de leurs services. Encourager l’interactivité et la participation du public, notamment par la mise en place d’un projet fascinant: data.gov. Il s’agit pour l’administration de mettre en ligne, d’ici quelques semaines, l’ensemble des données publiques dans tous les domaines (plusieurs téraoctets de données) et de laisser, comme le font Google avec Androïde et Apple avec les iPhone apps, les internautes agréger ces données pour offrir des services au public. Cette idée mérite d’être regardée de près, et pourquoi pas, de s’en inspirer.

Sur le plan de relance, en revanche, et comme j’en aurai confirmation tout au long des entretiens que j’aurai durant ces deux jours à Washington, si l’argent est là, les modalités d’octroi des subventions sont encore à définir. Tout le monde s’accorde sur le fait que ce coup de pouce au déploiement des réseaux est nécessaire, mais ne sera pas suffisant pour amener les États-Unis au niveau de connectitivité de l’Europe de l’Ouest, du Japon ou de la Corée.

C’est bien l’avis de Verizon, l’un des deux plus gros fournisseurs d’accès américains, qui a investi directement plusieurs milliards de dollars depuis deux ans pour déployer un réseau de fibres optiques vers le particulier. Sans attendre le “stimulus package” de réponse à la crise financière, Verizon a donc fait le pari d’un retour rapide sur investissement, d’autant qu’il est propriétaire des infrastructures déployées et que le régulateur américain, la FCC, ne le force pas à les partager avec d’autres. Cette politique volontariste a semble-t-il un revers, dénoncé par d’autres, du au fait que la rentabilisation rapide des infrastructures passe, pour Verizon, par une volonté, selon leurs termes, de procéder à un “management raisonnable des réseaux”, litote voulant dire “remise en cause partielle de la neutralité du réseau et valorisation de certains types de contenus plus rentables que d’autres”. Le débat est lancé, mais il m’a semblé que les tenants d’un maintien strict de la neutralité du net étaient nombreux, puissants, et avaient des arguments convaincants.

Cette neutralité du net n’est-elle pas d’ailleurs potentiellement remise en cause par le projet de Loi du sénateur Jay Rockefeller, qui identifie (à juste titre) l’infrastructure Internet comme critique, et les attaques ou détournement qu’elle pourrait subir comme une potentielle atteinte majeure à la sécurité nationale ? C’est la question que j’ai posée à ses conseillers au Sénat, qui semblaient conscients que le renforcement de la sécurité des réseaux, et l’implication des agences fédérales de sécurité comme la NSA dans leur gestion, pouvaient poser problème. Pour autant, le débat est posé, et il faut s’attendre a un débat virulent sur ce point. J’ai fait remarquer qu’une lecture rapide du projet de Loi amenait déjà certains observateurs du net à parler de “kill the net button“, et que cela faisait mauvais effet. Ce qui est frappant, c’est que les Américains que j’ai rencontrés sont surpris de la virulence des réactions à l’étranger sur ce projet, un peu comme s’ils n’avaient pas totalement pris conscience que l’Internet était de fait une affaire mondiale, et qu’une action de leur part sur le cœur de l’Internet aurait un impact sur le monde entier.

Vint Cerf en conférence à l'ICANN - Photo Veni Markovski (cc)

Vint Cerf, l'un des pères fondateurs d'Internet. en conférence à l'ICANN - Photo Veni Markovski (cc)

Même impression à la National Telecommunication and Information Agency, la NTIA, qui dépend du Départment of Commerce et qui est l’administration en charge des télécommunications et des technologies de l’information. Sur l’avenir de l’ICANN, dont l’accord avec la NTIA arrive à échéance en septembre prochain, on a l’impression que la nouvelle administration n’a pas encore pris de décision définitive. C’est plutôt encourageant pour la suite, puisque cela laisse la place et le temps pour une discussion internationale constructive. Le problème, c’est qu’on manque de forum pour avoir cette discussion. Le Forum sur la Gouverance de l’Internet mis en place à la suite du Sommet Mondial sur la Société de l’Information ne semble pas encore à ce stade en mesure de remplir ce rôle, mais j’ai bon espoir qu’avec une forte impulsion européenne, nous arrivions à établir un dialogue constructif avec l’administration Obama sur le futur de l’Internet. Il m’a semblé, en tout cas, qu’Anna Gomez, la Deputy assistant secretary, était très intéressée pour établir un canal de dialogue direct et fréquent avec moi sur ces sujets.

Autre chose intéressante sur la NTIA, elle se considère comme la gardienne de la neutralité du réseau, dont le candidat Obama s’était fait le défenseur durant sa campagne. Et cela m’amène à la suite des discussions et des rencontres que j’ai avec Macon Philips, chargé des nouveaux médias à la Maison blanche, et les consultants et membres de think tanks qui inspirent la politique du président sur l’Internet.

Cette histoire de Loi sur la cybersécurité embarrasse manifestement beaucoup de monde, car le Président Obama est probablement le plus pro-internet de tous les présidents américains, et l’effet d’affichage d’une telle Loi, qui permettrait de couper des parties entières du réseau en cas de danger (si tant est que cela soit faisable techniquement, ce qui semble douteux) est paradoxal. Car les conseillers d’Obama, officiels ou officieux, sont toujours à l’œuvre à ses côtés pour utiliser au maximum les possibilités politiques offertes par le réseau pour dialoguer, convaincre, tester les idées du Président auprès du plus grand nombre. Je vois dans cette effervescence d’idées le creuset d’une nouvelle société, rien de moins, et d’une sorte de retour aux origines du modèle politique américain de démocratie participative plus que représentative, comme la décrivait Tocqueville. Finalement, il est assez réjouissant de constater la continuité entre les observations du français au 18e siècle et l’avènement du gouvernement 2.0 . Un gouvernement qui, par exemple, entend travailler avec le Congrès pour qu’il publie les Lois 72 heures avant qu’elles commencent à être discutées, afin de recueillir l’avis du public. Un gouvernement qui compte également sur le bouquet des technologies et des applications existantes (fixe, mobile, sites institutionnels, réseaux sociaux…) pour aller rechercher l’avis des citoyens, où qu’ils se trouvent et quels que soient leurs centres d’intérêt, tout en respectant leur anonymat.

Avant de partir, je rencontre également la Computer & Communications Industry Association, qui regroupe la quasi-totalité des acteurs de l’économie de l’information américaine : éditeurs, fondeurs, constructeurs, opérateurs…

Le siège de la National Security Agency à Fort Meade, Maryland (USA)

Le siège de la National Security Agency à Fort Meade, Maryland (USA) - DR.

Je suis très impressionnée par le franc-parler et la finesse de son PDG, Ed Black. Il faut dire qu’il faut une sacrée dose de ténacité et de diplomatie pour faire travailler ensemble Google, Microsoft, HP, IBM, Intel et les autres. Il semble y arriver, et nous tombons d’accord sur le fait qu’une seconde carrière à l’ONU lui siérait bien également ! Comme le matin même de ma visite, Oracle avait racheté Sun, il en était à déplorer la perte par fusion d’un de ses membres ! Cela dit, la constitution de champions intégrant matériel et logiciel ne lui fait pas peur, et il est très confiant dans la capacité du système à casser un monopole en constitution. Ce qui ne semble pas à ses yeux être le cas aujourd’hui pour Google. Toujours est-il que les problèmes qui sont posés par lui sont à la fois très concrets et très importants : il ne veut pas que la NSA vienne s’occuper de la sécurité des réseaux. Il voudrait que les réseaux restent neutres, et par neutralité, il entend, au-delà du concept traditionnel de non-discrimination des types de contenus et des protocoles, celui de liberté d’expression et de lutte contre la censure sur le Net. Plus surprenant encore, il se lance dans une diatribe contre les excès qu’il a constatés en termes de dépôt de brevet et de durée de préservation du copyright. Il parait même qu’il y a un brevet sur le sandwich au jambon !

L’innovation doit être protégée, et les brevets comme le copyright permettent de garantir une forme de prime de risque à l’entrepreneur innovant. Mais cette protection qui lui est octroyée l’est au détriment à la fois de la liberté des marchés et de la liberté d’accès à l’information. Il arrive un moment où les excès de protection de la propriété intellectuelle déséquilibrent le système, risquent d’empêcher les nouveaux entrants d’accéder au marché,et de tuer l’innovation. C’est bien le président du lobby industriel des TIC le puis puissant des États-Unis qui dit ça, en présence de ses mandants. Qu’on se le dise, les choses bougent, et je reviens d’Amérique persuadée qu’en continuant à dialoguer et à échanger des bonnes pratiques avec eux, nous serons en mesure, d’une part de parvenir à des règles de gouvernance communes dans un secteur par essence globalisé, d’autre part de renforcer la coopération transatlantique en matière de développement des sociétés numériques.

J’aurai encore à vous dire quelques mots plus précis sur mes discussions concernant la protection des données personnelles, ainsi que sur ma rencontre avec Jeffrey Sachs à New York. Ça sera pour un prochain article…

Nathalie Kosciusko-Morizet dans la Silicon Valley (Jour 1)

Baie de San Francisco - Photo © Alexandre Aybes

Baie de San Francisco - Photo © Alexandre Aybes

Jeudi 16 avril, San Francisco, jour 1 - La Californie : décalages

Arrivée à San Francisco, une ville à l’architecture très européenne et à l’état d’esprit très californien. Si ce n’est la baie splendide, la beauté de cette ville n’est pas dépaysante, on se sent chez soi tout de suite.

En revanche, les premiers rendez-vous de ma visite m’ont permis de constater que nous sommes bien là près du coeur battant de l’innovation en matière de technologies de l’information. Cette ville dont on me dit que quelques mois avant l’éclatement de la bulle internet elle était couverte de placards publicitaires pour embaucher des ingénieurs informaticiens est aujourd’hui comme assagie. Ce n’est pas le ralentissement économique qui veut ça, mais plutôt, me disent mes interlocuteurs, une forme de maturité du secteur TIC, moins exubérant que par le passé, plus «installé» en quelque sorte.

Il reste encore, rassurez-vous, des entrepreneurs et des innovateurs qui n’hésitent pas à monter des projets très ambitieux, par exemple Brewster Kahle, d’Internet Archive, qui me présente son activité. Le projet d’archiver le Web, est partagé par de nombreuses institutions, mais il est certain qu’Internet Archive a une longueur d’avance sur les autres. Ils ont déjà commencé depuis longtemps, et travaillent d’ailleurs avec la BnF. L’idée, c’est de rendre accessible gratuitement tout ce qu’il y a en ligne et qui est public (on ne parle pas des pages personnelles, comme par exemple ce profil facebook d’où je vous écris) ni des contenus non tombés dans le domaine public. Mais rien que cela, ça en fait du contenu !
Le modèle économique d’un tel projet repose en partie sur des prestations qu’Internet Archive propose aux bibliothèques du monde entier, prestation d’archivage numérique et de numérisation d’ouvrages. Internet Archive est donc une sorte de super «National Library» mettant à la disposition de tous les trésors de la pensée humaine. Seulement, Brewster Kahle ne veut pas s’arrêter en si bon chemin. Il met également à disposition des contenus musicaux et audiovisuels libres de droit, et désire proposer des livres plus récents en téléchargement, en passant des accords directs avec les éditeurs.

Sa théorie, c’est que deux grands acteurs (Google et Amazon pour ne pas les nommer) sont en passe de constituer un oligopole de la distribution en ligne des livres. Google, d’abord, grâce aux accords particuliers qu’ils ont signés avec les grands éditeurs pour alimenter «Google books», Amazon, à travers le succès de son lecteur numérique Kindle, qui lui permettrait ainsi de maîtriser toute la chaîne de distribution et de devenir le passage obligé pour publier un livre en ligne.

Après la bataille de l’Internet sur protocoles ouverts versus les réseaux classiques de télécommunication, après la bataille ayant opposé à peu près tous les acteurs du logiciel à Microsoft dans les années 90 pour empêcher la constitution d’un monopole pour les navigateurs internet, Brewster Kahle décrit la nouvelle bataille, celle de la diversité des modes d’accès aux contenus (texte, image, sons) sur Internet comme la troisième guerre mondiale d’Internet. Cette fois-ci, après IBM et les telcos dans les années 80, Microsoft on l’a dit dans les années 90, c’est bien sûr Google qui est visé.

Brewster Kahle voudrait que son initiative soit reprise davantage en Europe, et me demande d’aider European internet Archive à contacter les grandes bibliothèques nationales européennes, afin de mettre en ligne le patrimoine littéraire et artistique européen libre de droit. Ça me semble être une idée très intéressante.

Retour à la résidence du consul général pour une discussion avec

Om Malik, John Markoff, Éliane Fiolet, et Francis Pisani (aussi contributeur sur InnovaNews, ndlr) sur la Silicon Valley, les nouvelles tendances du marché des TIC ici (et dans le monde…) et la relation que la politique entretien avec Internet, en Californie comme en France.

John Markoff, Om Malik and Francis Pisani - Photo © Eliane Fiolet , Ubergizmo.com

John Markoff, Om Malik and Francis Pisani - Photo © Eliane Fiolet , Ubergizmo.com

Tout le monde tombe d’accord sur le déplacement de la valeur du matériel et des infrastructures vers les contenus. Et je retrouve là une conviction que j’avais retirée de mon voyage d’études en Corée et au Japon). Mais Om Malik rappelle que ce déplacement ne reste possible que grâce à l’augmentation continue des performances matériel et des débits. John Markoff, qui suit l’actualité de la Silicon Valley depuis 30 ans pour le New York Times, est très inquiet de la sécurité sur le réseau des réseaux. Internet est victime de son succès selon lui, et l’architecture globale du réseau risque de ne pas résister à la montée des menaces et des cyberattaques. Une nouvelle architecture doit selon lui être pensée dès maintenant. Vaste programme, dont j’aurai l’occasion de rediscuter à Washington.

Francis Pisani, quant à lui, est particulièrement intéressé par le développement des usages mobiles. C’est probablement là que se jouera une bonne partie des usages innovant à l’avenir. Mes interlocuteurs sont d’ailleurs surpris de constater que, malgré l’avance de l’Europe en matière d’accès mobile à Internet, peu de grands acteurs économiques se sont positionnés sur ces nouveaux usages sur le vieux continent. C’est bien le problème. À trop penser à la seule infrastructure sans en imaginer l’usage qui pourrait en être fait, nous risquons de rater l’occasion de nous positionner sur les marchés d’avenir.

Éliane Fiolet m’interroge sur la manière dont j’utilise, en tant que femme politique, Facebook et twitter. Je réponds que, si je travaille actuellement à la mise en ligne d’un nouveau site du Secrétariat d’État, plus participatif et plus clair, je reste attaché à la possibilité que m’offrent les réseaux sociaux, et notamment facebook, de réagir personnellement, soit aux attaques dont je suis parfois l’objet, soit pour dire à mes amis combien j’ai apprécié telle ou telle initiative. C’est une manière nouvelle de faire la politique, s’appuyer sur les réseaux sociaux pour maintenir notre liberté de parole.

Je vous envoie ce premier billet depuis le siège social de facebook où je suis ce matin pour le premier entretien d’une matinée dans la Silicon Valley. Je vous la raconterai ce soir, c’est à dire cette nuit pour la plupart d’entre vous…

Rencontre avec Vinvin

Rencontre avec Vinvin

La réalité augmentée dans tous ses états !

Idée pour un écran de téléphone portable avec réalité augmentée (Leonard Low) et réalité augmentée en flash de General Electrics

Idée pour un écran de téléphone portable en RA (Leonard Low) et réalité augmentée en flash de General Electrics

Ce mixte entre virtuel et réel devient un sujet phare de ce début 2009. Pour en profiter, une caméra, un mobile ou un ordinateur doté d’une webcam suffisent. Alors accélération ?

Il y a peu, j’ai rendu visite pour L’Atelier à la société française Total Immersion créée il y a 10 ans, et maintenant l’un des deux leaders mondiaux de la réalité augmentée avec Metaio. L’occasion de faire le tour des nombreux usages possibles : spectacles interactifs comme celui du Futuroscope, bornes interactives dans les magasins permettant de voir virtuellement le produit dans sa boîte, simulations dans le domaine militaire, jeux virtuels avec une brochure papier ou un jeu de carte comme les Panini (notons que le papier redevient ainsi à la mode). Sans oublier essayage virtuel, reconnaissance de bâtiments avec des informations contextuelles sur mobile, intégration de nouveaux produits 3D dans la réalité, formation dans le domaine de l’automobile, évènements d’entreprises, ou télévision enrichie en temps réel. D’ailleurs, leurs vidéos montrent très bien ce panel. L’avantage, c’est que l’immersion réel / virtuel fonctionne bien mieux pour le cerveau humain que le simple virtuel. Et moins coûteux : un décor virtuel complet ultra réaliste est complexe et lourd à créer. Et non content d’être efficace, la réalité augmentée amuse et fascine. Faisons un tour d’autres exemples :

Sur console de jeu :

Le jeu aime sortir de l’écran : Eyepet est l’un des jeux qui devrait sortir sur PS3 tirant parti du “réel” du joueur. Et le mobile n’est pas en reste : côté jeu,int13 prépare Kweekies pour cet été sur smartphone.

Mobile : des services différents

ING vient de lancer aux Pays-Bas une application sur Google Android de localisation de son GAB le plus proche. Et sans logiciel à installer, cela existe ? Tout à fait, Total Immersion vient de lancer avec Alcatel-Lucent un système de reconnaissance d’image au travers du service de visioconférence avec la caméra. Une extension des QRcode et MobileTag enrichie et bien plus étendue, et ce, sans logiciel à télécharger.

Jusqu’au flash sur le web

Issu du travail d’un développeur Japonais, Flartoolkit est une librairie dérivée d’Artoolkit, un outil open source, permettant de faire de la réalité augmentée chez soi… en flash. J’ai eu le plaisir d’avoir été parmi les tout premiers à la découvrir, voir le très bon exemple de General Electrics. Ne nous y trompons pas, les possibilités techniques sont extrêmement réduites par ce biais.

Alors accélération ?

Du domaine artistique aux applications industrielles, à la formation ou au marketing, les exemples à forte valeur ajoutée se multiplient. En allant plus loin, les interfaces vues à TED rendent le corps humain interactif. Et l’interface de se déplacer pour être plus ergonomique, améliorant “l’usabilité” de notre quotidien.

Publié le 26 Février 2009

Une démo en vidéo du directeur général de Total Immersion, Greg Davis sur l’utilisation de la RA dans les domaines du jeu ou de la publicité…

Exemple de réalité augmentée chez Toyota :

Et chez Sony, avec l’EyePet (EyeToy et une Playstation)…

Après Google, Gmail : 2009, année du plantage ?

Panique. Hystérie. Foules blêmes, perdues devant leurs écrans, le doigt étreignant compulsivement la touche F5 de leur clavier en attente d’un miracle… Ce matin (du 24 février, ndlr), le web avait une tête de catastrophe naturelle. Et tout cela, c’est la faute de Google.

Ou plus précisément de son service de mail, Gmail, qui a lâché durant quelques heures, privant ses 113 millions d’utilisateurs dans le monde de courriers électroniques, de chat via l’interface GTalk et d’accès à leurs documents hébergés sur Google Docs.

La crise a duré de 11 h 20 à 13 h environ avant que Gmail se remette à fonctionner. Sur sa page d’assistance, Google se contente d’expliquer que son service a connu des problèmes et de s’excuser platement, sans préciser ce qui a bien pu se produire.

C’est la série noire pour le géant du web. Le mois dernier, c’était le moteur de recherche Google lui-même qui était affecté. Durant quelques minutes, tous les liens proposés étaient signalés comme des sites dangereux et rendus inaccessible. Cette panne, qualifiée d’ «historique», avait déjà provoqué la stupeur du monde entier… et les moqueries des internautes.

Rebelote avec Gmail. Ici, on vous propose 10 choses à faire pendant que Gmail est cassé. En Inde, on reprend le jeu de mot du jour : Gmail-Gfail (pour comprendre l’histoire du Fail, cliquer ici) Sur 20minutes, Vincent Glad nous offre un best-of des twitts drôles sur la panne de Gmail. Là, on nous explique que ce n’est pas la première fois et qu’une panne avait déjà eu lieu en août 2008.

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Mais si cette panne fait rire certains, elle pose de vrais problèmes à d’autres : les centaines de milliers d’entreprises et professionnels qui ont pris l’habitude de travailler avec la messagerie de Google ou avec son service Docs. C’est le cas du journal britannique Guardian, par exemple. Et de beaucoup de professionnels du web, attirés par la praticité et la facilité d’emploi de Gmail (sans compter sa gratuité) et pour qui cette panne peut se traduire par de vrais préjudices.

« Dans les nuages »

Cette panne pose deux questions. Tout d’abord celle de l’importance prise par Google dans la vie quotidienne de centaines de millions d’internautes pour qui le moteur de recherche et ses applications sont devenus indispensables. On ne va pas s’étendre, j’en avais parlé ici à propos de la panne du moteur de recherche fin janvier.

Au-delà, cette panne de Gmail interroge également le modèle même des applications « dans les nuages » (« on the clouds », comme on dit dans la Valley). Présentée par beaucoup comme le futur des applications, notamment à l’heure des netbooks ultra-légers mais peu performants, cette technologie consiste à utiliser des applications qui ne se trouvent plus sur son disque dur, mais sur des serveurs distants. Google Docs en a longtemps été l’exemple le plus réussi. Jusqu’à ce matin et ce plantage.

Encore une fois, le web nous montre donc ses faiblesses et nous met face à une réalité : il n’est pas infaillible. Aucun service sur internet ne l’est, même ceux du plus gros mastodonte de la netéconomie. Dès lors, est-il raisonnable de confier l’ensemble de nos données et une partie de notre travail aux serveurs magiques de Google ? La panne de ce matin montre une fois encore que le web n’a rien à gagner à être centralisé entre quelques grands acteurs.

Photos : câbles © Ben Snijder; écran D.R.

Cet article a été publié sur Le Figaro.fr, le 24 février 2009

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Si le même sujet, vous pouvez participer à notre sondage en Une d’InnovaNews : “Le cloud computing est-il un risque ?”

Première journée à Tokyo

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Moins de 2 000 kilomètres séparent Séoul de Tokyo. Première excellente nouvelle le voyage fut court. Deuxième bonne nouvelle quelques degrés Celsius différencient les deux villes et c’est en faveur de Tokyo.

J’arrête ici les considérations touristiques. Dès mon arrivée j’ai pu discuter avec des responsables économiques français du secteur des TIC. Toutes les entreprises qui comptent sont présentes au Japon, soit à travers des filiales, soit par des bureaux de veille. Leur regard sur les réalités japonaises du secteur est plus partagé qu’on l’aurait cru vu de France. Les équipementiers japonais, pourtant très puissants, ont raté le tournant des téléphones mobiles. L’importance du marché local fait paradoxalement leur faiblesse : ils pensent d’abord à définir des standards différents, qui les handicapent dans un deuxième temps à l’export. Sur la télévision mobile, les avis sont partagés. Est-elle correctement financée par la pub ? Ou, est-elle toujours en recherche de son modèle économique ? En tout cas, le choix qui a été fait est celui de la télévision mobile terrestre, assez logiquement pour le pays le plus câblé du monde.

Les visites de l’après-midi sont consacrées au paiement sans contact. Enfin, surtout au paiement et au porte-monnaie électronique. Chez Seven-Eleven d’abord, une chaine puissante d’épiceries de quartier qui a développé une carte de paiement, “Nanaco”, et des services associés (réservations et achats culturels et touristiques, paiement des impôts et des factures d’eau, de gaz et d’électricité, participation à des enchères Yahoo ! et livraison des objets à l’épicerie du coin). En fait, le modèle se développe beaucoup du fait de la faiblesse des banques sur ce secteur, puisqu’elles n’ont pas pu se mettre d’accord sur un standard commun. J’achète un sushi et une bouteille de thé glacé. Pratique, mais pas révolutionnaire. Le Sénateur Le Grand casse une bouteille de nuoc man dans l’épicerie, mais on ne me la facture pas. Tant pis, j’étais prête à payer, à l’étranger il faut être solidaires, pas question que la France laisse des ardoises !

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On enchaine chez JR-East, la plus puissante compagnie ferroviaire nippone, qui a développé sa propre carte de paiement, “Suica”. Paiement des billets, réservation de supplément 1re classe directement dans les wagons, micro-achats dans les boutiques des gares et dans certaines épiceries,… C’est Navigo + Monéo. Un souci cependant : comme chez Seven-Eleven, la question “quelle exploitation faites-vous des données personnelles ? Du marketing ? De la vente de fichiers ?” n’obtient pas de réponse claire. JR-East a même prétendu avoir tout juste commencé à y penser. Il est vrai que dans leur cas, les seules économies réalisées par la mise en place du service suffisent à le justifier.

Je finis la journée en dinant avec quatre “prospectivistes”, experts et scientifiques de haut niveau : messieurs Kurokawa, Kokuryo, Yoshikawa, et Aizawa. La discussion est enlevée et variée. Chacun s’accorde à dire que l’avenir est peu prévisible ces temps-ci. Ils s’inquiètent de la difficulté à se projeter dans l’avenir, et à le penser. Nous avons une discussion intéressante sur les fichiers et la gestion des données personnelles. L’un d’entre eux (pas de noms….) y voit un pouvoir considérable et propose une alliance franco-japonaise pour concurrencer Google… Kurokawa voudrait la société japonaise plus concernée par les questions de transparence. Tous ces messieurs s’accordent finalement à trouver que le vrai problème du Japon est que les Japonaises n’ont pas assez d’enfants, et nous demandent les bonnes recettes françaises en la matière. Ne riez pas c’est très sérieux. Je crois, pour ma part, qu’une des clefs, paradoxale, mais certaine, est bien le travail des femmes. Le modèle français incite à travailler et élever des enfants en même temps et y voit assez largement un critère de réussite. Là où le modèle japonais donne à la femme moins d’indépendance : et elle se venge ! On a parlé retraites aussi, car du coup, le Japon vieillit rapidement. Et il semble que le système informatique de calcul des pensions ait connu des bugs qui mettent en émoi tous les bénéficiaires présents ou futurs, car on ne sait plus qui a droit à quoi. Grandeur et difficultés du numérique.

Photos d’Olivier Ezratty

 

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