Société

Journalisme d’innovation : il est temps d’agir

Le véhicule électrique Aptera - Photo bisoblog (cc)

Le véhicule électrique Aptera - Photo bisoblog (cc)

De retour de la sixième conférence sur « le journalisme d’innovation » organisée à l’Université de Stanford.

L’expression peut surprendre, mais elle est utile. Il s’agit du journalisme spécialisé dans la « couverture des processus et écosystèmes d’innovation » dont il est précisé par les organisateurs qu’il s’agit d’un « pivot crucial entre l’économie d’innovation et la sphère publique».

Lancée par le suédois David Nordfors , l’idée consiste à créer une sorte de spécialisation transversale qui comprend la couverture du monde des affaires, celui de la technologie et celui des acteurs politiques ainsi que les différents modèles participatifs qui peuvent être rattachés à ces processus.

Nous entrons dans une « économie de l’innovation » et le journalisme en est une pièce essentielle pour la simple raison qu’opinion publique et acteurs doivent être sensibilisés partout où l’on veut développer une telle économie. Il est la « quatrième hélice » du processus d’ensemble à côté des entreprises, des universités et des pouvoirs publics traditionnellement prise en compte dans les écosystèmes innovants.

L’innovation est une réalité transversale et un état d’esprit qui a besoin d’être alimenté d’articles, de récits, d’histoires qui en racontent les mérites, les risques et les réalités.

Outre la Suède, la Finlande et la Slovénie, très avancées dans ce domaine, le Pakistan et le Mexique ont décidé de s’y mettre.

À quand la France ? À quand l’Espagne ?

Mais revenons à la conférence. L’essentiel des discussions se fait en petites tables et il est donc difficile d’avoir une vision d’ensemble, mais vous pouvez vous faire une idée des sujets abordés en regardant l’agenda et en consultant le document publié pour l’occasion . Il comprend l’essentiel de la théorie et des actions concrètes. Le blog permet de suivre la conversation et les réflexions.

Exemples de journalisme d’innovation

La conférence sur le journalisme d’innovation vient de choisir le meilleur article (en anglais of course) caractérisant cette tendance.

Il s’agit d’un article de Mathew Honan de Wired Magazine ”I Am Here: One Man’s Experiment With the Location-Aware Lifestyle” dans lequel il raconte comment il a commencé à partager les informations données par son iPhone sur l’endroit où il se trouvait dans San Francisco et les rencontres qu’il a faites.

La liste complète des articles sélectionnés donne une bonne idée de l’approche d’ensemble.

Une des astuces de ce concours est, bien sûr, qu’il encourage les journalistes et leurs chefs à s’intéresser au sujet.

Ça vous donne des idées ?

Photo : Aptera 2e all-electric vehicle de bisonblog

Mobilité : nous sommes en train de vivre une nouvelle rupture

Photo Flickr de Gi@como

Photo Flickr de Gi@como

Les États-Unis ont longtemps figuré à la traine en matière de téléphonie mobile. En quelques mois (lancement de l’iPhone et d’Android, le projet de Google) la Silicon Valley est parvenue à remettre l’innovation sur le territoire des applications où elle reste souveraine.

J’ai demandé à Georges Nahon, patron des Orange Labs de San Francisco (oui, cette Orange là), ce qu’il en pensait. Extraits.

Georges Nahon – Je suis frappé par le déplacement de l’énergie des développeurs qui sont de plus en plus attirés par des plateformes comme l’iPhone. Ce qui est nouveau, c’est le recours à des applications spécifiques pour télécharger l’information du « content cloud », le nuage des contenus. La consommation se fait au moyen de « content apps » qui permettent de lire le New York Times, par exemple, sans passer par Safari [le navigateur de l’iPhone]. Le G-Phone [qui fonctionne sur la plateforme Android] connaît une évolution comparable.

Q – Quelle est l’importance de cette évolution ?

R – C’est là que se situe le potentiel d’innovation le plus grand du moment. La plateforme des ordinateurs personnels se stabilise. Plus personne n’a besoin qu’ils soient plus rapides ou plus puissants. Il est également intéressant de constater que grâce à l’iPhone on parvient à convaincre les gens d’abandonner le navigateur.

Q – Si on continue dans cette direction, ne faudra-t-il pas un programme pour intégrer toutes ces applications de contenu ?

Bien sûr. Il faudra trouver un système d’intégration. Il y a encore des problèmes à résoudre qui me rendent mon optimisme quant au futur de l’innovation. Le potentiel est énorme et je trouve particulièrement intéressant le relai rendu possible par certains éléments propres au mode nomade tels que la localisation, l’accélération ou la vitesse de déplacement. À quoi il faut ajouter que le mobile est la meilleure plateforme pour le déploiement de capteurs (pour mesurer pression, humidité, lumière, entre autres).

Photo Flickr de nobihaya

Photo Flickr de nobihaya

Q – Quelles perspectives cela ouvre-t-il en termes commerciaux ?

R – Le modèle est connu et fonctionne bien. On donne son numéro de carte de crédit une fois pour toute et ensuite on peut cliquer en toute liberté pour acquérir des contenus de qualité. C’est l’environnement qui compte. Il recrée les conditions d’achat simple [avec l’iPhone d’Apple comme avec le Kindle d’Amazon]. A ces deux grands il faut ajouter PayPal qui, adopté par un grand nombre d’entreprises, permet un fonctionnement sans problème. Tous ces éléments pourraient fonctionner en faveur de la presse.

Q – Je ne crois pas que la « mobilité » suffise pour expliquer de tels déplacements. Quels sont les enjeux ?

R – L’important n’est plus de parler au téléphone. La clé est la notion d’appareil individuel et la possibilité d’être toujours connecté. C’est la vie de l’individu en temps réel qui se joue là. Les jeunes ouvrent le chemin et entraînent les vieux. Nous passons de l’utilitaire à l’essentiel. Nous sommes en train de vivre une nouvelle rupture dont les enjeux sont plus importants que ceux qu’avait introduit Gutenberg.

Q – Quelle importance a le mobile dans votre vie ?

Quand j’étais petit, l’appareil le plus individuel était la radio que j’écoutais la nuit sous les draps. Mais l’information y circulait à sens unique. Quant au téléphone, l’appareil communiquant d’alors, c’était la guerre dans la famille pour l’utiliser. Aujourd’hui je gère mes relations depuis mon mobile. Il me permet de me communiquer avec mes réseaux. Ces derniers jouent un rôle chaque jour plus importants. Je suis convaincu que c’est grâce à eux que nous sortirons de la crise.

PS – Désolé, les Orange Labs n’ont pas de site public et je ne peux donc pas adjoindre de lien.

MaJ – Les Orange Labs États-Unis disposent d’une page sur le site d’Orange. On n’y trouve pas d’infos sur le détails des activités. Merci Eric pour ce lien encore plus général.

Publié le 12 mai.

Bonus :

Le concept de mobile Morph de Nokia à l’aide des nanothechnologies
Morph is a concept demonstrating some of the possibilities nanotechnologies might enable in future communication devices. Morph can sense its environment, is energy harvesting and self cleaning. Morph is a flexible two-piece device that can adapt its shape to different use modes. Nanotechnology enables to have adaptive materials yet rigid forms on demand. It is also featured in the MoMA online exhibition « Design and the Elastic Mind ». It has been a collaboration project of Nokia Research Center and Cambridge Nanoscience Center.

Conférence TED en Europe : « la substance de l’invisible »

Conférence TED - Photo Jurvetson (cc)

Conférence TED - Photo Jurvetson (cc)

« The substance of things not seen », la substance de l’invisible, de ce qui est caché, qui échappe encore à notre regard, tel est le fascinant thème de la prochaine conférence TED Global. Elle se tiendra à Oxford du 21 au 24 juillet.

Bertrand Piccard parlera d’un avion propulsé à l’énergie solaire et Jonathan Zittrain du futur de l’internet (et de comment le contenir). Les auteurs Naomi Klein (The Shock Doctrine) et Misha Glenny (McMafia) proposeront des lectures « non mainstream » de la réalité globale et partageront la scène avec Emmanuel Jal, enfant soldat devenu star du rap.

Le biologiste Éric Sanderson parlera de New York avant New York… en 1609. Une vision reconstituée avec une précision impressionnante. Qui pourrait se douter que le sens original de Manhattan est « l’île aux nombreuses collines » ?

Organisé par Bruno Giussani, directeur pour l’Europe des conférences TED, ce voyage conduisant des faces cachées du monde (souvent pour la seule raison que nous préférons les ignorer) aux technologies de pointe ne peut que piquer la curiosité.

Bruno Giussani - Photo Kedume (cc)

Bruno Giussani, directeur pour l’Europe des conférences TED - Photo Kedume (cc)

Mais nées dans une Californie religieusement optimiste, l’esprit des conférences TED – Technology, Entertainment, Design – (rappelez-vous combien celle de février dernier à Long Beach m’avait fasciné ) pourrait faire flop en Europe. Le cynisme est plus prisé que l’innocence et le trio (gagnant là-bas) technologie-entreprise-philanthropie n’est pas aussi bien coté à la bourse de nos valeurs.

« L’enjeu, » m’a expliqué Giussani (un vieux complice que je respecte énormément), « est d’adapter l’ethos de TED et de sa longue tradition de compassion à la réalité internationale qu’on oublie moins facilement en Europe qu’en Californie. »

Bruno partage avec Chris Anderson, l’administrateur général, l’idée qu’il n’est pas vraiment utile de consacrer des ressources à ce qui n’est pas intéressant et qu’il est préférable de se pencher sur les solutions que sur les problèmes.

L’optimisme sera au rendez-vous donc, mais, pour gagner son pari, Giussani s’efforcera de le faire côtoyer conflits et autres tensions dont je m’étais permis, en bon européen, de remarquer l’absence à Long Beach.

Démonstration lors d'une conférence TED

Démonstration lors d'une conférence TED

Le choix de la ville d’Oxford est une autre façon de marquer la différence. La recherche sur les technologies de pointe (réacteur nucléaire le plus puissant du monde [correction: il s’agit du réacteur de fusion le plus puissant]) se fait dans un espace parsemé de buildings de plus de 700 ans. Pas facile à produire de l’autre côté de l’Atlantique…

TED à l’européenne pourrait bien produire une expérience dont j’ignore la substance, mais dont j’aimerais qu’elle soit plus répandue, plus… visible.

P.-S. – Que ceux qui ne peuvent y assister ne se découragent pas, les excellentes vidéos de présentations sont accessibles gratuitement et chacun peut les utiliser comme bon lui semble.

PPS –Giussani, le 28 avril au CCCB de Barcelone, dans une conférence qu’il organise.

Une conférence TED de JoAnn Kuchera-Morin: Tour the AlloSphere, a stunning new way to see scientific data

Une conférence TED de Laurie Garrett, Pulitzer winner: What can we learn from the 1918 flu pandemic?

Intelligence collective et communauté ou l’abolition du cerveau solitaire

Photo © Jay Simmons

Photo © Jay Simmons

Le développement de nouvelles idées passe par le partage de connaissances variées et hétérogènes, qui se complètent. Et donc par la mise en relation de ces profils.

La notion d’intelligence collective est victime d’un effet « tarte à la crème » ce qui a pour conséquence de faire oublier les enjeux et d’altérer le sens. Qu’est-ce que l’intelligence collective ? C’est la capacité à produire des connaissances nouvelles à travers le partage de connaissances de natures très diverses, apportées par des personnes dont les approches sont différentes. L’impératif de la créativité et de l’innovation impose la fertilisation croisée issue de regards hétérogènes. La complexité des situations ne peut plus être maîtrisée par des cerveaux solitaires. Il faut mettre en place des « réseaux de cerveaux », des cerveaux « massivement parallèles ». Et l’entreprise est un des lieux privilégiés pour mettre en place de telles dynamiques.

Maîtriser l’intelligence collective

Par conséquent, les outils, les méthodes et les pratiques allant dans le sens d’une maîtrise de l’intelligence collective sont au centre d’enjeux décisifs. Aujourd’hui, la problématique de l’intelligence collective est abordée de multiples manières qu’il s’agisse de recherches sophistiquées ou d’outils concrets. Le sujet de l’intelligence collective nous conduit naturellement à évoquer la notion de communauté en passant par la case « partage ». Aujourd’hui, les communautés prennent des formes diversifiées avec les réseaux sociaux, les dynamiques de blogs, les mondes virtuels, etc. À travers cette prolifération, on voit une dialectique entre usages et technologies, dialectique qui débouche sur une maîtrise grandissante des dynamiques des communautés.

Produire de la connaissance en réseau

Un des volets majeurs de cette maîtrise est justement la production collective de connaissances. Mais, au fur et à mesure du développement de nouvelles pratiques, force est de constater que la production de connaissance ne peut être dissociée ni des dynamiques de réseau, ni des processus de socialisation, ni des échanges marchands, ni des aspects subjectifs et émotionnels. Nous nous trouvons donc face à un système complexe qui peut se définir comme un système relationnel et qui produit à la fois de la connaissance, de la socialisation, de la transaction et de l’émotionnel, c’est-à-dire de l’humain.

Pierre Chapignac

Nathalie Kosciusko-Morizet : les usages et les contenus (vidéo)

Photo © Olivier Ezratty

Photo © Olivier Ezratty

De retour de son voyage d’études en Asie, Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’État chargée de la Prospective et du Développement de l’économie numérique, auprès du Premier ministre, a organisé un dîner avec vingt blogueurs et blogueuses spécialistes du numérique (à lire aussi les notes d’Olivier Ezratty et Frédéric Cavazza). Elle a répondu aux questions de MemoireVive.TV sur les usages, les contenus, la vie privée et enfin sur les retours de sa première expérience de blogging.

Vidéo de la chaîne MemoireViveTV réalisée par Sacha et Natacha Quester-Séméon.

 

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