Samedi 30 mai 2009, 15:13 | in robots
Le robot apprenant nécessitera-t-il une éthique ?
Les continuelles avancées du secteur robotique soulèvent des questions, notamment de responsabilité. Le point avec Jean-Christophe Baillie*, qui interviendra sur le sujet au Forum Science, Recherche et Société en juin (Collège de France).
La multiplication des robots dans la vie quotidienne soulève nécessairement des questions liées à l’éthique. Ce sera d’ailleurs le thème d’une des conférences proposées le 20 juin prochain par le Forum Science, Recherche et Société. Pour Jean-Christophe Baillie, fondateur de l’entreprise Gostai et intervenant à la rencontre, la question est d’autant plus importante à aborder qu’elle est encore mal définie. “Pour comprendre ces problématiques d’éthique, il faut d’abord identifier précisément le terme robot“, explique-t-il. Pour certains, ce terme peut recouvrir des objets comme les voitures ou les maisons intelligentes. Mais, pour ce spécialiste de la robotique, dans le cas de l’éthique, cela concerne la machine qui apprend, dont la connaissance et donc le comportement évoluent au contact d’autres éléments : humain, autre robot… De par cet apprentissage, le robot s’éloigne des données intégrées initialement par l’ingénieur qui l’a construit, pour adopter des comportements non prévus.
Une définition du robot
“Il s’agit d’une catégorie d’objets nouveaux, de nature différente de l’électronique grand public” précise-t-il. La question de l’éthique appliquée aux robots se décompose donc en deux parties : “d’une part l’éthique humaine, liée à ce que le constructeur, l’ingénieur et l’utilisateur veulent en faire, à l’instar de n’importe quel objet“. Et d’autre part l’éthique du robot en lui-même, soit le choix qu’il effectue avant d’agir, et donc la décision qu’il prend, lorsqu’il est capable d’en prendre. “Mais aujourd’hui, et pour encore quelques années, seule l’éthique humaine est d’actualité : nous ne savons pas encore créer de robots capables d’apprendre de manière générale” continue le fondateur de Gostai. “Nous ne parvenons à le faire que sur des tâches simples.” Se pose alors, pour l’avenir, la question de la responsabilité. Si un robot apprenant provoque un dommage, qui en sera responsable ? Tant que le robot reste une machine exécutive, la problématique reste classique.
Éthique humaine et éthique robotique
Comme lors d’un accident automobile, le constructeur n’est pas responsable de ce que le conducteur fait de son véhicule. Mais si le robot est capable d’apprendre, “il s’agit d’une question qui s’apparente davantage à une problématique d’éducation, à l’instar de la responsabilité de parents en cas de délit de leur enfant“. Et Jean-Christophe Baillie d’évoquer le domaine de la robotique développementale, qui prend pour modèle l’évolution d’un enfant. “Ce qui est intéressant, c’est que les chercheurs de cette branche abordent le problème de l’apprentissage d’actions et de représentations du monde“. Et Jean-Christophe Baillie de terminer : “il est difficile de discuter de ce qui n’existe pas encore. Dans une vingtaine d’années, l’humain sera peut-être augmenté et intègrera directement de la robotique dans le corps. Dans ce cas, il ne serait plus pertinent d’opposer humain et robot, et les débats sur l’éthique deviendraient plus compliqués“.
* fondateur de la société Gostai spécialisée dans l’intelligence artificielle orientée robotique.
L’interaction des robots et des objets intelligents avec les humains dans la vie quotidienne et demain en ville, posera de nombreuses questions.
Cette problématique n’appartient déjà plus à la science-fiction : en octobre 2007, en Afrique du Sud, un canon robotisé a tiré du 35 mm, sans raison apparente, a tué neuf soldats et en a blessé 14. Le Oerlikon GDF-005, arme anti-aérienne, est devenu soudainement incontrôlable. En avril 2009 en Suède, un robot a “attaqué” un ouvrier le blessant grièvement. En Irak, les fameux robots SWORDS armés n’ont pas eu le temps de tirer une seule cartouche, et n’en tireront jamais plus, car ils ont été retirés du service actif. Ils auraient mis en en joue un membre de la coalition sans qu’on le lui demande.
Un embryon d’éthique pour les robots avait été imaginé par l’écrivain de science-fiction Isaac Asimov, avec ses Trois lois de la robotique, des règles auxquelles tous les robots positroniques qui apparaissent dans sa fiction doivent obéir :
1. Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni en restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger.
2. Un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi.
3. Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la seconde loi.
Asimo, moins belliqueux, fait le service :
Mercredi 25 mars 2009, 05:43 | in robots
BigDog, le robot quadripède est testé en Afghanistan

BigDog de Boston Dynamics © DOD
Il sait tout faire ou presque. Marcher sur les terrains les plus accidentés, grimper des côtes de 35° d’inclinaison, transporter ses 140 kilos d’équipements, dans la neige ou la boue. Il arrive même à rétablir son équilibre (voir la vidéo) lorsqu’il glisse sur une plaque de glace. BigDog, c’est le “robot quadrupède le plus avancé au monde”, créé par Boston Dynamics, dans le cadre d’un programme du DARPA (l’agence du Département de la défense des USA qui est responsable de la recherche et du développement des nouvelles technologies dans l’usage militaire).
En 2009, une nouvelle étape est donc franchie en robotique avec des tests en terrain de conflit actif, d’un robot téléguidé. Il faut dire que c’est un champion dans le domaine, car il peut faire des pointes à 6,5 km/h et a battu le record du monde d’autonomie en parcourant sans s’arrêter 20 km à une vitesse de 4 km/h. Ce “Grand chien” de 75 kg, qui ressemble en fait à un mulet doté de quatre pattes articulées équipées de servomoteurs et d’un grand nombre de capteurs, va donc devenir l’infatigable compagnon des soldats américains en Afghanistan, pas ultra discret cependant, avec son bruit de tondeuse à gazon.
C’est la guerre en Irak qui a dopé le marché des robots : ils sont plus efficaces dans certaines conditions et permettent même d’économiser des vies humaines (suivant duquel côté on se place évidemment). Comme l’explique un reportage de Rue89, “l’apparition de ces robots est le prélude d’une inéluctable révolution dans « l’art » de la guerre, un tournant comparable à la découverte de la poudre. Car la frontière est ténue entre un ordre simple donné par télécommande à un robot (« Tire dans telle direction ») et un ordre plus complexe (« Entre dans cet immeuble et tue tout ce qui est vivant et qui mesure plus de 1,30 mètre »).”
Et d’évoquer la problématique de l’intelligence artificielle du futur, valable tout autant pour les quadrupèdes de combat que pour des androïdes civils : “Même si elle n’est pas pour aujourd’hui, la question de l’autonomisation des robots finira par se poser. Et avec elle, celle de la programmation de « limites morales » à ses propres décisions.” En ligne de mire, se profilent donc les 3 lois de la robotique d’Asimov et d’épineuses questions d’éthique et de politique. (Cf. “Le premier code éthique des robots est né“)
Écorché à découvrir sur le site de James Provost avec la possibilité de zoomer dans l’image.
A lire également sur Futura-Sciences : “L’informatique de bord gère l’orientation, la direction, ainsi que la distribution d’énergie entre les différents servos lorsque les conditions changent. Le contact avec le sol et la pression de la charge sur le “dos” sont constamment pris en compte, tandis qu’un gyroscope et un système de vision stéréoscopique déterminent l’orientation et la voie à suivre pour parvenir au but assigné, ou déterminé par le logiciel de bord.”
Last but not least, voir ce lien proposé par Laurent Suply “pour avoir un aperçu des autres percées de la robotique sur les champs de bataille, sur Defense.tech, en plus des drones, SWORDS et Talon, des mitrailleuses sur chenilles… Bienvenu au XXIe siècle.”
Voir aussi : Talks P.W. Singer: Military robots and the terrifying future of war (Anglais)
Mardi 17 février 2009, 19:23 | in Numérique
Séoul : l’Asie créative, jour 1

Arrivée ce matin à Séoul, enfin le matin pour vous, car pour moi ici l’après-midi était déjà bien avancé. À peine descendue de l’avion, cap sur le siège de Samsung Electronics où j’ai visité leur show room, tellement nouveau que Yoon-Woo Lee, CEO de Samsung, m’a confié à la sortie n’avoir pas eu le temps de l’ inaugurer.
A l’entrée quelle ne fut pas surprise d’être accueillie par un mur d’écrans reproduisant des images numériques de ma tête, à la mode Andy Warhol, et, sur le sol, un plancher lumineux sur lequel défilait en plusieurs langues « bienvenue à Nathalie Kosciusko-Morizet”.
Ce dispositif n’a pas été mis en place pour moi seule. Ouvert sur la ville, ce showroom est en passe de devenir un lieu des lieux « Hype » de la capitale coréenne. Il est à la disposition des Séouliens qui peuvent venir y déposer des messages personnels et expérimenter eux aussi ce bref instant de célébrité en voyant leur portrait projeté sur les murs. Au cours de cette visite, j’ai été particulièrement frappée par quatre innovations :
- La maitrise des technologies de captation d’image, avec notamment un objectif capable d’effectuer six focus simultanés. Autant dire qu’il ne sera bientôt plus possible de rater une photo de groupe.
- Au rayon domotique, le four rêvé des mauvaises cuisinières, et des mauvais cuisiniers… Il sait lire des fiches de recettes comportant des tags RFID, et régler automatiquement le mode et le temps de cuisson appropriés.
- Les nouveaux écrans plats « blueray », dont le rendu de l’image est tellement impressionnant qu’on dirait de la 3D.
- Enfin, un coup de chapeau personnel pour un produit du futur qui réunit numérique et écologie : L’appareil à cultiver légumes et fruits bio en appartement. N’existant malheureusement pour l’instant que sur écran, ce système s’appuie sur la culture hydroponique, plus pratique en intérieur, car il n’utilise pas de terre.
Aux côtés du Sénateur Jean-François Legrand et du Député Patrice Martin-Lalande qui m’accompagnent dans ce voyage d’études, nous avons diné avec les dirigeants de Samsung Electronics.
Yoon Woo Lee, avait bien fait les choses : une succession de savoureuses spécialités coréennes, accompagnées de non moins délicieux vins… français.
Autre qualité à souligner chez notre hôte, car rare dans le milieu des chaebol, ces grands conglomérats coréens, il n’est pas issu d’une « grande famille ». C’est un self-made-man qui a gravi tous les échelons de Samsung avant d’en devenir CEO.
La discussion, trilingue, a été franche et agréable. Nous avons notamment discuté de la sortie de crise. A cet égard, j’ai pu constater que les remèdes sont différents pour une économie tournée à 80% vers l’export. La relance, pour eux, est ailleurs, puisque c’est celle qui doit avoir lieu chez leurs clients. Pour leur compte, les coréens consacrent l’essentiel de leurs investissements aux infrastructures nationales, qui ne sont pas délocalisables, ni dépendantes de la demande extérieure.
Autre différence, autour de la réflexion éthique sur la vie privée et à notre relation au respect des données personnelles. Nos interlocuteurs nous ont expliqué que le désir d’être les premiers à utiliser les dernières technologies est nettement plus fort que les craintes liées aux atteintes à la vie privée.
A une question que je leur ai posée sur l’existence d’un débat autour de l’impact des ondes électromagnétiques sur la santé, ils m’ont répondu que les coréens ont confiance dans les normes et dans le respect de ces dernières par l’industrie. J’aurai l’occasion de poser à nouveau cette question à d’autres interlocuteurs durant mon séjour, afin de recueillir l’ensemble des points de vue.
Nous avons terminé la soirée dans un bar traditionnel, situé au milieu d’ un quartier étudiant, où, assis par terre, nous avons dégusté un Seoju bien chaud (alcool de riz réconfortant quand il fait moins 5 dehors).
Sur ce, il est tard et je sens comme une grosse fatigue, alors Anyong Asheio et à demain.
(D’autres photos dans l’album là)
Crédit photo : cabinet NKM








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