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48 heures chrono (NKM en Californie, jour 2)

L'université Stanford - Photo gogoninja (cc)

L'université Stanford - Photo gogoninja (cc)

Vendredi dernier, je postais mon premier billet en direct de Facebook, où j’avais rendez-vous pour discuter de leur business model et de protection des données personnelles. Mon déplacement à San Francisco aura été passionnant, mais l’agenda était complètement fou. C’est arrivée à New York, après un vol de nuit assez spartiate et une série de rendez-vous le matin dont je vous parlerai plus loin, que j’ai enfin le temps d’écrire cet article !

J’ai donc commencé ma tournée de la Silicon Valley par Facebook. Ambiance très sympa, on a discuté à la cafétéria, haut lieu de toutes les boites de la Silicon Valley. Entre distributeur gratuit de barres chocolatées et fontaine à café «organic» j’ai pu aborder les sujets sérieux avec Chris Kelly, le Chief Privacy Officer. En fait, sur la protection des données personnelles, Facebook fait peut-être plus que les autres grands réseaux sociaux. Probablement parce qu’ils sont plus sous pression. Le processus qu’ils décrivent, concernant le paramétrage des données que l’on souhaite divulguer, l’absence de contact direct entre les annonceurs et les facebookers (Facebook achemine les pubs et ne donne pas accès au fichier des utilisateurs pour les pubs ciblées), est relativement rassurant. Pour autant, des progrès restent à faire, et Facebook n’a pas véritablement apporté de réponse construite à mes questions concernant la nécessité d’autoriser l’effacement complet de ses données personnelles quand on le souhaite, par exemple. Et puis, ils ont un problème avec l’utilisation par les mineurs. La Loi américaine les oblige à obtenir le consentement écrit des parents pour les mineurs de moins de 13 ans. Comme ils n’ont pas réussi à automatiser ce processus, ils ont tout bonnement interdit Facebook aux moins de 13 ans. Mais comment peuvent-ils vérifier que les utilisateurs ont atteint l’âge obligatoire, ils ne le savent pas eux-mêmes. Et d’ailleurs, un membre de ma délégation a une fille de 10 ans qui utilise Facebook. Ces problèmes doivent être réglés, mais tant qu’un système d’authentification fiable ne sera pas mis en place sur Internet pour les utilisateurs, par exemple la carte d’identité électronique, ça sera difficile.

J’ai également rencontré Reid Hoffmann, de Linkedin, le réseau social dédié aux professionnels. C’est la mode dans la Silicon Valley, on a également discuté dans la cafétéria. Il faut dire que nous sommes nombreux, et qu’une simple salle de réunion ne suffit pas à tous nous recevoir !
Reid Hoffmann est à la fois un chef d’entreprise heureux, avec une boite qui fait du bénéfice et qui double presque son chiffre d’affaires tous les ans, et un investisseur avisé, un des business angels les plus efficaces de la vallée. La discussion tourne autour de l’impact de la crise sur le secteur TIC. Et ses réponses, que j’ai entendues plusieurs fois et de plusieurs interlocuteurs, sont rassurantes. Non seulement il ne pense pas que la crise ait un effet trop dur sur le secteur, mais en plus, il est convaincu que, si l’écosystème de l’innovation est maintenu, qu’on laisse les investisseurs faire leur travail et que les jeunes entrepreneurs continuent d’être motivés et innovants, le secteur des TIC sera le grand gagnant de la reprise, en l’accélérant, et en donnant aux autres secteurs de l’industrie et des services les moyens de rebondir rapidement. Linkedin, à ce propos, est très utilisé en ce moment par les entreprises qui veulent recruter de manière très ciblée des jeunes talents dans l’informatique et les services.

Puisque je vous parle de l’investissement, je dois vous dire également un petit mot des différents investisseurs que j’ai rencontrés dans les environs de San Francisco. J’ai pu parler avec des capitaux risqueurs (Venture capitalists dans le texte) des investisseurs du premier jour (early seeders), des chercheurs de talents. Tous ces leviers de financement et de repérage et d’accompagnement des jeunes pousses sont situés géographiquement à proximité de Stanford, le joyau de la Silicon Valley, d’où viennent nombre des grands entrepreneurs qui ont fait Google, Facebook, Apple, etc.
Il y a donc bien un écosystème, tout cela se complète et s’articule et a également une réalité géographique.

Le pouvoir des idées - Photo Brajeshwar (cc)

Le pouvoir des idées, une initiative rassemblant des VC, organisés par The Economic Times - Photo Brajeshwar (cc)

Pierre Lamond, par exemple, est un français installé dans la Vallée depuis plus de 30 ans. Il vient de quitter Sekoïa, les Venture capitalists légendaires qui ont par exemple financé Google, pour rejoindre Khosla Ventures, autre entreprise de Venture Capitalism plus orientée sur les clean techs et les green techs. Vous imaginez bien que je ne pouvais pas rater ça ! Cet homme, qui flaire les bonnes affaires comme pas un, a décidé d’investir dans les clean techs, parce qu’il est persuadé que c’est l’Industrie de l’avenir dans la Vallée. Non pas que les TIC doivent à terme disparaître, mais que leur prolongement naturel, leur avenir, se situe dans les clean techs. La jonction de ces deux univers, nécessaire, porteuse d’espoir économique et d’opportunités pour mieux respecter notre environnement, est imminente. Et c’est maintenant qu’il faut construire les entreprises de demain : rendre les réseaux d’énergie intelligents, mieux connaître sa consommation pour la maîtriser, organiser un véritable système d’information des ressources naturelles dans tous les domaines, de leur renouvellement, des niveaux de consommation raisonnables, voilà l’enjeu ! Nous ne sommes, en France, pas en retard, mais nous manquons de lieux comme la Silicon Valley pour assurer le développement rapide et harmonieux des industries de demain. Les pôles de compétitivité sont des pistes, les simplifications administratives en cours vont dans la bonne direction, mais nous avons encore des progrès à faire dans la mobilisation de l’investissement privé. Du coup, j’invite M. Lamond à Paris, et je lui transmets toutes les informations sur les projets cleantechs en cours en France, afin, peut-être, de le convaincre d’investir ailleurs qu’en Californie. J’ai bon espoir, il avait l’air très attentif à mes arguments.

Pierre Lamond nous l’a bien dit, il est toujours à la recherche de jeunes entrepreneurs dynamiques, avec des idées, mais surtout de la suite dans les idées. Mais ce n’est pas tout, les montants en jeu sont déjà suffisamment importants pour que les entrepreneurs qui se présentent à lui aient déjà de quoi faire une démo de leurs produits, aient une société légalement existante , aient quelques références. Pour cela, rien de tel qu’un «early seeder»; j’en ai rencontré deux, Paul Graham et Jessie Lininvgston, de l’incubateur « Y combinator« . Leur job à eux, c’est de tester les personnalités des jeunes porteurs de projet, leur motivation, puis de les aider à préciser leur business plan, «d’incorporer» leur société, bref de s’occuper de la paperasse, et d’investir contre une part de leurs actions entre 5000 et 15000 $ en fonction du nombre de fondateurs de la société. Tout cela se fait par appel à projets, ouverts au monde entier. Les heureux lauréats sont accueillis au coeur de la Silicon Valley pendant trois mois, pour affiner leur projet et enfin le présenter à un panel des plus gros venture capitalistes de la Vallée. Je ne peux qu’encourager mes lecteurs les plus entreprenants à leur envoyer une candidature, mais ce que je veux aussi, c’est que ce type de dispositif se développe chez nous, parce qu’on ne peut pas se contenter de voir partir nos meilleurs cerveaux en Californie !

Pour cela, il nous faut une mini vallée. Je pense que le plateau de Saclay est une bonne piste pour cela. Mais il va nous falloir travailler vite et dur pour arriver, à notre échelle, à créer une oasis pour jeunes pousses ! C’est un travail que je veux mener en commun avec Valérie Pecresse. Ça tombe bien, nous nous sommes croisées en Californie, et nous avons rencontré toutes les deux le Président de Stanford, l’Université qui est au coeur de tout le dispositif. Ce fut une discussion très alerte, et passionnante. Il faut dire que l’homme dirige la Rolls des Universités. Le trésor de guerre de Stanford, c’est plusieurs milliards de $ ! Les dons à Stanford, l’année dernière, c’était 700 millions de $ et plus de 40 000 donateurs ! Stanford est en compétition féroce avec ses homologues américaines et internationales. Ils essayent d’attirer les meilleurs étudiants et les meilleurs profs, et leurs arguments, à la fois en terme d’excellence de la formation et de conditions matérielles d’étude et de salaire des enseignants sont tout à fait exceptionnels. Contrairement aux idées reçues, même une université privée américaine est financée au moins pour le tiers par le gouvernement fédéral américain, le reste provenant des frais d’inscription (très élevés, mais avec des systèmes de bourses) et du produit des prestations que peut rendre l’université à des sociétés privées. Résultat, les investisseurs viennent repérer les meilleurs étudiants, et les meilleurs profs, pour leur proposer de monter des entreprises. Les étudiants en fin d’étude et voulant prendre des risques sont accompagnés, les profs peuvent prendre deux années sabbatiques pour lancer leur startup et revenir ensuite enseigner.

Palo-Alto sur sur Google Map

Palo Alto, le joyau du high-tech, vu sur Google Map

Tout cet écosystème de l’innovation est heureusement connu et observé par des Français, et pas des moindres, qui sont là pour effectuer une veille active et alimenter la réflexion des décideurs de notre pays. Dans cette catégorie, il y a les Orange Labs, où j’ai été accueillie juste avant de quitter la vallée par Georges Nahon, qui m’a fait une présentation remarquable de l’histoire de l’innovation dans la Silicon Valley, qui date des premiers fondeurs de puces dans les années 60. On voit bien les évolutions des grandes tendances, qui partent de l’équipement et du matériel avec Intel, HP, puis IBM et Sun, pour aller vers les logiciels avec Apple qui fait la transition, puis Microsoft (c’est vrai qu’ils ne sont pas dans la vallée, mais difficile de les ignorer), pour enfin arriver aux réseaux sociaux et au web 2.0 . Ce que cette présentation permettait d’éclairer, c’était la succession des générations d’utilisateurs qui deviennent de plus en plus prescripteurs, et dont les usages façonnent l’industrie de demain. On offre plus un produit au consommateur, on ne crée pas un besoin, on anticipe sa demande. Cela change tout ! Et cela va s’accélérer, puisque nous avons désormais devant nous une génération qui a grandi avec l’ordinateur et le téléphone mobile.

Autre info intéressante, au passage, les femmes sont de plus en plus présentes à tous les niveaux de décision dans la Silicon Valley, comme ailleurs… Je le savais déjà figurez-vous, mais cela fait toujours plaisir de le voir confirmé même dans un milieu, celui de l’informatique, traditionnellement très masculin. Messieurs, ne vous inquiétez pas, avec les taux de croissance du secteur, il y aura de la place pour tout le monde. Même pas la peine de vous pousser, on trouve notre place toutes seules !

Dans la catégorie des observateurs, il y a L’Atelier BNP Paribas et son président dynamique et convaincu, Dominique Piotet. Son slogan, traquer l’innovation. Et il y arrive pas mal ! Il conseille les boites, toutes les boites et pas uniquement la BNP, qui veulent mieux comprendre ce monde mouvant de la Silicon Valley, mieux anticiper les tendances de demain, investir dans des jeunes pousses prometteuses.

Pour lui, l’avenir est clairement dans les systèmes ouverts, open source, interopérables. Non pas par idéologie, mais parce que les jeunes pousses, aujourd’hui, n’ont pas les moyens de déposer des tonnes de brevets, ni de répondre à ceux qui pourraient les accuser préventivement de violer les leurs. Par ailleurs, si elles ont une bonne idée, et la développent, il faut qu’elles puissent, pour le reste de leur produit, profiter des codes déjà existants et déjà rédigés. Il faut être rapide et agile, on a plus le temps de réinventer la roue. Pour cela, l’open source est une vraie piste, et même les plus gros nous en ont parlé.

Google, par exemple, ce monstre de puissance, goguenard et sympathique, dont les développeurs jouent au beach-volley sur le campus, et dont les cantines gratuites attirent à l’heure de mon arrivée les milliers d’abeilles de la ruche, avec lesquelles je fais la queue avec mon plateau-repas. Google est sur tout les fronts. D’abord, celui de la pub, avec un système de monétisation des contenus incroyablement efficace, ce qui le rend d’ailleurs un peu effrayant. Ça serait trop long à expliquer ici, mais je compte sur le prochain diner de blogueurs que j’organise mercredi prochain pour en reparler. Les ambitions de Google sont à la démesure de sa puissance actuelle : Organiser l’information du monde. Bien entendu, cela implique de notre part à tous, politiques, citoyens, une vigilance accrue face à une entreprise qui nous offre des produits et des services devenus pour chacun de nous indispensables aujourd’hui. Mais cela nous oblige également à regarder attentivement et comprendre leur stratégie. S’ils en sont arrivés la, c’est qu’ils sont meilleurs que les autres. Il faut se le rappeler, et comprendre pourquoi. Et se réjouir aussi, parfois, de leurs initiatives, notamment dans le domaine des cleantechs, ou ils investissent dans la voiture stockeuse d’énergie, les « smart grids« , qui permettent une utilisation plus rationnelle de l’énergie, et qui proposent des applications simples et puissantes s’appuyant sur les nouveaux compteurs électriques et qui peuvent vous fournir en temps et réel et avec un historique complet et visuel votre consommation domestique. J’ai moi-même pu constater dans ma mairie de Longjumeau à quel point la connaissance fine de sa consommation électrique pouvait entraîner des économies substantielles (environ 15% à la mairie) juste par une adaptation des comportements.

En parlant de simplicité et de puissance, j’ai également rencontré les dirigeants d’Apple, et la discussion que j’ai eue avec Bud Tribble a permis de conforter ma conviction que, pour ce qui concerne la valorisation des contenus culturels sur Internet, les deux maîtres mots étaient simplicité et lisibilité de l’offre. C’est bien ce qu’a fait Apple avec Itunes. Des prix uniques, une offre vaste, une utilisation possible sans DRM. Résultat, un immense succès commercial, et des dizaines de millions d’utilisateurs qui sont écoutent de la musique à partir d’une offre légale. Peut-être que cette simple et puissante leçon de Steve Jobs mérite d’être méditée dans la perspective des discussions que j’engage en France sur le thème «Internet pour la création» ?

Je ne peux pas terminer la narration forcément subjective de ce marathon sans mentionner deux moments agréables et porteurs d’espoirs. D’abord, la Mairie de San Francisco où j’ai été reçue par Chris Vein, le Chief Information Officer. Les Américains regardent avec beaucoup d’attention, et d’envie (eh oui !) la manière dont nous déployons le haut débit dans nos villes et nos campagnes. Et ils sont comme nous, peut être plus que nous à ce stade, en train de révolutionner les rapports entre les administrations et les citoyens, en utilisant au maximum les réseaux participatifs et l’information en temps réel. Figurez vous que la Maire de San Francisco tweete. ET que ça marche. Cela lui permet de rajouter un canal de communication à ceux traditionnels dont il dispose et qu’il n’abandonne pas, mais, ce faisant, de toucher un public qui ne suit pas les débats municipaux, et qui pourtant peut être directement impacté par les mesures prises par la municipalité. L’équipe de Chris a été très chaleureuse, et a insisté sur leur volonté de travailler avec moi et mon équipe dans les mois à venir, afin de comparer les politiques françaises et américaines en matière de gouvernement électronique, et d’échanger les meilleures pratiques. Et bien, on fera ça !

Enfin, j’ai rencontré le patron de Mozilla, John Lilly, comme je vous l’avais tweeté. À la cafétéria, comme vous le devinez, accompagné d’une équipe aussi diverse que peut l’être l’Amérique d’aujourd’hui (même si ça manquait un peu de femmes quand même…). Firefox, c’est l’exemple que l’open source peut marcher, mais de ces propos, je retiens aussi une certaine impuissance à pouvoir appliquer toute la philosophie du libre, faute de moyens. La protection stricte de l’intimité des utilisateurs, l’absence de commercialisation de leurs données personnelles, cela a un coût, qu’il faut pouvoir financer, ce que même des entreprises majeures du libre comme Firefox n’ont pas les moyens de faire aujourd’hui. C’est dommage, et si les tenants de l’open source et du libre arrivent à briser ce plafond de verre, ils seront, plus que jamais, j’en suis convaincu, en mesure d’offrir aux utilisateurs des produits en tous points et dans tous les domaines extrêmement compétitifs.

Je pars maintenant en train pour Washington et, arrivée à l’hôtel, je vous dirai deux mots de ma matinée du samedi à New York. Bonne soirée à tous !

Nathalie Kosciusko-Morizet : les usages et les contenus (vidéo)

Photo © Olivier Ezratty

Photo © Olivier Ezratty

De retour de son voyage d’études en Asie, Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’État chargée de la Prospective et du Développement de l’économie numérique, auprès du Premier ministre, a organisé un dîner avec vingt blogueurs et blogueuses spécialistes du numérique (à lire aussi les notes d’Olivier Ezratty et Frédéric Cavazza). Elle a répondu aux questions de MemoireVive.TV sur les usages, les contenus, la vie privée et enfin sur les retours de sa première expérience de blogging.

Vidéo de la chaîne MemoireViveTV réalisée par Sacha et Natacha Quester-Séméon.

Des puces et des robots. Tokyo, jour 2

Le robot ménager de l'IRT

La journée commence par une rencontre avec les correspondants de la presse française au Japon. La crise est dans tous les esprits. À quelques heures de la fin de ce voyage d’études, plutôt que de commenter l’actualité française, je m’efforce de concentrer mes réponses sur les premiers enseignements que je peux tirer de ce voyage, les forces et les faiblesses que j’ai perçues dans les modèles coréens et japonais, ce dont nous pourrions nous inspirer. Enfin, ce qui inspire mes interlocuteurs dans ce que fait la France dans ce domaine. Ce n’est pas un hasard si je suis partie dans ces deux pays pour mon premier déplacement officiel. Ils représentent à eux deux, en tout cas vus de France, la quintessence d’une politique de croissance par l’innovation et l’utilisation des TIC. En rencontrant les dirigeants de nombreuses entreprises nipponnes et coréennes, j’ai perçu chez elles une volonté de collaboration et de partenariats dans la recherche de solutions à cette crise qui nous frappe tous. C’est également ça la mondialisation. Nous sommes dans le même bateau, et en période de tempête, ceux qui tirent à hue et à dia habituellement s’organisent pour sauver le navire. Cette crise peut nous donner les moyens de mieux coordonner nos actions dans un monde numérique transfrontalier par essence. Nous avons ce besoin de coopération internationale, et j’ai senti que mes interlocuteurs y étaient prêts aujourd’hui.

Ayant fait le point avec la presse sur le présent, je me replonge dans un futur, qu’on dit proche, mais qui visuellement, est assez bluffant. Le monde des robots. Visite de l’Information and Robot Technology Research Initiative (IRT) de l’Université de Tokyo. On y voit de vrais robots effectuer des tâches quotidiennes, parfois un peu poussivement, mais on touche la du doigt à quel point l’homme doit déployer d’intelligence et d’ingéniosité pour faire reproduire à la machine des tâches aussi bénignes que de ramasser un torchon sur une chaise et de le mettre dans une machine à laver. Ce qui est difficile, et ce qui est la clé de tout pour le développement d’une industrie des robots au service des gens, c’est de faire en sorte que ces robots sachent chercher et analyser eux-mêmes l’information qui leur permet de réaliser une action. De ce point de vue, j’ai été impressionnée, quoiqu’un peu déçue de n’avoir pas réussi à attirer l’attention du robot pendant qu’il passait le balai. Manifestement, il ne sait pas encore quelles sont les priorités…

De puissants développements informatiques et optiques (reconnaissance d’image) sont à l’œuvre pour rendre ces robots plus sensibles à leur environnement, et en attendant qu’ils soient pleinement opérationnels, les recherches effectuées peuvent déboucher sur des applications concrètes très utiles : un petit robot peut, par la reconnaissance d’image, savoir si une personne prend bien ses médicaments. Si elle oublie, elle lui rappelle. Si elle en prend trop, elle lance une alerte. Pour les personnes qui perdent un peu la mémoire, un système de caméras repère où sont les objets et vous indique où ils se trouvent quand vous cliquez sur leur image. J’aurai bien fait le test avec un trousseau de clés, mais on n’avait pas le temps. Enfin, un système de motion capture permet de repérer l’activité musculaire d’une personne, l’évolution de sa morphologie et de sa puissance. Déjà utilisé en test avec un sportif japonais qui prépare le marathon, ce système pourrait rapidement être intégré directement à un téléviseur. Ce sera la révolution de l’aérobic à la maison !

Reconnaissance d’image. J’ai beaucoup vu cette technique à l’œuvre depuis plusieurs jours. Elle semble devoir être complémentaire, voire concurrente, de celle des tags RFID.

Avant de partir, je tombe sur une autre salle, un peu à l’écart avec d’autres robots. De vrais sosies de Goldorak ! Et sympas en plus. On se serre la main, ils déambulent autour de moi. C’est très bizarre comme expérience de se retrouver au milieu de plusieurs Goldoraks. En fait, ces robots sont des bancs de tests sur pattes. Loin d’être des prototypes, ils sont démontables et manipulables à merci par les scientifiques qui testent sur eux leurs dernières inventions en matière de motricité et d’interaction.
Même si visuellement, tout cela vous donne l’impression d’être dans la guerre des étoiles, il ne s’agit pas de doux rêves de chercheurs nostalgiques des dessins animés de leur enfance. Les plus grandes entreprises japonaises comme Fujitsu, Toyota, Panasonic, Sega financent ces recherches. Elles voient en effet le développement de la robotique comme une réponse au vieillissement de la population, et même, à sa décroissance. L’impression, du coup, est mitigée. Si la performance technologique est remarquable, le projet de société me semble un peu douteux. Remplacer le contact humain envers les ainés par des robots ? Préférer la croissance des robots à la croissance de la natalité, y compris par l’immigration maitrisée ? En tout cas, ces recherches, comme souvent, apporteront leur lot d’innovations en cours de route et bien avant que chaque japonais vive entouré de robots. Le CNRS, qui collabore avec l’Université de Tokyo sur certains de ces projets, a bien compris l’intérêt que nous avons à être dans les premiers à les comprendre et à les maitriser.

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Je déjeune avec des humains, ce qui n’est pas plus mal, d’autant qu’il s’agit d’experts japonais des réseaux, des télécoms et de l’Internet. Messieurs Tokoro de Sony, Tomita de NTT (l’opérateur historique japonais), Ikegami du Ministère de l’Éducation et des Technologies, et Ichikawa de l’Université des électro-communications me bombardent d’informations sur l’histoire passée et présente des réseaux télécoms, d’Internet, et au futur de l’Internet des objets. Sur les usages, ils ne sont pas très diserts. Tout juste confirment-ils cette exception japonaise qui veut que ce pays semble ne pas souffrir du piratage des œuvres culturelles sur Internet. La raison m’en reste assez mystérieuse, mais j’entrevois que la richesse de l’offre audiovisuelle et musicale proposée par les opérateurs télécom via la FFTH (Fiber to home) et la TMP suffisent aux Japonais. Ils sont déjà plus de 10 millions d’abonnés aux services FTTH de NTT au Japon. Quand on pense par ailleurs que plus de 80% de la population dispose de la fibre, on imagine que les Japonais disposent d’une offre audiovisuelle en ligne sans commune mesure avec le reste du monde…

On parle aussi du futur de l’Internet, et de l’Internet des objets. Le ton de mes interlocuteurs est plutôt inquiétant. Ils pensent qu’avant tout il faudrait que nous nous mettions tous d’accord pour déterminer quels objets sont utiles à interconnecter, pour éviter que tous les objets ne soient in fine communicants dans l’Internet des objets. La raison tenant à ce que plus le nombre d’objets interconnectés sera grand, plus grands seront les renseignements disponibles sur leur utilisation, et plus grand sera le danger d’une exploitation malveillante de ces données. Une idée à creuser, mais à propos de craintes, je suis frappée de l’hostilité que suscite Google chez mes interlocuteurs. Hier déjà, j’avais remarqué cela. À ce déjeuner, c’est encore plus frappant. Google est vu comme un concurrent des deux industries qui dominent l’internet : celle des contenants, et celle des contenus. Sa puissance est telle dans ces deux domaines qu’elle en devient inquiétante.

Je pars ensuite pour l’Ubiquitous Networking Laboratory du Professeur Sakamura, jamais à court d’idées pour montrer comment les puces RFID peuvent trouver des applications concrètes de la vie de tous les jours. Première démonstration avec une bouteille de Vosne Romanée 1992, malheureusement vide, mais pour laquelle nous obtenons une description d’œnologue juste en la passant près d’un lecteur. Alternant des exemples plus ou moins convaincants, Sakamura nous présente une cravate (le lecteur RFID nous dit qu’il faut éviter d’aller avec à un barbecue…) puis des médicaments et une ordonnance, avec des informations précieuses cette fois-ci sur les interactions médicamenteuses à éviter et les prescriptions à respecter. Une fois de plus, les applications les plus convaincantes sont pensées dans le contexte d’un vieillissement de la population japonaise. À croire que cette réalité démographique soit devenue le facteur principal d’investissement dans la recherche et l’innovation au Japon. Il faut dire que les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2055, les démographes pensent que le Japon sera revenu à 90 millions d’habitants, soit sa démographie de 1950, et que 40% des Japonais seront âgés, contre 20 % aujourd’hui. Le Labo du professeur, qui veut développer sa collaboration avec des entreprises et des centres de recherche en France, regorge d’exemples concrets : gestion des stocks de fruits et légumes, cannes blanches parlantes pour les aveugles, autant d’applications concrètes qui peuvent être rapidement déployées, et qui le sont d’ailleurs dans certaines villes du Japon.
Après un passage au Showroom de Panasonic, très formaté et sans vraiment de possibilité d’échanger, même si j’ai vu de belles réalisations comme le mur 3D (non encore commercialisé) qui vous permet de refaire la déco de votre salon et d’agencer votre bibliothèque (virtuelle) d’un simple mouvement de la main, direction l’Ambassade.

Ce soir, diner avec des créatifs Japonais dans un bar branché du quartier étudiant. Mangas, romans diffusés sur téléphone portable, artistes numériques, créateurs de jeux pour mobile, éditeurs en ligne, universitaires… La conversation s’engage particulièrement avec un petit groupe de Japonaises dessinatrices de mangas. Enfin un public avisé pour la question qui traverse mes discussions depuis mon arrivée au Japon : pourquoi si peu d’enfants, alors même que les femmes ne travaillent pas ? La réponse ne manque pas de surprendre : c’est parce que les hommes sont trop puérils, quand on a déjà un grand enfant à la maison, on est moins tenté de multiplier les vrais. Un homme, lui aussi dessinateur de manga proteste : c’est pour des raisons économiques, élever des enfants est trop cher au Japon. Ce ne doit pas être simple, en tout cas. Une des dessinatrices me confie son désespoir de s’être vue refuser aujourd’hui même une place de crèche. Pour remercier pour la soirée, chacun me dessine en version manga. Il y en a vraiment de beaux. Je les scannerai à mon retour pour vous les montrer. Pour le reste, on échange les adresses. Si vous croisez à «la cantine» un artiste japonais qui vient étudier les tendances du numérique en France, ne cherchez pas, c’est moi qui l’ai envoyé. Et accueillez-le bien : il est très sympa.

Photos : © IRT et Labo, Olivier Ezratty

Première journée à Tokyo

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Moins de 2 000 kilomètres séparent Séoul de Tokyo. Première excellente nouvelle le voyage fut court. Deuxième bonne nouvelle quelques degrés Celsius différencient les deux villes et c’est en faveur de Tokyo.

J’arrête ici les considérations touristiques. Dès mon arrivée j’ai pu discuter avec des responsables économiques français du secteur des TIC. Toutes les entreprises qui comptent sont présentes au Japon, soit à travers des filiales, soit par des bureaux de veille. Leur regard sur les réalités japonaises du secteur est plus partagé qu’on l’aurait cru vu de France. Les équipementiers japonais, pourtant très puissants, ont raté le tournant des téléphones mobiles. L’importance du marché local fait paradoxalement leur faiblesse : ils pensent d’abord à définir des standards différents, qui les handicapent dans un deuxième temps à l’export. Sur la télévision mobile, les avis sont partagés. Est-elle correctement financée par la pub ? Ou, est-elle toujours en recherche de son modèle économique ? En tout cas, le choix qui a été fait est celui de la télévision mobile terrestre, assez logiquement pour le pays le plus câblé du monde.

Les visites de l’après-midi sont consacrées au paiement sans contact. Enfin, surtout au paiement et au porte-monnaie électronique. Chez Seven-Eleven d’abord, une chaine puissante d’épiceries de quartier qui a développé une carte de paiement, « Nanaco », et des services associés (réservations et achats culturels et touristiques, paiement des impôts et des factures d’eau, de gaz et d’électricité, participation à des enchères Yahoo ! et livraison des objets à l’épicerie du coin). En fait, le modèle se développe beaucoup du fait de la faiblesse des banques sur ce secteur, puisqu’elles n’ont pas pu se mettre d’accord sur un standard commun. J’achète un sushi et une bouteille de thé glacé. Pratique, mais pas révolutionnaire. Le Sénateur Le Grand casse une bouteille de nuoc man dans l’épicerie, mais on ne me la facture pas. Tant pis, j’étais prête à payer, à l’étranger il faut être solidaires, pas question que la France laisse des ardoises !

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On enchaine chez JR-East, la plus puissante compagnie ferroviaire nippone, qui a développé sa propre carte de paiement, « Suica ». Paiement des billets, réservation de supplément 1re classe directement dans les wagons, micro-achats dans les boutiques des gares et dans certaines épiceries,… C’est Navigo + Monéo. Un souci cependant : comme chez Seven-Eleven, la question « quelle exploitation faites-vous des données personnelles ? Du marketing ? De la vente de fichiers ? » n’obtient pas de réponse claire. JR-East a même prétendu avoir tout juste commencé à y penser. Il est vrai que dans leur cas, les seules économies réalisées par la mise en place du service suffisent à le justifier.

Je finis la journée en dinant avec quatre « prospectivistes », experts et scientifiques de haut niveau : messieurs Kurokawa, Kokuryo, Yoshikawa, et Aizawa. La discussion est enlevée et variée. Chacun s’accorde à dire que l’avenir est peu prévisible ces temps-ci. Ils s’inquiètent de la difficulté à se projeter dans l’avenir, et à le penser. Nous avons une discussion intéressante sur les fichiers et la gestion des données personnelles. L’un d’entre eux (pas de noms….) y voit un pouvoir considérable et propose une alliance franco-japonaise pour concurrencer Google… Kurokawa voudrait la société japonaise plus concernée par les questions de transparence. Tous ces messieurs s’accordent finalement à trouver que le vrai problème du Japon est que les Japonaises n’ont pas assez d’enfants, et nous demandent les bonnes recettes françaises en la matière. Ne riez pas c’est très sérieux. Je crois, pour ma part, qu’une des clefs, paradoxale, mais certaine, est bien le travail des femmes. Le modèle français incite à travailler et élever des enfants en même temps et y voit assez largement un critère de réussite. Là où le modèle japonais donne à la femme moins d’indépendance : et elle se venge ! On a parlé retraites aussi, car du coup, le Japon vieillit rapidement. Et il semble que le système informatique de calcul des pensions ait connu des bugs qui mettent en émoi tous les bénéficiaires présents ou futurs, car on ne sait plus qui a droit à quoi. Grandeur et difficultés du numérique.

Photos d’Olivier Ezratty

Séoul : création et diffusion de contenus numériques, Jour 2

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Journée Marathon et passionnante.

Séoul est une ville immense dont j’ai ce soir la sensation d’avoir plusieurs fois fait le tour. Je ferai donc plus synthétique qu’hier soir, car sinon il faudrait que je passe la nuit sur mon clavier et ce ne serait vraiment pas raisonnable.

J’ai, avec les membres de la délégation, commencé sur les chapeaux de roues dès 7h45 par un petit- déjeuner autour de trois experts coréens dans le domaine des TIC. Chacun nous a présenté, sous un angle différent, sa vision des opportunités et des défis économiques qu’une société hautement connectée et numérisée doit prendre en compte.

À cette occasion, m’ont notamment été présentés les deux modèles économiques de la Télévision mobile personnelle (TMP) déployés en parallèle depuis 2005 en Corée : l’un gratuit avec environ 15 millions d’utilisateurs, l’autre payant avec 1,7 million d’abonnés. Au final et au vu de mes différents entretiens qui ont ponctué cette journée, j’ai le sentiment que la TMP est un véritable succès populaire, mais qu’aucun des deux modèles n’est encore rentable. Je suis partie très curieuse de savoir ce que les Coréens avaient fait en la matière, et finalement ce sont eux qui sont maintenant curieux de savoir ce que nous allons faire en France !

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Ensuite, direction le siège de SK Télécom, principal opérateur de téléphonie mobile où j’ai fait un voyage digne d’un pur roman de science-fiction. Là, j’ai péché dans un bassin virtuel un compagnon non moins virtuel, aux formes artistiques et aux couleurs acidulées qui m’a accompagné pendant toute la visite. Comme plus tard à la Raemian Gallery de Samsung, j’ai pu avoir un aperçu de ce que les Coréens entendent par « maison du futur » : une maison où les objets communiquent avec vous, mais également entre eux.

La brosse à dents prend votre pouls pendant que le tapis de bain vous pèse, et le temps d’arriver à votre cuisine, votre réfrigérateur vous conseille alors des recettes adaptées à votre état de santé.

Plus classiquement, des objets géolocalisent vos enfants, et vous alertent s’ils s’éloignent du lieu où ils sont supposés être.

Puis, nous avons filé au siège de NCsoft, leader coréen du jeu en ligne (MMORPG pour Massively Multiplayer Online Role Playing Game). Intéressant de voir que les jeux classiques sur CD et DVD sont en chute libre en Corée en raison de problèmes de piratage et que la réponse trouvée par l’industrie est de développer les jeux en ligne sur abonnement. La démonstration de leur jeu d’heroic fantasy « Aion » m’a impressionnée et amusée, tout particulièrement la multitude de possibilités de personnalisation de son avatar. Des développeurs français ont contribué à l’élaboration de ce jeu, ce qui prouve bien que nous avons chez nous des talents recherchés par le monde entier. NCsoft a d’ailleurs noué un partenariat avec Ubisoft et semble intéressé par une future implantation en France.

Après avoir traversé la ville de part en part, nous arrivons à SBS, chaine de télévision nationale, avec les dirigeants de laquelle j’ai pu de nouveau évoquer la TMP. En fin de compte, tous les interlocuteurs, qu’ils soient opérateurs de réseaux ou créateurs / diffuseurs de contenus, arrivent aux mêmes conclusions : La TMP a besoin de formats qui lui sont propres, et ne peut se contenter de diffuser les programmes traditionnels des chaines. Ces formats ne sont pas encore stabilisés.

Aujourd’hui, les diffuseurs enrichissent leurs programmes avec des applications typiques de la mobilité : géolocalisation, infos trafic… Ce n’est pas encore du contenu audiovisuel adapté !

Fin de journée à l’Ambassade où la maire adjointe de Séoul, chargée de la société de l’information, est venue présenter la politique de sa ville en matière de E- gouvernement.

Séoul est probablement la ville du monde ayant déployé le plus tôt et le plus massivement les TIC au service de sa population. Aujourd’hui, le Séoulien, qui est devenu un e-citoyen peut, à partir de son portable, être consulté directement sur les projets de la ville, payer ses impôts locaux en ligne, avoir en temps réel l’état du trafic à proximité, et savoir dans combien de temps exactement le bus arrive. Des endroits spécifiques comme la forêt de Séoul sont équipés de bornes multimédias tactiles qui présentent de façon très pédagogique et ludique la faune et la flore locales aux enfants. En tant que maire je n’ai pu qu’être séduite et bon nombre de services présentés m’ont fait terriblement envie pour ma ville de Longjumeau.

Pour finir, L’ambassadeur a organisé une réception pour que je puisse échanger avec les membres de la communauté française en Corée. J’ai ensuite pu rencontrer les militants UMP de Séoul avec lesquels nous avons notamment discuté de la nouvelle organisation du parti.

Demain, je m’envole pour Tokyo et c’est du Japon que je posterai mon prochain billet.

Photo d’Olivier Ezratty

Séoul : l’Asie créative, jour 1

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Arrivée ce matin à Séoul, enfin le matin pour vous, car pour moi ici l’après-midi était déjà bien avancé. À peine descendue de l’avion, cap sur le siège de Samsung Electronics où j’ai visité leur show room, tellement nouveau que Yoon-Woo Lee, CEO de Samsung, m’a confié à la sortie n’avoir pas eu le temps de l’ inaugurer.

A l’entrée quelle ne fut pas surprise d’être accueillie par un mur d’écrans reproduisant des images numériques de ma tête, à la mode Andy Warhol, et, sur le sol, un plancher lumineux sur lequel défilait en plusieurs langues « bienvenue à Nathalie Kosciusko-Morizet ».

Ce dispositif n’a pas été mis en place pour moi seule. Ouvert sur la ville, ce showroom est en passe de devenir un lieu des lieux « Hype » de la capitale coréenne. Il est à la disposition des Séouliens qui peuvent venir y déposer des messages personnels et expérimenter eux aussi ce bref instant de célébrité en voyant leur portrait projeté sur les murs. Au cours de cette visite, j’ai été particulièrement frappée par quatre innovations :

- La maitrise des technologies de captation d’image, avec notamment un objectif capable d’effectuer six focus simultanés. Autant dire qu’il ne sera bientôt plus possible de rater une photo de groupe.

- Au rayon domotique, le four rêvé des mauvaises cuisinières, et des mauvais cuisiniers… Il sait lire des fiches de recettes comportant des tags RFID, et régler automatiquement le mode et le temps de cuisson appropriés.

- Les nouveaux écrans plats « blueray », dont le rendu de l’image est tellement impressionnant qu’on dirait de la 3D.

- Enfin, un coup de chapeau personnel pour un produit du futur qui réunit numérique et écologie : L’appareil à cultiver légumes et fruits bio en appartement. N’existant malheureusement pour l’instant que sur écran, ce système s’appuie sur la culture hydroponique, plus pratique en intérieur, car il n’utilise pas de terre.

Aux côtés du Sénateur Jean-François Legrand et du Député Patrice Martin-Lalande qui m’accompagnent dans ce voyage d’études, nous avons diné avec les dirigeants de Samsung Electronics.

Yoon Woo Lee, avait bien fait les choses : une succession de savoureuses spécialités coréennes, accompagnées de non moins délicieux vins… français.

Autre qualité à souligner chez notre hôte, car rare dans le milieu des chaebol, ces grands conglomérats coréens, il n’est pas issu d’une « grande famille ». C’est un self-made-man qui a gravi tous les échelons de Samsung avant d’en devenir CEO.

La discussion, trilingue, a été franche et agréable. Nous avons notamment discuté de la sortie de crise. A cet égard, j’ai pu constater que les remèdes sont différents pour une économie tournée à 80% vers l’export. La relance, pour eux, est ailleurs, puisque c’est celle qui doit avoir lieu chez leurs clients. Pour leur compte, les coréens consacrent l’essentiel de leurs investissements aux infrastructures nationales, qui ne sont pas délocalisables, ni dépendantes de la demande extérieure.

Autre différence, autour de la réflexion éthique sur la vie privée et à notre relation au respect des données personnelles. Nos interlocuteurs nous ont expliqué que le désir d’être les premiers à utiliser les dernières technologies est nettement plus fort que les craintes liées aux atteintes à la vie privée.

A une question que je leur ai posée sur l’existence d’un débat autour de l’impact des ondes électromagnétiques sur la santé, ils m’ont répondu que les coréens ont confiance dans les normes et dans le respect de ces dernières par l’industrie. J’aurai l’occasion de poser à nouveau cette question à d’autres interlocuteurs durant mon séjour, afin de recueillir l’ensemble des points de vue.

Nous avons terminé la soirée dans un bar traditionnel, situé au milieu d’ un quartier étudiant, où, assis par terre, nous avons dégusté un Seoju bien chaud (alcool de riz réconfortant quand il fait moins 5 dehors).

Sur ce, il est tard et je sens comme une grosse fatigue, alors Anyong Asheio et à demain.

(D’autres photos dans l’album )

Crédit photo : cabinet NKM

Nathalie Kosciusko-Morizet, invitée spéciale du blog

Nathalie Kosciusko-Morizet

La nouvelle secrétaire d’État à l’économie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet s’envole pour l’Asie du 17 au 22 février, pour y effectuer un voyage d’études en Corée et au Japon « conçu comme une fenêtre sur le futur », écrit-elle. NKM a décidé pour la première fois de tenir un journal de bord de son voyage. Elle visitera les deux pays en compagnie de plusieurs parlementaires et d’Olivier Ezratty, blogueur-expert, également membre du Club des Observateurs de l’innovation, du tout nouveau Blog InnovaNews de la Cité des sciences.

NKM précise son parcours dans un billet : « Au programme les toutes dernières tendances sur le front des usages numériques en matière de domotique, de réalité augmentée, d’images 3D, de télévision mobile personnelle ou encore de robotique… Bref une immersion sur le mode de l’anticipation que j’ai envie de vous faire partager ». Et d’ajouter : « En Corée, visite des entreprises Samsung, NC soft, Panasonic, découverte des nouvelles applications des portables, de la TMP, e-gouvernement. Au Japon, application des puces RFID, internet du futur, téléphonie mobile toujours. »

On peut se demander, comme je le notais sur MemoireVive.tv, avec quel équipement Nathalie Kosciusko-Morizet bloguera au cours de son voyage. Utilisera-t-elle un super Blackberry à l’instar de Barack Obama ou un iPhone comme François Fillon ?

Les billets de ce carnet personnel, ainsi que quelques photos (on l’espère) seront publiés en exclusivité à la fois sur InnovaNews et sur le profil facebook de NKM.

Nous sommes heureux d’accueillir, Nathalie Kosciusko-Morizet, le jour de naissance d’InnovaNews.

Photo : Arnaud Perrin (Apg92)

 

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