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Le robot apprenant nécessitera-t-il une éthique ?

Photo Roberto Rizzato (cc)

Photo Roberto Rizzato (cc)

Les continuelles avancées du secteur robotique soulèvent des questions, notamment de responsabilité. Le point avec Jean-Christophe Baillie*, qui interviendra sur le sujet au Forum Science, Recherche et Société en juin (Collège de France).

La multiplication des robots dans la vie quotidienne soulève nécessairement des questions liées à l’éthique. Ce sera d’ailleurs le thème d’une des conférences proposées le 20 juin prochain par le Forum Science, Recherche et Société. Pour Jean-Christophe Baillie, fondateur de l’entreprise Gostai et intervenant à la rencontre, la question est d’autant plus importante à aborder qu’elle est encore mal définie. « Pour comprendre ces problématiques d’éthique, il faut d’abord identifier précisément le terme robot« , explique-t-il. Pour certains, ce terme peut recouvrir des objets comme les voitures ou les maisons intelligentes. Mais, pour ce spécialiste de la robotique, dans le cas de l’éthique, cela concerne la machine qui apprend, dont la connaissance et donc le comportement évoluent au contact d’autres éléments : humain, autre robot… De par cet apprentissage, le robot s’éloigne des données intégrées initialement par l’ingénieur qui l’a construit, pour adopter des comportements non prévus.

Une définition du robot

« Il s’agit d’une catégorie d’objets nouveaux, de nature différente de l’électronique grand public » précise-t-il. La question de l’éthique appliquée aux robots se décompose donc en deux parties : « d’une part l’éthique humaine, liée à ce que le constructeur, l’ingénieur et l’utilisateur veulent en faire, à l’instar de n’importe quel objet« . Et d’autre part l’éthique du robot en lui-même, soit le choix qu’il effectue avant d’agir, et donc la décision qu’il prend, lorsqu’il est capable d’en prendre. « Mais aujourd’hui, et pour encore quelques années, seule l’éthique humaine est d’actualité : nous ne savons pas encore créer de robots capables d’apprendre de manière générale » continue le fondateur de Gostai. « Nous ne parvenons à le faire que sur des tâches simples. » Se pose alors, pour l’avenir, la question de la responsabilité. Si un robot apprenant provoque un dommage, qui en sera responsable ? Tant que le robot reste une machine exécutive, la problématique reste classique.

Éthique humaine et éthique robotique

Comme lors d’un accident automobile, le constructeur n’est pas responsable de ce que le conducteur fait de son véhicule. Mais si le robot est capable d’apprendre, « il s’agit d’une question qui s’apparente davantage à une problématique d’éducation, à l’instar de la responsabilité de parents en cas de délit de leur enfant« . Et Jean-Christophe Baillie d’évoquer le domaine de la robotique développementale, qui prend pour modèle l’évolution d’un enfant. « Ce qui est intéressant, c’est que les chercheurs de cette branche abordent le problème de l’apprentissage d’actions et de représentations du monde« . Et Jean-Christophe Baillie de terminer : « il est difficile de discuter de ce qui n’existe pas encore. Dans une vingtaine d’années, l’humain sera peut-être augmenté et intègrera directement de la robotique dans le corps. Dans ce cas, il ne serait plus pertinent d’opposer humain et robot, et les débats sur l’éthique deviendraient plus compliqués« .

* fondateur de la société Gostai spécialisée dans l’intelligence artificielle orientée robotique.


Publié le 27 Mai 2009

L’interaction des robots et des objets intelligents avec les humains dans la vie quotidienne et demain en ville, posera de nombreuses questions.

Cette problématique n’appartient déjà plus à la science-fiction : en octobre 2007, en Afrique du Sud, un canon robotisé a tiré du 35 mm, sans raison apparente, a tué neuf soldats et en a blessé 14. Le Oerlikon GDF-005, arme anti-aérienne, est devenu soudainement incontrôlable. En avril 2009 en Suède, un robot a « attaqué » un ouvrier le blessant grièvement. En Irak, les fameux robots SWORDS armés n’ont pas eu le temps de tirer une seule cartouche, et n’en tireront jamais plus, car ils ont été retirés du service actif. Ils auraient mis en en joue un membre de la coalition sans qu’on le lui demande.

Un embryon d’éthique pour les robots avait été imaginé par l’écrivain de science-fiction Isaac Asimov, avec ses Trois lois de la robotique, des règles auxquelles tous les robots positroniques qui apparaissent dans sa fiction doivent obéir :
1. Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni en restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger.
2. Un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi.
3. Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la seconde loi.

Asimo, moins belliqueux, fait le service
:

Kobian, le robot humanoïde émotionnel

Un robot développé à la célèbre université japonaise de Wazeda.

Un robot iPhone

Humanoid Robot (KHR-2HV) with iPhone (iPod touch) Head

Nexi, le robot social du MIT

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Nexi, Photo MIT - Xitome Design

Le robot développé à la célèbre université du MIT à Boston (États-Unis) était la vedette du onzième salon de la réalité virtuelle à Laval, fin avril. La particularité de Nexi MDS (pour Mobile Dexterous Social) n’est pas tant son mode de locomotion, pas de jambes à la Asimo, ou ses bras, que sa faculté d’exprimer des sentiments lors des interactions avec les humains.

Des dispositifs vidéo et des capteurs et acteurs électroniques lui permettent de se «représenter» numériquement son environnement et de réagir aux personnes autour de lui. Le système mécanique qui gère l’orientation de la tête par exemple a été conçu pour réagir très vite de façon à ressembler le plus possible aux réactions humaines. « Il préfigure les machines du futur qui seront de plus en plus orientées vers les humains », explique un de ses concepteurs Mickey Siegel.

Nexi est le résultat d’une collaboration entre différents labos de recherche, le Personal Robots Group du MediaLab au MIT, The University of Massachusetts Amherst et son Laboratoire sur la perception des robots, Xitome Design, and Meka Robotics.

Comme on peut le voir sur cette image, les mimiques faciales ont été élaborées pour imiter une gamme diverse d’expressions de visage incluant le regard fixe, la surprise, la peur, la mauvaise humeur. Le mouvement des sourcils et des paupières sans oublier la mandibule articulée, permettent des poses expressives. Nexi est doté de capteurs CCD dans chaque oeil, de quatre microphones, qui assurent la localisation du son, et d’un système de synthèse vocale.

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Photo MIT - Xitome Design


Il y a un an et demi, l’université de Maëstricht a accordé un doctorat à un chercheur en intelligence artificielle dont la thèse portait sur le mariage entre des humains et des robots. « La thèse de Levy examine les attitudes humaines dans les domaines de l’affection, de l’amour et de la sexualité pour conclure que ces comportements sont tout aussi bien applicables dans une interaction avec des robots à l’avenir, puisqu’elles sont la base de nos échanges aujourd’hui » ajoutais PC INpact.

Lire aussi :
- Les robots à l’école des émotions (Le Journal du CNRS)
- Du bon usage des robots mendiants (Seekoeur)

La vidéo démo de Nexi :

Intelligence artificielle : les premiers pas d’ASIMO

Une Vidéo dans laquelle on observe les progrès réalisés par ASIMO dans le domaine de la reconnaissance des objets, voire des représentations conceptuelles…

Bientôt un robot en métal liquide façon Terminator ? L’ère de la matière programmable commence

Bientôt un robot en métal liquide façon Terminator ? L’ère de la matière programmable commence…

Contrôler un robot par la pensée

Honda, ATR and Shimadzu Jointly Develop Brain-Machine Interface. © 2009 Honda Motor Co., Ltd.

La machine de contrôle du robot développée par Honda, ATR et Shimadzu. © 2009 Honda Motor Co., Ltd.

Honda vient d’annoncer la mise au point de la première interface homme-machine commandée par la pensée, appliquée à un robot humanoïde. Ce dispositif technologique a été développé conjointement avec la société japonaise Shimadzu basée à Tokyo et l’institut de recherche ATR.

L’interface est basée principalement sur deux enregistreurs électro-encéphalographiques (mieux connu sous le nom de EEG), qui mesurent l’activité électrique dans le cuir chevelu, d’un ordinateur puissant et des algorithmes innovants, associés à un système de spectroscopie proche infrarouge (SPIR) pour mesurer les changements de débit sanguin cérébral. Tout ce que l’utilisateur doit faire est de porter un casque équipé de ces capteurs et d’imaginer une des quatre représentations prédéterminées correspondantes à une partie du robot (main gauche, main droite, langue, pieds) qu’il veut se faire mouvoir.

Honda, ATR and Shimadzu Jointly Develop Brain-Machine Interface. © 2009 Honda Motor Co., Ltd.

Système de mesure de l'activité cérébrale. © 2009 Honda Motor Co., Ltd.

Lors des premiers essais, et ce grâce aux algorithmes nouvellement créés, les ingénieurs de Honda déclarent que le robot Asimo a effectué correctement le geste pensé, tel que lever la main ou avancer un pied, dans 90 % des cas. À terme, le but est de pouvoir commander par la pensée des «objets intelligents», sur la base d’actions simples comme fermer une porte de voiture, allumer sa télé ou piloter une souris d’ordinateur…

Honda, ATR and Shimadzu Jointly Develop Brain-Machine Interface. © 2009 Honda Motor Co., Ltd.

Interfaces du système de commande du robot. © 2009 Honda Motor Co., Ltd.

« Nous n’en sommes qu’au stade initial, mais nous caressons le rêve d’intégrer un jour cette technologie dans diverses machines », reconnaît, Yasuhisa Arai, directeur de l’institut de recherches de Honda.

Comme le rappelle la dépêche de l’AFP, au Japon, «ces systèmes sont destinés à seconder l’humain dans son quotidien ingrat : les robots japonais n’attendront pas qu’on leur ordonne à haute voix de débarrasser la table pour se mettre au travail: il suffira d’y penser et ils passeront à l’acte.»

BigDog, le robot quadripède est testé en Afghanistan

© DOD

BigDog de Boston Dynamics © DOD

Il sait tout faire ou presque. Marcher sur les terrains les plus accidentés, grimper des côtes de 35° d’inclinaison, transporter ses 140 kilos d’équipements, dans la neige ou la boue. Il arrive même à rétablir son équilibre (voir la vidéo) lorsqu’il glisse sur une plaque de glace. BigDog, c’est le « robot quadrupède le plus avancé au monde », créé par Boston Dynamics, dans le cadre d’un programme du DARPA (l’agence du Département de la défense des USA qui est responsable de la recherche et du développement des nouvelles technologies dans l’usage militaire).

En 2009, une nouvelle étape est donc franchie en robotique avec des tests en terrain de conflit actif, d’un robot téléguidé. Il faut dire que c’est un champion dans le domaine, car il peut faire des pointes à 6,5 km/h et a battu le record du monde d’autonomie en parcourant sans s’arrêter 20 km à une vitesse de 4 km/h. Ce « Grand chien » de 75 kg, qui ressemble en fait à un mulet doté de quatre pattes articulées équipées de servomoteurs et d’un grand nombre de capteurs, va donc devenir l’infatigable compagnon des soldats américains en Afghanistan, pas ultra discret cependant, avec son bruit de tondeuse à gazon.

C’est la guerre en Irak qui a dopé le marché des robots : ils sont plus efficaces dans certaines conditions et permettent même d’économiser des vies humaines (suivant duquel côté on se place évidemment). Comme l’explique un reportage de Rue89, « l’apparition de ces robots est le prélude d’une inéluctable révolution dans « l’art » de la guerre, un tournant comparable à la découverte de la poudre. Car la frontière est ténue entre un ordre simple donné par télécommande à un robot (« Tire dans telle direction ») et un ordre plus complexe (« Entre dans cet immeuble et tue tout ce qui est vivant et qui mesure plus de 1,30 mètre »). »

Et d’évoquer la problématique de l’intelligence artificielle du futur, valable tout autant pour les quadrupèdes de combat que pour des androïdes civils  : « Même si elle n’est pas pour aujourd’hui, la question de l’autonomisation des robots finira par se poser. Et avec elle, celle de la programmation de « limites morales » à ses propres décisions. » En ligne de mire, se profilent donc les 3 lois de la robotique d’Asimov et d’épineuses questions d’éthique et de politique. (Cf. « Le premier code éthique des robots est né« )

Cutaway illustration of Boston Dynamics' quadruped robot, BigDog.

James Provost : Cutaway illustration of Boston Dynamics' quadruped robot, BigDog.

Écorché à découvrir sur le site de James Provost avec la possibilité de zoomer dans l’image.
A lire également sur Futura-Sciences : « L’informatique de bord gère l’orientation, la direction, ainsi que la distribution d’énergie entre les différents servos lorsque les conditions changent. Le contact avec le sol et la pression de la charge sur le « dos » sont constamment pris en compte, tandis qu’un gyroscope et un système de vision stéréoscopique déterminent l’orientation et la voie à suivre pour parvenir au but assigné, ou déterminé par le logiciel de bord. »

Last but not least, voir ce lien proposé par Laurent Suply « pour avoir un aperçu des autres percées de la robotique sur les champs de bataille, sur Defense.tech, en plus des drones, SWORDS et Talon, des mitrailleuses sur chenilles… Bienvenu au XXIe siècle. »

Voir aussi : Talks P.W. Singer: Military robots and the terrifying future of war (Anglais)

Le premier robot humanoïde féminin autonome

Le robot HRP-4C (capture BBC)

Le robot HRP-4C

Elle semble tout droit sortie des mangas, mesure 1m 58, pèse 43 kilos, marche sans fil à la patte et peut mimer un certain nombre d’expressions faciales. Ce robot humanoïde réalisé par le National Institute of Advanced Industrial Science and Technology a accueilli les journalistes, le 16 mars dernier par un «Bonjour tout le monde, je suis l’humain cybernétique HRP–4C».

Encore un brin gauche, un rien figée parfois, mais on voit bien la direction que prennent les « humanoïdes » depuis la révolution Asimo de Honda. Dotée de près de 30 moteurs, elle peut marcher bouger les bras et répondre à quelques questions simples. Son créateur, Shuji Kajita, a indiqué qu’il ne voulait pas la « faire ressembler complètement à une femme ». Un moyen sans doute de ne pas effrayer trop les humains et éviter le syndrome « uncanny valley« , à savoir l’hypothèse selon laquelle, lorsque les robots seront trop ressemblants, ils entraineront un malaise si grave qu’il pourrait aboutir à un rejet pur et simple.

Pour finir dans le même registre, voici une autre version de robot synthétique, dans le laboratoire de David Hanson à Dallas (USA), qui travaille sur les expressions faciales. (David Hanson is a doctoral student working in the Institute for Interactive Arts and Engineering at the University of Texas at Dallas His area of research investigates facial expression in robots using recent breakthroughs in elastomer material sciences to enact a sizable range of natural humanlike facial expressions. This branch of robotics will rise in relevance as humans and robots begin to have more face-to-face encounters in the coming years.



Voir aussi sur Asimo :

Asimo TV et Vidéos
Photos de Asimo

Des puces et des robots. Tokyo, jour 2

Le robot ménager de l'IRT

La journée commence par une rencontre avec les correspondants de la presse française au Japon. La crise est dans tous les esprits. À quelques heures de la fin de ce voyage d’études, plutôt que de commenter l’actualité française, je m’efforce de concentrer mes réponses sur les premiers enseignements que je peux tirer de ce voyage, les forces et les faiblesses que j’ai perçues dans les modèles coréens et japonais, ce dont nous pourrions nous inspirer. Enfin, ce qui inspire mes interlocuteurs dans ce que fait la France dans ce domaine. Ce n’est pas un hasard si je suis partie dans ces deux pays pour mon premier déplacement officiel. Ils représentent à eux deux, en tout cas vus de France, la quintessence d’une politique de croissance par l’innovation et l’utilisation des TIC. En rencontrant les dirigeants de nombreuses entreprises nipponnes et coréennes, j’ai perçu chez elles une volonté de collaboration et de partenariats dans la recherche de solutions à cette crise qui nous frappe tous. C’est également ça la mondialisation. Nous sommes dans le même bateau, et en période de tempête, ceux qui tirent à hue et à dia habituellement s’organisent pour sauver le navire. Cette crise peut nous donner les moyens de mieux coordonner nos actions dans un monde numérique transfrontalier par essence. Nous avons ce besoin de coopération internationale, et j’ai senti que mes interlocuteurs y étaient prêts aujourd’hui.

Ayant fait le point avec la presse sur le présent, je me replonge dans un futur, qu’on dit proche, mais qui visuellement, est assez bluffant. Le monde des robots. Visite de l’Information and Robot Technology Research Initiative (IRT) de l’Université de Tokyo. On y voit de vrais robots effectuer des tâches quotidiennes, parfois un peu poussivement, mais on touche la du doigt à quel point l’homme doit déployer d’intelligence et d’ingéniosité pour faire reproduire à la machine des tâches aussi bénignes que de ramasser un torchon sur une chaise et de le mettre dans une machine à laver. Ce qui est difficile, et ce qui est la clé de tout pour le développement d’une industrie des robots au service des gens, c’est de faire en sorte que ces robots sachent chercher et analyser eux-mêmes l’information qui leur permet de réaliser une action. De ce point de vue, j’ai été impressionnée, quoiqu’un peu déçue de n’avoir pas réussi à attirer l’attention du robot pendant qu’il passait le balai. Manifestement, il ne sait pas encore quelles sont les priorités…

De puissants développements informatiques et optiques (reconnaissance d’image) sont à l’œuvre pour rendre ces robots plus sensibles à leur environnement, et en attendant qu’ils soient pleinement opérationnels, les recherches effectuées peuvent déboucher sur des applications concrètes très utiles : un petit robot peut, par la reconnaissance d’image, savoir si une personne prend bien ses médicaments. Si elle oublie, elle lui rappelle. Si elle en prend trop, elle lance une alerte. Pour les personnes qui perdent un peu la mémoire, un système de caméras repère où sont les objets et vous indique où ils se trouvent quand vous cliquez sur leur image. J’aurai bien fait le test avec un trousseau de clés, mais on n’avait pas le temps. Enfin, un système de motion capture permet de repérer l’activité musculaire d’une personne, l’évolution de sa morphologie et de sa puissance. Déjà utilisé en test avec un sportif japonais qui prépare le marathon, ce système pourrait rapidement être intégré directement à un téléviseur. Ce sera la révolution de l’aérobic à la maison !

Reconnaissance d’image. J’ai beaucoup vu cette technique à l’œuvre depuis plusieurs jours. Elle semble devoir être complémentaire, voire concurrente, de celle des tags RFID.

Avant de partir, je tombe sur une autre salle, un peu à l’écart avec d’autres robots. De vrais sosies de Goldorak ! Et sympas en plus. On se serre la main, ils déambulent autour de moi. C’est très bizarre comme expérience de se retrouver au milieu de plusieurs Goldoraks. En fait, ces robots sont des bancs de tests sur pattes. Loin d’être des prototypes, ils sont démontables et manipulables à merci par les scientifiques qui testent sur eux leurs dernières inventions en matière de motricité et d’interaction.
Même si visuellement, tout cela vous donne l’impression d’être dans la guerre des étoiles, il ne s’agit pas de doux rêves de chercheurs nostalgiques des dessins animés de leur enfance. Les plus grandes entreprises japonaises comme Fujitsu, Toyota, Panasonic, Sega financent ces recherches. Elles voient en effet le développement de la robotique comme une réponse au vieillissement de la population, et même, à sa décroissance. L’impression, du coup, est mitigée. Si la performance technologique est remarquable, le projet de société me semble un peu douteux. Remplacer le contact humain envers les ainés par des robots ? Préférer la croissance des robots à la croissance de la natalité, y compris par l’immigration maitrisée ? En tout cas, ces recherches, comme souvent, apporteront leur lot d’innovations en cours de route et bien avant que chaque japonais vive entouré de robots. Le CNRS, qui collabore avec l’Université de Tokyo sur certains de ces projets, a bien compris l’intérêt que nous avons à être dans les premiers à les comprendre et à les maitriser.

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Je déjeune avec des humains, ce qui n’est pas plus mal, d’autant qu’il s’agit d’experts japonais des réseaux, des télécoms et de l’Internet. Messieurs Tokoro de Sony, Tomita de NTT (l’opérateur historique japonais), Ikegami du Ministère de l’Éducation et des Technologies, et Ichikawa de l’Université des électro-communications me bombardent d’informations sur l’histoire passée et présente des réseaux télécoms, d’Internet, et au futur de l’Internet des objets. Sur les usages, ils ne sont pas très diserts. Tout juste confirment-ils cette exception japonaise qui veut que ce pays semble ne pas souffrir du piratage des œuvres culturelles sur Internet. La raison m’en reste assez mystérieuse, mais j’entrevois que la richesse de l’offre audiovisuelle et musicale proposée par les opérateurs télécom via la FFTH (Fiber to home) et la TMP suffisent aux Japonais. Ils sont déjà plus de 10 millions d’abonnés aux services FTTH de NTT au Japon. Quand on pense par ailleurs que plus de 80% de la population dispose de la fibre, on imagine que les Japonais disposent d’une offre audiovisuelle en ligne sans commune mesure avec le reste du monde…

On parle aussi du futur de l’Internet, et de l’Internet des objets. Le ton de mes interlocuteurs est plutôt inquiétant. Ils pensent qu’avant tout il faudrait que nous nous mettions tous d’accord pour déterminer quels objets sont utiles à interconnecter, pour éviter que tous les objets ne soient in fine communicants dans l’Internet des objets. La raison tenant à ce que plus le nombre d’objets interconnectés sera grand, plus grands seront les renseignements disponibles sur leur utilisation, et plus grand sera le danger d’une exploitation malveillante de ces données. Une idée à creuser, mais à propos de craintes, je suis frappée de l’hostilité que suscite Google chez mes interlocuteurs. Hier déjà, j’avais remarqué cela. À ce déjeuner, c’est encore plus frappant. Google est vu comme un concurrent des deux industries qui dominent l’internet : celle des contenants, et celle des contenus. Sa puissance est telle dans ces deux domaines qu’elle en devient inquiétante.

Je pars ensuite pour l’Ubiquitous Networking Laboratory du Professeur Sakamura, jamais à court d’idées pour montrer comment les puces RFID peuvent trouver des applications concrètes de la vie de tous les jours. Première démonstration avec une bouteille de Vosne Romanée 1992, malheureusement vide, mais pour laquelle nous obtenons une description d’œnologue juste en la passant près d’un lecteur. Alternant des exemples plus ou moins convaincants, Sakamura nous présente une cravate (le lecteur RFID nous dit qu’il faut éviter d’aller avec à un barbecue…) puis des médicaments et une ordonnance, avec des informations précieuses cette fois-ci sur les interactions médicamenteuses à éviter et les prescriptions à respecter. Une fois de plus, les applications les plus convaincantes sont pensées dans le contexte d’un vieillissement de la population japonaise. À croire que cette réalité démographique soit devenue le facteur principal d’investissement dans la recherche et l’innovation au Japon. Il faut dire que les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2055, les démographes pensent que le Japon sera revenu à 90 millions d’habitants, soit sa démographie de 1950, et que 40% des Japonais seront âgés, contre 20 % aujourd’hui. Le Labo du professeur, qui veut développer sa collaboration avec des entreprises et des centres de recherche en France, regorge d’exemples concrets : gestion des stocks de fruits et légumes, cannes blanches parlantes pour les aveugles, autant d’applications concrètes qui peuvent être rapidement déployées, et qui le sont d’ailleurs dans certaines villes du Japon.
Après un passage au Showroom de Panasonic, très formaté et sans vraiment de possibilité d’échanger, même si j’ai vu de belles réalisations comme le mur 3D (non encore commercialisé) qui vous permet de refaire la déco de votre salon et d’agencer votre bibliothèque (virtuelle) d’un simple mouvement de la main, direction l’Ambassade.

Ce soir, diner avec des créatifs Japonais dans un bar branché du quartier étudiant. Mangas, romans diffusés sur téléphone portable, artistes numériques, créateurs de jeux pour mobile, éditeurs en ligne, universitaires… La conversation s’engage particulièrement avec un petit groupe de Japonaises dessinatrices de mangas. Enfin un public avisé pour la question qui traverse mes discussions depuis mon arrivée au Japon : pourquoi si peu d’enfants, alors même que les femmes ne travaillent pas ? La réponse ne manque pas de surprendre : c’est parce que les hommes sont trop puérils, quand on a déjà un grand enfant à la maison, on est moins tenté de multiplier les vrais. Un homme, lui aussi dessinateur de manga proteste : c’est pour des raisons économiques, élever des enfants est trop cher au Japon. Ce ne doit pas être simple, en tout cas. Une des dessinatrices me confie son désespoir de s’être vue refuser aujourd’hui même une place de crèche. Pour remercier pour la soirée, chacun me dessine en version manga. Il y en a vraiment de beaux. Je les scannerai à mon retour pour vous les montrer. Pour le reste, on échange les adresses. Si vous croisez à «la cantine» un artiste japonais qui vient étudier les tendances du numérique en France, ne cherchez pas, c’est moi qui l’ai envoyé. Et accueillez-le bien : il est très sympa.

Photos : © IRT et Labo, Olivier Ezratty

 

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