Quoi de neuf au Moyen Âge ? Catalogue de l'exposition - page 12-13

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a médecine médiévale est donc enca-
drée par les principes de la physiologie
et de la thérapeutique repris, dévelop-
pés et synthétisés par les auteurs
arabes. Pourtant, les multiples discor-
dances entre les ouvrages faisant autorité
conduisent de plus en plus les médecins à s’inté-
resser au fonctionnement concret du corps humain
pour répondre aux questions sans réponse. Cet
intérêt s’exprime notamment à travers une spécia-
lité fondamentale pour le praticien : l’anatomie.
Aux yeux du médecin et professeur italien Gentile
da Foligno (mort en 1348), celle-ci est si importante
qu’elle doit être apprise aux jeunes étudiants dès le
début de leur formation, « comme on enseigne les
lettres de l’alphabet à ceux qui veulent apprendre à
lire ». Or, l’étude de l’anatomie conduit à la renais-
sance d’une pratique délaissée depuis l’Antiquité :
la dissection. On a beaucoup glosé sur les raisons de
cet arrêt de la dissection, soulignant à tort le rôle de
l’Église, qui ne l’a pourtant jamais interdite – en
fait, elle avait été abandonnée avant même la chris-
tianisation, et le médecin antique du ii
e
siècle
Galien, qui était pourtant païen, n’avait lui-même
jamais voulu ou pu disséquer de corps humains, se
contentant de cadavres de singes.
Les raisons qui poussent les médecins, dès
la fin du xiii
e
siècle, à recommencer à ouvrir les
corps sont en revanche mieux connues et plus
intéressantes. L’une d’elles est sans doute, on l’a
vu, le besoin de trouver des réponses aux débats
scolastiques soulevés par l’analyse des autorités
anciennes. Mais il faut aussi souligner l’impor-
tance du contexte urbain de la fin du Moyen Âge :
de plus en plus nombreux, les médecins sont
désormais régulièrement convoqués au tribunal
pour effectuer des autopsies afin de déterminer les
causes d’un décès. On possède de nombreux rap-
ports de médecine légale datant de la fin du
xiii
e
siècle, par exemple pour des villes italiennes
où les docteurs expliquent avoir été amenés à dis-
séquer un cadavre afin de déterminer les causes de
sa mort. Ces pratiques aboutissent à la rédaction
d’importants traités. La fameuse
Anathomia
du
médecin bolonais Mondino de’ Liuzzi (mort
en 1326), qui présente l’ensemble des organes du
corps à partir d’une dissection, sera encore impri-
mée à la Renaissance. Si ceux que l’on appelle les
« anatomistes » ne remettent pas en cause de
manière décisive les informations erronées héri-
tées des Anciens, ils ouvrent la voie à des
recherches pratiques qui ne cesseront de se déve-
lopper aux xv
e
et xvi
e
siècles.
Dissection dans le cadre d’une leçon,
gravure sur bois,
Fasiculo de Medicina,
Venise, 1495.
Page de droite – Coupe anatomique
du corps humain avec les différents
organes, extrait de John Arderne,
De arte
phisicali et de cirurgia,
1412. Stockholm,
Kungliga Biblioteket.
C O N N A I S S A N C E S A N A T O M I Q U E S
E T D I S S E C T I O N
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