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Débat animé
par Nathalie LE BRETON journaliste à La Cinquiéme
Avec la participation de :
Hervé LE GUYADER , directeur général d'Aquitaine
Europe
Communication
Didier PAQUELIN, directeur de l'Institut des Sciences de l'Information
et de la Communication à l'université de Bordeaux 3
Stéphane ROCHON, président de KerInside
Sophie TROUILLET , directrice de l'agence ACCABA et productrice
exécutive du label " Fantomas Records".
Hervé LE GUYADER
Nous travaillons en Aquitaine qui compte 2 250 communes dont 2
100 sont rurales. Quand on est à Bordeaux, aller à AUCHAN,
à la FNAC ou chez le boulanger, on a accés à des
services quasi gratuits de proximité. Quand on habite dans une
ville rurale, le probléme se pose.
LAEC ne réunit quune quinzaine de personnes qui ne
peuvent pas être sans arrêt sur le terrain. Il nous fallait
un réseau de distribution. LEducation nationale est là,
cest vrai, mais elle a ses contraintes, entre autres dheures
douverture et elle est historiquement un peu repliée sur
elle-même. Un réseau est en place depuis la Révolution,
celui des bibliothéques municipales qui sont complétement
chevillées dans la vie communale et associative. Leur travail,
depuis que la Révolution a confisqué les biens des nobles
et du clergé, est de récolter linformation, la classer
et la mettre à disposition. LInternet est absolument essentiel
pour elles. Nous nous sommes donc proposés pour les aider à
devenir également des points dinformation Internet. Et cela
marche extrêmement bien.
Gérald
ELBAZE
Je moccupe de Médiacité, une association qui travaille
sur lusage des nouvelles technologies. Je suis un peu embêté
parce quà travers la thématique qui avait été
proposée, je ne mattendais pas à avoir un tel envahissement
de la logique du marché qui serait partout sur cette thématique
des nouvelles technologies. À propos, par exemple, de lEducation
nationale qui a une mission, cela me pose probléme que lon
parle de coût. La République a un coût aussi. Il faudrait
voir si cela intéresse les industriels. Cest peut-être
intéressant !
Le probléme fondamental est que, globalement, deux choix sont aujourdhui
possibles. Soit on délégue à des sociétés
le fait de savoir mettre les photos de famille en ligne, soit on sintéresse
à rendre les gens capables. Soit on construit des consommateurs
APPLE et Digital lont trés bien testé aux Etats-Unis
et cela marche trés bien, Coca-Cola avec , soit
on sintéresse au fait que lon a affaire à des
individus qui ont le droit davoir les clefs pour comprendre ce qui
se passe. Cela concerne les individus, quels quils soient, aussi
bien les enseignants et les éléves que nimporte qui,
pas forcément ceux qui veulent créer des entreprises liées
à Internet. Si on prend une logique marketing, elle peut être
sympa. Mais
dans ce cas, quadvient-il des contenus éducatifs, culturels
et artistiques ? Cest pourtant ce qui fait la richesse dune
communauté que de pouvoir sapproprier des dispositifs comme
outils dexpression, de création. La dimension plaisir nest
pas à oublier non plus.
Parler de démocratisation quand on parle du C.Box gratuit, nest
pas forcément approprié. Il ne faut pas mélanger.
Ce nest pas parce que cest gratuit que cest pour autant
démocratique. Ce nest pas ce que jai dit. Je lai
juste cité à titre dexemple pour voir si cétait
une solution
Gérald
ELBAZE
À partir de ce moment se pose la question de savoir si on se contente
davoir des technologies qui, dailleurs, ne sont pas si nouvelles
que ça cela fait trente ans quelles sont nouvelles.
Cela voudrait dire que lon ne trahirait pas non plus le mode de
fonctionnement des logiques de réseau tel que le Net. Il ne faut
pas oublier que nous sommes sur du partage : de compétences, de
ressources humaines et matérielles. Ce nest pas la logique
initiale que les gros bouffent les petits. Ou alors, on le dit et, dans
ce cas, il y aura lInternet gros débits avec ceux qui peuvent
avoir accés à limage numérisée et les
autres seront sur un truc trés lent, sans intérêt.
Sophie TROUILLET
La bonne nouvelle, cest que les deux existent à la fois sur
Internet : aussi bien les logiques marchandes que les logiques de solidarité
complétement épatantes que seul Internet permet. Ce nest
pas lun ou lautre mais les deux à la fois. Je connais
bien Stéphane et je savais quil allait prendre lauditoire
à rebrousse-poil. Il ne sagit pas de faire la même
photo à votre place. Ce qui est important, cest la photo,
ce quelle représente. Pardon de la banalité de ce
cliché, mais quand on utilise une voiture, il est clair quon
ne sait pas comment elle marche et lon sen fiche complétement.
Lintérêt est de faire de
linterface de plus en plus simple. Ce que va faire Stéphane,
si jai bien compris, ce sont des interfaces simples pour que la
personne nait pas besoin de programmer un assembleur pour placer
limage à un endroit plutôt quà un autre.
Cest vraiment de cet ordre.
Nathalie LE BRETON
Juste une petite incise. Larrivée de lélectronique
dans lautomobile fait quil devient de plus en plus difficile
de la réparer soi-même. Nous avons tous été
confrontés à cela.
Intervention
Quand lavion de Mermoz tombait en panne, il ne le réparait
pas
Ce nest pas forcément une fin en soi que de réparer
sa voiture. Je nai aucune envie de réparer ma voiture. Jai
autre chose à faire de ma vie.
Nathalie LE BRETON
On va quand même vers des systémes de plus en plus fermés,
alors quavec Internet, nous étions dans une optique de réseau
ouvert oô chacun pouvait être créateur.
Intervention
Le probléme est que le discours ambiant est souvent didéaliser
les nouvelles technologies. Cest un outil. Lélectricité
est arrivée ; on sen sert. La voiture, pareillement. Les
nouvelles technologies aussi. Ceux qui ont envie dêtre experts
ou de développer le feront. Ceux qui ont simplement envie de faire
de laccés aussi
On ne force personne à utiliser
des services.
Chacun y trouve son compte. Quelquun veut développer son
propre site, il trouvera quelquun qui le formera, laidera.
Quelquun qui a simplement envie de consulter ne fera que de la consultation.
Il ny a pas didéalisation de loutil. Effectivement,
un marché se développe. Sil y a des opportunités,
tant mieux pour ceux qui savent les prendre. Encore
une fois, on ne force personne.
Nathalie LE BRETON
La question qui était posée était : quelles compétences
forme-t-on ? Des compétences de consommateurs ou des compétences
dutilisateurs ?
Gérald ELBAZE
Je vais reformuler la question parce que jai limpression quelle
nétait pas claire du tout, puisquon me parle encore
de marché. Je vais donner un exemple trés simple. Nous avons
une technologie : le vidéo-projecteur. Nous avons vu une image.
Qui va apprendre à décoder cette image ? Nous avons vu que
si la fille sétait mise en minijupe, ce nétait
pas le fruit du
hasard. Ce nest pas parce quelle navait rien amené
dautre. Ce travail de décodage de limage, de décodage
de linformation
Tout à lheure, Monsieur Le Guyader parlait de bibliothéques.
Un jour, une bibliothécaire a fait une remarque trés intéressante
: " Le Net, cest formidable, cest une bibliothéque
sans fonds. " Quand on sait ce que veut dire le mot fonds pour une
bibliothécaire, cette remarque est particuliérement intéressante.
Le travail nest pas seulement sur loutil technique. Il ny
a pas une tendance manichéenne à dire soit on est expert,
soit on est débile et on consomme. Il y a la possibilité
et cest notamment le sens des interfaces de faire
en sorte quà moment donné, lusage soit pratique
parce que devenu un peu plus intuitif. Il y a donc moins besoin daller
mettre les mains dans lhuile.
Intervention
Cest ce que fait APPLE.
Gérald ELBAZE
Joker ! Je suis méchant. APPLE fait de trés bons grille-pains
!
Limportant est de savoir qui va apprendre à décoder
limage, à repérer linformation, à la
hiérarchiser, que les individus ne deviennent pas des déversoirs
à informations mais des gens capables davoir une attitude
critique par rapport à ce flot dinformations, et capables
dêtre créatifs par rapport à celles-ci. Le seul
probléme qui se pose est que ces technologies
qui, je le rappelle, sont nouvelles depuis trente ans, en fin de compte,
cest lhistoire dun systéme industriel qui se
transforme en systéme informationnel. On essaie dappliquer
les mêmes logiques du systéme industriel, du dispositif de
masse, aux principes de linformation. Seulement, le probléme,
ce nest pas parce quelle est diffusée à un grand
nombre potentiellement quelle est lue par un grand
nombre potentiellement que, pour autant, on peut en vérifier
lorigine, on peut la recontextualiser. Bref, qui fait tout ce travail
? Apparemment, à lécoute de votre discours, ce nest
pas le secteur privé qui va y aller.
Olivier LAS VERGNAS
Je voudrais revenir à votre premiére intervention car nous
avons un peu glissé de sujet. Nous sommes absolument tous daccord
sur une partie : le B A, BA de la question de lEducation
nationale aujourdhui, lévolution du rôle de lenseignant,
de robinet à contenu à une fonction méthodologique,
à une fonction denseignement de méthode de recherche,
Et un rôle danimation de groupe, etc. Cest une évidence.
Aussi bien quand vous dites que vous avez pensé plutôt aux
bibliothéques, que quand vous dites que cest trop cher, ou
le fait que ce soit Médiacité qui défende un peu
le service public de linstruction publique, cela pose, pour moi,
une deuxiéme question. À partir du moment oô léducation
initiale, linstruction publique, lEducation nationale, comme
on veut, nest plus dans une simple fonction de robinet à
contenus, que tout le monde a besoin dune formation tout à
long de la vie et que de nombreux dacteurs on besoin que des systémes
délivrent de linformation, on peut effectivement pense quil
devrait y avoir des lieux collectifs dans lesquels on aurait accés
à linformation des cyberespaces, des cybercafés
Et la question est bien de savoir à qui il revient de les payer.
Est-ce que ce peut être les mêmes pour les enfants et pour
les adultes ? pour une activité professionnelle et pour une activité
de loisir ? Et comment gére-t-on léconomie de ce systéme
? Le donne-t-on
entiérement à une économie privée ? Décide-t-on
que lon réinvente un systéme public de formation tout
au long de la vie ? Décide-t-on quon fait un co-investissement,
y compris avec largent de lindividu ? Jai du mal à
imaginer que lEtat paye mon portable et ma caméra. Dans vingt
ans, nous naurons plus besoin décoles comme celles
daujourdhui, mais décoles tout au long de la
vie qui serviront à la fois pour la vie professionnelle, le loisir,
la vie privée, léducation des enfants
Mais qui
les paiera ? Quel message mettra-t-on dedans ? Et quelle sera la part
des différents acteurs ? Cest la question fondamentale.
Didier PAQUELIN
Je vais encore vous choquer. Je pense que lorganisation de linstruction
publique aujourdhui a été faite pour accompagner la
révolution industrielle de la fin du XIX e siécle. Je partage
tout à fait ce qua dit Olivier Las Vergnas.
Laccompagnement de la révolution informationnelle et lentrée
dans ce que lon appelle la société cognitive, ce sont
des mots écrits partout, même sur les tableaux noirs des
colléges et des lycées. Mais aucune impulsion étatique
ou politique naccompagne ce mouvement.
Jai été un peu réducteur sur la place de lenseignant.
Si aucun raisonnement nest fait aux différents niveaux :
national, régional et interne à létablissement,
sur la recomposition de lacte de formation pour permettre à
tout un chacun dêtre responsable, dapprendre à
apprendre, dapprendre à pêcher, au lieu davoir
son poisson tous les matins dans son
assiette, il est clair que rien ne bougera et que nous serons à
côté de la plaque. Je suis assez confiant car on voit se
développer des formes alternatives daccés à
cette culture technologique, voire dans les endroits les plus reculés.
Jai récemment fait une étude dans le Morvan profond.
Depuis que les nourrices ne viennent plus à Paris, on a un peu
oublié cette région. Des formes de pouvoir sont reprises
via Internet
Je citerai un exemple qui nest pas aussi atypique
quil ny paraît. Une décharge de produits dits
dangereux radioactifs devait se mettre en place. Vous nen avez pas
entendu parler. Un lobby anti-dépotoir sest monté
autour dInternet et la décharge na pas eu lieu. Et
le seul média
qui a été utilisé est Internet. Cela a été
pris en charge par des locaux. Ils navaient jamais vu Internet avant.
Mais il savére que dans ce lieu, quelquun sest
installé qui croit au développement local, territorial,
qui a certes besoin de gagner un peu dargent mais qui nest
pas là que pour ça.
Tout le systéme de valeurs des uns et des autres apparaît
trés fortement dés lors que lon parle dusage
des technologies. Parce que nous mélangeons le business, le libéral
et le social
qui sont des choses quon a souvent du mal à faire cohabiter,
dont on a du mal à comprendre lalliance ou la synergie quil
peut y avoir.
Nathalie LE BRETON
Lexemple suivant étant celui de Seattle et des ONG
Vous disiez quune des forces de cet outil était de créer
du " lien social ". Cette expression est assez souvent utilisée
Intervention
Un skinhead et une grand-mére vont se rencontrer, alors quils
navaient aucune raison de le faire et quils se haïssaient
au départ. Ce sont toujours ces exemples de grand-mére voulant
communiquer ou voulant être moins décalées par rapport
à leurs petits-enfants. Ou alors, le responsable dassociation
qui veut faire sa page personnelle parce quil ne peut pas payer
une bonne boîte pour cela. Des échanges de compétences
assez forts se font. Je ne dis pas que nous allons recréer des
foyers, la grand-mére qui raconte ses histoires autour dInternet
comme elle pouvait le faire autour de lâtre, autrefois. Mais
il se passe des choses quil ne faut pas ignorer et qui me rendent
trés optimiste par rapport à lhumanité que
lon peut mettre dans ces technologies.
Présentation
des événements locaux par Olivier LAS VERGNAS.

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