Se former au plus près,
à son rythme ?

Clamecy le 9 novembre 2000
Compte-rendu de l'opération
autour du film « Fenêtres sur cours ».

Des rencontres / des démonstrations
Les 14 formateurs présents ont illustré les possibilités locales en cette fin d'année 2000 en procurant à toutes les personnes qui le souhaitaient des informations détaillées sur les actions, les cursus, les modalités pédagogiques, les financements, etc, et en proposant des démonstrations concrétes d’actions utilisant le support de l’informatique ou de l’Internet.

Sept organismes de formation ont participé :

  • Atelier de pédagogie personnalisée (APP) de Cosne-sur-Loire, avec le Greta Loire-Morvan,
  • Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), Centre de Nevers,
  • Association pour la formation professionnelle des adultes (AFPA) Nevers, et Service d'orientation professionnelle,
  • Groupe CCI Formation (Chambre de commerce et d’industrie), Nevers,
  • AGAI Formation, Corbigny,
  • Ageor, Varzy,
  • Nivernet, Dompierre-sur-Héry / Corbigny.

Un débat
Animé par Gérard VOISINE, de l’Association pour la formation professionnelle des adultes (AFPA), les échanges ont été organisés autour du point de vue des usagers effectifs ou des demandeurs de formations individualisées. Trois personnes représentatives de ces différents types d’usagers (une auditrice d’un cours de formation à distance / un responsable d’entreprise / un commerçant ayant participé à une action d’initiation à l’informatique) étaient invitées en tant qu’« interlocuteurs privilégiés » de l’animateur et du public.

" Pourquoi faciliter l'accés de tous à la formation ? Est-ce bien raisonnable ? Oui, s’il s’agit de trouver des ressources pour évoluer dans ses compétences ". Gérard VOISINE a ainsi souhaité, d’emblée, attirer l’attention du public sur " la convergence d'intérêts qui se manifeste aujourd’hui autour de la notion de compétence ".
La gestion des compétences est, en effet, à l'ordre du jour dans l’entreprise. " Face aux exigences croissante de qualité, de réactivité, les procédures ne suffisent plus : il faut faire confiance aux hommes, et pas seulement aux cadres : les opérateurs doivent aussi être des professionnels ". La notion intéresse tout autant les individus, de plus en plus confrontés à la nécessité d’évoluer professionnellement. " Chacun doit aujourd’hui se sentir responsable du développement et de la maintenance des compétences. Mais les organisations du travail et le monde de la formation professionnelle ne suivent pas forcément au même rythme. On observe ainsi un décalage entre la " référence suprême " que demeure le diplôme, et des compétences qu’il s’agit d’identifier et de reconnaître ".
Pour autant il ne s’agit plus d’envisager la compétence comme " une somme de savoir-faire à appliquer " : " demain la personne compétente sera celle qui saura construire à temps des compétences utiles pour gérer des situations professionnelles simples ou complexes, pas seulement en termes de savoir-faire mais en termes de " savoir agir ", c’est-à-dire régler, anticiper, soi-même ou avec d’autres, problémes, dysfonctionnements ou évolutions ".
Pour acquérir cette capacité, les entreprises et les individus ont besoin de disposer d'outils et de dispositifs nouveaux, plus personnalisés. Au-delà des rapports traditionnels d'enseignement, la formation professionnelle doit être capable de proposer des ressources aux individus, d’enrichir ces ressources et d’entraîner les individus à les mobiliser pour construire des compétences.
S’il s’agit bien, de la sorte, de valoriser la place de la personne dans l'effort de formation, les TIC offrent une formidable opportunité de rénovation de la démarche pédagogique. Elles offrent la possibilité de réaliser et d’utiliser des " ressources formatives nouvelles ". Il s’agit d’illustrer la façon dont on se construit des compétences avec l’aide de ces ressources.


" Dans le bain de la formation à distance "
Françoise LOTH était en 1999 – 2000 auditrice du cours de comptabilité-gestion proposée par le Conservatoire national des arts et métiers (centre de Nevers) via Internet dans son antenne de la Maison de la Formation, avec le concours de l’association Essor.
" Madame Loth, vous avez travaillé sans avoir un formateur en face de vous ? » « Oui, au téléphone seulement, ou par e-mail ". " Est-ce que vous étiez sûre de ce que vous appreniez par vous-mêmes ? " renchérit un participant.
" J’avais tous les éléments de A à Z : un livre, des cours et exercices avec corrections à télécharger et à imprimer en fonction de mes besoins et du temps dont je disposais. Je me concentrais bien sur mon travail, mieux que si j’avais été en groupe. Cà apporte plus ". Françoise Loth ajoute qu’une fois par semaine, grâce au " point d’attache " que représente la Maison de le Formation, elle pouvait bénéficier d’un double soutien : rencontrer une autre auditrice, échanger impressions et coups de main, et bénéficier de la présence d’un accompagnateur, avec en plus la possibilité de solliciter le formateur en cas de blocage. " Oui, je l’ai effectivement appelé, mais pas tant que çà ".
" Est-ce que c’est plus compliqué à distance ? ". " Non, pour moi au contraire. Quand on travaille et qu’on suit en plus une formation, on est poussé à s’organiser. Et puis on n’est pas obligé d’en faire tous les jours. Globalement je n’ai pas l’impression d’y avoir passé tant de temps que çà. Quand on est bien dans le bain, on se suffit presque à soi même. Même en commençant tard on peut y arriver, on fait çà à son rythme, on peut refaire les exercices plusieurs fois si on en a envie. Il faut préciser qu’il y a eu, comparativement, plus de réussite avec cette pratique que dans la formule classique des cours du soir ".
" On voit bien résume Gérard Voisine, dans le cas de Madame Loth, que l’individualisation n’est pas synonyme d’isolement. Il s’agit bien d’une démarche de maturation, de construction du savoir pour soi-même, avec ses propres outils. Dans ces dispositifs, le meilleur juge de ce qu’il fait, c’est l’apprenant. Le parcours de Françoise Loth n’est pas terminé. Le souci de reconnaissance peut l’amener à rechercher l’acquisition d’autres unités de valeur, mais elle s’est d’ores-et-déjà construit une nouvelle compétence ".

A Catherine MAURY, coordinatrice emploi formation (Direction départementale du Travail, de l’Emploi et de la Formation professionnelle), qui observe que la formation à distance implique une structure pédagogique beaucoup plus élaborée, Mireille DESSOLIN, formatrice au CFPPA du Morvan, recommande de ne pas opposer formation à distance et modes d’apprentissage " classiques ". " Il faut plutôt s’interroger sur la meilleure façon de combiner ces ressources entre elles, d’alterner des situations différentes, dans des progressions pédagogiques " sur mesure ".
" Tel est bien, en effet, confirme Gérard Voisine, le sens de l’évolution de la formation. On ne peut se passer du formateur, c’est toujours lui qui conçoit la progression pédagogique. Seulement il n’est plus là en permanence pour la mettre en oeuvre, il fait confiance à la personne et ne cherche qu’à faciliter son apprentissage en déployant un outillage. Il s’agit bien de permettre à l’apprenant de construire lui-même son savoir ". Cet effort d’ingénierie peut-être appliqué à tous les domaines de formation, comme le montrent de nombreux exemples français (projet " Téléformation par satellite " de l’AFPA, en partenariat avec le Centre national d’enseignement à distance) ou étrangers (exemples canadiens de formation à distance aux métiers de la forêt par exemple).

" L’informatique à dose homéopathique"
Guy SABINEU, Pharmacien à Clamecy, a suivi à la Maison de la Formation au premier trimestre 2000 une action d’initiation à l’informatique proposée par le Groupe CCI Formation.
" Qu’est-ce qui vous a amené à faire de l’informatique ? Avez-vous mis vos nouvelles connaissances en œuvre ? ". " Pas encore, mais çà m’a mis le pied à l’étrier : je n’avais jamais utilisé une souris, je ne connaissais absolument rien parce que dans notre métier nous pratiquons des logiciels qui ne demandent qu’un travail de saisie. Je ne suis pas un " ancêtre " mais j’ai passé les épreuves de math du bac avec une régle à calculs, et ils ont introduit des ordinateurs à l’université pour les étudiants au moment oô je l’ai quittée, en 1982. Or l’évolution de notre métier impose de s’intéresser aux autres aspects de ces technologies : faciliter la comptabilité mais aussi pour bénéficier des avantages de la commande en ligne, mieux apprécier les données économiques fournies par le groupement professionnel ou faciliter la liaison avec les caisses de Sécurité sociale qui, de plus en plus, communiquent via Internet ".
Guy Sabineu a apprécié de pouvoir acquérir ces nouvelles compétences à Clamecy et d’éviter, ainsi, le temps de déplacement pour Nevers, siége de CCI Formation. Mais à Gilles NOEL, directeur de la Maison de la Formation, qui s’inquiéte de ses conditions d’apprentissage, il avoue que " çà aurait pu être mieux avec plus de matériel. J’ai vu dans le film qu’il y avait d’autres conditions qui existaient, dans d’autres endroits. Par ailleurs le groupe était trop hétérogéne. Je pense que j’aurais pu apprendre les mêmes choses en quatre fois moins de temps " sans les limites imposées par les conditions de délocalisation de cette formation de type traditionnel.
" On voit bien, par contraste, indique Gérard Voisine, l’avantage de la formation à distance : la personne a l’impression d’être privilégiée dans la démarche. Or la performance en formation fait partie de la motivation. Les apprenants ne doivent pas avoir l’impression de perdre leur temps ". " C’est précisément pour cette raison que les adeptes de la formation à distance arrivent à compenser la perte de stimulation produite par l’effet de groupe " précise Emmanuelle JOLIVET, formatrice à l’AFPA.

" Accompagner les salariés "
Jean-Luc SABIAUX
, est le directeur des établissements clamecycois de la société " Pains Jacquet ".
" L’évolution économique actuelle fait que l’entreprise se développe. Je suis à la tête d’une entreprise de plus de 200 salariés qui compte se développer pour atteindre 250 salariés à court terme et probablement 300 d’ici à la fin 2001. Nous avons fait d’énormes progrés au niveau technique mais l’humain est indispensable et nous devons le préparer, l’accompagner ". N’y aurait-il pas un probléme de motivation de la part des salariés ? " En effet : au départ, c’est presque vécu comme une contrainte ", constate M. Sabiaux. Il ajoute, à titre d’exemple, que les fonds employés dans son entreprise il y a quelques années à sacrifier à " la mode du management " pour l’encadrement et la maîtrise auraient été mieux employés dans des formations individuelles pour les techniciens. Car l’effet semble, aujourd’hui, négligeable. Pourtant " un soir, à 22 heures, j’arrive à l’entreprise, un jeune intérimaire m’interpelle et me dit : je viens travailler mais je ne sais pas oô rentrer ! Je me suis dis : là, on est mauvais !. Depuis nous avons travaillé sur l’accueil : on accompagne les nouveaux, on leur fait visiter les locaux sociaux, on leur explique le poste de travail, etc. Demain, on veut passer au cap supérieur : on va accompagner les jeunes et leur donner davantage d’explications sur l’environnement du poste de travail, et notamment l’hygiéne et la sécurité. On veut fidéliser davantage plutôt que d’accueillir des gens en permanence. On doit s’interdire de travailler comme çà ! ".
A Charles GUILLEMIN, directeur du centre AFPA de Nevers, qui lui demande comment il compte procéder, M. Sabiaux indique : " On va commencer par sensibiliser la maîtrise. Un personnel qui a davantage de repéres, qui sait s’organiser, çà augmente l’efficacité. C’est une façon pour les agents de maîtrise d’être dans la sérénité ". " A condition qu’ils aient le sentiment de disposer du temps nécessaire à cet investissement qui vient s’ajouter à l’impératif de productivité à court terme, remarque Jean-Marie Lecoutére ". Il s’agit effectivement, tout le monde en convient, d’un travail de fond.
" Il faut leur faire valoir que ce sont de nouvelles compétences pour eux, suggére Gérard Voisine. Aujourd’hui le salarié veut savoir ce qu’il va apprendre, ce qu’il va faire, si çà va être utile. On aborde de la sorte une dimension importante de la compétence. Aujourd’hui, les organismes de formation n’ont pas trop de difficultés à transmettre des savoir-faire techniques mais l’utilisation de ces savoir-faire avec d’autres, en équipe ou en autonomie, pose davantage probléme. Pourtant, la vraie compétence aujourd’hui c’est d’être en mesure d’intégrer une organisation de travail en la faisant évoluer, c’est-à-dire en y apportant quelque chose. On ne peut plus faire l’économie de l’aller-retour entre la situation de travail et la réflexion sur l’organisation du travail ".

Sur tous ces points, le champ des projets est, à Clamecy comme ailleurs largement ouvert.