Gérard VALENDUC
- Directeur de Recherche à la Fondation Travail-Université
- Unité de recherche "Travail & Technologies" (Belgique) ;
La composante matérielle est en fait lapproche classique de la
qualification, elle est toujours valable aujourdhui. Elle consiste
à lier une qualification professionnelle ou un métier à la capacité
deffectuer des opérations. Un fraiseur doit savoir fraiser, un
comptable, compter. Cette approche est liée à un contexte dorganisation
basé sur une certaine parcellisation des tâches et une séparation entre
la conception et lexécution du travail, ce que nous appelons le
Taylorisme.
Une nouvelle tendance a émergé, il y a dix ou douze ans. Elle considère
les qualifications non plus en termes dopérations mais en termes
de fonctions assumées par un travailleur. Dans ce cas, la qualification
est liée à la manipulation dinformations abstraites et à la capacité
à comprendre et gérer des situations complexes. Cest la composante
non matérielle de la qualification. Le travailleur nintervient
plus sur une machine mais sur un pupitre de contrôle ou devant un écran
dordinateur. Cette approche fait référence à une organisation
du travail où on valorise la polyvalence, la délégation des responsabilités
plutôt que des formes de hiérarchie autoritaire.
Les TIC aujourdhui renforcent limportance de cette composante
non matérielle : réactivité face aux événements, capacité à effectuer
des diagnostics, à gérer des incertitudes, aptitude à communiquer. Ces
dimensions sont de plus en plus prises en compte dans les qualifications
professionnelles.
Un petit exemple qui nest pas situé dans des métiers très informationnels
à première vue, ce sont les emplois de la logistique. Auparavant, un
magasinier était avant tout un manutentionnaire. Aujourdhui, cest
un manipulateur dinformations plus quun manipulateur de
paquets. Cest aussi un gestionnaire dentrepôts, un intermédiaire
dans une chaîne dinformations et de communications, qui gère les
stocks, les flux. Il ne gère plus un espace, il gère du temps, de lapprovisionnement
juste à temps, des chaînes dapprovisionnement, etc.
Cela dit, il existe toujours des métiers qui font appel à la capacité
deffectuer certaines opérations plutôt quà manipuler des
informations.