Téléchargez le texte intégral
Travailler dans la société de l’information :
nouvelles exigences, nouvelles compétences

Conférence-débat du 23 juin 1999

Gérard VALENDUC - Directeur de Recherche à la Fondation Travail-Université - Unité de recherche "Travail & Technologies" (Belgique) ; 
La composante matérielle est en fait l’approche classique de la qualification, elle est toujours valable aujourd’hui. Elle consiste à lier une qualification professionnelle ou un métier à la capacité d’effectuer des opérations. Un fraiseur doit savoir fraiser, un comptable, compter. Cette approche est liée à un contexte d’organisation basé sur une certaine parcellisation des tâches et une séparation entre la conception et l’exécution du travail, ce que nous appelons le Taylorisme.
Une nouvelle tendance a émergé, il y a dix ou douze ans. Elle considère les qualifications non plus en termes d’opérations mais en termes de fonctions assumées par un travailleur. Dans ce cas, la qualification est liée à la manipulation d’informations abstraites et à la capacité à comprendre et gérer des situations complexes. C’est la composante non matérielle de la qualification. Le travailleur n’intervient plus sur une machine mais sur un pupitre de contrôle ou devant un écran d’ordinateur. Cette approche fait référence à une organisation du travail où on valorise la polyvalence, la délégation des responsabilités plutôt que des formes de hiérarchie autoritaire.
Les TIC aujourd’hui renforcent l’importance de cette composante non matérielle : réactivité face aux événements, capacité à effectuer des diagnostics, à gérer des incertitudes, aptitude à communiquer. Ces dimensions sont de plus en plus prises en compte dans les qualifications professionnelles.
Un petit exemple qui n’est pas situé dans des métiers très informationnels à première vue, ce sont les emplois de la logistique. Auparavant, un magasinier était avant tout un manutentionnaire. Aujourd’hui, c’est un manipulateur d’informations plus qu’un manipulateur de paquets. C’est aussi un gestionnaire d’entrepôts, un intermédiaire dans une chaîne d’informations et de communications, qui gère les stocks, les flux. Il ne gère plus un espace, il gère du temps, de l’approvisionnement juste à temps, des chaînes d’approvisionnement, etc.
Cela dit, il existe toujours des métiers qui font appel à la capacité d’effectuer certaines opérations plutôt qu’à manipuler des informations.