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Travailler dans la société de l’information :
nouvelles exigences, nouvelles compétences

Conférence-débat du 23 juin 1999

Yves LASFARGUEDirecteur du Créfac (Centre d’Etudes et de Formation) ;
Avant, le stress était ponctuel, lié à certains moments de changement. La nouveauté c’est qu’il est non seulement permanent mais qu’il est même utilisé comme outil de gestion. Aujourd’hui il y a du stress volontairement développé soit par l’entreprise, soit par soi-même.
Le flux tendu par exemple est une méthode de gestion par le stress qui dans certains pays est très bien supportée, notamment par les japonais, mais qui par nous est très mal supportée parce que notre manière de vivre fait que nous n’aimons pas ne pas avoir de stocks. Pour nous le stock nous sécurise. Quand on veut me faire croire que je peux travailler sans stock, je truque. Si je suis cadre supérieur, dès que je suis opérationnel, le stock qui était sur la table je le mets dessous et je dis : "je suis à zéro stock", et j’ai inventé les "en cours". C’est ça qui multiplie le stress. D’abord parce qu’on utilise des méthodes de gestion par le stress et ensuite parce qu’on utilise mal des méthodes qui ne sont pas faites par nous.

Nous sommes tous des fanatiques du flux tendu sauf quand on est client parce que dans ce cas on voudrait être servi tout de suite. Du coup, on se rend compte qu’on est forcé de mettre en place des dispositifs qui nous font plaisir à nous en tant consommateur mais qui bousillent notre vie de travailleur.
Un exemple qui n’existait pas il y a 50 ans. Si vous allez dans une banque et que vous regardez combien d’individus consultent leur compte par Minitel et Internet à 2 heures du matin, vous trouvez, par agence, de l’ordre de 250 à 300 individus. Ca veut dire que le consommateur que nous sommes exige des temps de réponse, des mises à jour continuelles, ce qui stresse le travailleur que nous sommes et le stresse volontairement. C’est ça qui n’existait pas avant. Le stress est le même mais la densité est multipliée par nos réactions soit de chef soit de consommateur.

Je vous donne un dernier exemple de contradiction de la société de l’information. On a beaucoup parlé de la gestion du temps en disant globalement  "plus cela va vite, plus on aura du temps libre". Vous savez que la première contradiction c’est : " plus on utilise des outils rapides plus on manque de temps ". Ces technologies sont chronophages, elles mangent du temps de réparation, d’apprentissage, etc. Il faut donc d’abord apprendre à gérer la chronophagie.