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| La
formation ouverte et à distance : accès libre ou club d'initiés ? Rencontre-débat du 10 décembre 98 |
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En quoi les TIC réinterrogent nos conceptions
de l'apprentissage ? En quoi permettent-elles de diversifier les situations d'apprentissage ? Quels types de connaissances peut-on traiter avec ces outils ? Quel est le rôle de l'apprenant dans ces dispositifs ? Quelles compétences sont requises pour l'usage de ces dispositifs ? Le renforcement de la culture générale et la capacité à diriger sa formation sont-ils en voie de devenir les pré-requis donnant accès aux savoirs ? En liaison avec le quatrième colloque européen sur l'autoformation, ce débat soulevait la question de l'exclusion d'une partie des individus de la société de l'information qui se construit. |
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| M.
PAQUELIN, en visioconférence depuis Dijon, ouvre
le débat en passant au crible les mythes dont on entoure les nouvelles technologies
de l'information. Selon les termes mêmes de Bill Gates, la société de l'information
promettrait à chacun d'obtenir "l'information aux bouts des doigts".
Michel Serre évoque lui un "accès direct à la connaissance". Dans ce cas-là, pourquoi maintenir ce dispositif lourd et coûteux d'enseignement et de formation ? Au delà des discours euphoriques, il faut se rappeler les leçons tirées des innombrables expériences pédagogiques antérieures à l'invention de l'ordinateur. Elles nous rappellent la dimension collective de l'information et combien la médiation humaine est nécessaire, qui accompagne la construction des connaissances par le sujet apprenant. Finalement, en faisant intervenir les technologies dans la formation, masque-t-on ou favorise-t-on la médiation ? L'éducation et la formation de masse répondent-elles toujours aux attentes de la société ? Ce sont surtout les salariés d'entreprise qui profitent du système de formation continue des adultes. Et on estime globalement qu'un tiers d'une classe d'âge tire réellement partie du système éducatif : que faire pour les deux autres tiers ? L'entrée dans la société de l'information a permis de faire ce bilan plus que mitigé des dispositifs de formation existant, et de chercher de nouvelles méthodes qui répondraient mieux aux attentes du public. Pour M. PAQUELIN, il serait donc réaliste de s'orienter vers une diversification des démarches d'apprentissage, en complément de la démarche transmissive plus traditionnelle. Une des grandes lacunes de ce dispositif était de condamner l'apprenant à une certaine passivité, et de contrarier le développement de ses capacités à communiquer. En multipliant les offres et les méthodes, on se donnerait le moyen de rencontrer le désir d'apprendre d'un plus grand nombre de sujets. Les NTIC aident à développer l'autonomie des apprenants, et à les rendre plus communiquants. Il n'est donc pas question de passer du Tout-présentiel au Tout-à-distance, mais de voir en quoi le concept d'autoformation permet de rééquilibrer les activités d'enseignement et d'apprentissage tout au long de la vie, dans et hors les systèmes formels de formation. L'entrée dans la société de la formation est l'occasion de repenser le rôle du système éducatif dans la société, et d'adapter en conséquence son organisation, ses méthodes et ses outils. Mme LINARD, professeur émérite en Sciences de l'Education à l'Université de Nanterre, traite plus spécifiquement des pratiques de l'apprenant en formation médiatisée. Les TIC comme outils de l'autoformation représentent le plus récent avatar d'un "mythe technologique". Il y a trente ans, l'usage de l'audiovisuel dans la formation était censé révolutionner l'enseignement grâce à la "concrétisation de l'image". Et il y a vingt ans, on prophétisa que l'EAO-IAO réaliserait cette métamorphose du processus d'apprentissage, grâce à "la médiatisation sophistiquée de l'individualisation des élèves". Des expériences passionnantes et couronnées de succès ont eu lieu, mais aucune n'a pris une ampleur nationale : les systèmes éducatifs, dans aucun pays, n'ont vraiment changé. Maintenant, on tient le même genre de discours mythologique sur les TIC... Cet outil ne risque pas de marcher mieux, mais étant de fait beaucoup plus proche de l'activité cognitive de l'homme, cela vaut sans doute la peine que les professionnels travaillent à les adapter au processus de formation. Pour le moment, en dépit de la sophistication croissante des technologies, on continue à poser le problème à l'envers : en terme de psychologie cognitive, par exemple, on fait fausse route en affirmant que l'autoformation est une conduite de novice, et non d'expert. Un débutant, dans n'importe quel domaine, n'a précisément pas les pré-requis nécessaires pour piloter son propre apprentissage. Cette compétence est par excellence le propre des experts. L'autonomie n'est certainement pas donnée, a priori, elle sera au contraire l'aboutissement d'un processus de formation qui porte ses fruits. |