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Débat animé
par Elisabeth LERMINIER, journaliste, responsable de lunité
de programmes « Emploi, économie et formation » à
La Cinquiéme
Avec la participation de :
Héléne LAMBLING, chargée du développement
économique et des NTIC à la mairie de LYON,
Francis BALLE, professeur à luniversité
de Paris II, auteur de « Média et société »,
Marc DUFAU, chargé de mission au département ITT
à lAgence Nationale pour lAmélioration des Conditions
de travail (ANACT),
Laurence DECREAU, éditrice, créatrice de la collection
« Quark Noir » chez Flammarion,
Pierre CARDE, fondateur de Cryptalis,
Olivier LAS VERGNAS, directeur de la cité des métiers
de la Cité de sciences et de l'industrie.
Elisabeth LERMINIER
Il est toujours un peu curieux de recueillir les réactions diverses
sur un film sur lequel on a travaillé pendant un certain temps.
Madame, quavez-vous pu ressentir pendant ce film sur cette idée
dêtre asservi à la machine ou de servir la machine,
sur le degré de liberté des uns et des autres, sur ce temps
de plus en plus mesuré ?
Héléne
LAMBLING
Ma premiére réaction est le sentiment que lutilisation
des réseaux et des technologies apporte une sorte de sécurité,
cest-à-dire diminue le facteur risque. Ce peut être
de la sécurité physique et matérielle quand on est
une femme au volant. Cela peut être aussi de la sécurité
par rapport à des volumes ou des qualités de production
dans lautre cas.
Elisabeth LERMINIER
Pensez-vous que cela sapplique dans tous les secteurs, par exemple
pour les utilisateurs que vous pourriez avoir au niveau de la Ville, pour
des décisions sur des dossiers sociaux ?
Héléne
LAMBLING
Je suis plutôt dans un secteur tertiaire ou administratif, travail
dans lequel jai le sentiment que le facteur sécurité
est probablement moins important. Pour faire un rapprochement entre ce
que nous venons de voir et ce que je connais de mon métier, le
film montre trés bien que face à une diminution de linsécurité
se produit un accroissement du stress, dû
probablement aussi au facteur temps. Chacun est en effet obligé
de réagir en permanence dans limmédiat. On connaît
ce phénoméne dans le tertiaire, dans le travail des administrations
et des collectivités locales. Le meilleur exemple que nous connaissons
tous est celui de la messagerie. Quand on reçoit un courrier papier
dans une collectivité, quil
soit personnel ou administratif, on se donne le temps danalyser
la réponse. On peut consulter sa hiérarchie et vérifier
quon a tous les éléments pour répondre. Quand
on reçoit un mail, si on na pas répondu dans la journée,
tout le monde se demande ce que lon fait, si on est en vacances
ou si on est malade, car il ny a pas dautre explication. Ceci
va
profondément bouleverser le travail des agents administratifs.
Au service des citoyens, ils vont être soumis à la même
pression du temps de réponse. Evidemment, il y a un côté
positif aussi : le citoyen aura probablement en face de lui une administration
plus réactive et plus transparente. En tout cas, cest ce
que nous souhaitons et vers quoi nous allons. Mais cela nécessite
sans doute un changement de culture profond de la part des services publics.
Elisabeth LERMINIER
Marc Dufau, ces exemples sont-ils révélateurs pour vous
?
Marc DUFAU
Ils sont certainement révélateurs parce quils présentent
des situations qui sont en pleine évolution. Je les trouve trés
intéressants pour ce quils montrent en creux. On parle de
sécurité et, en même temps, on voit une personne qui
téléphone en conduisant, en lisant un papier et en regardant
un ordinateur placé sur son plafond. Le sentiment de sécurité
est
donc certainement à nuancer dans ces situations. Ces cas attirent
lattention parce quils sont exceptionnels et relativement
remarquables. On imagine mal autant délectronique embarquée
dans un camion ou dans un verger. Aujourdhui, les technologies diffusent
dans toutes les organisations. Il me semble que la réalité
actuelle, ce sont bien plus les services
publics évoqués précédemment que cela qui,
même si cela existe, me paraît plus marginal ou exemplaire.
Elisabeth LERMINIER
En regardant le film, je me suis dit que, pour une fois, la télévision
ne montre pas la même chose que dhabitude sur les technologies
: les start-up, etc., mais le quotidien. Je suis donc un peu surprise
de votre réaction. Mais vous êtes plus sur le terrain que
nous.
Marc DUFAU
Cétait juste par rapport à la représentativité
: est-ce que ces exemples montrent ce quest la révolution
? Celle-ci, à mon sens, est bien plus les e-mails et les intranets
que ces cas, même sils mintéressent. Je connais
dailleurs bien la société Eurofruits avec laquelle
nous travaillons, mais je ne sais pas si son cas est si représentatif
que cela.
Olivier LAS VERGNAS
Réaction de Groupeco, laffréteur, dont nous avions
fait venir le patron, il y a quelques jours, dans un débat du même
type à Paris, ainsi que lAFT-IFTIM (Association française
pour la formation dans le transport). Sont-ils dans une logique volontariste
ou simplement dans le constat ? Leur discours était de dire que
les 35 heures seraient possibles dans le transport routier quand tout
le monde sera équipé ainsi. Aujourdhui, GROUPECO nimagine
plus de faire avancer des camions sans GPS.
Pierre CARDE
Je suis dans un autre monde, dans cette espéce de bulle quest
le monde des start-up Internet. Je pense que ces exemples ne sont pas
tout à fait la réalité. Ce documentaire montre deux
choses qui métonnent particuliérement. Dune
part, il y a structurellement une accélération des process
dans leur ensemble qui est caractérisée par le fait que
les gens nont plus le temps dattendre, par exemple cinq heures
sur un parking pour un chargement, ou encore de prendre le risque de voir
apparaître un champignon sur leurs pommiers. Cette accélération
est peut-être un peu forcée par la grande distribution. Il
faudrait savoir si cest un élément de stress pour
les producteurs et les camionneurs. Cette accélération est
compensée par la présence doutils danalyse extrêmement
performants. Ces outils, pour lutilisateur, sont un prolongement
qui aura tendance à se perpétuer parce que les accés
à ces différents systémes sont de plus en plus nombreux.
On a vu dans le film récupérer les informations par fax,
par Internet ; demain, ce sera par le téléphone portable
ou le PALM pilote. Les entrées sur ces réseaux qui sont
des prolongements de leur propre personne, deviennent des évidences.
Cela va toucher lensemble des professions.
Elisabeth LERMINIER
Expliquez-nous ce que vous faites.
Pierre CARDE
Notre systéme est un peu original. Aujourdhui, lutilisateur
utilise sa machine comme une machine autonome (cest quelquefois
un poste portable mais le plus souvent un poste fixe) qui contient à
elle seule toute la richesse dont elle est capable. Cette machine est
peu sécurisée. Si elle est détruite ou volée,
ou si lutilisateur fait une erreur de manipulation, il
est susceptible de perdre énormément de données.
Le métier de CRYPTALIS est de proposer aux utilisateurs un systéme
qui permet de sauvegarder réguliérement leurs données
sur un serveur distant. Outre la sauvegarde, le systéme permet
à lutilisateur de se connecter à ses données
depuis nimporte quel point dentrée sur Internet. Dés
quil est chez un client ou un ami, voire à létranger,
il peut accéder à ses données, les modifier, les
mettre à jouer et quand il revient sur sa machine principale, il
peut récupérer ses données à jour. Le tout
est crypté et sécurisé de maniére à
ce que personne dautre que lui ne puisse y avoir accés.
Enfin, il peut aussi partager ses données avec dautres. Le
systéme que nous proposons est 2 sur 15une sorte de prolongement
de sa propre personne, une espéce de copie, de représentation
de lutilisateur de maniére distante. Aujourdhui, nous
travaillons uniquement sur des données mais nous travaillons déjà
sur des systémes moins statiques qui permettent à lutilisateur
davoir une sorte de représentation active de son propre soi,
une espéce de
copie de sa propre intimité sur Internet, qui lui permet dagir,
dacheter, éventuellement déchanger avec des
tiers, dans une logique de présentation quil aura prédéfinie.
Elisabeth LERMINIER
Votre clientéle est plutôt composée de professions
libérales ?
Pierre CARDE
Nous nous adressons à des personnes qui sont relativement peu protégées
par rapport à ce type de risque et qui ont peu doutils. Ceux
qui travaillent dans de grosses sociétés ont ce type doutils
maintenant parce que ces grandes machines ont les moyens de les mettre
à la disposition de leur personnel. Notre objectif est de le démocratiser
ce nest pas
totalement philanthropique de notre part , de le rendre accessible,
en tout cas de le mutualiser. Ce systéme est accessible aux grosses
structures et pas aux petites. Notre objectif est donc de faire en sorte
que des artisans, des commerçants, des professions libérales,
voire des particuliers aient accés à des systémes
professionnels à un prix trés
inférieur que ce quil leur en coûterait de mettre en
place ce type dinfrastructure.
Elisabeth LERMINIER
Vous nous avez dit aussi faire partie des sociétés de la
nouvelles économie qui sont à ± 0 de chiffre daffaires.
Vous avez remporté un premier tour. Nous vous souhaitons bonne
chance pour la suite.
Francis BALLE
Jai été frappé parce que ce film tranche beaucoup
avec ce que lon a lhabitude de dire et de faire à propos
des nouvelles techniques. Nous baignons dans une espéce de vue
parfaitement idyllique sur ce quelles apportent, comme si elles
napportaient jamais que quelque chose de positif . Ce que je trouve
extrêmement pédagogique, ce que montre bien
le film à travers deux exemples, cest que dans toute technique,
il y a une avancée, des avantages mais il y a aussi des inconvénients.
On sait trés bien que le téléphone portable est extrêmement
pratique parce quon peut lutiliser partout, joindre et être
joint de nimporte oô. Mais cest aussi une servitude
si lon ne sait pas sen servir intelligemment. On voit bien
que cest porteur à la fois de sécurité et de
stress. Il suffit de savoir limiter le plus possible
cest une négociation entre les personnes les
inconvénients inévitables dune technique. Ces inconvénients
sont trés bien montrés dans le film.
Elisabeth LERMINIER
Lesquels ?
Francis BALLE
Le stress. Savoir que lon est constamment surveillé, tracé
et, comme il a été dit, lobsession du temps qui est
épouvantable aujourdhui. Plus on vit dans une grosse ville,
plus on est chronométré.
Elisabeth LERMINIER
Je ne sais pas si cest le fait des médias mais de nombreux
livres paraissent sur ce sujet. La Une de Télérama cette
semaine est sur léloge de la lenteur, avec un énorme
escargot. Est-ce que ce sentiment de ras-le-bol est dans lair du
temps ou est-ce un phénoméne médiatique ?
Francis BALLE
Il est peut-être dans lair du temps. Aujourdhui, nous
sommes à la veille dune évolution importante avec
tout ce quapporte la nouvelles économie, tout ce que vont
apporter les réseaux et le multimédia. On ne sait pas trés
bien oô lon va. Cela suscite inévitablement à
la fois de grands espoirs sinon les investisseurs ne seraient pas
aussi optimistes et une
grande inquiétude. On se demande si on ne va pas perdre certaines
choses qui faisaient partie de la qualité de la vie. Cette période
est un peu incertaine. On se dit que beaucoup de choses vont changer ;
on les voit changer. On nous dit souvent quelles sont extrêmement
3 sur 15positives. On se doute quil y aura quelques effets
négatifs mais on ne sait pas trés bien
lesquels. On est dans le brouillard.
Elisabeth LERMINIER
Ce film a été projeté à Rennes, en présence
de Norman SPINRAD, écrivain de science fiction qui a écrit
Jack Baron ou léternité. Ce qui la le plus frappé
est que le personnage ne goûte pas les pommes ; il ne les croque
pas. Sa réaction nous a un peu surpris mais, en même temps,
il posait la question de la perte de certains savoirs qui passent par
dautres sens, au
bénéfice de bases de données qui risquent dêtre
effacées. La sécurisation est donc vraiment trés
importante.
Francis BALLE
Moi qui suis trés urbain, je ne métais pas rendu compte
quil y a des pommes trés grosses ou trés petites.
Nous sommes incontestablement sous lemprise dimages qui sont
véhiculées par la publicité.
Elisabeth LERMINIER
Les salariés parlent-ils et se plaignent-ils de ce temps mesuré,
surmesuré ? on dit que ces technologies font gagner du temps. Cest
une histoire de fous ! On le gagne et on le perd.
Marc DUFAU
La distanciation et la dé-temporalité permettent effectivement
de gagner du temps. Mais on en perd tout autant. Nous connaissons tous
lhistoire de ces cadres qui passent des heures ou des journées
entiéres à lire leurs mails, voire qui embauchent des secrétaires
pour les lire. Lindustrie ou les organisations de travail ont toujours
couru aprés le temps. Dans les Temps modernes, Charlie Chaplin
stigmatisait déjà cela. La recherche du temps nest
pas en soi une chose nouvelle dans les organisations de travail. Quelles
aient rencontré ces nouvelles technologies, et voir ce que lon
en fait et à quel point elles vont permettre de poursuivre plus
loin la rationalisation des moyens de production, cest plus intéressant.
Dans labsolu, la problématique du temps, évidemment
comme celle de la distance, est forcément centrale dés que
lon parle des technologies de linformation et de la communication.
Pour autant, on mesure encore assez mal je suis assez gêné
dêtre présenté comme un spécialiste ;
je viens aussi chercher et on a peu de choses à voir.
Elisabeth LERMINIER
Ce sont les expériences de terrain que vous vivez qui sont intéressantes.
Marc DUFAU
Les expériences que nous vivons actuellement sont bien plus celles
de la mise en oeuvre de ces technologies que leur utilisation la plus
rationnelle. On est en train dinstaller ces technologies dans les
organisations de travail. Certaines sont parties un peu avant les autres
; dautres sont en train des les découvrir. Mais on na
pas encore de régles à tirer.
Elisabeth LERMINIER
De la même maniére que nous le voyons dans les débats
et les réactions, nous avons le sentiment, non pas dêtre
en avance, mais dêtre au bon moment par rapport à une
prise de conscience et à une réflexion.
Olivier LAS VERGNAS
Nous avons failli appeler la série Les nouveaux temps modernes,
parce quune des questions est effectivement de savoir si cest
aussi nouveau que cela. Est-ce que lintranet dans lentreprise
nest pas létape aprés la photocopieuse oô
il ny a plus besoin de carbone et il ny a plus le pouvoir
de linformation ? Nous avons choisi de faire des portraits parce
que
nous savons bien quil y a surtout à observer ce qui se passe
et à le donner à débattre. Il ny a pas de vérité.
La seule vérité que nous essayons de donner est quil
y a une question qui se pose à tout le monde : dans votre métier,
cest pour quand ? Ce qui est la conclusion.
Héléne
LAMBLING
Jai une réaction qui sapplique à la fois à
ce que nous avons dit du stress et de la gestion du temps, et à
ce que disait Monsieur sur le choix des pommes. On a trop tendance à
rejeter la faute sur les technologies. Ce nest quun outil
dont on fait ce que lon veut. Pourquoi 4 sur 15réagit-on
aussi bêtement à la messagerie ? Je nen sais rien.
Je fais comme tout le monde : quand jai un message, je réponds
tout de suite, alors que quand ma secrétaire me transmet un message
téléphonique jattends parfois deux jours pour réagir,
et quand je reçoit un message courrier, jattends huit jours.
Ce nest pas le contenu du message qui me fait agir différemment.
On nest pas raisonnable. On est dans une phase dengouement
qui fait que lon manque de distance par rapport à la technologie.
Vis-à-vis des pommes, cest pareil : ce
nest pas le systéme informatique qui a voulu que lon
mesure la taille de la pomme, cest le marché, cest-à-dire
la ménagére qui fait ses courses et choisit en fonction
de la taille et non pas en fonction du goût parce que jimagine
que lon aurait fait des machines qui mesurent la saveur des pommes.
On est dans un phase trop jeune et on nest pas encore mûr
par rapport à lutilisation de ces technologies.
Elisabeth LERMINIER
Dans votre entreprise, vous êtes peut-être un peu plus mûrs.
Vous êtes seize et vous utilisez évidemment tous ces outils.
Pierre CARDE
Je ne voudrais pas passer pour un vétéran. Effectivement,
je reçois en moyenne entre quatre-vingts et cent vingt mails par
jour. Structurellement, jen viens à considérer que
je ne peux pas répondre. Le message nappelle dailleurs
pas forcément une réponse. Trés vite, cela devient
un circuit de diffusion dinformations et pas forcément un
systéme de questions-réponses comme cela peut être
votre cas aujourdhui. Ce que jaime énormément
dans le mail par rapport au téléphone, cest justement
son caractére différé. On nest plus dans linstantanéité
ni dans le stress immédiat mais plutôt dans le stress construit.
On est dans une logique de stress. Dans le secteur de la nouvelle économie
en particulier, le temps
est le facteur-clé, puisquen France, il y a trois sociétés,
une vingtaine en Europe et cinquante dans le monde qui sont probablement
en train de développer un systéme trés proche de
ce que nous sommes en train de faire. La nécessité daller
trés rapidement est critique pour nous, dautant que les choses
se voient tout de suite. Pour des médicaments,
par exemple, les phases sont beaucoup plus longues. Dans lagro-alimentaire,
entre la phase de conception dun produit et sa mise sur le marché,
cinq ans sécoulent. Là, nous sommes dans une nécessité
durgence permanente. Même si ce nest pas flagrant, cest
trés bien montré dans ce reportage : lélément
de stress est délirant. Quand le type en vient à
discuter avec son téléphone portable dans sa voiture et
à lire ses plans sur ses genoux au volant, il en arrive à
une situation hallucinante.
Elisabeth LERMINIER
Ce qui est paradoxal, cest que nous avons vu des interviews de patrons
de start-up qui ne rêvent que dune chose, cest davoir
un bateau et daller vivre sur une île. Je caricature volontiers.
Ce qui se passe est temporaire.
Pierre CARDE
On peut de demander si beaucoup de patrons de start-up feraient cela parce
quils tueraient tout le reste. Cest aussi une maniére
de nier le reste pour se le cacher. Les nouvelles technologies ont aussi
la capacité détendre le temps, et justement dans nos
espaces personnels. Le film le montre un peu : le travail accompagne presque
en continu, notamment la personne qui est dans son camion. Elle a tout
le temps son portable avec elle. Elle est dans un connexion permanente
à son travail. Cest un facteur de stress que je trouve plutôt
inquiétant. Cest paradoxal que je défende ce produit
mais je considére que cest un peu inquiétant.
Elisabeth LERMINIER
Demande-t-on à lANACT détudier des solutions
de travail à domicile ?
Marc DUFEAU
Historiquement, le télétravail a été connu
avant les NTIC, avant même quun objet technologique ait été
directement désigné. Cest un peu le " flop "
des années quatre-vingts. On portait beaucoup despoirs sur
le télétravail. Un sénateur de notre région
sy était beaucoup investi. La forme actuelle du télétravail
persiste et on la voit dailleurs un peu dans le film : le conseiller
en agriculture fait du télétravail lorsquil branche
son ordinateur dans une chambre dhôtel. La forme de télétravail
" pendulaire " consiste à avoir une partie dactivité
au sein dune entreprise et une autre en déplacement, voire
à domicile. Le télétravail rhabille des formes anciennes
de travail à domicile. Mon voisin [?] évoquait le fait 5
sur 15que lon travaille ainsi dans sa société.
Ces technologies ont rencontré et poussé plus loin des logiques
qui étaient plus ou moins existantes. En revanche, la dimension
vraiment nouvelle est quelles sont les outils de limmatériel.
Laffréteur, aujourdhui, ne garantit pas
un transport mais une heure darrivée. La discussion de la
société EUROFRUITS qui se passe dans le staff à Colmar
porte sur la sécurité et les risques : est-ce que lon
donne le bon conseil ou est-ce que lon perd le client ? La question
est bien celle-là. Aujourdhui, la plupart de la production,
aussi bien matérielle que celle du secteur traditionnellement
serviciel, est obligée dêtre de plus en plus performante
dans le service. Les entreprises devant gagner de la performance dans
le service vont chercher les outils des services et ce sont les nouvelles
technologies de linformation et de la communication.
Elisabeth LERMINIER
Pourrait-on imaginer que, dans ladministration, les personnes qui
ne sont pas en contact avec le public et qui doivent apporter une réponse,
un service, nont plus forcément besoin dêtre
au bureau et puissent travailler chez elles ? Est-ce aussi une solution
parfois envisagée dans ladministration ?
Héléne
LAMBLING
Je ne crois pas quil y ait beaucoup dexemples de ce type à
la Ville de Lyon. Mais cela se fait dans certaines administrations. Des
expériences de ce type on été menées à
la préfecture du Rhône. Dans cette situation, ladministration
a la même attitude que nimporte quelle entreprise. Les difficultés
qui ont été révélées par ce type dexpérience
ne
sont pas du tout dordre technique mais plutôt dordre
psychologique. Dune part, cest la coupure avec le monde du
travail, dautre part, cest la difficulté de contrôle
de la relation hiérarchique qui était claire et simple auparavant,
aussi bien pour le contrôle des horaires que pour celui du travail
effectué, alors que là, une plus grande liberté sinstaure.
La
difficulté supplémentaire que je reléve, cest
quil ny a plus de rupture claire entre lactivité
professionnelle et la vie privée. Lemployeur peut se dire
que lemployé peut commencer à travailler à
dix heures du matin. À mon avis, le risque est plutôt le
contraire, cest le fil à la patte parce quon na
jamais vraiment coupé les ponts avec son ordinateur et
avec son poste de travail.
Elisabeth LERMINIER
À quoi poussez-vous vos étudiants à réfléchir
autour de ces questions ?
Francis BALLE
Nous essayons de leur offrir une palette denseignements qui soit
suffisamment large pour quils trouvent des débouchés,
et il sen trouve beaucoup dans le secteur extrêmement florissant
des webmaster.
Elisabeth LERMINIER
Sont-ils obsédés par ce monde nouveau dInternet, etc.
Ce média efface-t-il les autres ou les englobe-t-il ?
Francis BALLE
Nous essayons de leur enseigner que linformation reste un métier
dont les lois sont toujours les mêmes, quel que soit le support
utilisé. Les régles auxquelles il faut obéir sont
exactement les mêmes quil faille rédiger un article
dans un journal, sexprimer sur une station radio ou une chaîne
de télévision. La communication obéit à des
lois qui sont exactement les mêmes, quel que soit le vecteur utilisé.
Le métier de pédagogue ne change pas depuis Socrate. Il
sagit de respecter les mêmes lois, de ne pas dire ce que lon
ne sait pas, de ne pas en dire plus que ce que lon sait, de vérifier
ce que lon avance
Elisabeth LERMINIER
Linformation sur Internet nest pas trés bien traitée.
Francis BALLE
Je vous livre peut-être un réflexe de professeur. Mais cela
consiste à dire que les outils ne sont que des outils. Ils permettent
de mieux faire ce que lon sait faire mais, quand on a un métier,
quel quil soit, il faut quand même absolument obéir
à ses régles.
Elisabeth LERMINIER
Et les régles de communication.
Francis BALLE
Absolument.
DÉBAT AVEC LA SALLE
QUESTION
En sécurisant lentreprise fruitiére, on crée
une mémoire collective. Auparavant, sur quarante ans il y avait
quarante expériences différentes. Là, lexpérience
collective est intéressante. Professionnellement, jutilise
quotidiennement
linformatique, soit pour la gestion, soit pour la formation. Une
anecdote sur le prolongement. Quelques heures de formation aux nouvelles
technologies, depuis lutilisation de lordinateur élémentaire
jusquà Internet. Une personne dune soixantaine dannées,
de caractére plutôt pondéré, a suivi cette
formation parce que je len avais convaincue.
Quelques jours aprés la formation, jai rencontré son
épouse qui ma dit : " Cest extraordinaire, il
a rajeuni. " Il y a un côté rapprochement des générations.
Au lieu de structures pyramidales avec une communication par strates,
il y a quelque chose de plus direct, également avec un rapprochement
des générations. Je pense que la conductrice de poids lourd
ne parlait jamais à son patron dans la situation précédente,
alors que là, elle a une communication relativement directe. Si
elle était en permanence dans lentreprise avec son patron
qui surveille derriére la vitre, ce ne serait pas moins stressant.
Derniére remarque : comme disent les Chinois, il ny a jamais
de situation avantageuse sans inconvénient. Plus les avantages
sont nombreux, plus les inconvénients le sont aussi. À nous
dêtre suffisamment responsables pour faire les bons choix
et ne pas nous laisser embarquer dans des solutions qui dépasseraient
nos capacités.
Elisabeth LERMINIER
Lépoque sy prête mais elle ne va pas forcément
durer longtemps. Les systémes vont peut-être se rigidifier
dune maniére ou dune autre.
Olivier LAS VERGNAS
Le film qui sera projeté demain sur la Cinquiéme, Fenêtres
sur cour, raconte deux histoires dans des centres de formation multimédia.
Une femme cueilleuse de champignons dans des troglodytes chez France Champignons,
à Saumur, découvre linformatique, et un commerçant
de Cotterets qui fabrique des berlingots, découvre lui aussi linformatique
parce que le Pére Noèl a apporté un ordinateur à
la maison pour ses enfants.
Elisabeth LERMINIER
Et il ne veut pas avoir lair idiot devant eux. Cela rejoint ce qui
a été dit sur les générations.
Olivier LAS VERGNAS
Et ses propres parents lui ont dit que ce serait bien que le magasin soit
informatisé un jour. On est vraiment dans le trans-générationnel
! Pour sinscrire en faux, un autre film de la série, Le bénéfice
Net, montre un casseur de voitures, un déconstructeur automobile,
tel quon lappelle maintenant, qui a mis sa casse sur Internet
et à la norme ISO 9000. Mais il a
mis aussi son pére à la retraite.
Elisabeth LERMINIER
Les rapports pére-fils, dans le film, sont extraordinaires, parce
que le pére aime vraiment broyer du métal et le fils ne
voit plus que des piéces mises sur ordinateur. On les voit sadmirer
mutuellement mais en même temps le fossé est énorme.
Olivier LAS VERGNAS
Une précision sur Elisabeth la chauffeuse de poids lourd : elle
est indépendante. Le camion appartient à quelquun
dautre et elle travaille pour GROUPECO, un affréteur qui
lui passe des contrats. Elle nest pas salariée dans une entreprise.
Ses rapports au contrôle sont différents de ceux dune
flottille de cinquante conducteurs.
Elisabeth LERMINIER
En parlant de rajeunir, je pense aussi que les personnes que nous voyons
sont valorisées. Cest encore plus vrai pour la cueilleuse
de champignons qui savait à peine lire et écrire. On la
voit avec ses enfants qui dit quelle va enfin oser aller voir les
professeurs. Est-ce que 7 sur 15vous partagez ce sentiment de valorisation
? On peut aussi être paniqué devant ces outils
Marc DUFAU
Je crois que ce sentiment est plutôt dominant dans lensemble.
Je crois que Yves LASFARGUES différencie les technophiles et les
technophobes. Parmi les générations qui voient débarquer
ces technologies dans les entreprises, il y a forcément des personnes
qui sont exclues. Cela se produira de moins en moins car nos enfants les
auront connues en même temps que le biberon et auront moins de problémes.
Mais je crois que la logique même des réseaux qui pousse
à lindividualisation et à la valorisation de linterlocuteur
individuel est plutôt bien vécue par les salariés,
pour peu quils naient pas lappréhension
de la domination de la machine ou de son utilisation et sils ont
un bon accompagnement de ces apprentissages.
QUESTION
Ces nouvelles technologies de linformation et de la communication
me semblent apporter de lisolement. Cette routiére na
plus besoin de passer au bureau et quand elle y passe, on na pas
limpression quil sy dit des choses essentielles. Bientôt,
on pourra faire pousser les pommes sans aller dans les vergers. Sur le
plan personnel, le télétravail nempêche pas
daller visiter un musée ou de faire ses courses sur Internet.
Est-ce que cela ne marque pas une rupture des relations humaines ?
Francis BALLE
La réponse a été apportée. Vous avez dit que
le télétravail avait été un flop des années
quatre-vingts. On sest simplement rendu compte quon ne pouvait
pas faire tout à distance. Quand on a contracté le goût
de faire quelque chose avec un appareil, au bout dun certain temps,
on retrouve aussi celui du contact direct. Pour toute technique, dans
un premier
temps, nous agissons un peu comme des idiots, avec excés : soit
nous lutilisons trop, soit pas assez ; soit nous laimons trop
et nous ladulons, soit, au contraire, nous le vouons aux gémonies.
Comme la télévision quand elle est apparue dans les années
cinquante et soixante. Certains disaient que cétait labomination
de la désolation : on nira plus au cinéma, on ne se
réunira plus, on ne se parlera plus, on ne fera plus de dîners
Dautres, à linverse, étaient complétement
fascinés et pensaient même quon allait pouvoir remplacer
lécole en mettant une caméra devant un professeur
en train de faire un cours. On sétait mis dans la tête
de faire lécole à la place dun professeur. Le
résultat est quon na jamais vu autant que grâce
à la télévision à quel point le professeur
était irremplaçable. Cest une imposture que la Cinquiéme
na heureusement pas commise. Peut-être laurait-elle
commise mais elle ne la pas fait parce quelle a tiré
le bénéfice des enseignements des expériences antérieures.
Au bout dun certain temps, un média se banalise par lusage
et par lusure. On en fait un usage un peu plus intelligent. Il faut
relativiser.
Elisabeth LERMINIER
Ne peut-on dire aussi que lindividualisation préexiste :
léclatement des relations professionnelles, sociales et même
familiales ? Les NTIC ne sont-elles pas finalement une réponse
nouvelle à des formes déclatement ?
Pierre CARDE
Personnellement, je ne suis pas totalement daccord avec cette approche
je vais défendre mon bébé. Une dimension manque
un peu dans ce reportage, même si cest dit entre les lignes.
Dans un cas, un systéme de diffusion de linformation vient
dun centre qui regroupe linformation et diffuse des ordres
de récupération de fret. Dans lautre cas, une espéce
dinformation remonte et forme une base de connaissances qui nest
accessible quà la personne qui gére le service. On
ne voit pas vraiment que ces systémes sont aussi des espaces de
communication, déchanges et de construction de bases de connaissances
extrêmement riches. Vous avez justement souligné, pour les
vergers, que ce nest pas simplement un outil consolidé, capitalisé
par le prestataire de la solution, cest aussi quelque chose qui,
à terme, va amener de léchange, surtout si on met
par-dessus des outils de communication. Les vergers de pommes sont de
plus en plus grands. Les camionneurs
Léchange, pour
eux, est essentiel et il passe aujourdhui par des modes différents.
Que ce soit le téléphone portables ou les systémes
embarqués, cela leur permet de sinformer mais aussi déchanger
sur des banalités. On la rapidement vu dans les messages
qui passaient à lécran, certains nétaient
pas professionnels. Cela contribue à générer du lien
social, ce qui est essentiel pour des professions qui sont extrêmement
isolées. Même sil y a des abus, même si on peut
tomber dans le travers inverse de fascination pour le média, je
trouve que cest un outil qui fait un lien social différent,
qui permet de créer cest une tarte à la 8 sur
15créme dans la Net économie des communautés
professionnelles, des communautés déchange trés
spécifiques entre des acteurs qui sont structurellement extrêmement
dispersés, par exemple, pour cinq éleveurs de pommiers dans
une région qui nont pas tellement de possibilités
déchanges. Le fait quun systéme permette à
lensemble des acteurs français, voire européens déchanger
sur des problématiques spécifiques, voire de se
regrouper autour de problématiques dachat, de coopérative,
me fait penser cest peut-être un peu utopique
que cest un outil extrêmement puissant de regroupement, déchange
et de communication.
Elisabeth LERMINIER
Je ne pense pas que lANACT me contredira : jai lu une statistique
sur lévolution du droit de parler pendant le travail, dans
les entreprises, et linterdiction de parler est en trés nette
augmentation. Cela paraît assez ahurissant, surtout dans une entreprise
de communication comme la mienne. Telles sont les conditions de travail
aujourdhui. Il faut espérer que les
ordinateurs compensent cette interdiction.
QUESTION
Une réaction par rapport au film et une inquiétude.
En amont, jai envie de dire que je suis plutôt pour le développement
des nouvelles technologies. Je préfére le dire tout de suite
pour que mes propos ne soient pas mal interprétés ensuite.
Limage que ma envoyé le film est une image de féodalité.
Telles quelles étaient présentées, jai
vu les nouvelles technologies comme un nouveau seigneur qui apporte de
la protection et beaucoup de choses. Mais en échange, on voit bien
un asservissement qui me paraît assez important. La vie de cette
routiére est plus quorganisée. Je suis bien daccord
que le télétravail va envahir lespace privé.
Je suis directeur dun centre dinsertion sociale et professionnelle
dans le département de la Drôme oô je moccupe
en priorité de publics en grande difficulté. Quand je vois
lavancée galopante des
nouvelles technologies, je me demande combien de temps il me reste pour
préparer ces publics.
Elisabeth LERMINIER
Cela fait-il partie des objectifs de la Ville ?
Héléne LAMBLING
Je nai évidemment pas de réponse à cela. Mais
on peut dire que cela fait partie des préoccupations essentielles
des politiques, de ceux que je côtoie à la Ville de Lyon
et, de maniére générale, aussi bien en France que
dans dautres pays. Un des principaux soucis des gouvernements, des
élus locaux, cest le " fossé numérique
", entre les " technomordus " et
les " technoexclus " qui est, je crois, lexpression De
Yves LASFARGUES. Aujourdhui, dabord, on a mauvaise conscience
si on nutilise pas les nouvelles technologies, ensuite, on va être
exclu dun certain nombre dinformations, de réseaux,
etc. La difficulté nest pas de donner accés aux jeunes
cadres de trente ans mais à tous ceux qui ny auront jamais
accés parce quils ne savent pas lire, parce quils sont
handicapés ou âgés, ou parce quils nont
pas le moyen matériel de se le payer. Je crois quon est tout
au début de la réflexion. Divers moyens et recettes sont
envisagés. Cest la raison pour laquelle on crée des
centres multimédia : par exemple les cybercafés, il y a
quelques années. Cela va beaucoup plus loin puisque GENERAL MOTORS
a décidé doffrir un micro-ordinateur à domicile
à tous ses salariés. Cela va dans ce sens, même si
lobjectif nest pas que philanthropique. Le gouvernement anglais
ou Bill CLINTON aux Etats-Unis se posent la question de mettre un micro
dans tous les foyers. APPLE finance de linformatique pour les écoles
aux Etats-Unis, etc. Nous ne sommes quau début de ce mouvement
mais cest sûrement un des problémes essentiels posé
aujourdhui aux pouvoirs publics. QUESTION À propos de la
surveillance et de la supervision : les technologies présentent
effectivement ce risque. Mais, là aussi, ce nest pas nouveau.
La supervision reléve parfaitement du paradigme fordien de lorganisation
du travail. La question est que cest un outil supplémentaire
pour lexercer. Toute la question qui se pose est de savoir pourquoi
on les utilise, comment, et de ne pas être candide ou trop généreux
par rapport à ces technologies. Mais ne faisons pas un déterminisme
à lenvers. Ce ne sont pas ces technologies qui permettent
la supervision ; elle a toujours existé et été
présente dans le monde du travail.
Elisabeth LERMINIER
Est-ce que vous bénéficiez daides pour équiper
votre centre en matériels ? Jai cru comprendre que GENERAL
MOTORS fait cela pour ne plus construire de voitures et reconvertir ses
employés dans des emplois tertiaires et transférer, comme
NIKE ou dautres, 9 sur 15la fabrication en sous-traitance.
Ce nest pas neutre.
QUESTION
Je crois que ces nouvelles technologies apportent des solutions à
cette catégorie dentreprises. Je suis assez intéressé
pour diffuser cela auprés de nos adhérents qui ont de plus
en plus de problémes dorganisation. Il y a des choses intéressantes
à faire. Jai trouvé ce documentaire bien fait en termes
de découverte de métiers. Est-il prévu de diffuser
cette série auprés des jeunes ? Le rôle du chauffeur
routier, la cueillette des fruits se trouvent démystifiés
; on sait que ce dernier secteur connaît énormément
de pénurie demplois. Des partenariats sont-ils possibles
avec des secteurs
dactivité qui sont véritablement en pénurie
demplois ? Jai trouvé cette image des professions assez
valorisantes.
Elisabeth LERMINIER
La Cinquiéme a mis en place un outil qui sappelle la Banque
de programmes et de services, la BPS, qui, grâce aux nouvelles technologies,
peut permettre à des enseignants, à des centres de formation,
de télécharger nos programmes et des programmes éducatifs
en général, par Internet, assortis de cahiers pédagogiques.
Tout cela était en phase
expérimentale lannée derniére et est en train
de démarrer. Quatre cents sites sont actuellement abonnés
à cette banque de programmes.
Olivier LAS VERGNAS
Nous sommes sensibles à la façon dont on donne une image
des métiers mais dans le cahier des charges des films, dans les
intentions de production, la seule chose que nous demandions était
de donner la parole, de faire des portraits de travailleurs. Lhypothése
que lon peut en tirer est que pour faire des bons films sur les
métiers, il suffit peut-être de donner vraiment la parole
aux travailleurs et de les faire parler de leur métier.
Elisabeth LERMINIER
Ce nest pas si simple. Personne ne va dévaloriser son métier
quand on lui demande den parler. Cest un des problémes
que nous rencontrons, dés que nous demandons à quelquun
de décrire son métier. Doô limpression
plutôt valorisante qui ressort du film mais qui est peut-être
aussi une déformation du passage à limage.
QUESTION
Je suis chargé de formation à la Chambre régionale
dagriculture. Lentrée nouvelles technologies qui vous
avez proposée mintéresse dans la mesure oô
elle sort enfin de lillusion du hard et quon entre un peu
plus sur les utilisateurs concrets, sur des choses qui fonctionnent. On
nest pas dans la prospective qui nest pas encore en place.
De ce point de vue, cest intéressant. En revanche, au-delà
des situations qui sont proposées, dans le débat qui en
peut partir, il me semble que les problémes qui sont derriére
sont des problémes dappropriation. Par qui ? Qui va sapproprier,
qui peut sapproprier des outils de cette nature ? En termes dappropriation,
dans le phénoméne de pénétration des nouvelles
technologies, on sait que lhybridation est fondamentale. Quelle
hybridation ces outils nouveaux vont-ils provoquer ? Sur quel préexistant
peuvent-elles rentrer ? Si on fait passer quelquun du téléphone
à roulettes au micro-ordinateur, il ne sait pas sen servir.
Si on fait passer quelquun de la télévision au magnétoscope,
puis au fax, il a un certain nombre doutils qui faciliteront
peut-être lutilisation de son portable. Il y a donc bien de
lhybridation progressive dans lappropriation. Cela nous interpelle
dans nos organisations : comment allons-nous " hybrider " sur
de lexistant ? À partir de quoi ? Sinon, on est dans lillusion
ou dans le rejet. Autre question. On a parlé du rythme, de la rapidité
que ces technologies provoquent. Jirai
jusquà : quel est lavantage concurrentiel quen
tire lutilisateur ? Et à qui bénéficie lavantage
concurrentiel ? Est-ce à Carrefour ou au producteur de pommes ?
Est-ce à la société de services ? Quelquun
se félicitait de pouvoir détenir dorénavant une mémoire
collective de la croissance des pommes. Mais la société
de services qui sest exprimée nest
pas composée de philanthropes. Si elle constitue une banque de
données, cest pour accaparer un marché. Qui sera capable
dutiliser ce marché ? À quel niveau cela est-il rentable
davoir une telle finesse de précision, aujourdhui,
dans laccompagnement technique ? Peut-être une exploitation
de 300 ha en produits fruitiers. Dans la Drôme, on ne
sait plus transmettre les exploitations de 300 ha. Quand on arrive en
fin de carriére, il ny a pas de porteurs de capitaux intéressés
; cela coûte trop cher et ne rapporte pas assez. Que met-on dans
lorganisation de société qui est derriére ces
choses : les rapports de producteur à commerce, les rapports de
lorganisation du développement technique à
linterne, de la transmission de lexpérience à
linterne ? Et quel type dagriculture veut-on au fond ? Parce
quil est tout à fait possible de concentrer la production
de porcs pour la 10 sur 15France dans cinquante exploitations en
Bassin parisien. Les technologies que nous venons de voir faciliteront
lacquisition et la compilation des références et on
gagnera de lefficacité. Quelles capacités lindividu
qui est derriére, a-t-il à comprendre les enjeux dorganisation
de société et comment peut-il ou veut-il ne pas peser là-dessus
?
Elisabeth LERMINIER
Dans le domaine de lagriculture, contrairement à une idée
peut-être préconçue, ces outils sont présents
depuis fort longtemps et font lobjet dune réflexion
déjà avancée.
Francis BALLE
Nous avons effectivement le devoir de nous interroger sur lutilité
finale dun outil lorsquil commence à être propagé.
Il y a toujours des bénéficiaires et des laissés-pour-compte.
Ce sont incontestablement des relations quil faut observer de prés
pour savoir quel type de société on veut. Sur la premiére
question, je peux être plus concret. Il faut familiariser le
plus vite possible les gens avec ces outils. Aujourdhui, on peut
faire entrer ces techniques dans la société par deux biais.
Dabord à lécole : plus tôt on apprendra
aux enfants à se familiariser avec un clavier, plus vite on banalisera
cet outil qui suscite encore aujourdhui des réactions de
rejet et des frilosités de la part de la majorité dentre
nous. Ensuite, il faut
que des catégories professionnelles pour lesquelles loutil
est particuliérement approprié, par exemple les médecins,
reçoivent des formation particuliéres pour leur montrer
quil y a plus davantages que dinconvénients à
sen servir. Sauf à faire de la démagogie, il ne faut
pas simaginer quon va avoir un plan qui va faire que tout
le monde va y accéder
immédiatement, comme le voulait Bill CLINTON quand il a été
élu en 1992. Cest de la démagogie de dire quon
va faire une société de linformation oô tout
le monde pourra communiquer avec tout le monde du jour au lendemain. On
sait trés bien que cest un habillage qui ne dure pas trés
longtemps. Il faut donc faire des efforts trés concrets au
niveau des écoles et au niveau de milieux professionnels bien particuliers,
à lintérieur desquels les besoins sont spécifiques.
Il faut faire bien comprendre à ces personnes lutilité
de cet outil et que cela vaut le peine de consacrer trois demi-journées
pour apprendre à sen servir véritablement, parce que
cela fera gagner un temps considérable, et quil y a plus
davantages que dinconvénients.
Olivier LAS VERGNAS
Je vais ajouter dans linquiétude. Quand nous avons produit
ces films, notre intention était de faire réagir à
partir de témoignages et que chacun mesure sa marge de manoeuvre.
En réalité, on se rend compte quil est extrêmement
difficile, voire démagogique de dire quon a une marge de
manoeuvre. Les personnages présentés ici ont-ils réellement
un marge de
manoeuvre ? Sans doute. Lagriculteur a le choix de faire appel ou
pas à EUROFRUITS. La camionneuse na déjà plus
tellement le choix. À part pour des artisans, professions libérales
et indépendants, et encore, quelles sont les situations oô
il y a une réelle marge de manoeuvre individuelle ? Il y en a trés
peu. Par ailleurs autre aspect de la chose il
faudrait que lensemble des partenaires sociaux soient en dialogue
réel sur ces questions. Cest aussi un de nos objectifs mais
il nest pas facile à organiser.
Elisabeth LERMINIER
Dans votre question, pourrait-on dire quil y avait lidée
de la marchandisation des savoirs, par rapport au savoir des agriculteurs,
par rapport à ce mythe de grande base de données dans laquelle
tout le monde pourrait puiser ? Cest peut-être finalement,
une mainmise sur des connaissances qui étaient diffusées
plus largement ? ... Il y a des exemples un peu inverses dans votre domaine
: quand on pense à la maniére dont les coopératives
distribuaient, de maniére un peu aveugle, toutes les questions
dengrais La Cinquiéme a fait une série sur les nouveaux
agriculteurs qui montre comment un agriculteur peut, aujourdhui,
grâce à linformatique, mesurer létat du
sol et ne mettre que tel engrais à tel endroit et se réapproprier
des savoirs et des compétences par rapport à une agriculture
beaucoup plus intensive quon a pu voir à moment donné.
Nous en aurons peut-être assez de tous manger la même petite
pomme rouge de la même taille.
Héléne LAMBLING
11 sur 15Jai le sentiment que les deux exemples que nous avons
vus sont révélateurs dun phénoméne beaucoup
plus vaste qui est lasservissement de notre société
au marché. Le client est roi : le client consommateur final pour
le supermarché ou le client de lentreprise de transports.
Et tout le monde ne va que dans ce sens. On constate le même phénoméne
dans le cadre de la mondialisation. Elle est liée à la délocalisation
de lactivité des entreprises. Et cette délocalisation
est elle-même liée à la mise en réseau des
entreprises. Nous sommes toujours dans notre sujet. Cest la même
chose dans ce cadre : les entreprises ne sont tournées que vers
leur marché et cest ce qui provoque le phénoméne
de
mondialisation. On ne se préoccupe plus de savoir oô sont
les matiéres premiéres et la main doeuvre ; on se
préoccupe de savoir oô est lacheteur. Cest le
même phénoméne.
QUESTION
Je travaille pour les adolescents en difficulté de santé,
isolés et privés, totalement ou en partie, de scolarité.
Linformatique est absolument extraordinaire. Avec la visiocommunication,
ils arrivent à être moins isolés. Nous avons récemment
ouvert un forum. Une personne adulte ma dit : " Vous navez
pas honte ? Ils sont déjà isolés et vous allez les
mécaniser, les renvoyer dans le virtuel. Cest un vrai scandale
! " Un jeune a répondu : " Pour nous, le virtuel est
tout à fait naturel et au contraire, il nous permet de parler,
de communiquer, de participer. Vous avez tout faux. " Cela me permet
daborder un autre aspect : il me semble que ces nouvelles technologies
donnent une chance aux minorités. Pour peu quon les aide
à sorganiser sans ordinateur pour avoir accés ensuite
à lordinateur. Vous avez montré des ressources partagées,
des banques de données qui sont trés faciles à organiser
par les grands groupes. Les petits en ont besoin. Mais il sagit
de changer dorganisation, dorganiser autrement avant, sans
ordinateur. Dans la mesure oô nous pouvons montrer au professeur
comment mieux vivre avant lordinateur pour avoir beaucoup de facilité
aprés, avec lordinateur, nous allons pouvoir aider les minorités.
Pour résumer, je pense que loutil est une chance, pour les
minorités, de parler et davoir les mêmes outils de
communication. Mais il y a un cap oô nous avons une responsabilité
pour les aider à passer ce
pas.
Elisabeth LERMINIER
Quand vous parlez dartisans, de réseaux de compétences,
de réseaux de professions libérales, etc., il ne sagit
pas de grands groupes qui mettent la main sur des savoirs. Ce sont au
contraire des personnes qui essaient de sorganiser à une
autre échelle.
Pierre CARDE
Dune certaine maniére, cest effectivement ce que nous
faisons. Jaurai tendance à réagir à votre remarque
en disant quelle est trés juste. Je pense quInternet
est un outil fantastique pour les petites structures trés atomisées,
à commencer par les structures militantes, les ONG, etc., qui lutilisent
comme un outil déchange extrêmement dense. Cest
de moins en
moins vrai aussi ; justement parce que cest devenu un espace fondamentalement
commercial, les petites structures nont plus la possibilité
de sexprimer. Pour parler sur Internet maintenant, il faut avoir
des vraiment considérables. Les petites voix disparaissent dans
le bruit général parce quil y a un brouhaha monumental.
Vous avez raison : cest un espace possible mais qui nest pas
accessible à tous et qui reste difficile daccés, même
si je reste convaincu que cela reste un espace déchange,
de construction de connaissances pour ceux qui sont un peu isolés.
QUESTION
Il y a une responsabilité dans les services, dans le tertiaire,
à aider pour les professeurs, même dans les petites entreprises
à comprendre quelle est lorganisation bien structurée
qui permettra de tirer parti de linformatique. Pour moi, ce nest
pas uniquement une question des ONG, cest une question de nouveau
métier pour aider à repartager, re-réviser son travail
dune façon moins .
Elisabeth LERMINIER
Jai appris récemment que " .com " ne veut pas dire
" .communication " mais " .commerce ". QUESTION Je
suis dans société de conseil spécialisée dans
loptimisation des flux dinformations. Nous touchons donc à
tout ce qui est technologies de linformation. Ma clientéle
est composée de PMI, donc le milieu industriel. Ces personnes sont
confrontées à une compétitivité croissante.
Leurs clients leur annoncent chaque jour que, demain, il faudra vendre
30 % moins cher. Il y a deux solutions : soit on va à létranger,
puisquon a beaucoup de mal à faire en France, soit on augmente
la productivité, mot qui est peut-être un peu à bannir
des termes économiques. Les nouvelles technologies ont, je pense,
un double effet : un effet médiatique ; on a lexemple des
start-up sur lequel je suis trés 12 sur 15méfiant
puisque jai créé moi-même ma société
il y a un an. Je suis surpris dentendre parler de groupes, de sociétés
comme VIGARO, spécialisée dans les produits pharmaceutiques
en ligne, avec une perspective de chiffre daffaires de 7 millions
en 2001 et 240 millions de fonds mis sur la table. On est en mesure de
se poser des questions sur la rentabilité de ces sociétés.
Quand on parle de la rentabilité des sociétés dans
une structure capitalistique, je pense quil faut faire attention.
Aujourdhui, il y a peut-être mille start-up. Demain, il en
restera peut-être deux mais qui seront rentables. Je pense quil
faut être prudent. Pour ce qui concerne Internet, je pense que lon
en train de découvrir des choses que lon a mises en place
dans les années quatre-vingts. On a installé, dans ces années-là,
des systémes informatiques quon a imposés à
des utilisateurs, en leur promettant quils allaient gagner du temps
mais sans les forcément les former à exploiter linformatique.
On leur a dit dutiliser mais pas dexploiter. De grands groupes,
de grosses sociétés comme France Télécom ont
su lexploiter parce que cétait à leur hauteur
davoir des fonds et des budgets quelles pouvaient intégrer
dans des projets de développement de linformatique. Mais
aujourdhui, toutes les petites PME-PMI de cent à deux cents
personnes se retrouvent avec une même et seule contrainte qui est
organisationnelle. Depuis tout à lheure, on parle dorganisation.
Lorganisation des PME-PMI sur les flux dinformations nentre
pas dans le cadre dune supervision. Aujourdhui, il y a des
entreprises familiales de cent à cent vingt personnes oô
il ny a pas de supervision. Le chef dentreprise est en train
de se dire quil va
devoir superviser, passer à une nouvelle économie, à
une nouvelle structure. Et il se demande comment faire. Les chefs dentreprises
sont eux-mêmes demandeurs de connaître leur trésorerie
en temps réel, de savoir oô en sont leurs résultats,
quelles sont leur perspectives. Ils demandent quels outils ils doivent
mettre en place. Aujourdhui, nous navons pas forcément
des réponses parce que lorganisation de lentreprise
nest pas adaptée et que nous essayons constamment dadapter
des modéles que lon conçoit et on nessaie pas
dadapter lentreprise à ces modéles mais au contraire
les modéles à lentreprise. On est un peu dans une
démarche inverse. Aujourdhui, il faut réfléchir
à ces principes. Jétais hier avec une personne de
la qualité dans une société qui fabrique de compresseurs
hydrauliques qui me disait avoir une démarche un peu identique
: on part dun état des lieux, non pas pour partir dune
norme qui existe et ladapter à une entreprise dans un process
qualité, mais pour adapter une entreprise à la qualité.
Puisque, aujourdhui, quest-ce que la qualité ? Beaucoup
de personnes de la qualité font pourtant linverse, cest-à-dire
adaptent des normes qualité à des structures. Quand ou voit
deux ans aprés ce quest devenue la qualité, cest
devenu davantage une lourdeur administrative, une contrainte pour lentreprise.
Les nouvelles technologies sont, là aussi, un moyen et un
indicateur pour les entreprises de la qualité et un indicateur
justement garant de croissance, de qualité et de rentabilité
de lentreprise. Je rejoins ce que vous disiez : on nest plus
dans une économie oô lon regarde le produit
je ne suis pas tout à fait daccord quand on dit que lon
cherche lacheteur , on est dans une économie oô
lon va créer le besoin de
lacheteur de demain en anticipant aujourdhui ce quil
souhaitera. Je pense quil faut être trés prudent avec
les technologies de linformation. Pour conclure, je dirai surtout
quaujourdhui, on est en train de réinventer la poudre.
La nouvelles technologie pour le dire, ce nest quInternet,
cest langlais. Quand tout le monde parle anglais dans les
affaires, on sentend tous. Aujourdhui, avec Internet, on est
capable de tous se comprendre parce quon parle tous le même
langage, ce quon ne savait pas faire hier informatiquement.
QUESTION
Je ne regarde pas souvent le télévision mais je
suis tombé sur votre film et je lai regardé jusquau
bout parce que je lai trouvé intéressant. Il est assez
facile à comprendre et représente une bonne introduction
au théme du débat : quelle marge de manoeuvre par rapport
aux nouvelles technologies ? Je pense que ces nouvelles technologies,
pour lentreprise en tout cas je moccupe des AGEFOS
et notre public sont les entreprises , sont incontournables. La
philosophie, léthique dont il faudra débattre, est
nécessaire. Mais quand on pose la question : quelle marge de manoeuvre
pour lentreprise, cest simplement incontournable. Je rejoins
la précédente intervention, cest incontournable parce
que cela permet de répondre aux contraintes de lentreprise.
Ces contraintes externes qui consistent précisément à
répondre aux attentes du client et à sécréter
lavantage concurrentiel, les nouvelles technologies le permettent.
Et les contraintes internes
Personnellement, je suis favorable aux
35 heures, ce qui nest généralement pas le cas des
personnes avec lesquelles je travaille. Les nouvelles technologies permettent
de faire face à ce défi qui est fixé aux entreprises.
La philosophie, je veux bien, mais la premiére responsabilité
du chef dentreprise nest pas, à mon avis, de se dire
: quelle société globale il veut pour demain ;
cest aux politiques de le dire. La responsabilité du chef
dentreprise, cest comment faire 13 sur 15pour assurer
la pérennité de lemploi de ses collaborateurs et également
les faire évoluer face au challenge auquel ils sont confrontés.
Sa responsabilité, cest celle-là. La philosophie globale
sur la société, ce sont nos politiques que nous payons fort
bien pour cela. Quand on sétonne également que lon
réponde ainsi à la loi de la consommation, je métonne
parce
que vous-même, Madame, qui le disiez en semblant le regretter, quand
vous allez faire vos courses, vous ne prenez pas la plus vilaine pomme
au prix le plus cher. Et la plupart des clients que nous sommes tous,
comme le sont les multinationales ou les collectivités, prennent
les meilleurs produits, voire les exigent, au meilleur prix, au délai
le plus court, et
encore moins cher si possible. Nous ne pouvons pas, les uns et les autres,
nous étonner de ce que nous véhiculons nous-mêmes.
La seule question qui se pose pour moi, cest : comment conduire
les entreprises, en particulier les PME, à sapproprier les
nouvelles technologies, compte tenu de leurs spécificités,
de leur marché et de leur expérience. Tout en sachant dailleurs
que, par rapport à ces nouvelles technologies, on peut démontrer
une chose et son
contraire. Notre ami de la Chambre régionale dagriculture
voulait dire je ne suis pas sûr davoir compris
que, dans une certaine mesure, cela peut entraîner une concentration,
une dépendance à des multinationales, ce que, trés
proche des PME, je regrette vivement. Mais, dans le même cadre,
on nous a dit : " Regardez ces pommes qui étaient plus
phosphatées hier, sont aujourdhui beaucoup moins porteuses
de produits chimiques. " Oô est lavantage pour le consommateur
final ? On nous a montré une brave dame sont certains ont dit combien
ils ont trouvé quelle était dépendante, et
dont dautres peuvent dire quelle a pu créer son emploi
et au lieu de passer sa vie à attendre trois heures sur un parking
pour être délivrée de son chargement, elle optimise
son temps. Dans ce domaine comme dans de nombreux autres, on peut dire
une chose, la démontrer et prouver en même temps son contraire.
Jai noté par contre que ce film montre trés brillamment
que cela entraîne des changements à plusieurs niveaux : au
niveau des investissements dans les
entreprises il faut investir , au niveau de lorganisation
du travail en général et de lorganisation des liens
entre les entreprises, et au niveau des métiers eux-mêmes.
Je rejoins ce qua dit Olivier : dans certains cas, cela présente
les métiers de maniére plus valorisante. Mais ce nest
pas tout, cela fait évoluer les métiers. Léleveur
de pommes nest
plus celui qui labourait son terrain, qui allait tâter la pomme,
etc. La question quil faut se poser est donc : comment anticiper
dans les entreprises parce que les personnes que nous formons pour certains
métiers aujourdhui, devront avoir un métier différent
demain, car il est incontournable dutiliser ces nouvelles technologies.
Jai noté aussi que, dans une
certaine mesure, ces nouvelles compétences que nous avons pointées,
sont des compétences transversales. Léleveur de pommes
pourrait aussi bien élever des asperges, voire travailler dans
une entreprise qui fait tout autre chose que de lagriculture. Ce
qui nous interroge aussi sur la construction de nos rapports sociaux qui
sont trés articulés sur une logique de branches : la métallurgie,
la chimie, le bâtiment, lagriculture, et encore lagriculture
qui
fabrique des pêches, des poires, des asperges, etc., alors que ces
compétences que lon diffuse ont une logique horizontale,
transversale et sont dune tout autre nature. Voilà les questions
que mévoque ce film, que je trouve trés intéressantes,
et pour lesquelles il mérite dêtre diffusé.
Elisabeth LERMINIER
Jaimerais bien savoir tous les débats que suscite la diffusion
de ces films. Cest formidable davoir des retours, ce que nous
navons jamais à la télévision !
QUESTION
Comme on vient de le voir, ce reportage est un support pour la discussion
et nous avons parlé de ce quil donne à voir. Jai
quand même limpression que lon est resté à
la surface des choses. Peut-être est-ce volontaire. Les deux cas
sont bien mais dans des registres différents, même si on
a essayé de les mettre dans un même bain technologique. Dans
le premier cas, au-delà de laspect métier, la question
intéressante abordée est la mise en cause de la solidarité.
Ce quil aurait été intéressant de creuser,
mais qui na été que suggéré à
travers la diversité des messages, aurait été de
montrer quil y a peut-être dautres formes de solidarité
induites. Jaurais préféré le voir plutôt
que le deviner tout seul. Dans le deuxiéme cas, je me suis posé
la question du savoir, du savoir-faire, de la transmission des savoirs.
Que devient tout cela ? On parle dun agriculteur détenteur
dune culture, dun savoir-faire. Quest-il en train de
devenir par cette intrusion dexperts qui ne sont que des experts
? Ceux-ci ont un probléme avec la prise de décision. Nouvelles
technologies ou pas, arrive un moment oô lon est confronté
à la décision. Ces nouvelles technologies permettent-elles
de prendre des décisions ? Cette question est restée un
peu trop floue. Que permettent les nouvelles technologies aujourdhui,
tout en faisant évoluer les choses ? Contribuent-elles à
la prise de 14 sur 15décision ? On a parlé entre autres
de démocratisation. Comment cela se joue-t-il actuellement dans
ce domaine ?
Elisabeth LERMINIER
On pourrait relancer tout le débat sur cette question de la prise
de décision. La prise de décision a toujours existé,
sur la base doutils toujours différents : documents écrits,
alors quavant ils ne létaient pas. Olivier va expliquer
comment peuvent se poursuivre tous ces débats.
Olivier LAS VERGNAS
Ces films ne sont pas le point de départ de lopération.
Olivier Las VERGNAS a organisé auparavant, dans le cadre du
programme ADAPT, une réflexion durant un an et demi, un travail
au niveau européen, avec un certain nombre dexperts. Cest
pourquoi la Cinquiéme a été intéressée
par le travail sur
ce sujet : ce ne sont pas seulement des journalistes qui ont choisi quelques
exemples. Cest le modéle de travail comme on ne peut
pas toujours le faire de la Cinquiéme : sappuyer sur
un travail qui a été fait et que nous navons pas les
moyens de faire tout seuls, pour faire des films qui servent ensuite de
support à des débats. Olivier rêve de restituer les
réactions à limage, ce qui sera sans doute plus difficile.
QUESTION
Je suis coordonnateur de latelier de pédagogie personnalisé
de Bourgouin-Jallieux. Nous allons organiser, à loccasion
de son quinziéme anniversaire, un débat public en plusieurs
points de la ville. Parallélement, nous sensibilisons les élus
du SIVOM qui sont aussi des financeurs, pour essayer de faire dautres
débats
dans leurs communes. Je pense aussi quil va falloir enlever le mot
" nouvelles " qui précéde technologies, depuis
le temps !
Chantal VEILLARD
Nous sommes un centre de ressources pour lensemble des acteurs de
linsertion et de la formation professionnelle régionale.
Nous avons déjà signé la charte avec la Cité
des sciences. Il nous paraît tout à fait intéressant,
puisque nous travaillons en réseau et que nous sommes une plaque
tournante, de travailler avec nos partenaires, les différents réseaux
avec lesquels nous travaillons : missions locales
Pour tous ces
organismes et entreprises dinsertion professionnelle, les nouvelles
technologies, cest maintenant. Il nest pas question de mettre
de nouveaux publics en marge et de créer de nouveaux illettrés.
Nous sommes parfois trés surpris. Nous avons nous-mêmes des
représentations probablement fausses par rapport à certains
publics, en croyant quils ne sont pas prés des technologies
nouvelles de linformation. Je crois au contraire que cest
les valoriser que de leur proposer dy accéder. La région
Rhône-Alpes est aussi un réseau de formation à distance
qui doit se développer et saméliorer. Ce qui est intéressant,
cest que des collectivités locales le mettent à disposition
de différents organismes et structures. Cest par ce biais
que nous arriverons à toucher tous les publics. Nous sommes associés
à des programmes européens en tant que centre de ressources,
par exemple pour des formations en direction des éleveurs et producteurs
laitiers, sur la problématique de la qualité des fromages,
etc. Tous ces biais vont nous permettre de travailler. Nous pourrons diffuser
ces films au plus prés des gens et de leur famille, et de différents
publics. Intervenant Je pense lutiliser pour passionner des jeunes
pour linformatique, au-delà des jeux et de tout ce qui est
simple, et pour les enseignants, pour montrer que nous vivons vraiment
un changement de civilisation.
QUESTION
Jusquà présent, nous avons beaucoup produit, nous
avons même des sites fonctionnels en termes dinformation par
Internet. On bute sur la question de léquipement individuel
et de la maîtrise du récepteur final. À part au cours
de sessions de formation courtes sur lévolution des technologies
dans le monde professionnel, avec des outils de cette nature, on peut
aborder les questions posées, dans la nécessité de
la maîtrise, parce que, je le répéte, cest inéluctable.
En revanche, sur le plan du débat, le chef dentreprise nest
pas quun applicateur de son marché, il est aussi un citoyen,
il peut avoir de points de vue à exprimer et à débattre
sur la société quil désire.
Jean-Pierre POTIER
Je représente lArdemi. Nous avons un peu parlé du
réseau Rhône-Alpes de formation à distance. Nous avons
un certain
nombre de sites utilisés dans ce but. Je pense que nous pourrions
utiliser ces supports sur ces sites pour parler des nouveaux métiers
quand il y a des débats publics.

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