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Autour
de la série Le temps des souris
"BENEFICE.NET "
Débat animé par Olivier LAS VERGNAS, directeur
de la Cité des métiers.
Avec la participation de :
Philippe LUBLINER, réalisateur du film,
Henri LEMORE, directeur de Phoenix Editions/Librissimo et personnage
du film,
Xavier BONNARME, président directeur général
de BBG.fr(site pro-wine.com) et CJD Angoulême,
Marc SAHRAOUI, directeur de Devise et coordinateur de projet
ADAPT sur le développement de l'e-commerce,
Christophe AGNUS, magazine Transfert,
Guillaume DUVAL, Alternatives Economiques.
Henri
LEMORE
Jai lancé une maison dédition un peu particuliére
qui sappuie sur les nouvelles technologies : limpression numérique
basée sur des systémes dimpression tout à fait
nouveaux et sur Internet, puisque les livres que nous produisons à
la demande, en petites quantités, sont vendus grâce au réseau.
Mon activité ne pouvait naître que par lutilisation
de ces nouvelles technologies.
Marc
SAHRAOUI
Je préside la commission promotion dÉdi-France qui
est consacré au commerce B to B en France et qui rassemble environ
une cinquantaine de communautés professionnelles de toutes les
grandes filiéres économiques. Le commerce électronique
inter-entreprises, les échanges entre entreprises, tout ce qui
est derriére le commerce électronique vers les consommateurs,
cest-à-dire lorganisation qui concerne les relations
entre les grands fournisseurs, la grande distribution, les grandes surfaces,
les transporteurs, les cartonnages, les banques, ladministration
Cette organisation permet de faire fonctionner correctement la Net économie.
Édi-France est le lieu de rassemblement et de coordination de tous
ces
secteurs entre eux.
Guillaume
DUVAL
Je viens de la vieille économie. Je suis journaliste dans un mensuel
qui sappelle Alternatives économiques. Nous suivons ces questions
dassez prés. Nous nous intéressons à limpact
social des transformations économiques et pas seulement aux gains
boursiers des uns et des autres. Nos bureaux se trouvant rue du Sentier,
nous avons une bonne vue, à la fois sur la vieille économie
dans ce quelle a de plus basique et sur la nouvelle dans ce quelle
a de plus dynamique.
Xavier BONNARME
Je suis membre du Centre des jeunes dirigeants. À titre personnel,
jai une affaire familiale dans la région de Cognac. Je suis
distillateur. Avec deux autres associés qui sont également
distillateurs de Cognac, nous avons créé une place de marché
sur Internet : pro-wine.com. Cest également du commerce B
to B, inter-entreprises. Cest lune des premiéres places
de marché dans le domaine du vin en France.
Projection
du film Bénéfice Net
Xavier BONNARME
Ma réaction est celle dun membre du CJ mais aussi celle de
douze mois dexpérience dans le domaine du B to B. Ma premiére
réaction est tout ce qui tourne autour de la peur des gens avec
larrivée dInternet et des changements. Si je reprends
ce cas au niveau de lédition, on sent que les libraires se
posent des questions avec ce qui va se passer sur Internet. Dans mon métier,
quand nous avons lancé le projet, nous voulions supprimer tous
les courtiers. Dans le domaine du vin, les producteurs produisent du vin,
les courtiers servent dintermédiaires et les négociants
vendent. Avec un peu dexpérience, ce nest pas la suppression
des intermédiaires mais plutôt la requalification de tous
les postes, en fonction de la valeur
ajoutée de chacun deux. Les mots « valeur ajoutée
» nont pas été prononcés dans les deux
films, bien quils soient importants. En fait, nous ne supprimons
pas les postes mais avec la suppression de la rétention dinformation
avec Internet, les activités sans valeur ajoutée disparaîtront
progressivement. Pour reprendre le cas des courtiers, nous nous rendons
compte que lintermédiaire, dans le domaine du vin, ne disparaîtra
pas. Par contre, son métier va évoluer. Là oô
il faisait du chiffre daffaires sur la rétention dinformation,
il y a de grandes chances pour que cela disparaisse. Mais parfois, il
apporte de réels services à valeur ajoutée et il
y a des chances pour que cela progresse avec Internet. Par rapport aux
changements quInternet peut apporter, dans le domaine de la librairie
ou ailleurs, à la fois
pour les entreprises, les chefs dentreprise et pour les salariés,
est de réfléchir si lon apporte beaucoup ou peu de
valeur ajoutée. On rencontre des banquiers en train de refaire
tout leur réseau de distribution. Les postes changeront également
dans les agences des banques.
La deuxiéme notion que jai vue à travers la présentation
de la société Wattel, cest la notion de professionnalisation.
Internet doit professionnaliser certaines choses. Le vendeur, par exemple,
avait peur de disparaître avec la boutique en ligne. Un peu comme
avec la valeur ajoutée, il ne va pas disparaître. Le vendeur
répond toujours à des besoins dune clientéle
: être informée, avoir un contact humain. Il répond
aussi à des peurs. Avec Internet, les gens ont souvent peut de
se faire avoir. Cest al peur de linconnu. Une présence
humaine sera nécessaire. Par contre, avec Internet, avec les outils
dont la personne a commencé à parler, cela va être
professionnalisé. Nous allons faire un audit et
examiner tout cela.
Olivier
LAS VERGNAS
Avez-vous une réaction sur la différence entre le pére
et le fils ? Du côté des distillateurs, on imagine quil
y a une grande tradition
Xavier
BONNARME
Jai fait quelque chose qui a bien fonctionné et que je continuerai.
Certaines remises en cause sont parfois un peu dures. Mais il na
pas besoin de se remettre en cause. Il a bien réussi dans la vie,
donc ça se passe bien pour lui.
Marc
SAHRAOUI
Jai peur que la premiére réaction des personnes qui
voient le reportage, un peu de la même maniére que tout ce
que lon voit par rapport à Internet, disent : cest
pour les autres. Cest une élite, quelquun qui a su
bien sadapter et mettre en place un nouveau modéle économique,
un nouveau business par rapport à une opportunité. Ils disent
: ce nest pas pour moi. Cest lune des craintes que jai,
parce quInternet, aujourdhui, pénétre dans toutes
les fibres de la société. Cest un modéle de
la mise en place dInternet. Il ne faudrait pas oublier quil
y en a dautres. le deuxiéme modéle est celui qui concerne
quasiment 75 % des entreprises françaises, cest le fait que
tout entreprise doit, dans sa relation avec son client, avec son transporteur
ou avec sa banque, quelle appartienne au secteur de la santé,
du textile, de la chaussure, quel que soit le secteur, être capable
de donner une informations électronique sur ses produits, via Internet,
un intranet, sur lextranet du client, etc., ou alors doit être
capable de recevoir un bon de commande, non pas par fax mais sur un support
électronique. Elle doit envoyer des ordres de transport à
son transporteur sur un mode électronique sinon cela va lui revenir
beaucoup plus cher. Aujourdhui, toutes les entreprises sont confrontées
à cela, ainsi que toute leur organisation. Les personnes qui travaillent
au quotidien y sont confrontées, même si elles nont
pas
lambition de créer une société ou une nouvelle
activité dans leur entreprise. Enfin, on voit un troisiéme
modéle de développement dInternet qui se développe
encore plus maintenant : les achats sur Internet. Aujourdhui, les
PME sont obligées d avoir un spécialiste des achats sur
Internet. Cela fait partie de la recherche des prix les plus faibles :
aller sur des sites pour trouver des modalités dachat, des
qualifications de produits, des appels doffres qui vont gagner le
plus de réactivité ou le plus dargent sur ces achats.
Même les artisans passent par les sites Internet aujourdhui.
Des sites sont mis en place dans le secteur du bâtiment. Les agriculteurs
aussi sont tenus de passer sur Internet, ne serait-ce
que pour un point trés simple dont on parle : la traçabilité
des produits alimentaires. Il faut quils chargent linformation
concernant lorigine et ce quils ont donné à
manger à leur élevage, sur Internet, et que cela remonte
lensemble de la filiére et que le client final ait linformation
sur son étiquette. On appelle tout cela le commerce électronique
au sens large. Et aujourdhui, cela pénétre lensemble.
Attention, le reportage met laccent sur un comportement dindividus
mais ce ne sont pas seulement les happy few qui réussissent, cela
concerne tout le monde.
Olivier
LAS VERGNAS
Cela veut-il dire que dans vos contacts à Édi-France, vous
ne rencontrez que trés peu de personnages du type dHenri
Lemore ou dOlivier Watel ? Ou cela veut-il dire quil faut
simplement équilibrer ?
Marc
SAHRAOUI
Si, parce quil y en a beaucoup. La plupart de ceux qui montent des
entreprises de commerce électronique aujourdhui sont les
grands groupes Si on faisait un best of des sites de commerce électronique
qui vendent le mieux en France, on retrouverait tous les grands groupes,
toutes les grandes entreprises. Il y a quelques nouvelles activités
avec les nouveaux entrants. Vont-ils être capables de muscler et
de conforter leur position, et de simposer comme acteurs importants
ou vont-ils se faire racheter ou être en partenariat, à un
moment ou à un autre, cest une autre question. Mais la plupart
de ceux qui font les gros investissements se retrouvent déjà
dans le commerce électronique B to B, et cela fait partie dinvestissements
quils ont déjà réalisés, il y a cinq
à dix ans. Cela nempêche pas lentrée
de nouveaux entrants et des scénarios de réussite. Mais
il ne faut pas oublier que nous sommes dans un modéle économique
trés dur qui va trés vite et nécessite beaucoup dinvestissements.
il ne faut pas trop faire rêver non plus !
Guillaume
DUVAL
Mon premier regard est un regard de spectateur. Jai beaucoup aimé
la maniére dont cela a été filmé. Jai
vu aussi dautres films de la série et je conseille. Au-delà
de cette premiére impression, je suis frappé par différents
aspects. Le premier et le plus important, est que ce film montre trés
bien en quoi cette transformation nest pas la continuation de mêmes
genres dactivités sous dautres formes. Cela va jouer
un rôle déterminant surtout dans la maniére de redéfinir
lensemble des métiers. Lexemple de la casse est vraiment
trés spectaculaire. Sil y a une activité historique
classique, cest bien celle-là. Cétait jusque
là une activité trés locale. Cet homme réussit
à vendre des piéces détachées, à partir
de sa
casse sur lensemble de la France. De ce point de vue, cest
gentil. Mais cela veut dire que tout ce secteur va être complétement
bouleversé : des questions de localisation de lemploi vont
se poser, par exemple, dans des secteurs oô elles ne se posaient
pas du tout jusque là, puisquil fallait être là
pour vendre aux clients sur place. Des questions tout à fait nouvelles
de ce type vont se poser. Dans ce film, on voit beaucoup le point de vue
de chefs dentreprise. Comme ils lont souligné à
différentes reprises, ce sont des investissements lourds, de nouveaux
métiers quil sagit de créer dans des secteurs
un peu difficiles. La discussion avec le libraire est gentille parce quil
y a la caméra mais on peut imaginer que
des questions un peu plus difficiles du partage du gâteau se posent
derriére. Je pense que les entrepreneurs le prennent assez facilement
en compte parce quils sont habités par leur projet. Mais
il y a aussi les salariés. Lun deux dit à un
moment que ce nest pas trés facile.
Il est vrai que la maniére dont ce type de projets se passent pour
les salariés est souvent assez difficile. Quand le projet marche
bien, il ny a pas de problémes. Quand les projets sont un
peu hésitants et ne marchent pas du premier coup, ce qui est la
majorité, lexpérience est souvent difficile à
vivre pour les salariés. Par rapport à tout ce que je viens
de dire qui est un peu pessimiste, un autre élément
permet éventuellement de relativiser. Je pense que lon a
un peu de temps. Tous ces changements, malgré ce que vous pouvez
penser et ce que vous pourriez sans doute souhaiter, prendront probablement
plus de temps quon ne le dit souvent, parce que les habitudes sociales
changent beaucoup plus lentement, indépendamment du fait que la
technique nest assez souvent pas trés au point. On a un peu
de temps pour accompagner correctement ce type de transformations, mais
il ne faut certainement pas le perdre si lon ne veut pas que cela
se traduise par des conséquences trop négatives pour lemploi,
pour les
salariés, etc.
Olivier
LAS VERGNAS
Vous qui avez le regard du journaliste, vous dites que le film vous a
beaucoup plu. Vous semble-t-il encore dactualité ? Ce film
a un plus dun ans puisque cest un des premiers films de la
série. Par rapport à dautres films de cette série,
il nous a déjà été dit quil avait vieilli.
Guillaume
DUVAL
Je ne suis pas suffisamment dans le détail de la technique. Mes
collégues le seront certainement plus pour pouvoir parler du commerce
électronique par lui-même. Sur le plan de la problématique,
je pense quil est tout à fait dans lactualité.
Un élément a changé et pose sérieusement probléme
en Europe et en France en particulier, cest lévolution
du secteur sur le plan financier, en particulier sur le plan des marchés
financiers. Les difficultés que rencontrent ce type dentreprises
sur les marchés financiers à lheure actuelle posent
une interrogation sur la possibilité de continuer à financer
aussi « facilement » le
développement de ce type de projets à lavenir, en
particulier en France. Il y a derriére cela un enjeu non négligeable
: savoir si on sera capable ou pas de rattraper, dans les années
à venir, le retard considérable pris pendant la décennie
quatre-vingt dix par rapport aux Etats-Unis sur ce plan.
Henri
LEMORE
Cétait mes débuts dacteur. Pas extraordinaire.
Je pense que je vais arrêter là ma carriére ! Cest
trés difficile de répondre parce que nous sommes tellement
plongés dans ce genre dentreprise quil est difficile
de percevoir ce que le spectateur a pu comprendre de ce que lon
a essayé dexpliquer. Cela dit, je trouve que cest une
expérience trés enrichissante. Les différentes séquences
montrent bien les problémes que nous nous posions : chez le libraire
ou la réunion éditoriale. On se rend bien compte de notre
vie quotidienne. Je suis trés curieux de voir si notre activité
ressort bien du film. En tout cas, les problémes sont vraiment
bien posés, tels que nous les vivions, comme vous lavez vu.
À lépoque, nous
navions pas vraiment de bureau et les réunions se tenaient
dans le café ou dans ma maison à la campagne. Cela rend
bien le vécu de lexpérience.
Olivier
LAS VERGNAS
Oô en êtes-vous aujourdhui ?
Henri
LEMORE
Monsieur avait tout à fait raison. Au moment du tournage du film,
nous étions déjà un peu tendus parce que nous étions
trés sollicités par un grand groupe. Finalement, quelques
semaines aprés, nous avons été rachetés par
France Télécom. Heureusement car je suis obligé de
dire que nous naurions pas pu continuer. Le probléme du financement
de ce genre dentreprise est crucial. Et nous naurions certainement
pas pu durer plus dun an avec nos moyens propres. Dune certaine
maniére, lexpérience est terminée et en même
temps, elle commence sur des bases beaucoup plus professionnelles, moins
artisanales.
Olivier
LAS VERGNAS
Il y a aussi un aspect de développement de la concurrence. Vous
êtes librissimo.com et Phoenix éditions. Mais dautres
personnes font maintenant un peu la même activité et nexistaient
pas à lépoque.
Henri
LEMORE
Un de nos problémes que connaissent ce genre dentreprises
je ne sais pas sil se pose dans le métier de déconstructeur
est effectivement le fait de démarrer tout seul et de lancer
lidée
Nous avons lexpérience des grands
groupes qui nous avaient approchés et qui, assez froidement, ont
repris complétement lidée. Comme nous la dit
lun dentre eux : ou bien vous vous laissez racheter, ou bien
jaurai fait beaucoup mieux que vous dans trois mois parce que jai
plus dargent que vous.
Philippe
LUBLINER
Il est vrai que le film a été tourné il y a un an
et demi. Cela ma fait découvrir une réalité
que je ne connaissais pas. Je suis arrivé dans ce monde du «
nouveau business », non pas avec les yeux de Candide parce que je
métais un peu renseigné avant, mais le pari était
dincarner toutes ces mutations par une humanité. Cétait
le propos, celui de la série. Cest vrai quil y a derriére
de vraies questions de business mondial, de création dentreprise,
de place de lhomme et de linitiative individuelle à
lintérieur de ce business qui est maintenant possible grâce
aux nouvelles technologies. Mon axe de travail était de rencontrer
des personnes qui pouvaient humaniser cette problématique. Jétais
vraiment trés heureux de rencontrer des personnes passionnées.
Cela ne mintéressait pas franchement de
travailler avec des personnes qui alignaient des chiffres et qui faisaient
des calculs de rentabilité avant dy aller. Je voulais surtout
rencontrer des personnes qui avaient une passion ou une idée et
qui, justement, sans forcément les grands moyens dont parlait Henri,
essayaient quand même dy aller, sy confrontaient, essayaient
de nager, avec toutes les difficultés que cela suppose. Cela a
été une belle rencontre pour moi, aussi bien celle dHenri
que celle dOlivier Wattel. Avec une dimension familiale chez Olivier
que jai trouvée une parabole formidable qui fait que, quand
même, cest le fils de son pére et le
petit-fils de son grand-pére
Et grâce à ces
outils, à un moment, il a pris le pouvoir sur lentreprise.
Il y a eu non pas une passation de pouvoir mais une prise de pouvoir.
Je pense que ce sont simplement des logiques humaines qui sont inscrites
dans notre contexte et dans notre réalité qui peuvent éclairer
la façon dont chacun peut sinscrire dans cette réalité
plus globale et beaucoup plus complexe que les cas dHenri et dOlivier.
En 26 minutes, nous avions décidé de nous concentrer sur
deux personnages et deux histoires fortes.
Intervention
Le film ne montre que des responsables et pratiquement pas dusagers,
dutilisateurs. Surtout dans le domaine de la casse, cest quelque
chose qui est assez délicat, surtout quen tant quusager,
on ne voit pas la piéce ou que lon a la surprise aprés
la définition du coût. Une négociation doit se faire
autour de la qualité de la piéce. Il y a toujours besoin
dun contact presque total. La piéce a été envoyée
de mille kilométres et à larrivée, la qualité
nest pas celle qui était attendue
Comment la garantir
dans le temps ? Que faire si on saperçoit que la piéce
est défectueuse ? Cela entraîne dans des procédures
trés complexes.
À travers ces réseaux, ce nest pas trés évident.
Philippe
LUBLINER
Cest simplement un probléme de confiance. Le commerçant
a intérêt à être correct avec ses clients sinon
ils ne lui achétent plus rien. Olivier Wattel sert non seulement
des particuliers mais aussi des marchés plus importants dans dautres
pays du monde. Je pense que cette notion de relation de confiance existe
et est obligée dexister au travers du réseau, comme
dans un commerce classique. Sinon, le client ne revient pas deux fois.
Intervention
Quand vous êtes face au probléme, ce nest pas évident
de se débattre aprés. Cela peut entraîner des procédures
pour le client, en cas de conflit
Ce sont souvent des petites sommes.
Elles sont perdues.
Guillaume
DUVAL
Quand je disais que cela prendre plus de temps quon ne le pense,
cest parce quil y a tout cela à construire derriére
: bâtir la confiance dans ce quil sy passe. Cette confiance
nexiste pas forcément aujourdhui. Cest aussi
pour cela que beaucoup de ces entreprises sengagent dans des procédures
de certification, de labellisation. Certains autres intervenants sont
peut-être plus au courant que moi. Comment construire la confiance
du client, du consommateur dans ce contexte ? Cest une des questions
centrales mal résolues aujourdhui
Olivier
LAS VERGNAS
Javais compris, quand vous êtes revenu du tournage que chez
Olivier Watel, le fait quil se mette sur le Web modifiait aussi
une série déléments de qualité. Il envisageait
de passer à une gestion automatisée de lensemble du
stock, avec un contrôle de qualité trés différent.
Philippe
LUBLINER
Cest clair que ce nest pas la casse de papa qui envoie lenjoliveur
à peine dégraissé
Ils sont certifiés
avec des normes européennes. Ils sont regroupés à
cinq casses assez importantes au niveau français. Olivier Wattel
vise un marché énorme qui sappelle la piéce
automobile de seconde main et qui représente plusieurs dizaines
de milliards deuros. Tout le monde achéte des voitures ou
des piéces doccasion. Simplement, le marché est actuellement
complétement atomisé mais il existe. À moment donné
arrivent des personnes comme Olivier Wattel ou au autre, plus puissant,
auquel il aura revendu, puisquil est un des premiers sur le créneau.
Cela passe par des certifications, des traçabilités. On
sait trés bien, quand on vend une climatisation de BMW, par exemple,
dans quelle usine elle a été
fabriquée, combien de kilométres ont été faits
avec, quand elle a été révisée. Le prix est
fixé grosso modo en fonction de cet historique qui sappelle
« traçabilité ». ce sont des processus évidemment
conjoints.
Xavier
BONNARME
Je ne connais peu de choses en B to C mais je crois quau niveau
juridique, cest la réglementation de la vente par correspondance
qui sapplique, avec des délais de rétractation de
quelques jours.
Intervention
Une question à Henri Lemore. Je suis documentaliste. Vous citez
des exemples sur les livres anciens, notamment le livre de lhumaniste
du XVe siécle, Marcile Ficin, que vous faites reproduire. Autrefois,
avant Internet, on connaissait à Paris des libraires spécialisés
dans le livre ancien. Il y avait un marché. Pensez-vous que lintroduction
dInternet sur des créneaux particulier de lédition
comme le livre ancien pourrait rendre la copie dun ouvrage ancien
poins chére quauparavant ? Par ailleurs, par le biais dInternet,
peut-on espérer une augmentation du volume de la clientéle,
cest-à-dire du nombre de clients, puisquInternet sera
accessible sur tout le territoire, alors quauparavant les clients
étaient seulement ceux qui, dans de grandes villes, connaissaient
le libraire spécialisé ?
Henri
LEMORE
On voit le livre de Marcile Ficin dans le film. Cela me permet de répondre
à la question sur deux plans. Sur le marché du livre ancien,
il y a maintenant des sites, avec lesquels nous sommes dailleurs
associés. Cest aussi le probléme de la casse : le
public devient immense. Si je prends lexemple dun site de
librairie ancienne comme il en existe quelques-uns, galaxydion.com, par
exemple, site de libraires qui se sont regroupés, on peut faire
connaître les livres que lon détient bien au-delà
de la ville, non seulement dans le marché local mais dans le marché
» international, ce qui est important pour le livre ancien. Internet
donne une dimension vraiment importante. Cela joue beaucoup dans le marché
de la bibliophilie.
En ce qui concerne la reproduction, un des éléments moteurs
qui nous ont faits marcher dans cette entreprise, cest le fait que
cela permet de remettre à la disposition du public un certain nombre
de livres qui nexistaient plus. Le livre de Marcile Ficin que lon
voit dans la bibliothéque avec le bibliothécaire, il nen
existe que trois exemplaires au monde qui sont des bibliothéques
et qui, par conséquent, ne circulent plus. Effectivement, on peut
se rendre à la bibliothéque de Troyes pour consulter le
livre. Mais si lon est au fin fonds du Nebraska ou simplement à
Limoges, cest tout de même difficile ou coûteux. On
reproduit donc le livre ; on en fait un fac-similé. Et le livre
est à nouveau complétement disponible à nimporte
quel moment et nimporte oô. On a établi un fichier
du livre. Sur demande, on refait le livre partir de ce fichier et on lexpédie
à qui veut le consulter.
Intervention
Et vous reversez quelque chose à la bibliothéque en question
?
Henri
LEMORE
Absolument. La bibliothéque est assez connue. Cest la bibliothéque
Dussauchoir, une grande bibliothéque religieuse. Les bibliothécaires
aiment beaucoup ce systéme, non pas parce que cela leur rapporte
de largent nous leur reversons une redevance mais
cela leur permet de devenir des bibliothéques « hors les
murs ». La bibliothéque du film est une bibliothéque
trés célébre de philosophie et de théologie
mais elle a quarante places. Le bibliothécaire refuse des siéges
tous les jours, y compris à des personnes qui viennent de trés
loin pour consulter un ouvrage.
La question du prix est un peu complexe parce quil dépend
du tirage, comme dans lédition. Le service que nous avons
mis en place qui sappelle Librissimo permet dobtenir un exemplaire
dun livre. Quelquun qui se connecte à Librissimo est
en réalité branché sur notre librairie dont les rayons
sont peuplés par les livres des bibliothéques avec lesquelles
nous avons passé des accords. Ce qui fait que nous avons plus de
500 000 titres. Je pense quà la fin de lannée
prochaine, nous aurons 2 millions de titres en ligne. Nous dépasserons
Amazone de loin. Le catalogue de ces bibliothéques est numérisé.
Les accords prévoient que dune part nous leur reversons une
redevance chaque fois que nous reproduisons un livre qui vient de leur
fonds et que dautre part nous leur donnons le fichier numérique,
ce qui peut
les intéresser. Le prix dépend du nombre de copies, de fac-simile
souhaité. Ceci incite beaucoup pour ceux qui ont la curiosité
de jeter un coup doeil sur le site les internautes à
se grouper de façon à obtenir un prix intéressant.
Un exemplaire dun livre coûte 4 F la page parce que le coût
de la numérisation est concentré sur un exemplaire. Dés
que lon arrive à 30 ou 50 exemplaires, le prix de vente devient
normal pour une librairie, entre 120 F et 250 F pour un livre de 200 à
300 pages.
Intervention
Ne pensez-vous pas que, dans lavenir, certains emplois vont disparaître
? ou certains secteurs de la distribution, des magasins ? Je suis manutentionnaire
chez Virgin records.
Xavier
BONNARME
Je ne prendrai pas lexemple des disques mais des produits phytosanitaires
en Angleterre, qui sont nécessaires pour traiter la vigne. LAngleterre
a de lavance sur nous. De grands groupes internationaux fabriquent
des produits pour traiter la vigne. Des distributeurs les distribuent
dans chaque région. Ensuite, il y a le viticulteur qui sen
sert. Dans ces entreprises, il y a des mantutentionnaires, des vendeurs.
Internet entraîne un changement de leur métier. Avant, ils
livraient le produit (logistique) et ils conseillaient. La logistique,
à premiére vue, va être séparée du service.
Dans les entreprises, la fonction logistique ne sera pas forcément
chez eux. Elle va rester parce quon a toujours besoin de transférer
les
produits. Le manutentionnaire existera toujours. Mais ce ne sera pas forcément
la même entreprise. On touche là le probléme général
des distributeurs. Ils doivent se poser la question par rapport à
leur valeur ajoutée. La logistique nest pas forcément
leur métier. Ce sera peut-être externalisé. Ce sera
peut-être le grand groupe qui va reprendre cette fonction logistique.
Cette entreprise a intérêt à réfléchir
et peut-être à développer sa fonction de service.
En Angleterre, on voit que tous les distributeurs de produits phyto sont
en train de changer de métier et deviennent une société
de service et de conseil. La fonction logistique est changée et
souvent reprise par le grand groupe. Le manutentionnaire change de
casquette et de société mais il reste en place.
Guillaume
DUVAL
Pour linstant, il vaut mieux acheter des actions de que de DHL et
dUPS que des actions de sociétés du e-commerce. Pour
linstant, on constate que le développement de ces choses
a plutôt développé la manutention, la logistique et
les transports quautre chose. Cest dailleurs un des
problémes qui se posent, en particulier sur le plan environnemental.
Les conséquences du e-commerce que lon aurait pu supposer
être bonnes se révélent plutôt mauvaises du
point de vue de lencombrement des routes et des avions. Ceci dit,
plus fondamentalement, beaucoup demplois dans beaucoup de secteurs
vont sans
doute disparaître. Cest dailleurs un des bienfaits que
lon peut en attendre, puisquil sagit daugmenter
la productivité globale de léconomie, cest-à-dire
être capable de produire
plus de richesses en dépensant moins de travail. La question qui
se pose est de savoir si lon est capable, parallélement au
fait que ce processus se produise, de créer suffisamment demplois
dans de nouvelles activités ? Cette question va se poser dans beaucoup
de secteurs et dans beaucoup de pays. Jai souligné laspect
localisation des emplois qui va se poser. Un des problémes est
quil nest pas sûr que beaucoup de ces nouveaux emplois
qui vont apparaître dans de nouvelles activités seront chez
nous et pas ailleurs. Un des aspects les plus inquiétants, en particulier,
en tout cas vu de ma fenêtre, cest quune partie
significative de ces emplois sont chez ceux qui produisent à la
fois les machines et les logiciels qui permettent de développer
ce type dactivités. On constate pour linstant que ceux
qui fabriquent les machines et les logiciels sont pour lessentiel
aux États-Unis. La capacité quauront lEurope
et la France de produire les moyens de production de cette nouvelle économie
sera une partie de la réponse à votre question. Ce ne sera
pas forcément le même type demplois. Cest aussi
une autre partie difficile du probléme.
Intervention
Je voudrais revenir sur le probléme de la logistique. Il y a un
hiatus ou un paradoxe. La plupart des logisticiens mondiaux augmentent
la taille des dépôts. Maintenant, il y a une logistique européenne.
On fait tout au départ dun pays pour lensemble du monde,
lensemble de la France
Il ny a plus 25 dépôts
: un dans chaque ville. Cest le côté grande distribution.
De lautre côté, il y a le B to C maintenant, avec le
commerce électronique oô lon livre par DHL, par Chronopost.
On ne produit que quand on a vendu. Par petites quantités. Ce sont
des millions de clients potentiels. Comment résoudre cela ? Dans
le film,
il na pas été vraiment question non pas de la distribution
commerciale mais de la distribution physique.
Je suis logisticien.
Marc
SAHRAOUI
Il y a un autre cas de figure que vous navez pas cité dans
les différents schémas. Pour Hewlett Packard ou Dell, ce
sont des entrepôts éclatés qui sont également
des points dassemblage. Quand on achéte un ordinateur Hewlett
Packard correspondant exactement à sons souhait, il sera assemblé
à partir déléments prédéfinis,
au point le plus « proche » (cest au niveau dun
pays, dune grande région, au niveau mondial). Il y a une
logique de distribution mondiale et ensuite une logistique répartie
et éclatée avec différents niveaux pour arriver jusquà
ce qui revient le plus cher en logistique : le dernier kilométre,
le dernier maillon. Cest lui qui revient le plus cher et alourdit
lensemble des coûts. La logistique est un véritable
enjeu. Il y a différents schémas. Cest au niveau de
ceux qui sont le tenants du
dernier kilométre, du dernier maillon (DHL et tous les jeux qui
se font avec les rachats de structures en Espagne ou en Allemagne par
la Poste
) que se situent les enjeux, parce que cest là
que la valeur ajoutée est la plus importante. En ce moment, les
investissements des logisticiens sont en train de proposer à tous
les sites de commerce électronique dexternaliser fonction
logistique qui est une fonction de préparation des commandes (en
termes dassemblage ou en termes de colis), au point le plus prés
pour ramener de la valeur ajoutée de lentreprise qui vend
vers le logisticien et ainsi diminuer les coûts pour le consommateur
final. Le fait que ceci se mette en place veut dire, si on prend un peu
de hauteur par rapport à cette autre question qui est celle de
lemploi, que lon voit apparaître des schémas
dorganisation qui permettent à une entreprise de livrer,
donc de vendre partout dans le monde. On voit donc apparaître des
sites, des market makers, des sites B to B, des sites verticaux qui vont
faire des appels doffres pour obtenir des places de marché.
PSA se rassemble avec ses concurrents, par exemple, et met en place une
place de marché pour la fourniture et avoir des appels doffres
et des équipementiers au coût le plus bas au niveau mondial.
Les grands clients se mettent ensemble pour obtenir cette pression. Ceci
veut dire que celui qui fournit actuellement lautomobile, en France,
et même GDF, société publique mais qui se met avec
ses partenaires européens pour avoir le même niveau de pression
sur ses fournisseurs, sur tout ce qui est production de gaz
On trouve
la même chose dans le BTP, dans les produits agricoles
Il
y a de plus en plus de structures mondiales qui sont ces points de rassemblement
et qui vont faire en sorte que la demande va être concentrée
sur trés peu dentreprises qui vont se spécialiser
et qui devront avoir les moyens de produire des produits qui répondent
à un cahier des charges précis mais pour une clientéle
trés large au niveau mondial. Parce queffectivement, de lorganisation
logistique est en train de se mettre en place et leur permet de faire
cela. Cela fait partie, aujourdhui, des gros investissements qui
existent en termes de logistique, quasiment plus importants que sur les
sites de B to C. Ce qui explique que tout ce qui est échange B
to B, dentreprise à
entreprise, un site de commerce électronique pour le consommateur
final va générer des milliers déchanges, avec
des fournisseurs, avec les logisticiens, avec tout le schéma financier
de gestion des cartes bancaires ou de gestion des échanges financiers.
Quand on voit les chiffres du développement du commerce inter-entreprises,
cest tout cela que cela veut dire.
Olivier
LAS VERGNAS
Une question extrêmement naïve à Henri Lemore : vous
livrez comment ?
Henri
LEMORE
Nous les expédions par la Poste.
Olivier
LAS VERGNAS
De temps en temps, navez-vous pas la tentation de faire un peu de
stock, en vous disant que si vous tiriez
Henri
LEMORE
Nous navons pas de stock. Je voulais apporter quelques livres mais
nous navons pas de stock. Nous avons couplé à Internet
un systéme de production par impression numérique qui fait
que nous produisions 10 000 exemplaires en une fois ou 10 000 fois un
exemplaire revient presque au même. Nous faisons quelquefois un
peu de stock mais pas plus de 10 à 20 exemplaires. Nous faisons
des séries sur commande : 200 exemplaires, mais le client en prend
200.
Olivier
LAS VERGNAS
Et les 10 à 20 exemplaire, oô les mettez-vous ?
Henri
LEMORE
Ce sont les libraires qui les stockent. Nous faisons des collections avec
les libraires, comme celui de Rennes avec lequel nous faisons une collection
sur la Bretagne. Il estime quil peut vendre une centaine dexemplaires
dun livre, par exemple. Cest lui qui les stocke.
Intervention
Que deviennent des livres dans des sciences qui évoluent trés
vite. Je pense à la médecine, par exemple. Certaines techniques
ont un côté trés local, alors que dautres auraient
besoin dêtre diffusées à léchelon
européen et même extra-européen. Jai vu, lors
dun congrés dinfirmiéres anesthésistes,
le volume de livres. Si tous ces livres étaient divulgués
par Internet, on aurait un bagage quune vie humaine ne suffirait
pas à lire. Il y a le probléme des techniques que lon
va être obligé de diffuser. Il faudra bien payer les personnes
qui auront condensé ces techniques et payer la divulgation de toutes
ces techniques.
Henri
LEMORE
Dans le film il est beaucoup question de livres anciens mais cette technique
dapplique aussi et est même trés utile pour des livres
neufs inédits qui nont pas été édités
auparavant, notamment les livres techniques., surtout trés pointus.
Les éditeurs « classiques » ne veulent pas éditer
des livres dont ils savent soit quil en vendront trés peu
parce quil sagit dun métier trés rare,
par exemple, soit que les techniques évoluent tellement vite quà
peine publié, le livre est obsoléte en raison dune
nouvelle découverte. Cest une des applications tout à
fait intéressante. Ce sont des livres à mise à jour
trés fréquente. Je me suis beaucoup penché sur les
livres de médecine. Un livre tiré à 3 000 exemplaires
qui vont durer trois ans parce quil ny a pas un marché
énorme, est déjà périmé à peine
publié. Cette technique permet de produire 100 livres tous les
deux mois et donc de les mettre à jour beaucoup plus
facilement. Cest dailleurs trés utilisé, notamment
en droit. Des systémes basés sur ces techniques permettent
de faire des livres de droit à feuilles volantes dans un classeur.
Intervention
Une question à Henri Lemore : vos productions sont-elles en noir
et blanc, en couleur ?
Henri
LEMORE
Pour linstant pratiquement uniquement du noir et blanc, sauf les
couvertures qui peuvent être en couleur, plus pour une raison de
coût que pour une raison technique. Nous avons fait des livres dart,
des reproductions de tableau. Je pense que dans les mois à venir
ces techniques sappliqueront trés bien aux livres dart,
parce que le coût de limpression numérique couleur
diminue assez rapidement. Pour linstant, nous faisons surtout des
livres en noir oô les gravures et les dessins, par exemple, sortent
trés bien. Les fac-similés que nous faisons sont plus lisibles
que les originaux, tout simplement parce quavec un fichier numérique,
on peut effacer les taches, restaurer une lettre, etc. Cest notamment
le cas
pour les livres anciens.
Intervention
Pouvez-vous fournir des fichiers et des parties de fichiers concernant
une oeuvre ?
Henri
LEMORE
Nous pouvons fournir des fichiers. Cela dit, nous numérisons en
mode image. Cest-à-dire que ce sont des fichiers assez importants
et qui, dans létat actuel des choses mais, à
mon avis, cela aussi va évoluer assez rapidement , seraient
assez longs à transmettre par Internet. Vous pensez sans doute
aux livres électroniques, à e-book, etc. Pour linstant,
cest un peu difficile parce quil faudrait deux ou trois heures
pour transmettre un livre de 300 pages numérisé en mode
image. Cela perdrait de lintérêt. Mais jimagine
que les fichiers vont être compressés trés rapidement.
En ce qui nous concerne, nous sommes dans un métier oô nous
nous apercevons que, tous les trois mois, quelque chose de nouveau fait
que les
choses évoluent. Pour linstant, nous faisons des livres à
98 %. Il nous arrive de produire les fichiers, puisque nous les avons,
et que quelquun, notamment le CNRS, nous en demande parce que cest
plus commode pour eux.
Intervention
Toujours à Henri Lemore. Vous nous avez parlé du regroupement
des internautes pour avoir un nombre dacheteurs plus nombreux. Il
peut sagir dinternautes qui se connaîtraient entre eux.
Mais trés souvent les internautes sont des personnes isolées
qui ne se connaissent pas. Les sites Internet, quils soient dédition
ou autre chose, peuvent-ils regrouper des clients qui ne se connaissent
pas, par exemple dans le cas que vous avez cité, pour avoir une
commande de 30 exemplaires dun livre au lieu dun seul pour
réduire le coût. Pouvez-vous faire quelque chose pour regrouper
les commandes ?
Henri
LEMORE
Nous nous culpabilisons un peu des ces 4 F la page qui, pour tout vous
avouer, ne font pas notre fortune non plus. Sur le site, nous affichons
une espéce de petit compteur. Nous disons aux gens : parlez-en
à
vos amis ; si vous étiez dix, cela vous coûterait beaucoup
moins cher. Dans la nouvelle version du site qui va paraître dici
un mois ou deux, il y aura même tout un systéme par lequel
nous aiderons les internautes à organiser eux-mêmes les souscriptions.
Un des intérêts de ce systéme et un des plaisirs de
cette entreprise, cestq eu ce sont trés souvent les internautes
qui nous indiquent quels sont les livres intéressants. Nous sommes
absolument incapables, dans les 500 000 titres que nous avons en ligne,
de détecter que tel ou tel ouvrage est particuliérement
intéressant. Je navais pas une connaissance extraordinaire
de Marcile Ficin. Ce sont les internautes qui nous disent si nous avons
un livre absolument
extraordinaire dans notre bibliothéque. Et trés souvent,
ce sont eux qui nous disent que cela intéresserait certainement
une association ou autre
Dune part, nous les incitons à
se
regrouper et dautre part, dans le nouveau site, un petit moteur
mis à leur disposition, leur permettra de prévenir leur
famille ou les personnes qui ont un centre dintérêt,
que tel ou tel livre pourrait être réédité
à un tarif particuliérement intéressant. Nous travaillons
aussi trés souvent avec des sociétés qui existent,
des amis dauteurs, par exemple, des sociétés savantes.
Nous venons de rééditer les oeuvres complétes de
Robespierre qui avaient disparu. Ce sont dix volumes de 500 pages. Aucun
éditeur censé classique ne veut rééditer les
oeuvres de Robespierre la Société des études robespierriste
qui est composée denviron 200 personnes, a été
absolument enchantée que nous rééditions pour elles
102 exemplaires des oeuvres complétes en dix volumes de Robespierre.
Trés souvent, les gens se regroupent
eux-mêmes. Dans le nouveau site, nous allons tout faire pour aider
les gens à monter eux-mêmes des souscriptions.
Olivier
LAS VERGNAS
Si cette question des achats groupés par Internet vous intéresse,
dans le dernier film de la série Le temps des souris qui sappelle
Quoi de neuf patron ?, un des personnages est le patron dAkabi,
site dachats groupés sur Internet.
Marc
SAHRAOUI
Un point sur un site que nous suivons : paysan.org, destiné à
faire des livraisons de produits agricoles, directement des producteurs
vers le consommateur, vers le client final. Le point faible de lensemble
des livraisons est bien sûr le dernier maillon kilométrique.
Cest cela qui fait le poids principal. Si les producteurs agricoles
arrivent à vendre avec 20 % à 30 % de plus que ce quils
vendent aux grandes surfaces, en étant à 50 % du prix de
vente pratiqué habituellement en grande surface, le dernier maillon
kilométrique gomme toutes les différences. Ils ont mis en
place un systéme de commandes groupées. Les personnes ont
un numéro et elles sinvitent mutuellement, si elles habitent
dans le même arrondissement,
dans le même quartier, à partager le même créneau
de livraison, même jour, même heure. Ils réduisent
chacun leur commande de 80 F. Cest une logique de commandes groupées.
Cest assez général sur les sites B tyo C de mettre
en place des systémes qui, par la « collectivisation »,
la mutualisation dun certain nombre de coûts, arrivent à
faire baisser tous ces coûts marginaux qui sont trés forts.
Intervention
Une question à Xavier Bonnarme. Je mintéresse au commerce
électronique inter-entreprises, et également aux places
de marché. Jaimerais savoir comment est organisée
la vôtre, si vous êtes ladministrateur de la place de
marché ou si vous êtes simple fournisseur au client. Vous
parliez du rôle de chacun qui allait changer, apporter de la valeur
ajoutée. Sur une place de marché verticale, je comprends,
jarrive à concevoir que chacun puisse apporter de la valeur
ajoutée. Mais sur une place de marché horizontale qui est
sur le même secteur dactivité, je vois mal comment
ce que les courtiers peuvent apporter de nouveau puisque, justement, ils
nont plus cette fonction de rétention dinformation.
Xavier
BONNARME
Comme vous venez de le dire, pro-wine.com est une place de marché
verticale. Je ne connais pas le monde des courtiers sur les produits non
stratégiques. Si ce sont des photocopieurs pour une place de marché
horizontale. Pour moi, ce nest pas inventer de la valeur ajoutée
mais plutôt se recentrer là oô il y en a.
Olivier
LAS VERGNAS
Pour que nous comprenions bien, pouvez-vous préciser, dans votre
cas précis, pro-wine, oô il y a de la valeur ajoutée
? Comment cela fonctionne-t-il ? Comment faites-vous exactement ? Quels
sont les acteurs ? Quelle est la valeur ajoutée ?
Xavier
BONNARME
La place de marché consiste à mettre en relation le producteur
et le négociant à partir des offres, soit de vente, soit
dachat. Concrétement, cest une base de données
que chaque acteur vient enrichir avec des offres de vente ou dachat
de vins et de spiritueux, et ensuite la consultation de ces offres. Pro-wine
est un lieu dinformation ou séchangent des offres dachat
et des offres de vente.
Olivier
LAS VERGNAS
Cest une base de petites annonces.
Xavier
BONNARME
Cest une base de petites annonces, à part que ce ne sont
pas des appartements mais du vin.
Guillaume
DUVAL
Ce sont des questions passionnantes et en liaison avec la question de
lemploi. Une des choses les plus surprenantes dans toutes ces affaires,
cest que lon a tendance à considérer spontanément
que lInternet est un moyen de supprimer des intermédiaires.
On constate en fait que ce nest pas du tout cela qui se passe. Il
sen crée de plus en plus de nouveaux. LInternet va
être dabord un lieu oô vont se créer de nouveaux
intermédiaires pour réaliser la fonction dont nous avons
parlé tout à lheure, cest-à-dire des
commandes groupées pour obtenir des prix. De nouveaux intermédiaires
organisent des enchéres sur un tas de produits dont on ne pensait
pas quils pouvaient être soumis à des enchéres
dans le passé. Des places de marché sorganisent pour
être de nouveaux intermédiaires entre différentes
entreprises soit verticalement, soit horizontalement, etc. On constate
que les informations sont
tellement difficiles à saisir, à valoriser il y a
toute la question de la confiance qui a été évoquée
quen fait, avec ces outils, on a besoin de nouveaux intermédiaires.
Cest ce qui est en train de se produire à travers des projets
comme celui de Monsieur.
Intervention
Je voudrais revenir sur la notion de zéro stock dont on na
pas tellement entendu parler, à part lexemple dHenri
Lemore dont la production se fait ponctuellement, au besoin. Mais si on
revient sur lexemple de la société Wattel, par exemple,
on a bien vu quil existait un parc de stock qui est bel et bien
là.
Xavier Bonnarme peut-il nous parler plus précisément de
son entreprises familiale et des stocks, puisquil doit bien y avoir
un stock quelque part. Comment cette notion de zéro stock sinstaure-t-elle
dans cette nouvelle organisation du commerce électronique ?
Xavier
BONNARME
Pour reprendre le principe du stock qui est assez particulier au niveau
du Cognac, je ne pense pas que ce soit lexemple le plus flagrant.
Pour faire une bouteille de Gognac, il faut au minimum des eaux-de-vie
qui ont trois ans. En général, on fait du Cognac avec des
eaux-de-vie qui ont dix ans. Nous avons donc forcément un stock
et un taux de rotation énorme et trés élevé,
et qui nest pas comparable avec des pots déchappement.
Au niveau des spiritueux,. Nous ne ferons jamais de zéro stock.
Nous avons une durée de vieillissement trés longue. Nous
avons donc un stock au niveau de nos eaux de vie pour le Cognac.
Ensuite, limpact de la place de marché sur ce stock, cest
trouver de nouveaux acheteurs. Mais je ne pense pas que nous réduirons
le taux de rotation des stocks, en loccurrence de Cognac pour nous,
par la place de marché.
Marc
SAHRAOUI
Deux exemples complétement opposés. Nous connaissons limpact
du zéro stock et nous lavons tous observé dans le
développement du secteur automobile, avec lensemble des échanges
électroniques de ces dix derniéres années, les gains
de productivité que cela représente. Et il y a encore des
gains à faire de 3 000 F à 4 000 F par voiture, dans ce
raccourcissement du process de production. Nous avons vu cette année
une explosion de lensemble des sites électroniques de vente
de voitures, plus ou moins liés avec les
concessionnaires, plus ou moins indépendants, plus ou moins maîtrisés
par les producteurs. Ce qui est important à voir est que derriére
cela, ce sont les délais de livraison dune voiture qui sont
en jeu. Aujourdhui, le consommateur, le client naccepte plus
dattendre plus de quelques jours une voiture quil a commandée.
Sil la commandée sur Internet, cela renforce encore
plus son exigence. La voiture, cest maintenant quasiment un fait
acquis, doit être un zéro stock, cest-à-dire
quelle est assemblée au moment oô la commande existe.
Qui dit assemblée veut dire que les stocks ne sont pas gérés,
même des éléments indépendants, par le constructeur
automobile mais par ses fournisseurs qui, eux-mêmes
répercutent sur leurs fournisseurs, etc. Ce qui explique un schéma
comme Wilword oô il y a, autour du constructeur automobile, lensemble
des fournisseurs qui gérent les stocks intermédiaires et
qui permettent de ramener lensemble. Une concentration, une géostratégie
des entreprises est donc suggérée par le zéro stock.
On lévoquait aussi tout à lheure sur la logistique,
avec les points dassemblage intermédiaires au plus prés
de la zone géographique.
Le deuxiéme exemple est complétement à lopposé.
Je reviens sur les paysans. Ils ont pris une position complétement
différente : faire du commerce électronique, pas dans une
logique de demande. On ne veut pas faire comme la grande distribution
qui, sur tous les sites de commerce électronique en produits alimentaires,
ont besoin de moyens énormes, parce quil faut beaucoup de
stock pour répondre à la demande avec la réactivité
quil faut sur des produits à petits prix, à petite
valeur ajoutée. Ils ont pris le schéma inverse qui est de
dire : nous sommes des producteurs. Les stocks sont donc chez nous. Nous
savons quand les tomates sont mûres. Nous nallons donc pas
les cueillir vertes trois semaines avant pour
quelles soient mûres quand elles arrivent. Nous allons au
contraire proposer chaque semaine ce que nous produisons quand cest
mûr. Ils ont complétement inversé la logique. Ils
sont dans une logique doffre, pas dans une logique de demande. Là,
cest intéressant, parce quau niveau commerce électronique,
on est sur des schémas inverses des modéles économiques
habituels.
Il peut y avoir pas mal de créativité, suivant les différents
secteurs à aborder.
Intervention
On peut donc imaginer que le nombre de petits commerces, que le nombre
de vendeurs dans le marché de lemploi vont diminuer ?
Marc
SAHARAOUI
Classiquement oui, parce que la mise en place de nouveaux modes de distribution
veut dire que les anciens modes vont se réorganiser. La grande
distribution cest elle qui, aujourdhui, est le plus
gros employeur en France et cest stratégiquement un poids
important va se réorganiser, parce quelle subit des
pénalités de maniére trés importante et saperçoit
quelle ne fait pas les prix les plus bas. Il y a des schémas
de mise en place mais ce sont des déports qui se font sur dautres
métiers. Promodés vise la clientéle Ile-de-France
avec Télémarket. Télémarket, aujourdhui,
représente plusieurs centaines de
salariés et va passer à plusieurs milliers, avec des entrepôts
énormes, équivalents à plusieurs centres de distribution,
plusieurs grandes surfaces. Il va y avoir un report de personnel sur dautres
fonctions. Ce ne sont pas forcément les caissiéres mais
peut-être dautres métiers de préparation. Je
ne sais pas si cest plus enthousiasmant de faire lun ou lautre.
Mais, en tout cas, les modes de distribution sont en train de se réorganiser.
Guillaume
DUVAL
Dans la distribution, il faut bien comprendre une chose, et cest
pour cela que la distribution physique ne sera pas remplacée tout
de suite, ou cest vous qui allez dans un commerce : quand vous allez
chez le commerçant, dans une grande surface, cest vous qui
faites gratuitement une grande partie du travail. Il faudra que vous payiez
dune maniére ou dune autre si cest livré
chez vous. Cest pour cela que le remplacement généralisé
de la distribution par e-commerce chez les gens nest pas pour demain.
Mais cest aussi pour cela que la distribution jusque chez les gens
nécessite a priori plus demplois que le commerce tel quon
le fait aujourdhui. Ceci dit, est-il souhaitable dé défendre
le fait que nous allions
tous passer une partie de nos samedis à faire la queue dans des
supermarchés pour acheter des biens trés banalisés
que nous pourrions effectivement acheter par le e-commerce ? Je pense
que si nous parvenions à éliminer ce gaspillage de temps,
nous saurions utiliser ce temps pour trouver dautres formes de socialisation
qui pourraient trés bien se produire dans le même type de
locaux que ceux qui sont occupés à lheure actuelle
par des commerces, avec de nouvelles formes dactivités, quelles
soient marchandes ou non. Ce nest pas parce que nous aurons éliminé
cela que nous aurons gravement appauvri la société.
Olivier
LAS VERGNAS
Question complémentaire au représentant du CJD. Je nai
pas envie de poser la question sur les pertes demplois mais sur
le nombre dentreprises. En particulier sur les TPE (toutes petites
entreprises). Cela veut-ils dire que certaines situations artisanales
ne vont plus être possibles ? Le CJD réfléchit-il
là-dessus ? Quel est votre point de vue ?
Xavier
BONNARME
Actuellement au CJD, la grosse problématique est de bouger les
chefs dentreprise. Les grandes entreprises sont maintenant dans
Internet. Les chefs dentreprise au niveau local, PME, nont
pas encore bien pris conscience que cela va arriver dans leurs entreprises
et quand on est chef dentreprise, on se doit danticiper ce
qui va arriver. Et lanticipation est de réagir maintenant.
Cest dacquérir une sorte de culture générale
de base pour savoir poser les bonnes questions et ne pas se lââì |