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De
l'agriculture intensive à l'agriculture raisonnée
De la fin de
la seconde guerre mondiale jusqu'au milieu des années 80,
la production alimentaire a connu un essor spectaculaire : industrialisation
galopante, progrès du machinisme agricole, amélioration
des techniques d'élevage et d'agriculture, innovations dans
les méthodes de conditionnements et de conservation des aliments,
essor des biotechnologies,
nombreux furent les facteurs qui
poussèrent les producteurs à doper les rendements
et à intensifier cultures et élevages. Mais ce "progrès"
se fit bien souvent au mépris de l'environnement, de la qualité
des produits, des conditions de vie des animaux d'élevage...et
sans réelle prise en compte des données économiques
du marché alimentaire national et mondial. Depuis quelques
années déjà, excédents de production,
pollution des milieux naturels, épuisement des sols, médiocrité
de certains produits, ... ont démontré les limites
de l'agriculture intensive : le consommateur ébranlé
par les crises qui ont secoué (et secouent encore) le secteur
de la production alimentaire - buf aux hormones, maladie de
la "vache folle", poulets à la dioxine, etc...
pourrait, dans un avenir proche, exiger des garanties sur le contenu
de son assiette. Du coup, les professionnels de l'agroalimentaire
se tournent désormais vers des méthodes de production
mieux adaptées à la demande et plus respectueuses
de l'environnement.
Les débuts
de l'agriculture moderne
Il y a cinquante ans, face à la pénurie de l'après-guerre,
l'objectif de bon nombre de pays, dont la France, est d'arriver
à produire des aliments en quantité suffisante et
à bas prix pour nourrir toute la population. L'agriculture
se doit donc d'être rentable, moderne et compétitive.
Grâce au programme de reconstruction européenne (plan
Marshall), la France découvre le machinisme agricole et profite,
avec la création de l'Inra en 1946, d'une recherche agronomique
en plein essor. En 1957, la mise en place de la politique agricole
commune (PAC), - dont l'objectif est d'accroître la productivité
de l'agriculture et d'assurer un niveau de vie équitable
aux agriculteurs -, étend la révolution du monde agricole
à l'échelle européenne.
Grâce au développement de la recherche agronomique,
la productivité agricole augmente considérablement
en quelques décennies : ainsi, dans certaines régions
de France, les rendements de blé et de maïs ont atteint
les cent quintaux à l'hectare en 1996-1997, contre moins
de quinze quintaux au début du siècle. L'agriculture
se mécanise, les engrais sont utilisés de façon
systématique et l'alimentation animale est désormais
élaborée sur des bases scientifiques. La génétique
permet, quant à elle, de sélectionner, par de judicieux
croisements, les végétaux et les animaux les plus
compétitifs. Une vache de qualité (pour la viande,
le lait) provient aujourd'hui d'un long travail de génétique
basé sur des croisements successifs. Enfin, l'arrivée
du génie génétique dans les années 70
ouvre la voie à la création de plantes dotées
de caractéristiques inédites (résistantes à
un herbicide, un insecte, une maladie
). C'est le début
des organismes génétiquement modifiés (OGM).
Les premiers seront commercialisés vingt ans plus tard et,
depuis, leur culture n'a fait que s'étendre : en 1999, 40
millions d'hectares d' OGM étaient cultivés dans douze
pays, soit 44% de plus qu'en 1998.
Ecueils et
limites de l'agriculture intensive
Au fil du temps, l'agriculture européenne, devenue une activité
économique parmi d'autres, est victime de son propre succès.
L'Europe produit plus que son marché ne peut absorber. En
1981-82, le taux d'autosuffisance atteint, par exemple, 400% pour
le lait en poudre, ce qui entraîne la mise en place des quotas
laitiers en 1984. Pour contrôler le volume de la production
agricole, des terres sont laissées en jachères. Alors
qu'elle a participé à l'essor économique de
l'Europe, l'agriculture productiviste est de moins en moins bien
perçue. Cette tendance est renforcée par les crises
de la "vache folle" ou des OGM, qui viennent relancer
la polémique sur l'innocuité de nos aliments et jeter
le discrédit sur la légitimité des sciences
dans l'alimentation. Aujourd'hui, d'autres types d'agriculture gagnent
du terrain.
L'essor du
"Bio"
Au début des années 90, une population essentiellement
urbaine, rejetant les produits de l'agriculture intensive, recherche
en priorité une nourriture issue de méthodes d'agriculture
et d'élevage "naturelles". Les produits "Bio"
connaissent alors un relatif succès et aujourd'hui, même
s'ils ne représentent encore que moins de 1% des dépenses
alimentaires des Français, la demande de ce type de produits
enregistre une croissance annuelle d'environ 20%.
L'agriculture "biologique" repose sur l'exclusion totale
de l'usage des engrais de synthèse, pesticides, régulateurs
de croissance... Elle pratique l'assolement (rotation des cultures),
utilise les résidus de récolte, le fumier et les déchets
organiques pour fertiliser le sol. Depuis 1993, le ministère
de l'Agriculture a mis en place une norme sanctionnée par
le logo "AB". Toutefois certains reprochent à l'agriculture
"biologique" de s'appuyer sur des concepts qui n'ont pas
toujours de réalité scientifique. L'Inra en est bien
conscient et a décidé pour la première fois
en 1999 de prendre en compte, dans ses travaux de recherche, cette
agriculture respectueuse de l'environnement. En France, quoique
marginale, l'agriculture "biologique" est en pleine expansion
: couvrant moins de 1% des surfaces agricoles, elle fédère
plus de 7 500 exploitants, certains par conviction écologique,
d'autres parce que les produits "Bio" sont vendus plus
chers et que cela leur permet de subsister. Entre 1995 et 1998,
le nombre d'exploitations s'est accru de 75% et les surfaces de
85%. Mais cette offre nationale reste insuffisante face à
la demande des consommateurs. Les importations comblent donc actuellement
ce déficit.
Vers une agriculture
mieux contrôlée
A mi-chemin entre les pratiques intensives et celles dites "biologiques",
l'agriculture dite "raisonnée" ambitionne d'être
à la fois respectueuse de l'environnement et économiquement
compétitive. Elle abandonne pour cela l'usage systématique
des produits phytosanitaires au profit d'une utilisation limitée,
justifiée par les seuls besoins des cultures. Apparu dans
les années 90, le concept prend doucement racine, plusieurs
expériences sur le terrain ayant démontré son
efficacité : dans la région de la Manche, la réduction
de 40% des apports en azote et phosphore a permis, en association
avec l'introduction de cultures nouvelle·, de diviser par
trois la teneur en nitrates des eaux de ruissellement, tout en augmentant
le taux de productivité des cultures. L'agriculture raisonnée
développe également de nouvelles techniques de culture
(par exemple, culture de soja sur semis au Brésil pour remplacer
le labour). De nombreux acteurs de l'agro-alimentaire, regroupés
depuis 1993 au sein de l'association Farre*, l'ont déjà
adoptée. Elle reste pourtant méconnue, ne possédant
ni norme, ni logo, qui pourraient l'aider à se développer.
Une impulsion de l'État serait donc la bienvenue, comme le
souligne le rapport sur l'agriculture raisonnée présenté
au gouvernement le 23 février 2000 par Guy Paillotin, ex-président
de l'Inra (FAIRE LIEN avec www.inra.fr) Toutefois, une telle mutation
de l'agriculture n'aura de sens que si elle est partagée
à l'échelle mondiale. C'est l'objet de la révolution
"doublement verte" annoncée par certains experts.
*Forum de l'agriculture raisonnée respectueuse de l'environnement
Surproduction
chez les riches, malnutrition chez les autres
Les progrès de la production alimentaire dans les pays industrialisés
ces dernières décennies ne doivent cependant pas masquer
les réalités économiques et sociales du reste
de la planète : le nombre de personnes en situation d'insécurité
alimentaire était d'environ 840 millions en 1990 et devrait
atteindre 680 millions en 2020. Pour ne prendre qu'un exemple particulièrement
significatif, dans les pays industrialisés, chaque personne
consomme 500 kilogrammes de céréales par an, soit
200 kilogrammes de trop par rapport à ses besoins alimentaires.
Il s'agit d'une surconsommation essentiellement indirecte : un tiers
de la récolte globale mondiale de céréales
sert en fait à nourrir le bétail qui lui-même
va fournir la viande et les produits laitiers, aliments particulièrement
appréciés dans les pays riches. Sans cette consommation
animale, l'ensemble des récoltes de céréales
suffirait à couvrir les besoins alimentaires de toute l'humanité.
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