Le dossier
|
 |
|
| |
|
De la vache folle à la maladie de
Creutzfeldt-Jacob |
|
| |
 |
C'est au Royaume-Uni,
en 1986, qu'apparaît le premier cas d'encéphalopathie
spongiforme bovine (ESB), ou maladie de la vache folle. A l'origine
de cette maladie : des farines animales (de viandes et d'os) contaminées
par une protéine, le prion.
Dès 1988 au Royaume-Uni, 1989 en France, des mesures d'interdiction
frappent l'alimentation des bovins par FVO.
|
|
| |
CNRS |
|
|
Et
quand en 1996, le ministère de la santé britannique
reconnaît officiellement l'existence probable d'un lien entre
l'ESB et les cas de Creutzfeldt-Jacob récemment apparus en
Angleterre, la France applique déjà depuis deux ans
le principe
de précaution : elle a ordonné en 1994 l'abattage
de la totalité des troupeaux en cas d'infection d'une seule
bête. De tous les pays d'Europe, seul continent à être
touché par l'ESB,
la France a la législation la plus stricte en ce qui concerne
le contrôle vétérinaire des troupeaux et la traçabilité
des viandes bovines. Mais alors que les produits alimentaires destinés
aux animaux et aux humains s'échangent librement d'un pays
à l'autre de la communauté européenne, les mesures
de précaution prises pour contrôler la qualité
des viandes diffèrent encore trop d'un pays à l'autre
: il devient donc urgent, pour rassurer les consommateurs, d'homogénéiser
les mesures prises pour enrayer l'épidémie. |
|
|
|
|
|
 |
 |
|
La
maladie de la "vache folle" et ses modes de transmission
connus
L'encéphalopathie
spongiforme bovine (ESB) - dite maladie de la "vache folle"
- appartient à la classe des encéphalopathies spongiformes
subaiguës transmissibles (ESST). La plus commune de ces maladies
est la tremblante du mouton, connue depuis le XVIIIè siècle.
Il existe également plusieurs maladies de ce type chez l'homme
dont la maladie de Creutzfeldt-Jacob (MCJ).
La nature de l'agent infectieux des ESST est encore débattue.
Mais l'hypothèse qui prévaut aujourd'hui est qu'une
protéine, baptisée "prion",
est à l'origine de la maladie· Suite à une
modification de sa structure, cette protéine, naturellement
présente dans le système nerveux des vertébrés,
s'accumulerait et deviendrait toxique. Les signes cliniques observés
sont ceux d'une maladie neurodégénérative (démence,
divers troubles neurologiques). Le cerveau apparaît criblé
de trous comme une éponge. Ces signes n'apparaissent qu'après
une longue phase d'incubation d'environ 5 ans chez les bovins et
jusqu'à 35 ans et plus chez l'homme. Il n'existe à
ce jour aucune thérapeutique efficace : l'évolution
clinique est toujours fatale.
C'est en 1986 qu' apparaît le premier cas de "vache folle"
au Royaume-Uni. Depuis, c'est près de 180 000 animaux qui
ont été touchés dans ce pays. L'hypothèse
la plus vraisemblable pour expliquer l'origine de cette maladie
est la consommation par les bovins de farines animales contaminées
par l'agent infectieux. Fabriquées à partir de déchets
d'abattoirs et de cadavres d'animaux collectés par les équarrisseurs,
les farines de viandes et d'os (FVO) permettaient d'enrichir l'alimentation
des bovins en protéines tout en valorisant les déchets
animaux.
Pour des raisons de rentabilité, le Royaume-Uni avait en
effet décidé, en 1980, de changer de procédé
de fabrication (diminution de la température de cuisson).
Dès lors, celui-ci ne permettait plus de neutraliser l'agent
infectieux, qu'il provienne de carcasses de moutons atteints de
tremblante ou de bovins atteints d'une forme sporadique d' ESB.
Jusqu'à ce que le gouvernement britannique interdise l'utilisation
des FVO en 1988, des vaches ont donc été nourries
avec des farines contaminées et leurs carcasses ont été
recyclées plusieurs fois, d'où l'ampleur de l'épidémie.
Hormis les FVO, qui semblent constituer le vecteur essentiel de
transmission de l'agent de l'ESB, la contamination maternelle est
suspectée dans 10% des cas.
Par ailleurs, l'apparition de bovins touchés par l'ESB
bien que nés après l'interdiction des farines·soulève
d'autres hypothèses : consommation d'aliments contaminés
destinés à l'origine aux porcs et aux volailles··,
utilisation frauduleuse de FVO, contamination de l'environnement
par le placenta après la mise bas.
|
|

|
|
La
transmission à l'homme
Identifiée en 1920, la maladie
de Creutzfeldt-Jacob (MCJ) est une maladie rare (un cas/million
d'habitants/an) touchant les personnes âgées.
Or, fin 1995, une nouvelle forme de MCJ
(nv-MCJ) apparaît en Grande-Bretagne : elle touche des sujets
plus jeunes (une dizaine de cas) et l'examen post-mortem des tissus
cérébraux montre des lésions spécifiques.
La crise éclate le 20 mars 1996, lorsque le ministère
de la santé britannique reconnaît publiquement un lien
possible entre ces cas atypiques et la consommation de "vache
folle". On sait aujourd'hui que c'est bien l'agent bovin qui
est responsable de la nv-MCJ. La transmission à l'homme par
ingestion d'abats à risque est fortement suspectée.
Depuis 1996, 76 cas de nv-MCJ ont été recensés
en Europe, dont 73 cas au Royaume-Uni, 2 en France et 1 en république
d'Irlande. Des tests permettent de diagnostiquer la maladie sur des
extraits de cerveau ou d'amygdales mais il n'existe pas encore de
tests de dépistage applicables en routine. En revanche, pour
les bovins, un test de dépistage de l'ESB est désormais
disponible.
|
|

|
|
Les
mesures réglementaires
Depuis son apparition au Royaume-Uni en 1986, et cinq ans plus tard
en France, l'encéphalophatie
spongiforme bovine (ESB) - dite maladie de la "vache folle"
- a engendré de multiples crises. Au fur et à mesure
de l'évolution des connaissances sur la maladie, les mesures
de sécurité sanitaire s'adaptent, en Europe et ailleurs.
Mais la durée d'incubation de l'ESB
chez les bovins étant d'environ cinq ans et les mesures de
sécurité n'étant renforcées que depuis
1996, il faudra attendre fin 2001 pour voir leurs effets sur l'évolution
de l'épidémie.
au Royaume-Uni
Dans l'épizootie d' ESB au Royaume-Uni, l'ingestion de farines
de viandes et d'os (FVO) a été mise en cause pour
expliquer l'origine de la maladie. Du coup, en 1988, c'est-à-dire
deux ans après l'identification formelle du premier cas,
le gouvernement britannique décide d'interdire l'utilisation
des FVO dans l'alimentation des bovins. Cette même année,
l'ESB
devient une maladie à déclaration obligatoire. Fin
1989, les abats de bovins potentiellement dangereux sont interdits
à la consommation humaine et en 1990, à la consommation
animale (mammifères et volailles). En 1996, sous la pression
des pays européens, les FVO sont interdites pour tous les
animaux d'élevage. Cette même année, les carcasses
des bovins âgés de plus de trente mois doivent être
incinérées, ne pouvant plus désormais entrer
dans l'alimentation humaine ou animale.
Au Royaume-Uni, seul l'animal malade est abattu (et non l'ensemble
du troupeau comme en France), ce qui représentait 179 257
bêtes pour 11,42 millions de têtes de bétail
au 30 juin 2000.
Depuis 1991, le gouvernement britannique dispose d'un comité
d'experts, le SEAC (Spongiform Encephalopathy Advisory Commitee),
qui le conseille sur les mesures à prendre pour protéger
la santé publique.
à
l'échelle européenne
Plusieurs décisions communautaires ont été
prises dès 1989, visant à réglementer l'exportation
depuis le Royaume-Uni vers les pays membres. Elles aboutissent,
en mars 1996, à un embargo sur le buf britannique et
ses produits dérivés (dont les FVO), ceci une semaine
après l'annonce par le gouvernement britannique d'une possible
transmission de l'ESB
à l'homme. La levée de l'embargo - sous certaines
conditions - par la commission européenne en août 1999
n'est pas suivie par la France, qui la juge prématurée
et qui maintient l'embargo. Elle applique ainsi le principe
de précaution, qui légitime des mesures de prévention
dès lors qu'il paraît justifié de limiter, encadrer
ou empêcher certaines actions potentiellement dangereuses,
sans attendre que leur danger soit scientifiquement établi
de façon certaine.
En 1998, des mesures similaires sont mises en place à l'encontre
des bovins portugais et de leurs produits dérivés
en raison d'un nombre élevé de cas d' ESB
(365 cas en janvier 2000). Cet embargo est toujours maintenu à
l'encontre du Portugal, qui, de son côté, applique
aujourd'hui, comme la France, l'embargo sur les viandes bovines
britanniques.
Par ailleurs, la communauté européenne interdit, en
1994, l'utilisation des FVO dans l'alimentation des ruminants et
impose en 1997 des normes strictes concernant leur procédé
de fabrication pour l'alimentation des autres animaux. Enfin, la
mise en uvre de mentions obligatoires (lieu d'abattage et
de découpage de l'animal) sur l'étiquette de toutes
les viandes bovines vendues en Europe est obligatoire depuis septembre
2000. En 2002, l'étiquette devra également préciser
le pays de naissance et le lieu d'engraissage.
ailleurs...
L'épizootie d'ESB
est européenne : les seuls cas extérieurs à
l'Europe (1 au Canada , 2 dans la Principauté d'Oman, 1 dans
les Iles Malouines) correspondant à des animaux importés.
Cela n'empêche pas certains pays extérieurs à
la communauté européenne d'adopter des mesures de
sécurité strictes. Ainsi, la Suisse, qui a suivi de
près l'embargo européen sur les viandes britanniques,
prend aujourd'hui des mesures de sécurité similaires
à celles imposées par la France. Les États-Unis,
qui n'ont déclaré à ce jour aucun cas d'ESB,
ont également suivi l'embargo sur le buf britannique
et le maintiennent toujours.
|
|
|
|
le
cas de la France : une réglementation extrêmement stricte.
Protection des animaux
En 1989, la France interdit les farines de viande et d'os (FVO)
britanniques pour l'alimentation des bovins, une interdiction qui
s'étend, en 1990, aux FVO de toutes provenances, et en 1994,
à tous les ruminants (bovins, ovins, caprins). Depuis 1996,
seules les protéines issues du lait de vache, dans lequel
on n'a jamais retrouvé l'agent de l'encéphalopathie
spongiforme bovine (ESB), peuvent entrer dans l'alimentation
des ruminants.
L'infection par voie alimentaire de l'agent de l'ESB
n'ayant jamais été démontrée pour les
porcins, volailles, poissons, les FVO sont toujours ajoutées
à leur alimentation. Cependant, les aliments qui leur sont
destinés empruntant les mêmes circuits (fabrication,
stockage, transport) que l'alimentation bovine, des FVO peuvent
se retrouver accidentellement dans les aliments pour bovins. Pour
éviter que les animaux ne soient, par ce biais, exposés
à l'agent de l'ESB,
des mesures sont prises en 1996 pour rendre les farines plus "propres".
Désormais, les tissus et organes à risque (selon une
classification de l'OMS) n'entrent plus dans la composition des
aliments destinés aux porcins, volailles et poissons. La
France impose le retrait et la destruction par incinération
de certains abats de bovins (cervelle, rétines, amygdales,
moelle épinière, rate, thymus, intestins), et de tous
les cadavres d'animaux collectés par les équarrisseurs.
Cette mesure de précaution n'est pas suivie par tous les
autres pays européens. La France a par ailleurs entrepris
une campagne de dépistage de l'ESB
sur un échantillon de 48 000 bovins français identifiés
comme population à risque. D'ici à la fin 2000, ils
seront diagnostiqués grâce au test de dépistage
rapide suisse "Prionics", qui a déjà prouvé
son efficacité lors de la campagne helvétique menée
en 1999. Objectif : améliorer les connaissances épidémiologiques
de l'ESB et fournir les bases d'une analyse de la sécurité
des aliments.
|
|
|
|
|
L'exemple
d'un contrôle vétérinaire dans les Côtes
d'Armor.
Troupeaux
sous surveillance
Réal. Philippe Dorison, CSI, 2000.
Deux jours sur
le terrain avec Éric Collin, vétérinaire coordinateur
du réseau de surveillance de l'encéphalopathie spongiforme
bovine (ESB) pour les Côtes d'Armor, le département
le plus touché par l'épidémie de "vache
folle".
|
|
|
|
|
|
|
|
| |
|
Protection
des hommes
Concernant l'alimentation humaine, la France a pris, dès
1990, un certain nombre de mesures sanitaires. L'ESB
est ajoutée à la liste des maladies à déclaration
obligatoire et un réseau d'épidémio-surveillance
est mis en place pour que les animaux suspects n'entrent pas dans
la chaîne alimentaire (ce réseau vise à repérer
systématiquement les bovins présentant des signes
de suspicion clinique). Depuis 1994, un diagnostic ESB confirmé
entraîne l'abattage systématique de tout le troupeau
auquel appartient la bête malade ainsi que la destruction
des carcasses par incinération. Le nombre de bovins français
abattus s'élève en septembre 2000 à plus de
12 000 bêtes pour 125 cas d'ESB
détectés, sur un cheptel d'environ 20 millions d'animaux.
Depuis 1996, c'est-à-dire depuis l'embargo (toujours maintenu
aujourd'hui) sur le buf britannique et ses produits dérivés,
l'étiquetage
de la viande de buf français est obligatoire (logo
"viande bovine française")
Enfin, tissus et organes à risque sont retirés de
la chaîne alimentaire et le jonglage (technique d'abattage
qui pourrait favoriser la contamination des tissus sains de l'animal
par l'agent de l'ESB)·
est désormais proscrit.
La réglementation française s'appuie sur une expertise
scientifique et technique à différents niveaux. Depuis
1996, les pouvoirs publics disposent d'un comité interministériel
d'experts (comité Dormont) qui les conseille sur les mesures
à prendre pour protéger la santé publique.
Et depuis 1999, l'Agence française de sécurité
sanitaire des aliments (Afssa)
assure, pour les ministères de tutelle (santé, agriculture,
consommation), l'évaluation des risques en matière
de sécurité sanitaire des aliments destinés
à l'homme ou à l'animal.
La France est le pays qui a pris les mesures de sécurité
les plus strictes. Néanmoins, l'absence d'harmonisation entre
les réglementations des pays de l'Union européenne
en matière de sécurité sanitaire des aliments
destinés à l'homme et à l'animal, apparaît
en contradiction flagrante avec leur libre circulation. Il est donc
indispensable que cette harmonisation soit mise en uvre pour
garantir le meilleur niveau de sécurité aux consommateurs
de l'Union européenne.
|
|
|
|
|
|
|
|