Le
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Les OGM : du laboratoire à l'assiette
du consommateur |
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Dans les années
70 l'arrivée du génie génétique ouvre
la voie à la création de plantes dotées de
caractéristiques inédites (résistantes à
un herbicide,
un insecte, une maladie
). C'est le début des organismes
génétiquement modifiés (OGM). En 1994,
le premier aliment transgénique
(une tomate dont le mûrissement était retardé)
était commercialisé aux États-Unis. Deux ans
plus tard, un soja transgénique
produit par les Américains arrivait sur le marché
européen.
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Aujourd'hui,
plus de 60 organismes génétiquement modifiés
(OGM)
sont commercialisées dans le monde. Les organismes
génétiquement modifiés ont fait irruption
dans l'alimentation animale et humaine. "Pour" et "contre"
s'affrontent pendant que la pression des industriels s'intensifie.
Mais que sont réellement ces OGM
?
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Qu'est-ce
qu'un OGM ?
Un OGM est un
organisme (plante, animal) dans les chromosomes duquel on a inséré
un gène d'une autre espèce lui conférant une
caractéristique inédite : par exemple, la capacité
pour une plante de sécréter un poison qui tue son
parasite habituel.
Le génie génétique, apparu en 1973, est à
l'origine des OGM
grâce à ses techniques qui permettent de modifier directement
le patrimoine génétique d'une espèce. Cette
pratique s'insère dans une certaine continuité puisque
depuis les débuts de l'agriculture, l'homme s'efforce d'améliorer
les performances des plantes et des animaux en procédant
à des croisements et à des sélections. La découverte
des lois de la génétique à la fin du XIXè
siècle a permis de mieux guider les pratiques empiriques.
Mais avec le génie génétique un pas considérable
a été effectué puisque désormais on
peut modifier les propriétés de certaines espèces
très rapidement en manipulant directement leur génome
au niveau moléculaire.
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A
quoi servent les OGM ?
Les applications
du génie génétique sont nombreuses et intéressent
aussi bien le secteur agricole que le secteur pharmaceutique. Le
génie génétique permet, par exemple, d'envisager
la création de plantes résistantes à certains
herbicides,
autorisant ainsi une utilisation plus réduite et plus efficace
des produits phytosanitaires.
Il peut également être utilisé pour créer
des plantes résistantes à certaines maladies ou à
certains insectes ravageurs, comme la pyrale qui est responsable
chaque année de 5 à 30% de pertes dans les récoltes
de maïs. Il offre aussi la possibilité d'améliorer
certains paramètres agricoles (fertilité, robustesse,
productivité
), d'accroître la résistance
des plantes en milieu extrême (salinité, sécheresse,
inondation
), d'améliorer la valeur nutritive ou les
caractéristiques gustatives des aliments, d'allonger leur
conservation.
Enfin, le génie génétique pourrait offrir à
l'industrie des plantes capables de synthétiser des plastiques
ou des carburants, et à la recherche pharmaceutique, des
plantes capables de produire des protéines animales ou humaines
utilisées comme médicaments.
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Les OGM cultivées et commercialisées
aujourd'hui
Les enjeux économiques liés à la production
d'OGM sont
loin d'être négligeables. Depuis juillet 1997, les
plantes et animaux issus du génie génétique
peuvent être brevetés. Une aubaine pour les industriels
de l'agroalimentaire qui y voit une occasion de dominer le marché,
en verrouillant l'exploitation de gènes stratégiques
ou de bonnes variétés. Les brevets sont devenus une
véritable arme de guerre commerciale. Selon l'ISAAA (International
Service for the Acquisition of Agri-Biotech Applications), parmi
les 60 OGM
commercialisés dans le monde, la majorité (71%) sont
des plantes résistantes aux herbicides.
Certes, leurs qualités ne sont plus à démontrer.
Mais elles trahissent aussi les ambitions commerciales de quelques
grandes firmes agrochimiques (Monsanto, Novartis
) qui, en
proposant ces semences, obligent les agriculteurs à utiliser
leurs propres herbicides (Roundup, Basta
). L'Américain
Monsanto a même mis au point une technologie (Terminator)
qui devait rendre la plante transgénique stérile afin
de contraindre les exploitants à racheter chaque année
ses semences. Cependant, devant l'ampleur des protestations, le
groupe Monsanto a dû abandonner sa technologie.
Après les plantes résistantes aux herbicides
viennent les plantes résistantes aux insectes (22% des OGM
commercialisés dans le monde). Selon l'ISAAA, les cultures
d'OGM couvrent
plus de 40 millions d'hectares dans le monde, dont 72% aux États-Unis,
17% en Argentine, 10% au Canada et 1% en Chine. Ce sont les cultures
de soja, maïs, colza et coton qui prédominent, sur la
quinzaine d'espèces qui, selon la direction générale
de l'alimentation, ont été génétiquement
modifiées. En France, la seule plante transgénique
à être cultivée est le maïs.
Outre leur présence dans l'alimentation animale, les OGM
envahissent désormais l'alimentation humaine : farines, semoules,
amidon présents dans certains plats cuisinés sont
issus de maïs transgénique
; gâteaux, pizzas, chocolats, hamburgers contiennent des huiles,
des lécithines issues de soja transgénique
L'Europe n'échappe pas à ces nouveaux produits
puisqu' elle est fortement dépendante des États-Unis
pour les protéines végétales, le coût
de ses importations annuelles s'élevant, selon Monsanto,
à près de trois milliards de francs.
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OGM : des aliments à risque ?
Face à un dossier technologique aussi complexe que celui
des organismes
génétiquement modifiés (OGM), il est difficile
au consommateur de se faire une opinion. Doit-il ou non redouter
ces nouveaux aliments ? Les risques invoqués par les opposants
aux OGM sont
écologiques et sanitaires. Le risque écologique le
plus souvent invoqué est "le flux de gènes",
c'est-à-dire le transfert du gène ajouté à
l'OGM (appelé
transgène)
à d'autres plantes d'espèces voisines. Toute variété
végétale, qu'elle soit transgénique
ou non, échange en effet du pollen, et donc des gènes,
avec des variétés interfertiles. L'important est donc
d'apprécier les conséquences d'un tel échange.
C'est pourquoi, en France, la seule plante transgénique
autorisée à être cultivée est le maïs
car elle ne possède aucune cousine en Europe à qui
elle pourrait transmettre son nouveau gène. En revanche,
la culture de colza transgénique résistant à
un herbicide est interdite car cette caractéristique pourrait
être transmise à de mauvaises herbes cousines, au risque
de rendre l'herbicide inefficace ! Le développement massif
de la commercialisation d'OGM risque également d'avoir des
répercussions sur la biodiversité : les OGM
ne risquent-ils pas de se développer aux dépends de
variétés plus rustiques, propres aux pays en développement
? L'exemple du riz le fait penser. Sur les 140 000 variétés
existantes, les firmes agrochimiques imposent la culture intensive
des cinq variétés qu'elles essaient de modifier génétiquement.
Celles-ci couvrent déjà, dans certains pays d'Asie,
60 à 70% des terres semées en riz.
Côté sanitaire, la présence, dans la plupart
des OGM, d'un
gène de résistance à un antibiotique a longtemps
été dénoncée. Si un transfert de ce
gène vers des bactéries pathogènes de l'homme
pouvait avoir lieu, notre arsenal antibiotique s'en trouverait réduit.
Or, un tel transfert est théoriquement possible. Les OGM
qui sont mis au point aujourd'hui ne contiennent plus ce gène
de résistance et c'est désormais un atout commercial
! Cependant, la première génération d'OGM est
encore présente sur le marché pour de nombreuses années.
Relativisant le risque sanitaire lié aux OGM, certains experts
rappellent l'utilisation abusive des antibiotiques dans l'élevage
intensif, notamment celui des volailles.
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Informer et rassurer le consommateur
Selon un sondage réalisé par l'Ifop pour le journal
"Libération"
le 20 et 21 juillet 2000, 73% des Français se disent inquiets
de la présence d'OGM
dans leur alimentation et 58% ne font pas confiance aux pouvoirs
publics pour prendre les bonnes décisions en matière
d'OGM
Afin de réduire au maximum les risques potentiels, la plupart
des pays industrialisés disposent aujourd'hui d'une législation
très stricte concernant les OGM.
Les tests exigés avant leur commercialisation s'apparentent
plus à ceux d'un médicament qu'à ceux d'un
aliment. En France, la Commission du génie biomoléculaire
et le Conseil supérieur d'hygiène publique ont la
responsabilité d'identifier le matériel génétique
introduit, d'évaluer le risque de transfert vers d'autres
plantes ainsi que les risques sanitaires, en particulier le risque
allergène. Tous ces tests nécessitent en général
une dizaine d'années !
Cependant, malgré toutes ces précautions, les associations
de consommateurs français, redoublant de méfiance
depuis les scandales de santé publique des dernières
années, exigent davantage de garanties. Elles réclament
notamment que les aliments transgéniques
soient clairement identifiables, le consommateur devant pouvoir
choisir ce qu'il mange en connaissance de cause. Résultat
: l'étiquetage
des OGM est
obligatoire en Europe depuis 1998 et il vient encore d'être
renforcé. Ainsi, depuis avril 2000, tout aliment dont au
moins l'un des ingrédients contient plus de 1% d' OGM doit
en porter la mention sur son emballage. Cela concerne aussi les
arômes ou les additifs
tirés de plantes transgéniques
(comme la lécithine de soja). En revanche, les produits (comme
les huiles) dans lesquels le transgène ou son produit ont
disparu du fait de la transformation échappent à cette
règle. La bonne application de cette réglementation
suppose que l'on sache détecter, de manière fiable,
la présence d' OGM.
Aujourd'hui, on peut repérer une séquence d'ADN spécifique
par la technique PCR (Polymerase Chain Reaction)., et on peut détecter
le produit d'un transgène par des techniques immunologiques.
Mais ces techniques ne sont pas encore utilisées en routine
dans le secteur agro-alimentaire.
Outre un étiquetage
informatif, une autre façon d'apaiser les craintes des consommateurs
pourrait être de créer une filière sans OGM.
Trente-sept organisations (pouvoirs publics, organisations professionnelles
de la filière agro-alimentaire et de la distribution, associations
de consommateurs) ont lancé, depuis février 1999,
une étude sur l'opportunité de réaliser une
telle filière. Les résultats sont attendus pour décembre
2000. Néanmoins, cela implique que les filières OGM
et sans OGM soient parfaitement étanches entre elles, ce
qui n'est pas le cas aujourd'hui. Pour preuve, la récente
affaire de colza américain, soi-disant sans OGM, qui aurait
été contaminé accidentellement (par des champs
voisins) par des graines de colza génétiquement modifiées
avant de faire son entrée sur le marché européen
.
Autre pays, autres moeurs : aux États-Unis, pour que les
consommateurs puissent repérer les aliments qui contiennent
des OGM, les
producteurs proposent d'étiqueter
la filière
sans OGM : IP (Identity Preserved), c'est-à-dire "préservé"
de tout OGM. La filière "conventionnelle" correspondrait,
quant à elle, aux aliments avec OGM !
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