Le dossier
 

   Les OGM : du laboratoire à l'assiette du consommateur
 

Dans les années 70 l'arrivée du génie génétique ouvre la voie à la création de plantes dotées de caractéristiques inédites (résistantes à un herbicide, un insecte, une maladie…). C'est le début des organismes génétiquement modifiés (OGM). En 1994, le premier aliment transgénique (une tomate dont le mûrissement était retardé) était commercialisé aux États-Unis. Deux ans plus tard, un soja transgénique produit par les Américains arrivait sur le marché européen.

  INSERM
   
  Aujourd'hui, plus de 60 organismes génétiquement modifiés (OGM) sont commercialisées dans le monde. Les organismes génétiquement modifiés ont fait irruption dans l'alimentation animale et humaine. "Pour" et "contre" s'affrontent pendant que la pression des industriels s'intensifie. Mais que sont réellement ces OGM ?

  Fabrique d'O.G.M (videolexique)
Réalisateur : Pascal Goblot ; Jean-Christophe Monferran, durée : 4'
Iconographie : INRA, la Cité-médiathèque d'histoire des sciences

Comment fabrique-t-on un organisme génétiquement modifié ?
Maîtrisons nous tous les risques liés à ces nouvelles techniques ?


Qu'est-ce qu'un OGM ?
A quoi servent les OGM ?
Les OGM cultivées et commercialisées aujourd'hui
OGM : des aliments à risque ?
Informer et rassurer le consommateur




Qu'est-ce qu'un OGM ?

Un OGM est un organisme (plante, animal) dans les chromosomes duquel on a inséré un gène d'une autre espèce lui conférant une caractéristique inédite : par exemple, la capacité pour une plante de sécréter un poison qui tue son parasite habituel.
Le génie génétique, apparu en 1973, est à l'origine des OGM grâce à ses techniques qui permettent de modifier directement le patrimoine génétique d'une espèce. Cette pratique s'insère dans une certaine continuité puisque depuis les débuts de l'agriculture, l'homme s'efforce d'améliorer les performances des plantes et des animaux en procédant à des croisements et à des sélections. La découverte des lois de la génétique à la fin du XIXè siècle a permis de mieux guider les pratiques empiriques. Mais avec le génie génétique un pas considérable a été effectué puisque désormais on peut modifier les propriétés de certaines espèces très rapidement en manipulant directement leur génome au niveau moléculaire.




A quoi servent les OGM ?

Les applications du génie génétique sont nombreuses et intéressent aussi bien le secteur agricole que le secteur pharmaceutique. Le génie génétique permet, par exemple, d'envisager la création de plantes résistantes à certains herbicides, autorisant ainsi une utilisation plus réduite et plus efficace des produits phytosanitaires. Il peut également être utilisé pour créer des plantes résistantes à certaines maladies ou à certains insectes ravageurs, comme la pyrale qui est responsable chaque année de 5 à 30% de pertes dans les récoltes de maïs. Il offre aussi la possibilité d'améliorer certains paramètres agricoles (fertilité, robustesse, productivité…), d'accroître la résistance des plantes en milieu extrême (salinité, sécheresse, inondation…), d'améliorer la valeur nutritive ou les caractéristiques gustatives des aliments, d'allonger leur conservation. Enfin, le génie génétique pourrait offrir à l'industrie des plantes capables de synthétiser des plastiques ou des carburants, et à la recherche pharmaceutique, des plantes capables de produire des protéines animales ou humaines utilisées comme médicaments.

 



Les OGM cultivées et commercialisées aujourd'hui

Les enjeux économiques liés à la production d'OGM sont loin d'être négligeables. Depuis juillet 1997, les plantes et animaux issus du génie génétique peuvent être brevetés. Une aubaine pour les industriels de l'agroalimentaire qui y voit une occasion de dominer le marché, en verrouillant l'exploitation de gènes stratégiques ou de bonnes variétés. Les brevets sont devenus une véritable arme de guerre commerciale. Selon l'ISAAA (International Service for the Acquisition of Agri-Biotech Applications), parmi les 60 OGM commercialisés dans le monde, la majorité (71%) sont des plantes résistantes aux herbicides. Certes, leurs qualités ne sont plus à démontrer. Mais elles trahissent aussi les ambitions commerciales de quelques grandes firmes agrochimiques (Monsanto, Novartis…) qui, en proposant ces semences, obligent les agriculteurs à utiliser leurs propres herbicides (Roundup, Basta…). L'Américain Monsanto a même mis au point une technologie (Terminator) qui devait rendre la plante transgénique stérile afin de contraindre les exploitants à racheter chaque année ses semences. Cependant, devant l'ampleur des protestations, le groupe Monsanto a dû abandonner sa technologie.
Après les plantes résistantes aux herbicides viennent les plantes résistantes aux insectes (22% des OGM commercialisés dans le monde). Selon l'ISAAA, les cultures d'OGM couvrent plus de 40 millions d'hectares dans le monde, dont 72% aux États-Unis, 17% en Argentine, 10% au Canada et 1% en Chine. Ce sont les cultures de soja, maïs, colza et coton qui prédominent, sur la quinzaine d'espèces qui, selon la direction générale de l'alimentation, ont été génétiquement modifiées. En France, la seule plante transgénique à être cultivée est le maïs.
Outre leur présence dans l'alimentation animale, les OGM envahissent désormais l'alimentation humaine : farines, semoules, amidon présents dans certains plats cuisinés sont issus de maïs transgénique ; gâteaux, pizzas, chocolats, hamburgers contiennent des huiles, des lécithines issues de soja transgénique … L'Europe n'échappe pas à ces nouveaux produits puisqu' elle est fortement dépendante des États-Unis pour les protéines végétales, le coût de ses importations annuelles s'élevant, selon Monsanto, à près de trois milliards de francs.




OGM : des aliments à risque ?

Face à un dossier technologique aussi complexe que celui des organismes génétiquement modifiés (OGM), il est difficile au consommateur de se faire une opinion. Doit-il ou non redouter ces nouveaux aliments ? Les risques invoqués par les opposants aux OGM sont écologiques et sanitaires. Le risque écologique le plus souvent invoqué est "le flux de gènes", c'est-à-dire le transfert du gène ajouté à l'OGM (appelé transgène) à d'autres plantes d'espèces voisines. Toute variété végétale, qu'elle soit transgénique ou non, échange en effet du pollen, et donc des gènes, avec des variétés interfertiles. L'important est donc d'apprécier les conséquences d'un tel échange. C'est pourquoi, en France, la seule plante transgénique autorisée à être cultivée est le maïs car elle ne possède aucune cousine en Europe à qui elle pourrait transmettre son nouveau gène. En revanche, la culture de colza transgénique résistant à un herbicide est interdite car cette caractéristique pourrait être transmise à de mauvaises herbes cousines, au risque de rendre l'herbicide inefficace ! Le développement massif de la commercialisation d'OGM risque également d'avoir des répercussions sur la biodiversité : les OGM ne risquent-ils pas de se développer aux dépends de variétés plus rustiques, propres aux pays en développement ? L'exemple du riz le fait penser. Sur les 140 000 variétés existantes, les firmes agrochimiques imposent la culture intensive des cinq variétés qu'elles essaient de modifier génétiquement. Celles-ci couvrent déjà, dans certains pays d'Asie, 60 à 70% des terres semées en riz.
Côté sanitaire, la présence, dans la plupart des OGM, d'un gène de résistance à un antibiotique a longtemps été dénoncée. Si un transfert de ce gène vers des bactéries pathogènes de l'homme pouvait avoir lieu, notre arsenal antibiotique s'en trouverait réduit. Or, un tel transfert est théoriquement possible. Les OGM qui sont mis au point aujourd'hui ne contiennent plus ce gène de résistance et c'est désormais un atout commercial ! Cependant, la première génération d'OGM est encore présente sur le marché pour de nombreuses années. Relativisant le risque sanitaire lié aux OGM, certains experts rappellent l'utilisation abusive des antibiotiques dans l'élevage intensif, notamment celui des volailles.




Informer et rassurer le consommateur

Selon un sondage réalisé par l'Ifop pour le journal "Libération" le 20 et 21 juillet 2000, 73% des Français se disent inquiets de la présence d'OGM dans leur alimentation et 58% ne font pas confiance aux pouvoirs publics pour prendre les bonnes décisions en matière d'OGM
Afin de réduire au maximum les risques potentiels, la plupart des pays industrialisés disposent aujourd'hui d'une législation très stricte concernant les OGM. Les tests exigés avant leur commercialisation s'apparentent plus à ceux d'un médicament qu'à ceux d'un aliment. En France, la Commission du génie biomoléculaire et le Conseil supérieur d'hygiène publique ont la responsabilité d'identifier le matériel génétique introduit, d'évaluer le risque de transfert vers d'autres plantes ainsi que les risques sanitaires, en particulier le risque allergène. Tous ces tests nécessitent en général …une dizaine d'années !
Cependant, malgré toutes ces précautions, les associations de consommateurs français, redoublant de méfiance depuis les scandales de santé publique des dernières années, exigent davantage de garanties. Elles réclament notamment que les aliments transgéniques soient clairement identifiables, le consommateur devant pouvoir choisir ce qu'il mange en connaissance de cause. Résultat : l'étiquetage des OGM est obligatoire en Europe depuis 1998 et il vient encore d'être renforcé. Ainsi, depuis avril 2000, tout aliment dont au moins l'un des ingrédients contient plus de 1% d' OGM doit en porter la mention sur son emballage. Cela concerne aussi les arômes ou les additifs tirés de plantes transgéniques (comme la lécithine de soja). En revanche, les produits (comme les huiles) dans lesquels le transgène ou son produit ont disparu du fait de la transformation échappent à cette règle. La bonne application de cette réglementation suppose que l'on sache détecter, de manière fiable, la présence d' OGM. Aujourd'hui, on peut repérer une séquence d'ADN spécifique par la technique PCR (Polymerase Chain Reaction)., et on peut détecter le produit d'un transgène par des techniques immunologiques. Mais ces techniques ne sont pas encore utilisées en routine dans le secteur agro-alimentaire.
Outre un étiquetage informatif, une autre façon d'apaiser les craintes des consommateurs pourrait être de créer une filière sans OGM. Trente-sept organisations (pouvoirs publics, organisations professionnelles de la filière agro-alimentaire et de la distribution, associations de consommateurs) ont lancé, depuis février 1999, une étude sur l'opportunité de réaliser une telle filière. Les résultats sont attendus pour décembre 2000. Néanmoins, cela implique que les filières OGM et sans OGM soient parfaitement étanches entre elles, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Pour preuve, la récente affaire de colza américain, soi-disant sans OGM, qui aurait été contaminé accidentellement (par des champs voisins) par des graines de colza génétiquement modifiées avant de faire son entrée sur le marché européen….
Autre pays, autres moeurs : aux États-Unis, pour que les consommateurs puissent repérer les aliments qui contiennent des OGM, les producteurs proposent d'étiqueter… la filière sans OGM : IP (Identity Preserved), c'est-à-dire "préservé" de tout OGM. La filière "conventionnelle" correspondrait, quant à elle, aux aliments avec OGM !