Le Monde de Franquin
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Le Marsupilami, animal fabuleux
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Cela rejoint aussi les propos d'Heuvelmans qui disait : "Pitié pour les monstres ! les vrais monstres sont parmi nous", c'est-à-dire nous les hommes, les superprédateurs, qui avons déchaîné le feu atomique et le judéocide. Il y a derrière cette représentation l'idée qu'en découvrant ces êtres cachés, l'homme passerait par une sorte d'initiation, de retour à l'innocence. Après les grands conflits entre les civilisés, l'homme ressent le besoin de retrouver les soi-disant sauvages, époque en 60 où les explorateurs découvrent d'ailleurs des tribus inconnues, non infectées par les miasmes de nos cités et notre technicité, militaire notamment. D'ailleurs, le Marsupilami se battra contre les savants fous, les dictateurs, et bien sûr contre Zorglub qui est un peu le masque d'Hitler, comme en témoignent les zorglhommes, espèce de sous-hommes mécanisés, représentations à peine voilée des armées nazies.

C'est un animal "humanisé" ?

M.M.: C'est vrai qu'il a une famille monogame, qu'il peut répéter le langage humain, mais tout en étant un animal familier, il figure une grande sauvagerie, notamment quand il se met en colère. C'est une surbête, mais ce n'est pas un prédateur. Sa bienveillance est le produit de l'idéologie écologiste, l'image d'un Tarzan animal qui défend la nature contre toutes les intrusions, celles des spéculateurs, comme des chasseurs… Il fait penser à un personnage de la culture traditionnelle, le "maître des animaux", une créature surnaturelle qui veille sur les bêtes sauvages et interdit au chasseur de faire des carnages. Il est le régulateur des relations homme-nature, à mi-chemin entre l'homme et l'animal, aussi à l'aise dans le labo de Champignac que dans la forêt luxuriante, ou sous la mer.

C'est un personnage beaucoup plus complexe que Donald chez Disney ou l'écureuil chez Tex Avery, qui sont aussi très humanisés, mais n'ont pas cette dimension écologique. Il n'est pas assujetti à son milieu, comme d'autres animaux qui sont condamnés de façon un peu finaliste à subsister : il y est parfaitement intégré, en symbiose, mais il le surplombe comme animal supérieur. Un peu la position idéale de la pensée écologiste.

Propos recueillis par Jean-Rémi Deléage


Biographie


Qui sont les sauvages ? © Marsu 2004
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