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LA BIodIVERsITé
ments catastrophiques – tsunami, glisse-
ments de terrain, changements climatiques,
émergence de nouvelles maladies – pour
que nous en réalisions l’importance.
Enfin, nous avons pu caresser au
xx
e
siè-
cle l’idée que, si cette dépendance aux
services issus de la nature avait été déter-
minante dans l’évolution de l’humanité,
elle allait à l'avenir s’estomper : aliments
ou fibres synthétiques, atmosphères condi-
tionnées, énergie nucléaire ou traitement
physique des eaux usées allaient nous
ouvrir la porte de la grande bulle où
l’Homme allait poursuivre son évolution
sans rien devoir désormais au reste du
vivant. Il n’est pas nécessaire de détailler
ici les raisons qui ont conduit progressi-
vement à découvrir le caractère utopique
de cette vision : les espoirs que suscite la
« croissance verte » montrent à quel point
l’humanité mise désormais – peut-être de
manière tout aussi naïve – sur les ressour-
ces de la nature pour assurer son avenir.
Peu à peu se forge donc, chez différents
acteurs, une volonté
d’agir et de préser-
ver, voire de déve-
lopper, ce capital
naturel. Et c’est là
que se dessine un
dernier message,
issus de diverses
expériences : nous
sommes encore très
loin de savoir com-
m e n t a g i r d e
manière efficace sur
la nature vivante et
de s i n i t i a t ive s
incontestablement empreintes de bonne
volonté ont conduit à des résultats impré-
vus, parfois moins satisfaisants qu’en
l’absence d’interventions.
La biodiversité nous incite donc à la modes-
tie : l’Homme a mis plusieurs milliers
d’années à élaborer un génie civil lui
permettant de construire des édifices
durables ; il ne suffira pas de quelques
années pour élaborer un génie écologique
permettant de raisonner ce que nous appe-
lons le « ménagement » de la nature.
Nous terminerons sur un point d’opti-
misme, au moins du point de vue de la
biodiversité : en tant qu’expression de la
dynamique du vivant, la biodiversité n’est
pas menacée aujourd’hui. Il est très vrai-
semblable que la vie va perdurer sur notre
planète, sous des formes diverses, aussi
longtemps que celle-
ci recevra du Soleil
l’énergie nécessaire
à son entretien, et
ceci que notre propre
espèce demeure ou
non présent e, e t
quelles que soient ses
actions. Ce qui est
m e n a c é , c ’ e s t
l’Homme lui-même, dès lors qu’il aura
contribué à faire évoluer le vivant vers
un état qui lui sera beaucoup plus défa-
vorable. Les océans peuvent continuer à
fonctionner sans poissons, les continents
peuvent se passer de forêts, d’oiseaux ou
de grands mammifères, de nombreuses
espèces peuvent s’adapter à des concen-
trations élevées de polluants dans leurs
tissus. mais que fera l’Homme devant des
océans peuplés de méduses, ou devant
des déserts où subsisteront quelques
rares plantes et animaux devenus non
comestibles ?
« ménager » la biodiversité, c’est donc
aussi ménager l’humanité à venir et c’est
ce défi que cet ouvrage nous invite à rele-
ver.
l
«
Ce qui est menacé
aujourd’hui,
ce n’est pas tant
la biodiversité que
l’Homme lui-même,
dès lors qu’il aura
contribué à faire
évoluer le vivant
vers un état qui lui
sera beaucoup plus
défavorable.
»
«
Les océans peuvent
continuer à fonctionner
sans poissons.
Mais que fera l’Homme
devant des océans
peuplés seulement
deméduses?
»
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