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XII
avant-propos
dans de nombreux domaines et applications, les emplois du feu sont
amplement méconnus, ceux du passé comme ceux d’aujourd’hui. Les
aspects du feu formant un tout, les essais traitent de thèmes transver-
saux – à la fois sensibles et familiers, drôles et sérieux, scientifiques
et pratiques – montrant le feu comme un phénomène individuel et
collectif aussi attrayant que récalcitrant. Par des approches singulières
ou des tentatives de synthèse, les textes présentent les connaissances
et les pratiques contemporaines du feu dans leur portée universelle.
«Le feu se manifeste à nous par des phénomènes si différents qu’il est
presqu’aussi difficile de le définir par ses effets que de connaître entiè-
rement sa nature: il échappe à tout moment aux prises de notre esprit,
quoiqu’il soit au-dedans de nous-mêmes, et dans tous les corps qui nous
environnent.» Bien que datant de la première moitié du
xviii
e
siècle,
cette réflexion d’Émilie du Châtelet, qui introduit sa
Dissertation sur
la nature et la propagation du feu
(1737), comporte une vérité persis-
tante. Ainsi en va-t‑il du feu qui, dans un même mouvement, nous
accompagne et nous tient à distance. Phénomène de connaissances et
de questionnements foisonnants, il suscite un désir de savoir et met
notre esprit en mouvement. Tuteur intraitable, il force à l’élévation,
suivant en cela sa propre nature qui, au lieu de tendre vers le centre
de la Terre – comme tous les autres corps – sous l’effet de la gravité,
se porte naturellement vers le haut. La science n’en a pas fait le tour,
la poésie non plus; quant à la rêverie, chère à Gaston Bachelard, elle
campe entre les deux.
Que possède le feu de si fascinant? De quelle nature est son attrait?
Passer en revue ses propriétés, patentes ou latentes, nous met sur la
voie. Partout dans le monde, que ce soit sous forme physique ou méta-
phorique, le feu revêt deux modes de présence que sont la lumière et la
chaleur. Avec son besoin de nourriture et ses mouvements, il est tenu
pour vivant, voire éternel. Il naît, s’alimente et meurt, peut renaître
aussitôt, là ou ailleurs, car rien ne voyage mieux que le feu, surtout
depuis que l’humanité sait le produire; sa seule limite est la disponibi-
lité du combustible. Consommant bois, charbon, gaz ou pétrole, le feu
est le moteur du monde. Par son pouvoir de transformation rapide, il
remplace l’œuvre du temps et transcende l’action humaine. Possédant
des qualités superlatives, en faisant plus vite, avec plus de puissance
et à plus grande échelle, le feu est un agent superlatif. Tout est
plus
dans le feu.
Forte de l’expérience ordinaire, la conception antique des quatre
éléments persiste malgré les progrès de la science. Nous prêtons au
feu une personnalité, une présence, voire un corps, alors que la science
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