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Agriculture : du « raisonné » dans nos assiettes

Le label officiel « agriculture raisonnée » arrivera dans les magasins en 2004. Cette forme d’agriculture, qui se veut respectueuse de l’environnement, est-elle vraiment écolo ?

Bientôt une mention officielle

En 2004, une nouvelle mention officielle va fleurir sur les étiquettes des produits alimentaires : « produit issu d’une exploitation qualifiée ‘agriculture raisonnée’ ». Ce mode de production, qui prône un meilleur respect de l’environnement, sera encadré d’ici la fin de l’année par une réglementation complète, depuis la culture jusqu’à l’étiquetage. Il existe déjà, depuis mai 2002, un arrêté qui recense les règles à respecter pour les agriculteurs (en matière de gestion des sols, d’usage des produits chimiques, d’irrigation, de santé des animaux…). Ce texte sera complété à l’automne par un décret qui définira les règles d’utilisation de la mention « agriculture raisonnée » sur les étiquettes et les publicités. Ce n’est qu’en janvier 2004 que les premières exploitations agricoles volontaires devraient obtenir la qualification officielle.

Qu’est-ce que l’agriculture raisonnée ?

L’objectif de l’agriculture raisonnée est, selon le ministère de l’Agriculture, de « renforcer les impacts positifs et réduire les impacts négatifs des pratiques agricoles sur l’environnement ».

Les agriculteurs s’engagent à respecter un cahier des charges : ils doivent, par exemple limiter l’usage de produits chimiques tels que les pesticides et les engrais. Ils veillent également à stocker les fertilisants de manière à éviter les pollutions, gèrent de façon économe les ressources en eau et pratiquent le tri sélectif des déchets.

Une agriculture en plein développement

Une ferme de démonstration FARRE dans le Lot *Forum de l’Agriculture Raisonnée Respectueuse de l’Environnement © FARRE

En France, l’association FARRE (Forum de l’Agriculture Raisonnée Respectueuse de l’Environnement) regroupe plus d’un millier de membres (agriculteurs, distributeurs, fabricants de produits phytosanitaires) et près de 500 « fermes de démonstration ».

Des enseignes de grande distribution comme Auchan et Casino ont lancé leur propre filière de production « raisonnée » (même si le terme n’est pas encore encadré par la réglementation). Environ 200 produits arborant le logo “Filière Auchan“ sont ainsi référencés.

Moins exigeante que l’agriculture biologique (qui exclut tout usage de produits chimiques), l’agriculture raisonnée se développe dans l’ensemble de l’Europe : cinq pays ont mis en place des initiatives comparables à celle de FARRE (Allemagne, Grande-Bretagne, Suède, Luxembourg, Italie).

Un système de labellisation indépendant baptisé EurepGap a même été créé pour les fruits, les légumes et les fleurs. Plus de 10 000 producteurs l’utiliseraient déjà dans 35 pays.

Bio ou raisonnée ?

Différence essentielle entre l’agriculture biologique et l’agriculture raisonnée : la première interdit l’usage des produits chimiques de synthèse (pesticides ou fertilisants), alors que la seconde recommande seulement de le limiter au maximum.

Les produits « bio » bénéficient d’un logo spécifique (les lettres « AB »), ce qui n’est pas le cas des produits « raisonnés » (ceux-ci doivent se contenter d’une mention écrite).

Les exploitations qui veulent devenir « bio » doivent respecter une période de reconversion de deux à trois ans avant d’obtenir le label, ce qui n’est pas le cas en agriculture raisonnée.

Enfin, les agriculteurs biologiques sont contrôlés tous les ans, les agriculteurs qualifiés « agriculture raisonnée » tous les cinq ans seulement.

L’agriculture raisonnée est-elle durable ?

L’agriculture raisonnée permet-elle de concilier la défense de l’environnement et l’alimentation de la planète ? C’est ce qu’affirment ses défenseurs, en s’appuyant sur les conclusions du Sommet de la Terre, à Rio en 1992. L’ « agriculture durable » y a été définie comme « une agriculture économiquement viable, saine pour l’environnement et socialement équitable ». Les tenants de l’agriculture raisonnée jugent que ce mode de production répond aux critères de Rio, et soulignent qu’il est applicable à grande échelle, contrairement au « biologique ».

Reste que l’agriculture raisonnée poursuit la logique de l’agriculture conventionnelle, basée sur l’usage des substances chimiques... Plusieurs grands fabricants de produits phytosanitaires, comme Monsanto et Bayer, sont d’ailleurs membres du FARRE. Les partisans du bio jugent par ailleurs que les règles fixées dans le « référentiel de l’agriculture raisonnée » sont trop peu contraignantes : 45 des 98 points de ce texte ne sont en fait que des rappels de la réglementation standard. De plus, la démarche proposée ne prévoit pas d’évaluation de l’impact environnemental de ce nouveau cahier des charges. Malgré ces limites, l’agriculture raisonnée aidera-t-elle à sensibiliser les exploitants aux problèmes d’environnement ? L’avenir le dira.

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