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Bilan de la mission Near : ce que l'on a appris d'Eros

Near a permis de dresser une cartographie de l'astéroïde, de découvrir sa forme et son relief avec une très grande précision, de donner sa composition, au moins en surface (essentiellement des silicates) et de remarquer qu'Eros n'a pas de satellite, pas plus qu'il n'a de champ magnétique.

Eros : côté pile, côté face... © Nasa/JHUAPL

Parmi les expériences du programme Near, l'une était pilotée par une équipe française : il s'agissait de mesurer la gravité de l'astéroïde qui, vu la forme d'Eros, n'est pas homogène. Jean-Pierre Barriot, du Centre national d'études spatiales (CNES) commente l'expérience et ses résultats : « La brique constitutive d’Eros, c’est la même que celle de la terre. Pour nous, c’était très beau comme expérience, c’est de la science d’ordre 0, on ne savait pas du tout ce qu’on allait trouver. »

L’expérience française consistait à modéliser le champ de gravité de l’astéroïde en examinant avec une très grande précision comment la sonde tournait autour de l’astéroïde : les variations de vitesse de la sonde indiquaient les variations d’attraction par gravité qu’exerçait sur elle l’astéroïde.

« La technique s‘apparente au radar de la gendarmerie : depuis la Terre, on envoie une onde qui se réfléchit sur la sonde et revient vers la terre ; on analyse le mouvement et on est capable de remonter à la masse de l’astéroïde et surtout à la répartition de la masse dans l’astéroïde, on peut connaître ce qui se passe à l’intérieur sans avoir à s'y poser. »

Un corps primitif, non différentié

Résultat : l’astéroïde est de densité constante, avec peut-être quelques variations aux bouts du “patatoïde“ qu’il faudra confirmer après dépouillement de toutes les données. Quoi qu’il en soit, Eros n’est pas différencié , il n’a pas de noyau comme la Terre, ce qui explique qu’il n’ait pas de champ magnétique. Il n’a pas de manteau, ni de croûte. C’est un corps suffisamment primitif et petit pour que les éléments les plus lourds ne se soient pas concentrés au centre, comme cela se passe sur des objets plus gros. Il n’est probablement pas non plus le morceau d’un astéroïde plus gros qui se serait brisé. La masse a été évaluée à 7000 milliards de tonnes, ce qui donne une densité comparable à celle de l’écorce terrestre.

Des inconnues subsistent

Eros, vu à une altitude de 38 km. © Nasa/JHUAPL

Eros conserve quand même quelques secrets : « On ne sait pas pourquoi il y a autant de cailloux ! ».

Sur terre, les cailloux sont le résultat du délitement des montagnes. Alors d’où viennent les cailloux d’Eros ? Il y a aussi un déficit de cratères d’impacts de petite taille. Si on regarde la Lune, toutes les tailles sont représentées. Probablement une subtilité de la formation du régolithe de surface qui absorbe les impacts d’objets en quelques millions d’années… et qu’il reste à bien comprendre.

Le rendez-vous manqué de 1998 a coûté l’équivalent de carburant de plusieurs mois de missions de la sonde. « J’ai un petit regrêt, conclut Jean-pierre Barriot. J’aurais souhaité plus de survols à basse altitude et surtout des passages à encore plus basse altitude : entre 30 et 15 km d’altitude, on est quatre fois plus sensible. » Mais pour cela, il aurait sans doute fallu plus de temps, avant de poser définitivement la sonde sur l’astéroïde.

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