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Comment améliorer l'accès au dépistage du sida en France ?

Chaque année, plus de 800 personnes ne découvrent leur séropositivité qu'au stade du sida et ce nombre n'a quasiment pas diminué depuis l'arrivée des nouvelles associations d'antirétroviraux. Tel est le constat rendu public par l’Institut de veille sanitaire le 20 novembre dernier. Comment expliquer ce phénomène malgré le dépistage gratuit proposé depuis quinze ans et les campagnes régulières d’incitation ?

Une stabilisation globale

Ensemble des cas adultes Nouveaux cas de sida par semestre de diagnostic jusqu’au 30 juin 2002selon la connaissance de la séropositivité et la prescription d’un traitement antirétroviral avant le sida. © INVS

Au 30 septembre 2002, on estime que 24 300 à 26 700 personnes vivent en France avec un sida déclaré et que 37 500 à 40 850 personnes en sont décédées depuis le début de l’épidémie.

Après avoir augmenté jusqu’en 1994, l’incidence du sida a diminué en 1995, et plus fortement encore en 1996. Depuis 1998, on observe une stabilisation globale des cas. Ainsi au premier semestre 2002, le nombre de nouveaux diagnostics de sida est d’environ 840 et le nombre de décès dus au sida est de 350.

Mais cette stabilisation cache des évolutions différentes de l’épidémie selon les modes de transmission.

Des disparités selon les modes de transmission

Homosexuels / bisexuels Nouveaux cas de sida par semestre de diagnostic jusqu’au 30 juin 2002selon la connaissance de la séropositivité et la prescription d’un traitement antirétroviral avant le sida. © INVS

Entre 1998 et 2001, la diminution du nombre total de nouveaux cas de sida s’est poursuivie dans la population des homosexuels et des bisexuels.

Hétérosexuels Nouveaux cas de sida par semestre de diagnostic jusqu’au 30 juin 2002selon la connaissance de la séropositivité et la prescription d’un traitement antirétroviral avant le sida. © INVS

On a enregistré pendant la même période une hausse de presque 10% de nouveaux cas de sida chez les hétérosexuels.

Parmi ceux-ci, 64% n’ont pas eu accès au dépistage contre 45% chez les homosexuels.

Usagers de drogues Nouveaux cas de sida par semestre de diagnostic jusqu’au 30 juin 2002selon la connaissance de la séropositivité et la prescription d’un traitement antirétroviral avant le sida. © INVS

Seulement 17% des usagers de drogues par voie intraveineuse n'ont pas été dépistés avant le stade de sida maladie.

Les migrants, une population particulièrement vulnérable

Au premier semestre 2002, 41% des cas liés à une contamination hétérosexuelle touchent des personnes issues de pays appartenant à la zone géographique de l’Afrique sub-saharienne. Celles-ci représentent 22% des malades, contre 12% en 1998 et 5% en 1995.
Entre 1999 et 2002, 68% des personnes issues d’Afrique sub-saharienne ignoraient leur séropositivité avant de déclarer le sida, alors qu’elles étaient 42% chez les personnes de nationalité française.

Une étude réalisée entre janvier et juin 2002 auprès de 250 personnes d’Afrique sub-saharienne prises en charge pour leur infection VIH dans plusieurs hôpitaux d’Ile-de-France a permis de mieux connaître cette population. 34% des personnes interrogées sont arrivées en France depuis 1999, ce qui pourrait en partie expliquer l’augmentation du nombre de nouveaux cas de sida observés chez des patients originaires d’Afrique sub-saharienne.

Elles bénéficient généralement d’une protection sociale, mais se trouvent dans des conditions de précarité (travail, logement, revenus…) qui rendent difficile leur prise en charge médicale. Leur séropositivité a le plus souvent été découverte du fait de symptômes cliniques pour les hommes ou lors d'un test prénatal pour les femmes.

Comment se passe le dépistage concrètement ?

Le test consiste en une prise de sang (pour laquelle il n’est pas nécessaire d’être à jeûn). On va ensuite rechercher dans l’échantillon sanguin la trace du passage du virus, c’est-à-dire la présence d’anticorps dirigés contre les deux types de virus du sida, VIH-1 et VIH-2. Le dosage des anticorps se fait par une technique appelée Elisa et il est effectué par deux laboratoires différents pour chaque échantillon sanguin :

=> Si les deux résultats sont négatifs, la personne est séronégative.
=> Si, en revanche, l’un des deux résultats ou les deux sont positifs, un test de deuxième intention est alors pratiqué pour pouvoir infirmer ou confirmer ce résultat.

Un nouvel échantillon de sang est prélevé et analysé cette fois par une technique appelée Western Blot :

=> Soit le test est négatif et, s’il n’y a pas eu de risque pris dans les trois derniers mois*, on est certain de la séronégativité.
=> Soit le test est positif : la personne est séropositive. Avec ce deuxième test, on a déterminé la souche VIH-1 ou VIH-2 responsable de l'infection.

Contrairement aux laboratoires de ville, dans les centres de dépistage (centres de plannings familiaux, etc.), le test est précédé de l’accueil du consultant par un médecin pour évaluer la période de prise du risque, et l’annonce du résultat se fait aussi par le médecin, qui peut être à l’écoute de la personne et l’orienter.

*S’il y a eu un risque pris dans les trois derniers mois, les anticorps n’ont peut-être pas eu le temps d’apparaître en quantité détectable (période de latence), et il est conseillé de refaire un test pour s’assurer de sa séronégativité.

Lutter contre la précarité

Campagne mondiale contre le sida 2002-2003 Stigmatisation et discrimination – tel est le thème de la Campagne mondiale contre le SIDA pour les deux années 2002 et 2003. © ONUSIDA


L’étude Ippothes® 2002 qui porte sur “ Femmes et observance dans le VIH ” montre qu’il n’y a pas de lien entre l’observance du traitement et le niveau d’études ou l’origine étrangère des patientes.En revanche, le risque de mauvaise observance est multiplié par deux lorsque les femmes cumulent deux situations de précarité (revenu, logement...) et par quatre si elles sont confrontées à plus de deux situations les rendant vulnérables (dépression, absence de travail...).

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