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Il n’y a pas une, mais quatre espèces de girafes

D'importants écarts génétiques ont été mis au jour chez les girafes. Tant et si bien qu’il existerait en fait quatre espèces différentes de ce mammifère africain, et non une seule.

Une girafe réticulée photographiée au Kenya.© Julian Fennessey

En apparence, toutes les girafes se ressemblent. Sur le plan génétique en revanche, c’est une autre histoire. Les résultats d’une nouvelle étude montrent qu’il existe parmi elles des différences comparables à celles qui séparent les ours polaires des ours bruns. En analysant le génome de près de 200 girafes, des chercheurs allemands ont en effet découvert des écarts considérables entre les individus, à tel point qu’ils ne les considèrent plus comme faisant tous partie de la même espèce. Dans un article publié dans la revue Current Biology, les auteurs concluent à l’existence de quatre espèces distinctes de girafes : la girafe du Sud, la girafe Masaï, la girafe réticulée et la girafe du Nord.

Jusqu’ici, la communauté scientifique ne reconnaissait l’existence que d’une seule espèce, Giraffa camelopardalis, elle-même divisée en neuf sous-espèces. Une hiérarchie bouleversée par les résultats obtenus par les équipes du biologiste Julian Fennessey, directeur de la Fondation pour la conservation des girafes, et du généticien Axel Janke du Centre de recherche sur la biodiversité et le climat de Francfort. En étudiant l’ADN de girafes issues de populations de 21 pays africains, les chercheurs ont observé des disparités étonnantes entre les neuf sous-espèces présumées. Quatre groupes très distincts de girafes, identifiés grâce à des marqueurs génétiques spécifiques, ont ainsi été mis en évidence. Cette différenciation suggère que l’échange génétique est rare, voire inexistant entre les quatre groupes. En d’autres termes, ces populations de girafes semblent ne pas se reproduire entre elles dans la nature, ou très peu.

Qu’est ce qu’une espèce ?

La notion d’espèce fait l’objet de débats au sein de la communauté scientifique, mais le concept le plus communément admis est celui de l’espèce biologique, caractérisée par l’isolement reproductif d’un ensemble d’animaux (taxon). « Dans le cas des girafes, il est très difficile de vérifier si les différentes populations se reproduisent entre elles, car elles vivent très éloignées les unes des autres et les données d’observation manquent, explique Axel Janke. Nous nous sommes donc basés sur le concept d’espèce génétique, qui comme son nom l’indique se base sur l’ADN, mais qui finalement prouve la même chose : l’isolement du taxon ». « Si les girafes se reproduisaient toutes librement entre elles, il y aurait un brassage génétique et nous ne verrions pas cette différence », poursuit le chercheur.

Selon lui, si cette différenciation n’a pas été découverte auparavant, c’est que la recherche sur ces mammifères au long cou est insuffisante. « Il n’y a eu que 400 publications scientifiques sur les girafes. Par comparaison, il en existe environ 25 000 sur les rhinocéros ! » « On sait très peu de choses sur les girafes. On ne sait pas comment elles vivent, ni précisément quel est leur rôle dans l’écosystème. Il y a déjà eu des études, mais elles ne sont pas allées assez loin », regrette le généticien. En 2007, une étude menée par des chercheurs de l’université de Californie (cf. : Brown et al, 2007) avait déjà émis l’hypothèse d’un isolement reproductif de certaines populations de girafes, suggérant ainsi la possibilité de l’existence d’espèces distinctes. Cependant, selon le docteur Janke, la méthodologie n’était pas assez avancée et la réflexion s’est arrêtée là.

La girafe de Nubie, identifiée par l’étude comme une sous-espèce de Giraffa Camelopardalis, le nom scientifique associé par les chercheurs allemands à l’espèce de la girafe du Nord.© Julien Fennessey

À l’origine de cette étude, une volonté de la Fondation pour la conservation des girafes d’aller plus loin dans la connaissance des liens génétiques entre les girafes. « L’objectif était de savoir si la génétique pouvait répondre à certaines de nos inquiétudes en matière de préservation, notamment en ce qui concerne les transferts de populations et les mélanges entre espèces », raconte Julian Fennessey, à l’origine de la démarche. Les résultats de cette publication prouvent l’utilité de recherches approfondies sur ces quatre espèces.

Des mammifères plus menacés que prévu

Car si la girafe se divise désormais en quatre espèces, son statut sur la liste rouge mondiale des espèces menacées pourrait changer. Aujourd’hui, la girafe est classée dans la catégorie « préoccupation mineure » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Sur son site, l’organisme précise que si la population de girafes est estimée à plus de 100 000 individus, « une récente estimation préliminaire suggère une diminution de la population, pouvant, si elle est avérée, induire un changement prochain de statut, dans une catégorie plus menacée ».

« Cette nouvelle classification fait une énorme différence, commente Axel Janke. La girafe du Nord compte 4 500 individus, soit la même population que le rhinocéros noir, considéré, lui, comme “en danger critique”. L’ours polaire compte environ 26 000 individus, et tout le monde est d’accord pour dire qu’il est menacé ».

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