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Les cartes rebattues de la recherche mondiale

Les grands foyers de la recherche mondiale ont moins de poids que par le passé du fait de la déconcentration et la diversification géographique de l’activité scientifique. C’est ce que révèle une étude française parue dans la revue Urban Studies.

Science mondiale, un monde de plus en plus multipolaire En 2007, cinq pays (États-Unis, Chine, Japon, Allemagne et Royaume-Uni) produisent 50% de la science mondiale, 12 pays 75% et 25 pays, 90%. Comme le montre la carte, même si l'Amérique du Nord, l'Europe et le Japon restent en tête, les pays émergents se développent rapidement et contribuent à l'élaboration d'une carte multipolaire. © Laurent Gégou, ANR Géoscience, Univesité Toulouse II-Le Mirail, 2013

L’image d’une production scientifique mondiale limitée à quelques grands sites de recherche occidentaux a vécu. La science n’a jamais été autant internationale et l’émergence de nouveaux sites de production scientifique – notamment en Asie – redessine le panorama de la recherche mondiale. C’est ce que montre une nouvelle étude statistique systématique parue dans la revue Urban studies, réalisée par des chercheurs français (CNRS-Université de Toulouse II-Le Mirail/EHESS) après l’analyse de millions d’articles scientifiques.

Ascension orientale

Évolution des trente pays les plus 'productifs' La déconcentration est marquée au niveau des pays. En 2000, trois pays (États-Unis, Royaume-Uni et Japon) produisaient à eux seuls 50 % des publications. Il en fallait dix pour obtenir 75 % des publications et 20 pour atteindre 90 %. © Laurent Gégou, ANR Géoscience, Univesité Toulouse II-Le Mirail, 2013

En répertoriant sur une carte du monde l’ensemble des articles recensés entre 1987 et 2007 dans le Science Citation Index (SCI), les chercheurs montrent tout d’abord que les grands foyers de la science ont moins de poids que par le passé. À la fin des années 1980, les dix premières agglomérations mondiales pesaient 21 % du total de la production scientifique. Elles n'en représentaient plus, en 2007, que 13 %.

Le cercle des principaux producteurs de savoir s'est ainsi agrandi. En 2000, trois pays (États-Unis, Royaume-Uni et Japon) produisaient à eux seuls 50 % des publications. En 2007, avec la montée de l'Allemagne et de la Chine, ce sont cinq pays qui produisent la même proportion de publications internationales.

Si les États-Unis, le Royaume-Uni et le Japon demeurent toujours en tête du peloton, les pays émergents font une poussée remarquable. C'est notamment le cas en Asie, avec la Chine, la Corée, Taiwan ou l’Inde, mais aussi en Amérique du Sud, en particulier avec le Brésil.

Les États-Unis toujours premiers

Les États-Unis restent un cas à part. La pays demeure premier en termes de production scientifique dans le monde. Le nombre d’articles écrits par ses chercheurs continue à augmenter régulièrement, quoique à un rythme plus lent que dans les pays émergents. Le poids de la science américaine domine donc moins le paysage planétaire que par le passé : en 1987, il était de 34 % contre 25 % en 2007. À l'échelle nationale, il n’y a pas d’évolution significative, puisque le système américain est l’un des moins concentrés au monde, avec une recherche répartie entre des centaines de villes.

Science en province

Concentration et déconcentration selon les pays Ces 70 pays produisent 90 % des publications mondiales. Le tableau montre que dans leur grande majorité, ils connaissent un processus de déconcentration interne. Dans les pays stables, le système universitaire ne connaît pas de grande transformation. Les rares cas de concentration correspondent à des pays ayant une histoire et des politiques bien particuliers. © Ceriscope

Les chercheurs notent également une déconcentration de l’activité scientifique vers les villes secondaires, en particulier dans les pays émergents. En Chine, par exemple, le poids des grandes villes provinciales est beaucoup plus fort que par le passé. Alors qu’en 1987, Pékin et Shanghai rassemblaient à elles seules 52,8 % du nombre d’articles publiés par les chercheurs chinois dans le Science Citation Index, cette proportion est tombée à 31,9 % en 2007.

La Turquie offre un second exemple. En vingt ans, le pays est passé de la 44e à la 16e place mondiale en nombre d’articles publiés. Dans le même temps, Ankara et Istanbul, les deux principales métropoles scientifiques, ont vu leur poids diminuer au sein de leur propre pays. Ces deux villes représentent aujourd'hui un peu moins de la moitié du nombre d’articles publiés par les chercheurs turcs, contre 60 % il y a 20 ans. 

Les grandes agglomérations mondiales dans leur production nationale entre 2000 et 2007 Les villes les plus 'productives' dont le poids régresse sont Pékin, Paris, Moscou, Madrid et Taipei. Ces trois villes se situent cependant dans des pays dont la part mondiale augmente. Mais le nombre de leurs publications s'accroît moins vite que celui d'autres villes des mêmes pays. © Ceriscope

Toutefois, cette tendance à la déconcentration géographique ne signe pas le déclin des métropoles à forte tradition de recherche. Londres, Paris, Tokyo ou New York continuent de voir leur nombre d’articles augmenter. Leur croissance est néanmoins moins forte qu'auparavant, ce qui explique leur baisse relative : la production scientifique est dorénavant plus éclatée, partagée entre un plus grand nombre de villes.

Ces résultats remettent en question le postulat selon lequel la production scientifique obéirait à un processus inéluctable de concentration dans quelques grandes métropoles, et par conséquent... la nécessité d'y concentrer les moyens financiers et humains.

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