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Nature & Environnement

Nourrir ou laisser périr : une forme de sélection naturelle chez les oiseaux

Pourquoi certains oiseaux choisissent-ils de nourrir les plus gros oisillons en priorité, même quand les plus chétifs réclament davantage ? Une étude publiée dans la revue Nature apporte un élément de réponse à cette question de longue date : ils s’adaptent à la dureté de leur environnement et parient sur la survie du plus fort.

Des petites mésanges charbonnières réclament à manger en usant de cris, de postures et en ouvrant grand leurs becs colorés. © Camilla Hinde

Y-a-t-il de bons et de mauvais parents chez les oiseaux ? Quand on observe les différences de comportements entre certaines espèces, on aurait vite fait de faire le raccourci. La logique voudrait que les parents donnent en priorité à manger aux oisillons les plus faibles et à ceux qui réclament le plus, comme c’est le cas dans certaines espèces comme l’hirondelle bicolore d’Amérique du Nord. Alors, pourquoi est-ce que d’autres espèces – comme les fous à pieds bleus des îles Galapagos – privilégient d’abord les plus gros oisillons, même quand ils ne réclament pas leur pitence ? Une équipe de chercheurs britanniques et néerlandais a étudié ces comportements en fonction de l’environnement dans lequel ils s’expriment. Leur conclusion ? Les environnements imprévisibles et pauvres en nourriture entraînent une évolution vers la négligence parentale des oiseaux les plus fragiles.

Une question d’environnement

« D’une certaine manière, les parents pratiquent une sorte de sélection naturelle sur les oisillons, en cas d’environnement difficile », explique Stuart West, chercheur au département de zoologie de l’Université d’Oxford. Pour en arriver à cette conclusion, lui et ses collègues se sont appuyés sur plusieurs centaines d’ouvrages et de documentations sur le nourrissage chez 143 espèces d’oiseaux. Ils les ont ensuite analysés en corrélation avec l’état de santé des oisillons, leur manière de communiquer et les conditions de leur environnement. Il en ressort que les systèmes de communication entre les parents et leurs petits évoluent en fonction de la qualité de leur habitat.

Dans un environnement favorable, les parents sont sensibles aux signaux de « nécessité » – les cris et les bouches ouvertes des oisillons – alors que dans le cas contraire, ils réagissent aux signaux de « qualité » – la taille, synonyme de robustesse, ou d’autres signes extérieurs de santé. En outre, les petits aussi semblent avoir une manière de communiquer différente selon les milieux. S’il est favorable, les oisillons les plus chétifs réclament plus que dans un milieu défavorable.

Selon la qualité de l’environnement, les oiseaux changent la manière dont ils nourrissent leurs oisillons. Dans un environnement favorable, ils ne tentent pas de réduire leur couvée et donnent à manger à l’oisillon le plus chétif en premier. Ils répondent aux signaux de « nécessité ». Dans un environnement défavorable, ils peuvent tenter de réduire le nombre de petits à nourrir et donnent à manger au petit le plus en forme en premier. Ils répondent alors aux signaux de « qualité ». 

Pour comprendre ce comportement, il faut mettre de côté le postulat selon lequel les parents ont pour objectif d’élever tous leurs petits. Dans un environnement prévisible où la nourriture est abondante, les parents, à qui la recherche de nourriture pour leurs petits prend une énergie considérable, peuvent se permettre d’investir dans la survie de tous leurs petits. Dans ces conditions favorables, les espèces évoluent de manière à développer une réponse adaptée au bien-être de tous, c’est-à-dire nourrir celui qui réclame le plus en premier.

Dans un milieu hostile ou imprévisible, les espèces ont appris, au contraire, à sauver ce qui peut l’être, d’où une réponse instinctive aux signes extérieurs de santé plus solide. De la même manière, le système de communication des oisillons s’adapte également au mode de communication induit par l’environnement et par les priorités auxquelles font face les parents.

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