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Plomb : quoi de neuf dans la lutte contre le saturnisme ?

De nouvelles dispositions légales adoptées à l'automne 2003 visent à améliorer la lutte contre cette maladie liée à la présence de plomb dans l'environnement. Mais de l'avis des experts, les actions tardent à être mises en place.

Les nouvelles mesures

De la peinture à base de plomb, cause de cinq cas de saturnisme, dans un logement à Bordeaux Une mère africaine assise sur le lit d'un de ses enfants, montre le 9 novembre 2001, le papier des murs arraché sous lequel se trouve une peinture à base de plomb qui est la cause de cinq cas de saturnisme dépistés dans le centre de Bordeaux chez des enfants agés de 16 mois à 7 ans. Deux d'entre eux présentent des taux de plomb dans le sang quatre fois supérieurs au seuil maximum fixé à 100 microgrammes par litre de sang. © Derrick Ceyrac / AFP Photo

Pour assainir les logements

Les nouvelles dispositions proposées en septembre 2003 prévoient l'établissement obligatoire d'un “certificat de risque d'exposition au plomb“ lors de la vente d'un logement construit en 1948 ou avant. Cette mesure ne s’applique pas lorsque le logement est loué à de nouveaux occupants sans changement de propriétaire, mais le dispositif légal prévoit des “mesures d'urgence“ si un enfant est dépisté avec un taux de plomb trop élevé dans le sang. Son cas est alors signalé aux pouvoirs publics et le préfet demande qu'un diagnostic soit établi sur le logement où il réside.

Si nécessaire, il peut imposer au propriétaire de réaliser des travaux dans un délai très court (de 1 à 3 mois), faute de quoi ces travaux seront exécutés d'office. Cette possibilité de contrainte donnée au préfet était déjà présente dans la loi d’orientation du 29 juillet 1998, relative à la lutte contre les exclusions. Il y était fait mention de « travaux palliatifs », devant empêcher l’accès aux peintures et revêtements dégradés, sources potentielles de plomb.

Toutefois, malgré les efforts notables de certaines collectivités locales, les résultats ne sont pas toujours à la hauteur des attentes. Il faudrait pour cela remédier au problème principal, à savoir la vétusté de certains logements qui sont fréquemment habités par des familles issues de milieux défavorisés.

Pour assainir l’eau

En date du 25 décembre 2003, l’application d’un décret promulgué en décembre 2001 devient obligatoire. Celui-ci, qui était la transposition en droit français d’une directive européenne de 1998, fixe la teneur de plomb admissible dans l’eau potable à 25 microgrammes par litre au lieu de 50 précédemment.

Il faudra toutefois aller beaucoup plus loin dans les années à venir, car la norme européenne prévoit un abaissement de ce taux à 10µg/l en 2013. Pour tenir cet objectif, la suppression de toutes les conduites en plomb dans les circuits de distribution d’eau sera probablement inévitable.

Répartition des cas de saturnisme* en 2001

Les cas de saturnisme en 2001 Nombre de cas de saturnisme chez des enfants mineurs signalés à la DDASS en 2001 dans les départements les plus touchés. © CSI 2004

423 cas de saturnisme chez des enfants mineurs ont été signalés aux DDASS en 2001. Un peu plus de 70 % des cas sont recensés en Île de France, région dans laquelle se trouve une proportion élevée d'habitat ancien dégradé. Les dix départements les plus touchés sont très urbanisés et concentrent le quart du parc de logements anciens. 70 départements n’ont eu connaissance d'aucun cas de saturnisme infantile en 2001. 97 % des signalements concernent des enfants de moins de 6 ans. à titre de comparaison, on dénombrait 500 cas à Paris en 1990, soit plus du triple de ceux déclarés en 2001.

*Le saturnisme correspond à une intoxication par le plomb. Qu'il soit ingéré ou inhalé, ce métal lourd est absorbé par l'organisme et véhiculé par les globules rouges, jusqu'aux reins et aux os où il va être stocké. En quantités trop importantes, il devient toxique et peut provoquer une anémie et divers troubles digestifs, neurologiques… Ce sont surtout les personnes à santé précaire, les femmes enceintes et leur fœtus, et les enfants qui sont les plus sensibles. Chez ces derniers, il peut freiner la croissance et le développement mental.

Les solutions envisagées

Le robinet anti-plomb en phase de test © © Vivendi Universal

Pour réduire la teneur en plomb de l'eau, des chercheurs ont mis au point un robinet anti-plomb. Ce robinet pourrait constituer une solution efficace et peu onéreuse de traitement de l'eau au point d'utilisation. Mais, parallèlement, les travaux de remplacement des tuyauteries en plomb se poursuivent. En effet, pour atteindre le seuil recommandé par la directive européenne de 1998, les traitements courants d'assainissement de l'eau ne sont pas suffisants: seul le changement des tuyauteries en plomb permettra de respecter les normes.

Ce sont en fait les branchements, raccordant les canalisations de distribution de l'eau aux habitations et les conduites internes de ces habitations qui sont en cause: jusqu'en 1945, ils ont été construits avec du plomb. Il va donc falloir, d'ici à 2013, remplacer quelques 42 000 km de tuyauteries en plomb, soit plus d'une fois le tour de la Terre ! On comprend mieux l'ampleur de la tâche, mais aussi son coût: la facture devrait s'élever à 120 milliards de francs, dont 100 milliards à la charge des propriétaires !

D'autres solutions sont également à l'étude. Au lieu de remplacer les tuyauteries, le groupe Vivendi a imaginé un procédé de “chemisage“ des canalisations, c'est-à-dire “l'application d'un film de polymère imperméable au plomb sur la surface interne de ces conduites“.

Le robinet anti-plomb

Prototype de robinet anti-plomb © Vivendi Universal

En 1999, les ministères chargés du Logement et de la Recherche ont lancé un appel à propositions pour la réduction de la teneur en plomb dans l'eau potable. Le Laboratoire des sciences du génie chimique (LSGC) du CNRS, le Laboratoire d'hygiène et de recherche en santé publique (LHRSP) de Nancy et la Générale des Eaux se sont associés pour réfléchir à la question. Le fruit de leurs travaux est un système individuel de traitement, fiable et économique : le robinet anti-plomb, mis au point par le groupe Vivendi (ex-Générale des Eaux) et l'américain Culligan.

De faible encombrement, cet appareil se fixe au niveau du col de cygne du robinet (utilisé pour l'eau alimentaire). Il est doté d'une cartouche amovible contenant un module de filtration qui arrête les particules de plomb en suspension et un module d'adsorption pour fixer le plomb dissous. Il préserve toutes les qualités de l'eau et présente une innocuité bactériologique. Cette cartouche doit être remplacée au bout de six mois. Son recyclage est à l'étude.Une étude de validation est en cours en Lorraine (une dizaine de foyers ont été équipés de ce robinet), permettant de tester divers matériaux de filtration: charbons actifs, résines échangeuses d'ions...

Si les résultats sont concluants, c'est-à-dire si le taux de plomb mesuré au robinet ne dépasse pas 10 µg/litre, la phase de commercialisation pourra être lancée.

Une mobilisation trop faible

Meme si un certain nombre d'actions ont été lancées, les experts chargés par le ministère de la santé d'apporter leurs conseils dans la lutte contre le saturnisme restent insatisfaits de leur mise en pratique. Réunis en “conférence de consensus“ en décembre 2003, ils déplorent que la mobilisation des autorités sanitaires ne soit entamée que depuis les années 90, malgré l'existence bien antérieure de connaissances scientifiques. Ils regrettent aussi que l'application des textes réglementaires peine à se concrétiser, faute d'implication suffisante des “institutions et communautés professionnelles concernées“. Un point positif est pourtant mis en avant dans leur communiqué : la loi sur l'exclusion sociale, qui depuis la fin des années 90 intègre dans ses dispositions la lutte contre le saturnisme.

Un problème de santé publique

Le plomb dans l'eau en France Carte des régions de France où les propriétés de l'eau influent sur les risques liés au plomb. © Science actualités (CSI)

Une expertise collective réalisée par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) en 1997 révèle que “les poussières et l'eau sont les deux principales sources de contamination pour les nourrissons et les enfants, contribuant à un apport largement supérieur aux doses journalières tolérables“.

Heureusement, les branchements des canalisations concernant les crèches, les hôpitaux et les écoles ont déjà été remplacés par mesure de précaution. Restent toutefois les tuyauteries de nos maisons...

Et nous ne sommes pas tous égaux devant les risques: il existe des disparités selon la région où l'on habite, en fonction des propriétés de l'eau qui y circule. L'eau peu minéralisée et acide est plus agressive vis-à-vis des parois des tuyaux et favorise la dissolution du plomb. C'est le cas par exemple dans les massifs Vosgien, Central et Armoricain.

Les sources de contaminations

  • L'essence plombée :


L'émission de plomb dans l'atmosphère a considérablement diminué depuis vingt ans grâce à l'abandon progressif de l'essence plombée. Une baisse qui continue à s'accentuer avec la disparition du parc automobile fonctionnant à l'essence avec plomb.

  • Les aliments :


Due aux retombées atmosphériques et à la contamination des sols, cette contamination ne dépasse en général pas les valeurs limites admises. Cependant les experts recommandent une évaluation plus précise pour les nourrissons.

  • Les sites industriels et les peintures anciennes :


En mai 2001, la Société française de pédiatrie dénonce “l'absence d'une politique coordonnée de lutte contre le saturnisme“. Selon une étude de sa “commission précarité“, seuls une quinzaine de départements ont mis en place un zonage permettant d'expertiser systématiquement les logements construits avant 1948 et qui sont l'objet de transactions immobilières. Seulement quinze départements sont en mesure de déclarer les signalements de cas de saturnisme, et ce malgré la loi contre les exclusions de juillet 1998. L'arrêté où devait figurer le seuil légal pour les signalements d'intoxication n'est toujours pas paru. “Les résultats de ces trois dernières années sont dérisoires“, estime l’un des auteurs de l'enquête, Michel Berthier, pédiatre au centre hospitalier de Poitiers. “À ce rythme des dizaines d'années seront nécessaires pour espérer une véritable avancée de la lutte contre le saturnisme“.

  • L'eau :


Les experts sont formels: l'eau qui coule de notre robinet présente un taux de plomb dangereux pour la santé! Difficilement éliminable par l'organisme, ce métal lourd a des effets toxiques cumulatifs, pouvant conduire au saturnisme. A ce sujet, la norme européenne établie en 1998 visait à abaisser le taux de plomb admissible dans l'eau potable de 50 µg/litre à 10 µg/litre maximum. Un décret français du 20 décembre 2001, fixant ce taux à 25 µg/litre, a été mis en application à partir du 25 décembre 2003.
Pour respecter cette disposition, il va falloir s'attaquer à la cause de cette pollution: les canalisations de nos maisons et immeubles, dont beaucoup sont encore en plomb. Le problème tient au fait que l'eau qui y circule attaque les parois et solubilise le plomb...qui se retrouve dans notre verre d'eau! En France, il faudra donc remplacer les tuyauteries des 10 millions de logements concernés par ce problème: un chantier très long et très coûteux. Alors, devra-t-on attendre des années avant de pouvoir boire une eau saine ? Peut-être pas, si un projet de robinet anti-plomb parvient à tenir ses promesses…

Combien de personnes concernées par le saturnisme en France?

Le plomb chez l'adulte et l'enfant Un adulte élimine 90% du plomb reçu alors qu'un enfant n'en élimine que 50%. © Science actualités (CSI)

Dans son expertise “Plomb dans l'environnement: quels risques pour la santé?“ parue en janvier 1999, l'Inserm estime que plus de 5% des adultes et près de 2 % des enfants de 1 à 6 ans, soit 85.000 enfants auraient une plombémie supérieure à 100 micro grammes par litre (seuil à partir duquel un enfant est reconnu intoxiqué). Sur ces 85 000 enfants, seuls 5 % étaient dépistés.

Pire encore, 10 000 d'entre eux auraient un taux de plomb dans le sang de plus de 250 micro grammes par litre. Le seuil maximum admissible fixé par l'Inserm est de 36.

Mais ces mêmes experts estiment à 250 000 le nombre d'enfants vivant dans des zones à risques, anciennes zones industrielles ou immeubles vétustes à peintures anciennes. Aucun chiffre plus précis de personnes atteintes de saturnisme n'est disponible.

Les méfaits du saturnisme

Le saturnisme correspond à une intoxication par le plomb. Qu'il soit ingéré ou inhalé, ce métal lourd est absorbé par l'organisme et véhiculé par les globules rouges, jusqu'aux reins et aux os où il va être stocké. En quantités trop importantes, il devient toxique et peut provoquer une anémie et divers troubles digestifs, neurologiques… Ce sont surtout les personnes à santé précaire, les femmes enceintes et leur fœtus, et les enfants qui sont les plus sensibles. Chez ces derniers, il peut freiner la croissance et le développement mental.
Après que l'exposition au plomb ait cessé, il faut entre 10 et 20 ans pour éliminer toute trace de ce métal dans l'organisme.

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