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Pourquoi l’Italie est-elle autant sujette aux séismes ?

Le tremblement de terre de magnitude 6,2 qui vient de frapper le centre de l’Italie n’est pas un évènement isolé. Pourquoi cette région de l’Italie est-elle ainsi exposée aux séismes ? Que se trame-t-il exactement sous la surface ?

La préfecture de L'Aquila après le séisme du 6 avril 2009.© Wikipedia Commons

Un séisme d’une magnitude de 6,2 sur l’échelle de Richter a secoué le centre de la péninsule italienne mercredi 24 août, provoquant la mort d’au moins 250 personnes. L‘épicentre se situe à dix kilomètres au sud-est de la ville de Norcia, dans la région de l’Ombrie, à moins de 60 kilomètres de L’Aquila, théâtre d’un tremblement de terre tout aussi meurtrier le 6 avril 2009 (309 morts). En à peine 7 ans, le secteur aura donc connu deux séismes dramatiques. Les derniers d’une longue série, puisque la chaîne de montagnes des Apennins repose sur un système de failles à la frontière entre deux plaques tectoniques. C’est également sur cet axe montagneux nord-sud qu’en 1980, près de Naples, le séisme le plus dévastateur de l’histoire récente du pays avait entraîné la mort de près de 3000 personnes.

Une chaîne de montagnes en train de s’écrouler

Ceux qui se souviennent de leur cours de SVT sur la tectonique des plaques savent que les Alpes sont le résultat de la collision entre les grandes plaques tectoniques eurasienne et africaine. L’Italie est située au cœur de cette zone de convergence. Entre ces gigantesques plaques lithosphériques se trouve un puzzle de microplaques qui se déplacent et s’affrontent, poussées par leurs deux grandes voisines. « La tectonique de cette région est très compliquée, souligne Pascal Bernard, sismologue à l’Institut de Physique de Paris. Les zones de croûte terrestre coincées entre la plaque nord et la plaque sud ont tourné, se sont fracturées et ont délimité de nouvelles frontières de microplaques qui bougent les unes par rapport aux autres ». La chaîne montagneuse des Apennins, qui parcourt l’Italie sur mille kilomètres du nord au sud et sur laquelle se trouvent à la fois la ville de Norcia et celle de L’Aquila, marque l’endroit où deux de ces microplaques sont entrées en collision.

Mais c’est un phénomène inverse qui est à l’origine des deux séismes. Du fait de la rotation des microplaques, la région des Apennins n’est plus une zone de convergence, mais une zone d’étirement. « Curieusement, la chaîne de montagnes qui s’est formée grâce au rapprochement des deux plaques est désormais en train de s’écrouler du fait de leur éloignement, explique Pascal Bernard. Les failles qui permettaient le chevauchement des roches servent désormais à l’étalement. Sous la pression, certaines d’entre elles peuvent se fracturer, glisser, et c’est ce glissement qui produit des ondes sismiques ». C’est précisément ce qui s’est passé aux environs de Norcia et à L’Aquila.

Un séisme de magnitude 6 tous les 10 ans

Dans les Apennins, les sismologues évaluent la probabilité de la survenue d’un séisme de magnitude 6 à un tous les dix ans. Les faits semblent leur donner raison. Pour autant, la région de Norcia, qui enregistre en ce moment même de nombreuses répliques, n’est pas à l’abri d’un nouveau séisme de magnitude équivalente dans les jours ou les semaines à venir. « Quand on a affaire à un système composé de plusieurs petites failles, comme c’est le cas dans la chaîne des Apennins, il y a des chances de séismes en cascade, ajoute le sismologue. Car les failles alentour peuvent avoir été déstabilisées par la première secousse. » Toutefois, il est impossible pour les sismologues de prévoir avec précision la survenue d’une autre secousse. « Nous n’avons pas les moyens de connaître la date et l’heure d’un tremblement de terre et nous ne l’aurons jamais », précise le chercheur. Ce que l’on peut améliorer, ce sur quoi travaillent les chercheurs, c’est la précision de la probabilité d’un grand séisme. Lorsque l’on observe des phénomènes sismiques anormaux, c’est là que les probabilités peuvent aider à anticiper la survenue d’une catastrophe ». À L’Aquila, trois ans après le séisme, un tribunal avait condamné des scientifiques à des peines de prison « pour avoir négligé des signes précurseurs et minimisé le risque encouru ». « À L’Aquila, il y avait effectivement des signes précurseurs, mais la communication fut désastreuse entre les scientifiques et les autorités locales, insiste Pascal Bernard. Dans le cas de Norcia, il n’y a pas eu de signes précurseurs, il était donc impossible d’anticiper la survenue de ce séisme. »

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