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Tchernobyl : une catastrophe sans réel bilan sanitaire

25 ans après l'explosion du réacteur, la guerre des chiffres continue. La raison principale : aucun suivi sanitaire des populations vivant sur les zones contaminées n'est effectué. La communauté internationale semble vouloir s'attaquer à cette question essentielle.

Combien de victimes pour la catastrophe de Tchernobyl ? Cinq ans après notre dernier point sur la question, force est de constater que la situation n'a guère changé. Les estimations oscillent toujours entre quelques milliers et plusieurs centaines de milliers de victimes. Tout dépend de la source consultée... et du modèle statistique utilisé. Car ces chiffres, qu'ils viennent de Greenpeace ou de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), ne résultent pas d'un suivi effectif, réel, des populations. Ils découlent de modèles statistiques élaborés à la suite d'Hiroshima et de Nagasaki et qui sont censés donner, pour chaque dose de radiations reçue (en sieverts), une probabilité de déclarer, ou non, un cancer. « Or, le problème, c'est que ces modélisations ne peuvent simuler qu'imparfaitement l'impact sanitaire de Tchernobyl, entre autres parce que les contaminations radioactives n'ont pas été de même nature à Tchernobyl et à Hiroshima », explique Nicolas Foray, radiobiologiste à l'Inserm. Cette réalité a conduit à des adaptations plus ou moins complexes des modèles préexistants, ce qui explique les écarts de chiffres.

C'est pour cela qu'aujourd'hui, l'AlEA et le Comité scientifique des Nations unies pour l'étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR), rechignent à donner une estimation du nombre de victimes de la catastrophe de Tchernobyl. Ils lui préfèrent un simple décompte. Ainsi, d'après le tout dernier rapport de l'UNSCEAR, paru en février 2011, l'explosion du réacteur n'aurait causé, de façon avérée, que 6 000 cancers de la thyroïde (dont 15 mortels) et 28 décès chez les 237 " super liquidateurs ", ces personnes qui sont intervenues dans les premiers jours de la catastrophe. Sur les quelque 600 000 liquidateurs qui se sont ensuite relayés sur le site, à part une augmentation de l'incidence des leucémies et des cataractes chez ceux qui ont reçu les plus fortes doses de radiation, rien à signaler : « il n'y a aucune preuve que l'exposition aux radiations ait eu des effets sur la santé », précise le rapport.

Idem concernant les 6 millions de personnes vivant en zones contaminées. Mis à part les cancers de la thyroïde, Il n'y a pas d'autres effets sanitaires convaincants qui seraient liés aux radiations. Et Nicolas Foray d'enfoncer le clou : « On s'attendait à des cancers de la thyroïde chez les enfants mais aussi à un grand nombre d'autres cancers comme des leucémies. Or, la grande surprise de Tchernobyl c'est qu'il n'y en a pas eu. Jusqu'à maintenant, il n'y a pas de deuxième type de cancers radio-induits, soit parce que nous avons surestimé les doses reçues par la population, soit parce que les modèles statistiques reliant le risque de cancer à la dose de radioactivité reçue ne fonctionnent pas de façon linéaire, mais par seuils. Du coup, il est très possible que les estimations prudentes, à 10 000 - 30 000 victimes pour Tchernobyl, soient elles aussi surestimées. »

<noembed> &amp;lt;h2&amp;gt;&amp;Agrave; propos de Tchernobyl&amp;lt;/h2&amp;gt; &amp;lt;p&amp;gt;&amp;lt;p&amp;gt;25 ans apr&amp;egrave;s la catastrophe de &amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.universcience.tv//index.php/tag/tchernobyl.html&amp;quot; _fcksavedurl=&amp;quot;http://www.universcience.tv//index.php/tag/tchernobyl.html&amp;quot;&amp;gt;Tchernobyl&amp;lt;/a&amp;gt; , nous avons rencontr&amp;eacute; le m&amp;eacute;decin bi&amp;eacute;lorusse Youri Bandajevsky, fondateur et recteur de l'Institut de Gomel, qui a form&amp;eacute; la plupart des m&amp;eacute;decins travaillant en zones contamin&amp;eacute;es. Ses travaux de recherche sur le c&amp;eacute;sium 137 ainsi que son engagement aupr&amp;egrave;s des populations autour de &amp;lt;a href=&amp;quot;http://www.universcience.tv//index.php/tag/tchernobyl.html&amp;quot; _fcksavedurl=&amp;quot;http://www.universcience.tv//index.php/tag/tchernobyl.html&amp;quot;&amp;gt;Tchernobyl&amp;lt;/a&amp;gt; lui valurent d'&amp;ecirc;tre emprisonn&amp;eacute; puis expuls&amp;eacute; de Bi&amp;eacute;lorussie.&amp;lt;/p&amp;gt; &amp;lt;p&amp;gt; &amp;lt;/p&amp;gt; &amp;lt;p&amp;gt;Interview : Viviane Thivent&amp;lt;br /&amp;gt;R&amp;eacute;alisation : Christian Buffet&amp;lt;/p&amp;gt; &amp;lt;p&amp;gt; &amp;lt;/p&amp;gt; &amp;lt;p&amp;gt;Production : Universcience 2011&amp;lt;/p&amp;gt;&amp;lt;/p&amp;gt; </noembed>

Qui est le Dr. Youri Bandajevsky ?

Youri Bandajevsky est l'un des rares scientifiques à s'être intéressé dès le début aux conséquences sanitaires de Tchernobyl. Plus jeune professeur de médecine d'URSS, il part s'installer à 130 km de Tchernobyl, à Gomel, et y fonde en 1990 un institut de médecine qui formera la majeure partie des médecins travaillant en zones contaminées. Parallèlement, il entame des recherches sur l'effet des faibles doses du césium 137. Ses travaux, son engagement auprès des populations ainsi que son franc parler concernant la gestion des fonds alloués à Tchernobyl, lui valurent les foudres du gouvernement biélorusse. En 1999, Youri Bandajevsky est arrêté et condamné à 8 ans de prison. Il sera libéré en 2006 puis expulsé de Biélorussie. Il séjournera quelques années en France avant de retourner travailler en zones contaminées, du côté ukrainien cette fois.

Vers un suivi des populations ?

Des affirmations qui tranchent avec la situation décrite sur place par les scientifiques : « Dans certaines zones contaminées, le taux de mortalité est deux fois supérieur à celui observé dans les autres parties de la Russie, de la Biélorussie et de l'Ukraine, explique le chercheur biélorusse Youri Bandajesky. De plus, nous observons un grand nombre de morts subites, d'origine cardiaque, chez les individus de 30 - 35 ans. » Un phénomène qui, d'après les travaux du chercheur, serait lié à l'ingestion chronique de césium 137 par l'organisme, au travers de l'alimentation.

Longtemps ignorée par la communauté internationale qui voyait dans cette hausse de la mortalité les effets de l'alcoolisme ou de la dégradation des conditions de vie de la population, cette hypothèse concernant l'effet de ces faibles doses sur l'organisme commence à être prise de plus en plus au sérieux. Depuis 2009, elle fait, par exemple, l'objet d'un programme dédié à l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

« Les populations vivant sur les zones contaminées ne font l'objet d'aucun suivi médical. Or, comment espérer mieux comprendre les effets de Tchernobyl si l'on ne suit même pas les populations contaminées, s'insurge Youri Bandajeski. Les instances internationales n'ont vu que ce qu'elles cherchaient à voir (cancer de la thyroïde - leucémies) alors qu'il faudrait une étude bien plus large pour comprendre l'impact sanitaire de Tchernobyl. » Une opinion que partage l'International Agency for Research on Cancer (IARC) qui, vingt-cinq ans après la catastrophe de Tchernobyl, lance le projet ARCH (Agenda for Research on Chernobyl Health) qui fixe un calendrier et une stratégie pour évaluer, enfin, les effets sanitaires à long terme de Tchernobyl. Étrangement, il aura fallu le même temps pour que débutent les études sur les effets à long terme de Nagasaki et d'Hiroshima, celles-là même qui ont permis ensuite d'établir les normes concernant l'impact humain du niveau d'exposition aux radiations.

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