SCIENCE ACTUALITÉS.fr

Le magazine qui se visite aussi à la Cité des Sciences

Actualités
Nature & Environnement

Quand les algues changent de forme pour mieux résister

Comme le démontre une étude canadienne, les algues peuvent changer de forme et de surface en fonction de la puissance des vagues. Cette stratégie d’adaptation leur permet de mieux résister au ressac.

© DR

Comme les bambous dans une tempête, les algues ont la capacité de se plier – et ainsi de résister – dans une mer agitée. Bon nombre de recherches sont déjà parues sur cette stratégie d’adaptation. Mais à l’université de Colombie Britannique (Canada), Patrick Martone et son équipe ont pu montrer que les algues ne sont pas seulement très souples, elles peuvent également modifier leur forme et leur surface en fonction de la violence du ressac (American Journal of Botany, mai 2012).

Pour arriver à cette constatation, les biologistes ne se sont pas contentés d’observations sur le terrain : ils ont recréé en laboratoire, et à une échelle réduite, les conditions conduisant à ces modifications. Six espèces d’algues vivant habituellement sur les côtes californiennes ont ainsi été confrontées à un flux d’eau de plus en plus rapide, simulant des vagues de plus en plus puissantes.

les six types d'algues étudiés © Patrick Martone

Résultat : en fonction de leur morphologie, les algues adoptent des stratégies quelque peu différentes. Les algues non ramifiées, comme Chondracanthus ou Mazzaella, réduisent la surface de leur fronde en fonction de la vitesse du courant. Les algues ramifiées, comme Codium ou Calliarthon, réduisent quant à elles leur nombre de ramifications. D’autres encore, comme Prionitis, utilisent simultanément ces deux types d’adaptations. Dans tous les cas, les algues offrent une moins grande résistance à l’eau et évitent ainsi la destruction.

Cette étude a permis aux chercheurs de proposer un modèle d’évolution des algues en fonction de la puissance des vagues. Celui-ci montre néanmoins ses limites. Les expériences ont reproduit la vitesse de l’eau de 0 à 4 m/s. Dans la réalité, cette vitesse est souvent supérieure à 25 m/s. Or, l’extrapolation n’est pas toujours fiable. « Étudier les flux d’air autour d’une aile d’avion, ou les flux d’eau autour des ponts est relativement simple, souligne Patrick Martone. Ce sont des structures immobiles, rigides qui ne se déforment pas sous le courant. Pour les algues, c’est plus compliqué car elles sont flexibles. Plus la vitesse de l’eau augmente, plus les algues se réorientent, se reconfigurent, changent de taille et de forme pour réduire l’impact, ce qui rend les prédictions bien plus difficiles ». Un modèle plus performant, tenant compte de ces contraintes, est actuellement en cours de développement.

Retour en haut