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Nature & Environnement

Vers plats : l’invasion

Quel est le point commun entre le frelon asiatique, l’écureuil de Corée et l’écrevisse de Louisiane ? Ce sont toutes trois des espèces exotiques qui envahissent des territoires à des milliers de kilomètres de chez elles, à la faveur du tourisme et de la mondialisation. Les scientifiques se penchent aujourd'hui sur le cas inquiétant d’un invertébré aux faux airs de ver de terre, qui sème le chaos dans notre biodiversité.

Un spécimen de "Diversibipalium multilineatum" et sa tête caractéristique © Pierre Gros/CCBY4.0

Appelés couramment « vers plats », les plathelminthes terrestres sont en pleine recrudescence en France métropolitaine ainsi que dans les territoires d’outre-mer. Problème : ils déciment la biodiversité en commençant par nos indispensables escargots et vers de terre. C’est une équipe dirigée par le Muséum d’histoire naturelle de Paris qui sonne l’alerte cette semaine, bénéficiant de l’aide d’une centaine de citoyens volontaires qui ont photographié des spécimens trouvés dans leur jardin pendant 5 ans.

Un bon exemple de science participative : les images récoltées durant cinq ans ont permis de sonner l'alerte. © DR

Le résultat de l’enquête est sans appel : les signalements concernent la France entière, avec une nette préférence pour les Pyrénées atlantiques, dont le climat reste doux et humide toute l’année. De nombreuses espèces sont incriminées. Certaines sont difficiles à distinguer du ver de terre, mais d’autres, venues d’Asie, sont géantes ou arborent des couleurs très inhabituelles. Le Bipalium est facile à repérer : sa tête est en forme de marteau.

Un spécimen de "Bipalium kewense" attaquant un lombric.© Pierre Gros/CCBY4.0

Mais attention : évitez de toucher ces animaux, car ils utilisent une toxine redoutable, la tétrodoxine, pour capturer leurs proies. Autre conseil : ne les coupez pas ! Car ces invertébrés sont capables de se reproduire ainsi. Ils peuvent se cloner eux-mêmes à l’infini en se séparant d’un morceau de leur corps.

Les auteurs de l’étude soulignent l’importance de se saisir de ce problème, car la menace qu’ils représentent pour la biodiversité est extrêmement grave. En dévorant les vers de terre, ils empêchent ceux-ci de faire leur travail de bioturbation qui régénère et enrichit le sol. Et sans ver de terre, pas d’alimentation pour de nombreux oiseaux. Bref c’est toute la chaîne alimentaire qui serait touchée.

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