Questions-santé 2020 - mai

Bases neurologiques schizophrénie

Question

Quelles sont les bases neurologiques de la schizophrénie.


Réponse

Bonjour,

Vous souhaitez connaitre les bases neurologiques de la schizophrénie.

Nous vous proposons tout d’abord un dossier de l’Institut national de la santé et de la recherche (Inserm)  sur la schizophrénie dans lequel sont envisagés : Les enjeux de la recherche.

Décrire les anomalies cérébrales associées
La schizophrénie est associée à des anomalies cérébrales touchant :

  • la substance grise, au niveau des neurones et/ou de la neuropile, cette dernière correspondant aux prolongements permettant les contacts entre neurones, et cellules gliales

  • la substance blanche, avec un déficit en oligodendrocytes, et/ou des anomalies de la myéline, la gaine lipidique des fibres nerveuses

A ce jour, même si ces anomalies ne sont pas suffisamment spécifiques à l’échelle individuelle pour établir un diagnostic, des examens d’imagerie doit être réalisés car ils peuvent révéler des altérations cérébrales associées au diagnostic d'une autre maladie (marques d’atteintes infectieuses ou inflammatoires, anomalies de développement par exemple). 
[…]
Les chercheurs s’intéressent par ailleurs aux problèmes de développement cérébral qui pourraient être associés à certaines schizophrénies. Des travaux ont ainsi montré que certains autistes développent parfois une forme de schizophrénie atypique. Des anomalies de ce développement précoce sont par exemple au cœur des travaux de Karine Loulier (unité Inserm 1051 Inserm, Montpellier), visant à mieux en comprendre la survenue  au sein de différentes populations de neurones par marquage neuronal. En pratique, certaines personnes présentant des troubles du neurodéveloppement ont un risque d’évoluer vers certaines formes de schizophrénie. Il existerait un continuum entre les deux, dont les mécanismes restent à comprendre. Ces formes nécessitent dans tous les cas une prise en charge thérapeutique et psychosociale spécifique. […]

https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/schizophrenie

En complément nous vous proposons un article de la revue L'Encéphale (Volume 37, numéro S2, pages 133-136, décembre 2011) : Schizophrénie et cognition : perspective neurodéveloppementale / D. Da Fonseca, D. Rosset, F. Bat, S. Campredon, N. Rouviere, M. Givaudan, E. Fakra, J.-M. Azorin, F. Poinso.
En voici un résumé :

L’hypothèse neurodéveloppementale est aujourd’hui l’un des modèles phares pour expliquer la schizophrénie. Selon ce modèle, la schizophrénie est la conséquence d’anomalies cérébrales précoces engendrées par l’interaction de facteurs génétiques et de facteurs environnementaux. Les données en faveur de ce modèle sont nombreuses. Plusieurs études retrouvent des anomalies périnatales beaucoup plus nombreuses que chez les sujets contrôles. Sur le plan clinique, les sujets schizophrènes présentent de multiples déficits cognitifs bien avant l’éclosion de la maladie. Ces anomalies parfois subtiles sont selon le modèle neurodéveloppemental l’expression des anomalies précoces du système nerveux central. Ces données sont concordantes avec les données en imagerie cérébrale qui montrent des anomalies précoces mais également des changements progressifs du système nerveux central. Enfin, les données génétiques et histologiques confirment que les gènes impliqués dans la schizophrénie sont les gènes codant les différentes étapes du développement du système nerveux central.

Voici le paragraphe consacré aux  Données neuro-anatomiques

Plusieurs études [17, 24] retrouvent, dès le premier épisode de la maladie, des anomalies structurales telles que l’élargissement des ventricules latéraux et surtout une diminution du volume cérébral total, en particulier une diminution du thalamus puis de l’hippocampe ainsi qu’une diminution de la substance grise au niveau du lobe frontal. Malheureusement, ces études sont généralement réalisées sur de petites populations et il existe à ce jour très peu d’études longitudinales. L’étude très récente réalisée par l’équipe de Rapoport [18] est en revanche une étude prospective qui recrute depuis 1990 des sujets présentant des formes très précoces de schizophrénie (< 13 ans). Cette étude réalisée sur 112 sujets relève des anomalies significatives comparativement aux sujets contrôles (entre 4 et 25 ans). Cette étude retrouve en effet comme dans les études précédentes des anomalies précoces du système nerveux central avec une perte de la substance grise. En revanche, les données longitudinales attestent d’une perte très progressive de la substance grise qui semble progresser d’arrière en avant (parieto-fronto-temporal). Cette perte de la substance grise chez le jeune schizophrène semble correspondre à une exagération de la maturation cérébrale normale probablement en lien avec un défaut des processus d’inhibition. Il semble que cette perte progressive soit identique dans les formes adultes avec des pertes particulièrement importantes les 3 premiers mois après le début de l’épisode psychotique. Cette étude longitudinale nous montre également que ces changements structuraux semblent diminuer avec le développement. En effet, après 20 ans, les pertes de substance grise semblent plus focalisées au niveau du cortex préfrontal et temporal supérieur. En revanche, s’il existe une perte de la substance grise au niveau de la région pariétale au début du processus, cette région semble se normaliser après l’âge de 24 ans. Les anomalies structurales retrouvées dans la schizophrénie correspondent donc à un probable dysfonctionnement des processus neurodéveloppementaux ordinaires particulièrement prononcés au début de la maladie et liés à une forte vulnérabilité génétique.
De manière intéressante, cette étude a comparé les sujets présentant une schizophrénie précoce avec des sujets présentant des troubles bipolaires précoces et il semble que les anomalies cérébrales soient totalement différentes avec, en particulier, un épaississement de la substance grise chez les sujets bipolaires, en particulier au niveau temporal. Cette étude originale et particulièrement bien conduite met donc bien en évidence des processus pathologiques au niveau du système nerveux central de nature totalement différente entre la schizophrénie et les troubles bipolaires. Enfin, dans cette même étude, les auteurs se sont intéressés aux anomalies cérébrales des sujets apparentés et à leur évolution. Les sujets apparentés présentent des anomalies initiales similaires : perte de la substance grise au niveau du cortex préfrontal et temporal. En revanche, l’évolution reste différente. En effet, au lieu de progresser, ces anomalies semblent diminuer substantiellement à partir de l’âge de 14 ans, avec une absence totale d’anomalie à l’âge de 18 ans. De la même manière, d’autres études ont retrouvé chez les apparentés sains du premier degré un élargissement des ventricules latéraux [17].Ainsi, ces différents résultats valident l’hypothèse neurodéveloppementale de la schizophrénie. Ce processus pathologique semble évoluer progressivement tout au long du développement du sujet et représenter une exagération du développement cérébral normal. De plus, ce processus pathologique apparaît au moins en partie être d’origine génétique comme le confirment les données retrouvées chez les sujets apparentés.

https://www.em-consulte.com/article/684064/article/schizophrenie-et-cognition-perspective-neurodevelos

Nous espérons que ces éléments d’information vous seront utiles et restons à votre disposition pour toute recherche documentaire dans le domaine de la santé.

L’Equipe des documentalistes de Questions-santé,
Le service de réponses en ligne de la Cité de la santé.

Service Question-santé       
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