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Vaccin contre la Covid-19 et sérologie négative

Question

Bonjour, Ma sœur a 66 ans, a fait 2 doses vaccin Pfizer en début janvier et le 5 février mais la sérologie Covid faite hier est négative. Comment c'est possible ? Oestrogènes, elle a un cancer sein en rémission et est sous traitement tdm et anti-oestrogènes mais n'a pas de signes cliniques ou biologiques d'immunosuppression. Comment expliquer ? Et si c'est vrai, que faut-il faire ? Encore une dose vaccin ? Merci pour la réponse


Réponse

Bonjour,

Votre sœur de 66 ans, en rémission d’un cancer du sein et sous traitement TDM et anti-estrogènes, a été vaccinée en début d’année avec le vaccin Pfizer. Son médecin lui a prescrit une sérologie et le résultat s’avère négatif. Vous souhaitez avoir une explication et nous demandez que faire.

Nous vous remercions de votre confiance mais nous vous rappelons que Questions-santé est un service documentaire animé par des documentalistes. Nous ne sommes donc pas en mesure de vous donner d’avis médical. Seul le médecin de votre sœur, connaissant ses antécédents médicaux, sera en mesure de faire une interprétation adaptée de ses résultats.

Afin de vous aider à mieux comprendre les mécanismes des vaccins et l'immunisation, nous avons réalisé une recherche documentaire dans le but d’identifier des articles s’intéressant à la réponse sérologique après vaccination. Or il s’avère que nous avons trouvé très peu d’informations à ce propos. Nous vous proposons cependant la lecture de plusieurs articles évoquant l’immunité, le vaccin Comirnaty (Pfizer) ou les mécanismes d’action des vaccins afin de vous donner des pistes de réflexion.

Tout d’abord, voici un extrait d’un article généraliste sur la vaccination publié sur le site Vaccination Infos service et qui explique :

Quel est l’effet d’un vaccin ?
Un vaccin contient des microbes tués ou des fragments de microbes rendus inoffensifs, donc incapables de provoquer la maladie. Le vaccin se comporte comme un antigène et entraîne la production d’anticorps qui vont persister de nombreuses années dans notre corps. Si le vrai microbe se présente, il sera détruit par les anticorps produits au moment de la vaccination et la maladie sera évitée.
La quantité d’anticorps produits grâce au vaccin peut diminuer au cours du temps, c’est pourquoi des injections de rappel sont nécessaires.
[…]

https://vaccination-info-service.fr/Questions-frequentes/Questions-generales-sur-la-vaccination/Vaccins-et-systeme-immunitaire

Pour vérifier l’efficacité d’un vaccin, Michel Cogné, chercheur et professeur d’immunologie à l’Université de Rennes précise dans un article publié sur le site de la Fondation pour la recherche médicale :

Comment juge-t-on de l’efficacité d’un vaccin ?
Michel Cogné : « L’efficacité d’un vaccin est évaluée au cours de différentes phases.
La première, la phase 1, consiste à vérifier que le vaccin induit bien une réponse chez les personnes qui l’ont reçu. Elle se traduit par la production d’anticorps ou de cellules immunitaires capables de reconnaître l’antigène.
Ensuite, le but est de montrer que le vaccin protège. C’est ce que l’on vérifie lors des essais de phase 2 puis de phase 3, dont l’objectif est d’observer la protection obtenue. Il s’agit de valider, à grande échelle, en comparant des personnes vaccinées et non vaccinées que le risque de développer la maladie est très diminué par la vaccination.
Il ne suffit donc pas qu’il y ait une réponse suite au vaccin, mais il faut aussi que cette réponse soit protectrice de la maladie. C’est ce qui définit réellement son efficacité.
»

https://www.frm.org/nos-publications/actualite/efficacite-vaccin

Concernant le vaccin Comirnaty ayant été administré à votre sœur, on peut lire sur le site Mesvaccins.fr les informations suivantes au sujet de l’efficacité sur le terrain:

3. Efficacité sur le terrain
Il s'agit de l'efficacité sur le terrain (effectiveness en anglais), observé en vie réelle et non dans le cadre d'un essai clinique.
3.1. En Ecosse
La première dose du vaccin à ARN Comirnaty a été associée à une efficacité vaccinale de 85 % (IC95% : 76 à 91) contre l'hospitalisation pour covid 19, 28 à 34 jours après la vaccination.
3.2. En Angleterre
Les personnes âgées de plus de 80 ans vaccinées avec le vaccin Comirnaty avant le 4 janvier 2021 avaient une probabilité plus élevée d'obtenir un résultat positif dans les 9 premiers jours suivant la vaccination, ce qui indique que les personnes initialement ciblées avaient un risque sous-jacent d'infection plus élevé. L'efficacité du vaccin a donc été estimée par rapport à la période de référence post-vaccinale. L'efficacité du vaccin a été évaluée de 10 à 13 jours après la vaccination, atteignant une efficacité de 70 % (IC à 95 % 59-78 %) de 28 à 34 jours, puis plafonnant. À partir de 14 jours après la deuxième dose, une efficacité du vaccin de 89 % (IC à 95 % : 85-93 %) a été observée.
Les personnes âgées de plus de 70 ans vaccinées à partir du 4 janvier 2021 présentaient un risque de covid 19 similaire à celui des personnes non vaccinées. Avec le vaccin Comirnaty, l'efficacité sur le terrain a atteint 61 % (IC 95 % : 51-69 %) de 28 à 34 jours après la vaccination, puis a plafonné.Une seule dose est efficace à environ 80 % pour prévenir l'hospitalisation et 85 % pour prévenir le décès causé par la covid 19.

https://www.mesvaccins.net/web/vaccines/658-comirnaty-pfizer-biontech#vaccin_pharmacodynamie

Dans ce même article, il est également précisé :
 

2.7. Limites de l'efficacité des vaccins
Comme avec tout vaccin, il est possible que les personnes vaccinées par Comirnaty ne soient pas toutes protégées. Un délai de 7 jours après la seconde dose du vaccin peut être nécessaire avant que les personnes vaccinées soient protégées de façon optimale.
Ce vaccin est pratiquement sans potassium ni sodium.

https://www.mesvaccins.net/web/vaccines/658-comirnaty-pfizer-biontech

Comme vous nous précisez les traitements pris par votre sœur, nous vous conseillons la lecture de paragraphe sur les interactions médicamenteuses :

Interactions
Aucune étude d'interaction n'a été réalisée. L'administration concomitante de Comirnaty avec d'autres vaccins n'a pas été étudiée.
Recommandation de la Haute Autorité de santé.
Un intervalle de 14 jours minimum paraît nécessaire, avant ou après l’administration d’un autre vaccin (pour chacune des doses).

https://www.mesvaccins.net/web/vaccines/658-comirnaty-pfizer-biontech#vaccin_interactions

Pour finir, nous vous proposons de lire la réponse que nous avions apportée en février 2021 à une question portant sur les résultats de sérologie après avoir développé la Covid-19 :
https://www.cite-sciences.fr/fr/au-programme/lieux-ressources/cite-de-la-sante/une-question-en-sante/toutes-les-questions-sante/?tx_equestionreponse_pi1%5Bquestion%5D=23078&tx_equestionreponse_pi1%5Baction%5D=show&tx_equestionreponse_pi1%5Bcontroller%5D=Question&cHash=13317193421bcd1b55845132d92e5914

Nous attirons plus particulièrement votre attention sur le paragraphe suivant :

Sur le site d’information The Conversation, une interview du Pr Samira Fafi-Kremer, cheffe de service du laboratoire de virologie des hôpitaux universitaires de Strasbourg le 06 janvier 2021, nous apprend :
The Conversation : Vos travaux suggèrent qu’il est possible d’avoir été en contact avec le coronavirus SARS-CoV-2 sans produire d’anticorps. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Samira Fafi-Kremer : Tout a débuté après plusieurs témoignages de personnes en couples relatant qu’elles-mêmes et leurs partenaires avaient développé des symptômes évocateurs de Covid-19 durant le premier confinement, mais que les résultats des tests sérologiques étaient positifs pour l’un, et négatifs pour l’autre. Ces tests visent à mettre en évidence la présence d’anticorps dirigés contre le coronavirus SARS-CoV-2 responsable de la maladie (cette présence témoigne d’un contact avec le virus).
Comment expliquer cette présence de symptômes évocateurs de la Covid-19, mais l’absence d’anticorps ?
Pour le comprendre, nous avons recruté 11 couples présentant une telle « sérodiscordance ». La plus jeune de ces 22 personnes avait 38 ans, la plus âgée 65, et l’âge médian était de 49 ans. Dans chacun de ces couples, un des partenaires – appelé cas index – avait eu la Covid-19 (confirmé par test PCR pour 8 d’entre eux), avec des symptômes. L’autre membre du couple était considéré comme un cas contact, car vivant sous le même toit, sans quarantaine ni application de mesures barrières. À l’exception d’un couple, tous ont vécu normalement, pris leurs repas ensemble, etc. Qui plus est, cela s’est passé durant le confinement, donc à un moment où ils vivaient quasiment 24 h sur 24 dans le même lieu clos. Des conditions idéales pour la contamination.
Et justement, six partenaires de « cas index » ont développé des symptômes dans les sept jours suivant ceux du cas index du couple, ce qui était compatible avec une infection. Cependant les tests sérologiques se sont avérés négatifs.
Cela m’a rappelé ce que j’avais constaté en travaillant sur l’hépatite C : certains personnels hospitaliers exposés au virus avaient des sérologies négatives pour le virus de l’hépatite C, mais une réponse cellulaire positive.
TC : Pourriez-vous nous expliquer brièvement ce que cela signifie ?
SF-K : Quand on est infecté, la première ligne de défense de notre organisme est constituée par la réponse immunitaire innée, immédiate. Elle se met en place durant les premières heures après l’infection, et n’est pas spécifique de l’envahisseur. Schématiquement, elle se caractérise par la production d’interféron de type I à la fois par les cellules de la muqueuse du nez et du pharynx notamment et par des cellules immunitaires appelées cellules dendritiques. L’interféron de type I est un puissant antiviral. Dans le même temps, des mécanismes inflammatoires se mettent aussi en place, qui jouent aussi un rôle pour ralentir la progression virale.
Cette première réponse laisse le temps à notre corps de mettre en place une seconde ligne de défense, qui va reconnaître spécifiquement l’envahisseur : la réponse immunitaire adaptative. En gros, celle-ci repose sur d’autres cellules immunitaires, les lymphocytes, qui sont globalement de trois types : les lymphocytes T CD8, qui détruisent directement les cellules infectées (on parle de réponse cellulaire), les lymphocytes B, qui produisent des anticorps (on parle de réponse humorale) et les lymphocyte T CD4, qui vont aider les autres lymphocytes à réagir.
TC : Donc théoriquement on peut imaginer que l’organisme parvienne à se débarrasser du coronavirus sans recourir aux anticorps ?
SF-K : Oui, effectivement. Lorsque nous avons vérifié la réponse des lymphocytes T des partenaires qui avaient eu des symptômes mais étaient séronégatifs, on a constaté que chez plusieurs d’entre eux, elle était du même type que celle de leur partenaire « cas index ». Cela signifie qu’ils ont probablement été exposé au virus. Leur réponse T a peut-être été tellement efficace qu’elle a éliminé le virus, ou qu’ils n’ont eu besoin que de peu d’anticorps pour y parvenir, lesquels sont en quantité si faibles qu’ils n’ont pas pu être détectés ou ont disparu rapidement ensuite.
Reste le cas des patients symptomatiques qui n’ont ni anticorps, ni réponse cellulaire T significative. Chez eux, on peut imaginer que la réponse immunitaire innée, immédiate, a suffi à éliminer le virus. Ils n’auraient donc pas eu besoin de déclencher le reste du processus. […] »
https://theconversation.com/covid-19-pourquoi-une-infection-par-le-sars-cov-2-nest-pas-toujours-synonyme-dun-test-serologique-positif-152748

Nous ne sommes cependant pas en mesure de vous indiquer si ces mêmes mécanismes peuvent être mis en place lors d’une vaccination car nous n’avons pas trouvé d’articles dans la littérature à ce propos.

Nous espérons que ces éléments d’information aideront votre sœur à enrichir le dialogue qu’elle aura avec le médecin qui la suit et restons à votre disposition pour toute recherche documentaire dans le domaine de la santé.

L’Equipe des documentalistes de Questions-santé,
Le service de réponses en ligne de la Cité de la santé.
Service Questions-santé

NB : Nous vous remercions d'avoir autorisé la publication de votre question. Vous pourrez la retrouver dans les pages de la Cité de la santé  (les questions-réponses sont classées par dates)

Réponse du 06/03/21



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