Toutes les questions-santé - janvier

Virus Epstein-Barr

Question

Bonjour, pourriez-vous m'expliquer ce virus et surtout m'indiquer en quoi il pourrait représenter un espoir concernant non seulement les futures personnes probablement malades mais aussi, les malades dont la gaine de myéline est atteinte. Merci


Réponse

Bonjour,

Vous avez lu dans l’actualité scientifique que le virus d’Epstein-Barr pourrait avoir un lien avec la sclérose en plaques et que des recherches sont en cours concernant des traitements.

Nous vous proposons un article de Futura sciences, magazine scientifique : Un virus très commun serait à l'origine de la sclérose en plaques (Publié le 17/01/2022)

[…]
Un article paru le 13 janvier 2022 dans Science est le premier à apporter des preuves solides d'un lien de causalité entre une infection par EBV et l'apparition de la sclérose en plaques. « C'est un grand pas en avant car cela suggère que la plupart des cas de sclérose en plaques pourraient être évités en bloquant l'infection par l'EBV, et cibler l'EBV pourrait conduire à la découverte d'un traitement contre la sclérose en plaques », explique Alberto Ascherio, scientifique à l'université d'Harvard et directeur des travaux publiés dans Science.
[…]
Un mécanisme encore à explorer
Comment un virus peut-il déclencher une maladie auto-immune du système nerveux ? Chez les personnes atteintes de sclérose en plaques, les lymphocytes B actifs en circulation dans le sang traversent les vaisseaux sanguins pour s'attaquer à la gaine isolante, la myéline, qui entoure les axones des neurones. Or cette dernière est indispensable à la bonne transmission de l'influx nerveux. La disparition progressive de la gaine de myéline induit des troubles moteurs, cognitifs, visuels, de l'équilibre qui varient beaucoup entre les patients.
Plusieurs hypothèses sont à l'étude pour expliquer comment l'EBV pourrait déclencher ces symptômes - aucune n'est confirmée pour l'instant. L'EBV est un virus de la famille des herpès qui infecte les lymphocytes B de l'oropharynx en utilisant leur récepteur de surface CD21 comme porte d'entrée. Le génome à ADN du virus demeure dans le noyau des cellules, à côté de notre propre génome, si bien qu'une personne infectée le reste durant toute sa vie.
L'EBV cause d'autres maladies que la mononucléose chez les personnes saines, notamment des lymphomes, des cancers caractérisés par une prolifération anormale des lymphocytes, comme le lymphome de Burkitt ou la maladie d'Hodgkin. Dans le cas de la sclérose en plaques, certains pensent que des lymphocytes B infectés par l'EBV pourraient être responsables des symptômes.

Traiter l'EBV pour prévenir la sclérose en plaques ?
Si l'EBV semble bien être l'élément déclencheur de la sclérose en plaques, il n'est pas suffisant pour que la maladie se déclare. 
D'autres facteurs environnementaux entrent dans l'équation. Les scientifiques savent ainsi que le tabac, l'obésité durant l'adolescence, un déficit en vitamine D ou même le travail de nuit sont des facteurs favorisant l'apparition de la sclérose en plaques.
Avec ces résultats, un formidable espoir émerge : celui de traiter la sclérose en plaques. Les traitements actuels permettent de ralentir l'évolution de la maladie, mais n'empêchent pas sa progression à long terme. Prévenir les infections à l'EBV avec un vaccin ou des anti-viraux apparaît comme une solution naturelle. « Actuellement, il n'y a aucun moyen efficace de prévenir ou traiter une infection par EBV, mais un vaccin contre l'EBV ou des médicaments antiviraux spécifiques pourraient prévenir ou traiter la sclérose en plaques », conclut Alberto Ascherio. Hasard du calendrier, Moderna a annoncé le 5 janvier 2022 le début des tests cliniques pour un vaccin contre l'EBV utilisant la technologie à ARNm.

https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/virus-virus-tres-commun-serait-origine-sclerose-plaques-96114/

En complément, dans un dossier très complet, France-info fait le point sur cette découverte : La sclérose en plaques liée au virus d'Epstein-Barr : cinq questions sur l'étude qui éclaire les origines de la maladie (18/01/22).

Des chercheurs américains ont montré pour la première fois que le développement de la sclérose en plaques est probablement provoqué par une infection par le virus d'Epstein-Barr. Ce qui ouvre la voie à la mise au point de traitements.
1 Qu'est-ce que le virus d'Epstein-Barr ?
Le virus d'Epstein-Barr (EBV) appartient à la famille des herpès virus. Il est notamment responsable de la mononucléose : cette "maladie des fiancés" est transmissible par un contact direct entre deux personnes (un baiser) et par la salive (via des projections comme la toux ou les postillons).
Dans la grande majorité des cas, le premier contact avec ce virus a lieu dès le plus jeune âge et il passe inaperçu, car l'enfant ne présente aucun symptôme. Pour autant, cela ne veut pas dire qu'il n'a pas de conséquences sur l'organisme, qui "développe des anticorps qui le protègent contre ce virus", précise l'Assurance-maladie, qui "estime que 90 % des adultes ont déjà été en contact avec le virus d'Epstein-Barr."

2 Qu'est-ce que la sclérose en plaques ?
[…]


3 Que montre cette nouvelle étude ?
L'étude montre que le virus d'Epstein-Barr est un facteur nécessaire au développement de la sclérose en plaques, même si seule une infime minorité des personnes infectées  développe cette maladie. "Cela fait très longtemps qu'on sait qu'il y a vraisemblablement un lien entre l'EBV et la SEP, précise Catherine Lubetzki, professeur en neurologie à la Pitié-Salpêtrière à Paris, contactée par franceinfo. Les premiers travaux qui vont dans ce sens ont été publiés il y a vingt ans." 
En revanche, c'est la première fois que des chercheurs mettent en évidence ce lien en incluant une dimension chronologique. "Ce qui nous manquait, c'était le lien temporel entre l'apparition des anticorps et le fait de faire une sclérose en plaques", expose Patrick Vermersch, professeur de neurologie à l'université et au CHU de Lille. Les auteurs de l'étude ont mis en évidence que l'infection par le virus d'Epstein-Barr précède l'apparition de la sclérose en plaques.
A l'aide de prélèvements sanguins, les chercheurs ont mesuré le taux de neurofilaments dans le sang, explique Patrick Vermersch. Ces neurofilaments sont des fibres présentes dans les neurones et qui témoignent de leur souffrance. Les chercheurs américains ont constaté que le taux de neurofilaments augmentait chez certains rares patients : des jeunes qui n'avaient jamais été exposés au virus d'Epstein-Barr auparavant, qui ont ensuite été infectés par ce virus, et qui ont par la suite développé une sclérose en plaques. "Cela signifie que lorsque certaines personnes contractent ce virus, elles vont développer une légère atteinte du système nerveux central", observe Patrick Vermersch.

4 Pourquoi cette étude est-elle importante ?
[…]

Les travaux des chercheurs américains montrent cependant que l'infection par le virus d'Epstein-Barr "est une condition nécessaire mais pas suffisante" pour expliquer l'apparition de la sclérose en plaques, souligne Catherine Lubetzki, car "toutes les personnes qui présentent une forme symptomatique de l'EBV ne développent pas nécessairement une sclérose en plaques". Selon des chercheurs de l'université de Stanford, qui ont publié un commentaire de l'étude dans la revue Science (lien payant en anglais), d'autres facteurs, par exemple génétiques, pourraient jouer un rôle dans le fait de développer ou non la maladie.

5 Pourquoi est-ce un espoir ?
Cette découverte est encourageante pour la recherche de traitements. "C'est un espoir pour la recherche et la découverte d'antiviraux spécifiques à Epstein-Barr, dit Patrick Vermersch. Ce virus fait partie des herpès virus, pour lesquels il existe des traitements (comme l'acyclovir, par exemple). Mais le problème, c'est que très peu de malades qui contractent ce virus font des signes cliniques. On ne peut donc pas tous les traiter."  
La solution passerait donc par le développement d'un vaccin. L'entreprise américaine Moderna a annoncé, le 5 janvier (document en anglais), avoir démarré les essais cliniques sur des humains d'un vaccin contre le virus d'Epstein-Barr. "Il faudrait vacciner des jeunes, très tôt dans l'enfance, et voir sur dix, vingt ou trente ans si ces jeunes développent une sclérose en plaques par rapport à d'autres non-vaccinés", souligne le professeur lillois.

Cette découverte va également ouvrir la voie à des recherches sur d'autres maladies auto-immunes, qui présentent de nombreuses similitudes, comme la maladie de Crohn ou le psoriasis, estime Patrick Vermersch. "Cela fait longtemps que, pour ce genre de maladies, on soupçonne très fortement un virus d'en être à l'origine. Donc si on prouve cette corrélation pour une maladie, on avancera pour les autres", conclut-il.

https://www.francetvinfo.fr/sante/decouverte-scientifique/la-sclerose-en-plaques-liee-au-virus-d-epstein-barr-cinq-questions-sur-l-etude-qui-eclaire-les-origines-de-la-maladie_4919959.html

Nous espérons que ces informations grand public vous seront utiles.

Cordialement,

L’Equipe des documentalistes de Questions-santé,
Le service de réponses en ligne de la Cité de la santé.

Service Questions-santé

 NB : Nous vous remercions d'avoir autorisé la publication de votre question. Vous pourrez la retrouver dans les pages de la Cité de la santé  (les questions-réponses sont classées par dates)



Retour à la liste des questions