Questions-santé 2020 - mars

Pathologies et troubles professionnels liés aux rayonnements ionisants chez manipulateur en imagerie médicale

Question

Existe-t-il des maladies professionnelles liées à la fonction du manipulateur en imagerie médicale ne figurant pas dans la littérature ?


Réponse

Bonjour,

Vous souhaitez savoir quels types de pathologies les manipulateurs en imagerie médicale peuvent développer dans le cadre de l’exercice de leur profession, en particulier celles liées à l’exposition aux rayonnements ionisants, mais qui ne seraient pas répertoriées dans la littérature.

En tant que documentalistes, nous ne pouvons vous donner que les pathologies répertoriées dans les sites ou articles scientifiques. Pour savoir ce qui n’est pas listé, il faut vous adresser à des professionnels de la radiologie qui connaissent la problématique de l’intérieur puisqu’éventuellement, la subissent.

L’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) liste les principaux risques des métiers de la santé dont ceux des manipulateurs en radiologie.
http://www.inrs.fr/metiers/sante-aide-personne/hopitaux-cliniques.html

Le site Officiel prévention : santé et sécurité au travail, fondé entre autres par un ingénieur en hygiène et sécurité, propose un dossier CHSCT sur La prévention des risques professionnels en radiologie médicale (oct. 2015) qui précise :

Les professionnels de radiologie médicale réalisent des diagnostics à l’aide de l’imagerie de la radiologie conventionnelle, de la scanographie, de la résonance magnétique, de la scintigraphie … ou effectuent des traitements médicaux de radiothérapie.
Le personnel de radiologie médicale est exposé à des doses répétées de radiations ionisantes (rayons X et radio-isotopes), plus fortes lorsque celui-ci se trouve à proximité du patient pour accomplir de gestes thérapeutiques comme le traitement des lésions cutanées, ou pour des examens comme la tomodensitométrie ou les doses peuvent être élevées.
[ A l'utilisation de radiations ionisantes et des risques radiologiques qu’elles induisent, s’ajoute celle de produits chimiques (désinfectants, produits de contraste, révélateurs et fixateurs photographiques …) toxiques, irritants et/ou allergisants.
Les manipulateurs en radiologie sont aussi exposés aux risques de troubles musculo-squelettiques liés à la manipulation des patients, à une station debout prolongée et autres postures pénibles, aux contraintes visuelles (travail dans l'obscurité et sur écran), aux contaminations biologiques du fait de la proximité avec des malades, des actes invasifs et du milieu hospitalier.]
La protection contre les risques de rayonnements ionisants est impérative, tant par la prévention collective (vérification périodique des appareils, formation à leur utilisation, délimitation et signalisation des zones d’émission, écrans de protection…) que par la prévention individuelle (dosimétrie, surveillance médicale renforcée, port d’équipements de protection…).
Les principaux risques en radiologie médicale
L’évolution constante de la médecine et la multiplication des appareils de radiologie et d’imagerie due aux progrès techniques, entrainent des utilisations médicales de radiodiagnostic et radiothérapie de plus en plus nombreuses, variées et sophistiquées.
[…]
- Radiodiagnostic : Les rayons X et Gamma sont très pénétrants car ils ont une longueur d’onde très courte inférieures aux distances interatomiques dans les molécules : cette caractéristique leur permet de passer au travers des matériaux, plus ou moins selon l’épaisseur et la nature de la matière traversée : le plomb, le béton baryté, sont de très bons écrans, les os sont moins « transparents » que la chair, d’où l’utilisation dans le diagnostic médical.
[...]
- Radiothérapie : les rayons X et Gamma sont des rayons ionisants : ils produisent des excitations dans le matériau traversé quand ils heurtent des molécules et ils arrachent ou ajoutent des électrons aux atomes qu’ils ionisent. Dans une cellule, ils peuvent rompre les molécules d’ADN. En pénétrant profondément dans le corps, ils détériorent ainsi les structures cellulaires puis tissulaires, notamment cancéreuses.
[…]
Le risque radiologique en radiologie médicale
Le risque radiologique concerne l'ensemble des risques liés aux rayonnements X et Gamma dont les radiations ionisantes sont particulièrement dangereuses : l’exposition aux radiations des équipements ou produits médicaux conduit au risque d’irradiation externe, irradiation à distance ou au contact de la peau.
Les rayons X peuvent parcourir quelques centaines de mètres dans l’air, mais le débit de dose est inversement proportionnel au carré de la distance, c’est à dire qu’il diminue rapidement avec l’éloignement de la source. Les rayons Gamma sont quant à eux très faiblement atténués dans l’air, ce qui leur confère une redoutable capacité d'irradier à grande distance.
Les rayons X sont produits de façon artificielle par des appareils générateurs de rayons X qui n’émettent un rayonnement que lorsqu’ils sont sous tension (il suffit d’interrompre l’alimentation en courant électrique pour suspendre le flux), tandis que les rayons Gamma sont produits par une source radioactive (thallium 201, technétium 99, iode 131) sur laquelle on ne peut pas agir et qui émet en permanence des rayonnements ionisants en obéissant seulement à une loi de lente décroissance dans le temps, ce qui caractérise leur extrême dangerosité.
Il y a donc un risque d’exposition externe, soit globale, soit localisée, en rapport avec le pouvoir de pénétration dans le corps des rayons X et Gamma émis par la source, car ces rayonnements passent très aisément la barrière cutanée : ils entraînent une irradiation en profondeur du corps humain et, à partir d’une certaine dose, modifient les fonctions et les structures cellulaires puis tissulaires (par radiolyse de l’eau de la matière biologique), dérèglent la division cellulaire, avec parfois une détérioration de l’ADN, qui contient le programme génétique et les cellules endommagées peuvent être celles de l'ovaire ou des spermatozoïdes (reprotoxicité par mutation génétique).
Toutes les radiations subies s’ajoutent et se cumulent tout au long de la vie.
Les cellules jeunes des embryons et des fœtus sont très sensibles aux rayons X et Gamma ; les effets des irradiations « in utero » sont particulièrement délétères (effets tératogènes) : développement anormal du fœtus et retard mental, défaut de croissance,…
Les rayons X et Gamma ont deux types d’effets différents sur l’organisme :
- Les effets déterministes, qui se manifestent rapidement et certainement lorsque la dose reçue atteint ou dépasse un seuil d’apparition, et dont la gravité est fonction de cette dose et qui sont réversibles.
Les rayons X et Gamma ont notamment un effet néfaste sur la peau, les globules rouges du sang, la moelle osseuse, le cristallin de l'œil et les gonades.
Ces risques immédiats (radiodermites, anémie, syndrome hémorragique, cataracte, diminution de la fertilité …) sont liés à une irradiation aiguë correspondant à une forte dose reçue. Les rayons Gamma ont aussi un effet immunosuppresseur. - Les effets aléatoires, qui ne se manifestent pas toujours, qui apparaissent de façon différée, sans seuil évident, ni gravité clairement corrélée à la dose reçue, même si, statistiquement, leur occurrence dépend de cette dose.
Ces risques tardifs (cancers radio-induits dont les ceux de la thyroïde, les sarcomes osseux, les leucémies,… et possiblement malformations dans la descendance) sont plus liés à l'accumulation des doses sur plusieurs irradiations successives.
Les interventions longues (actes vasculaires …) présentent évidemment des dangers accrus pour les praticiens, avec en particulier l’exposition possible des mains, des yeux, de la thyroïde, des gonades.
L’évaluation de la dangerosité d’une dose délivrée aux différents tissus et organes du corps est mesurée en Sievert (Sv) (ancienne unité : « radiation equivalent men » (rem), 1 Sv = 100 rems).
La limite d’exposition annuelle aux radiations ionisantes des travailleurs exposés est fixée par la réglementation à 20 milliSievert par an.
Les femmes enceintes et les très jeunes travailleurs sont les personnes les plus sensibles aux risques des radiations ionisantes.
Les maladies professionnelles reconnues dues aux expositions aux rayons X et Gamma figurent dans le Tableau n°6 du Régime Général de la Sécurité sociale : « Affections provoquées par les rayonnements ionisants

http://www.officiel-prevention.com/formation/fiches-metier/detail_dossier_CHSCT.php?rub=89&ssrub=206&dossid=543

Les principaux risques en radiologie médicale

Les moyens de prévention à mettre en œuvre pour pallier les risques professionnels des radiologues, techniciens et manipulateurs en radiologie médicale (radiologique, infectieux, chimique, physique, …) doivent faire l’objet d’une analyse poussée pour permettre la rédaction du Document Unique de Sécurité en appréciant à la fois l’environnement matériel et technique (outils, machines, produits utilisés) et l’efficacité des moyens de protection existants et de leur utilisation selon les postes de travail et pour décrire les actions de prévention complémentaires à mettre en œuvre. Toutes les activités sont à prendre en compte, y compris celles concernant le nettoyage des surfaces, plans de travail et instruments et matériels médicaux, la gestion des déchets. Tout particulièrement, la dangerosité des rayons X et Gamma implique que les employés soient efficacement protégés contre une exposition excessive à ce rayonnement pendant qu'ils travaillent. La prévention doit être orientée vers la meilleure maîtrise possible des niveaux d'expositions par la mise en œuvre de la radioprotection qui est l’ensemble des règles, des procédures et des moyens de prévention et de surveillance visant à empêcher ou à réduire les effets nocifs des rayonnements ionisants sur les personnes et l’environnement.
De manière aussi à ce que les salariés puissent être informés à propos des produits dangereux utilisés, les Fiches de Données de Sécurité (F.D.S.) doivent être mises à disposition et la connaissance de leurs risques expliquée au travers de la compréhension de leur étiquetage.
Les mesures de prévention primaire et collective, qui permettent d’éviter que l’accident ne se produise et qui concernent l’ensemble du personnel en radiologie médicale, dont le strict respect des règles d’hygiène, sont à mettre en œuvre prioritairement, mais, si elles diminuent la fréquence des accidents, elles sont insuffisantes pour les éliminer tous, et on doit aussi recourir aux mesures de prévention individuelle pour atténuer la gravité des conséquences d’un accident qui se produirait néanmoins, avec des équipements de protection spécifiques adaptés à chaque risque ainsi que la vaccination et la formation du personnel.

Les mesures de radioprotection
Les principes généraux de la radioprotection reposent sur trois piliers :
. Les durées : durées d’exposition aux rayons X et Gamma la plus brève possible,
. Les distances : éloignement maximal des travailleurs par rapport aux sources de rayons X et Gamma, avec l’utilisation d'appareils manipulables à distance,
. Les écrans : interposition d’un écran épais et absorbant entre la source de rayons X et Gamma et le travailleur et port de vêtements de protection.
- La classification des travailleurs exposés aux rayons X et Gamma
Le médecin du travail, sur la base d’une étude de poste permettant d’établir une fiche d’exposition, classe les travailleurs exposés dans une catégorie A (susceptible de recevoir une dose comprise entre 6 et 20 mSv par an) ou B (susceptible de recevoir une dose comprise entre 1 et 6 mSv par an).
Les travailleurs de catégorie A ou B bénéficient de mesures de prévention renforcées : surveillance médicale renforcée (examen au moins annuel et fiche d’aptitude), surveillance dosimétrique individuelle, formation obligatoire aux risques liés aux rayons X et Gamma, surveillance post-professionnelle pour les travailleurs de catégorie A. Cette classification doit être communiquée au personnel concerné et une liste des salariés exposés doit être établie selon ces critères.
Les femmes enceintes doivent être retirées d’un poste classé A ou B pendant la durée de la gestation, d’où la nécessité de déclarer le plus tôt possible leur état de grossesse.[…]

http://www.officiel-prevention.com/formation/fiches-metier/detail_dossier_CHSCT.php?rub=89&ssrub=206&dossid=543

Une fiche du service santé au travail de Provence précise : Fiche repère n° 6 LES RAYONNEMENTS IONISANTS

[…] Rayonnement capable d'émettre assez d'énergie dans la matière qu'il traverse pour créer une ionisation : (arrachement des électrons de leur atome).Ils peuvent traverser la matière avec + ou - d'intensité :                        
● particules alpha : pénétration faible                                                                                                                                                     ● particules beta : pénétration moyenne ;     
● particules x et gamma : pénétration forte.   Il existe des émissions radioactives naturelles (cosmique, tellurique) et artificielles (médicales, industrielles).
Les effets sur la santé : - Les effets à court terme, dits déterministes (brûlure, nausée, aplasie médullaire, stérilité masculine temporaire, ...) qui apparaissent à partir d'un seuil et dont l'importance des effets croît avec la dose d'exposition. Les effets apparaissent le plus souvent quelques heures ou quelques jours après l’irradiation. - Les effets à long terme et aléatoires (cancers et anomalies génétiques), qui se manifestent plusieurs mois ou années après l'irradiation en modifiant les propriétés chimiques des constituants des cellules.TMP n°6 : affections provoquées par les rayonnements ionisants.
Facteurs de risques 
● Secteurs d'activité : secteur médical (radiothérapie, radiodiagnostic, médecine nucléaire...), industrie nucléaire (extraction, fabrication, utilisation et retraitement du combustible, stockage et traitement des déchets...), presque tous les secteurs industriels (contrôle par radiographie de soudure ou d’étanchéité, jauges et traceurs, désinfection ou stérilisation par irradiation, conservation des aliments, chimie sous rayonnement, détection de masses métalliques dans les aéroports...), certains laboratoires de recherche et d’analyse.
● Nature du rayonnement
● Distance à la source
● Durée de l'exposition
● Epaisseur et composition des écrans éventuels[…]

https://www.stprovence.fr/contenu/uploads/2016/06/stp-documentation-Fiche-repere-6-rayonnements-ionisants.pdf

Enfin un article des Archives des Maladies Professionnelles et de l'Environnement (Volume 79, numéro 3, page 407,  mai 2018) : Exposition aux rayonnements ionisants et cancer professionnel de Majida Lghabi, Wahiba Allouiche, Benaceur Benali, Abdeljalil El Kholti  s’intéresse aux problèmes oncologiques qui peuvent se développer dans les services de radiologie.
https://www.em-consulte.com/article/1214203/article/exposition-aux-rayonnements-ionisants-et-cancer-pr

Nous espérons que ces éléments d’information vous seront utiles et restons à votre disposition pour toute recherche documentaire dans le domaine de la santé.

L’Equipe des documentalistes de Questions-santé,
Le service de réponses en ligne de la Cité de la santé.

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NB : Nous vous remercions d'avoir autorisé la publication de votre question. Vous pourrez la retrouver dans les pages de la Cité de la santé  (les questions-réponses sont classées par dates)



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